CHAPITRE XXI et dernier
Conclusion.
Le plan que je viens de de'velopper > peut s'appliquer , dans ses rapports moraux et naturels , aux hommes de tous les pays et de toutes les conditions, qui pouront donner , ou faire donner une honnête éducation à leurs enfans. Mes principes, propres à être grave's 'dans tous les cœurs , sont l amour des choses utiles et vertueuses, les bons exemples . et l'imitation habituelle. Mes méthodes sont telles, qu'elles conviennent également à l'éducation domestique et aux écoles publiques. Tous leurs détails se rattachent étroitement à celte uniformité morale qui est la base de mon plan.
Examinons ici si j'ai rempli mon but , si jnes préceptes sont aussi simples dans la pratique, qu'ils le paroissent dans la théorie.
Je di£ d'abord que cette pratïaue est
au pouvoir de tous les hommes et qu'il )eur suffitxle la vouloir pour la réaliser. Mais cette volonté ne doit pas être un désir (bible, éphémère ou momentané, c'est par une résolution forte , garantie par une persévérance sincère , que l'on maîtrise l'impétuosité des passions. C'est la noble habitude de bien faire qu'il faut «ans cesse présenter aux enfans. Je lai déjà dit , et sans crainte je le répète :
pères, mères, maîtres., si vous êtes vertueux, vosélèves vous imiteront aisément, mais si vous ne Têtes pas, tout ce que vous pourrez faire sera vain , difforme, dangereux. Des mains impures impriment toujours quelques teintes de corruption. Contactiique omnia /cédas immundo (1).
Il suffit donc de savoir faire le bien , pour en donner le goilt , la volonté et l'habitude aux élèves. Voilà un moyen bien simple d'arriver à la pratique de mon plan ; mais pour être simple , ce
(i) Virgile. .
moyen n'est pas toujours facile. Il coûtera d'abord une surveillance sévère et permanente sur soi-même , puis il faudra l'étendre sur toutes les actions de l'élève et la maintenir pendant toute la durée de l'éducation. Que ceux auxquels cette tâche paroîtra répugnante n en essayent point , elle n'est pas faite pour des volontés irrésolues , foibles ou pusillanimes; elle n'est point encore pour ceux qui voudraient jouir sans peine, ou cueillir des fruits sans les cultiver. Il est impossible d'obtenir ou de faire quelque chose de bon , sans soins , et sans assiduité dans le travail. Quel est l'artiste qui a produit un chef-d'œuvre d'un seul jet , sans le polir et le repolir encore ?
Quelle est la science dont la démonstration se fait sans étude , sans application, sans persévérance? Et ce serait dans l'éducation le plus difficile des arts, que 1 on voudrait faire de bons élèves, sans une surveillance habituelle, des soins laborieux et de dignes exemples ?
Voudrait-on comme Rousseau, toui fairç m ne faisant rien?
Persuadé de l'absurdité {le ce beau système, j'ai au contraire préparé dès le berceau , toutes les voies pour adoucir le plus pénible de l'éducation, pour arriver presque naturellement à l'amour du travail , aux exemples salutaires et à l'imitation. Les soins que je prescris dès la première année de l'enfant , tendent dès-lors à modérer ses désirs, à donner sa colère et ses pleurs, à le préparer à une vie dure et active, contre poids puissant de la paresse , de la vanité et de cent autres vices*
C'est pour parvenir plus aisément à l'habitude de ce qui est bon et utile , que je conseille d'élever les enfans dans la maison paternelle , toutes les fois qu'on le peut. C'est là que les bons exemples doivent se trouver, s'ils sont rares au dehors. Le zèle du père et son propre intérêt, me paroissent les moyens les plus actifs pour former le cœur d'un enfant k la vertu. Qui mieux que le père pourra captiver l'amitié et la confiance d'un fils? La voix de la nature est ici toute-puissante , et c'est un point
très «-important dans l'éducation, que l'élève soit confiant dans le maître. Les leçons sont vaines , quand on ne croit pas à leur sincérité.
Il est vrai que 1 éducation paternelle finit presque toujours au moment ou le père se sépare de son fils pour le livrer à l'enseignement des science*, mais alors elle a du moins produit des fruits heu* reux, elle a déjà donné le goût de Ja vertu par les bons exemples , l'imitation et l'habitude. Un maître qui reçoit un enfant ainsi disposé , n'a plu* qu'à con<server les précieuses semences qu'il trouve toutes germées} l'esprit même de cet enfant a dès-lors reçu quelques dévelopemens , se$ inclinations sont étudiées , son cœur est connu, il est donc bien facile de le diriger.
A l'égard des mantes le. chois sévère que j en prescris, spit dans les écoles pu* blique* , soit dans la maison paternelle , est avantageux et applicable à tous; il honore les parens > le maître et l'élève lui-même.
C'est encore i\ne méthode propre k
tous et facile pour tous, que celle des corrections modérées. Il n'est point de fautes , ni d'élèves , auxquels on ne puisse opposer la honte du vice, les peines naissant du mal même , la crainte des représailles, les privations graduées et le sacrifice de l'intérêt présent. Tous ces moyens se lient naturellement et forment un faisceau redoutable. Les enfans ne se familiarisent • point avec la crainte, quand ses effets se varient et se reproduisent sous toutes les formes et dans toutes les circonstances. La douleur morale est souvent plus vive que celle du corps. Qu'on n'inflige donc des châtimens que dans deux circonstances singulières, l'obstination et la cruauté, Us sont alors des échanges. naturels et indispensables.
On a vu que dès l'âge de quatre ans j'exerce continuellement le corps et l'esprit d'un enfant ; les jeux se mêlent avec l'instruction et la donnent eux-mêmes lie plusieurs manières. C'est l'agréable yoint à l'utile; cependant rien ne se confond > rien ouest excessif. D'abord la