‹ De l'éducation populaire dans l'Allemagne du nord et de ses rapports avecChapitre 101 sur 104 · INSTRUCTION PASTORALE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION PASTORALE

DE SON ÉMINEIÏCE LE CARBINAL-ARCHEyÉQUE DE BORDEAUX, Sar la part que le Clergé doit preadre à renseignement primaire.

Ferdinànd-Fràîicois-Adgdste DONNET,

Par la grftce de Dieu etda Siège apostolique» cardinal prêtre de la sainte Église romaine, archevêque de Bordeaux, primat d'Aquitaine, sénateur ;

Au clergé de notre diocèse,

Salut et bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ.

Messieurs et cbers coopérateurs,

Nous avions k cœur, depuis longtemps, de vous entretenir d*un sujet qui intéresse à un haut degré Tavenir de l'Eglise et de la société, et qui, k ce double titre, doit vivement exciter votre sollicitude pastorale. Nous voulons parler de l'éducation des enfants, et des droits que la législation actuelle accorde i MM. les curés dans la sur- Teillance des écoles.

Remarquez, Messieurs, que si nous employons le mot d'éducation et non celui d'instruction, dont on se sert communément, ce n*est pas sans dessein ; car nous attachons une grande importance à bien établir tout d'abord la différence qui existe entre deux choses que l'on confond trop souvent.

On peut instruire sans élever, et c'est là un des torts de notre siècle ; mais on ne saurait élever sans instruire. On peut apprendre ï un enfant la lecture, l'écriture, le calcul, l'orthographe, sans parler à son cœur, sans exercer aucune influence salutaire sur ses sentiments et sa manière d'agir.

Il n'en est pas ainsi de l'éducation : on ne saurait former le cœor

sans développer en même temps Tesprii; on ne saurait imprimer dans la conscience de l'homme des règles de conduite, lui expliquer les principes qui doivent gouverner ses actions, sans éclairer son intelligence, sans agrandir ses idées, en un mot, sans Tlnstruire. L'éducation peut donc, k la rigueur, tenir lieu d'instruction ; l'instruction seule ne remplacera jamais l'éducation.

Que conclure de cette distinction si évidente et pourtant trop méconnue?

C'est que l'instruction seule ne saurait suTÛre pour former Tbon* néte homme, le bon citoyen, le chrétien véritable ;

C'est qu'il est essentiel, pour le bonheur des familles, pour la tranquillité du pays, non pas tant d'instruire la jeunesse, que de la bien élever, c'est-à-dire de régler sa conscience et ses mœurs, et de lui donner à la fois les lumières et la force qui l'aideront puissamment à remplir ses devoirs.

De là, pour le prêtre, l'obligation sacrée de veiller, de coopérer pour sa part à l'éducation des enfants; de là, les soins que les Pères de l'Église ont prodigués à la jeunesse; de là, tant de lettres pastorales, tant d'ouvrages pieux et savants émanant de l'épiscopat, pour éclairer, diriger les chefs de famille et les guides spirituels du troupeau ; de là, pour l'Église, une préoccupation constante, pour le sacerdoce, un devoir toujours impérieux, et de notre temps plus que jamais.

Nous savons 9 nos très chers coopérateurs, que vous partagez à cet égard toutes nos sollicitudes. Examinons donc ensemble ce que doit être l'éducation ; quel concours peut et doit lui apporter le clergé, sous l'empire des lois qui nous régissent.

On a longtemps discuié, on discutera longtemps encore sur le but et sur le caractère de l'éducation.

Pour nous, qui devons nous en rapporter sur ce point comme sur tous les autres, à la sagesse de l'Église et à ses traditions vénérées, c'est dans l'humble livre qu'elle met entre les mains des plus petits enfants» que nous puiserons les lumières qui nous serviront de règle. Que dit le catéchisme? Que Dieu a crié l homme pour le connaître, pour ratmer, pour le lervir, et par ce moyen acquérir la vie éter^^ nelle.

Paroles simples mais profondes que nous ne saurions trop méditer, car elles nous révèlent À la fois la destinée humaine et les

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facallés que Dieu nous ^oQDe poar la remplir ; elles nous montrent

et le but et la voie. Le but, c'est |a yie ^^roelle ; |a yoie, c'est la cod-

iiaiss9Qce, c'est l'an^our» c'es^le s^^rvice de Dm, prJDpîpe étemel de

cette bienbeoreuse ^ie.

Donc» il faut comnieQcçjr par appreodre i reqfaiit ï connatire piep,

en lui disant son existence, ep lui expliquant ses qeuT|rps ^t ses bl®n*

faits, ses lois et ses perff^ctipQs. Il faut lui apprendre ensuite )i aimer Dien comme créatear ,

comme rédemptei^r, compe père, comme source de tout ce qui est;

il faut enfin le former \ servir Dieu, p^rce qi|e serrir, o'est ^imer,

c'est-k-dire, accomplir fa volp^it^ de celui q^'q^ ^ime, obéir à ses

lois, entrer ainsi dans l'union If plus intime avec lui pour le temps et

au delà* Voilà la science dont nous sommes redeYa))les k toifs les bommes,

nous, ministres de Dieu, dépositaires et interprète^ <}e sa parole;

yoilà la science, simple et sublimp ï |fi fois, que ^pifs devons lai

faire connaître, aimer et pratiquer.

Or, Messieurs, cette obligation, noiis devops la remplir, i|0||-sea-

lement envers quelques enfants privilégiés, m^iis ^pvers ^us, sa^s exception de rang et de positipn ; car i) faut que tous, riches op pauvres, puissent connaître Dieu, l'aimer et le servir, df ns la mesure indispensable à Faccomplissemeqt de leurs deyoirf».

€'est cette éducation générale, absolue, nécessaire k lous, que le divin maître est venu apporter awP hofnfneê de bonne poUmU^ dont il a laissé la règle dans son Evangile, et doi^t pi nous jmposa la ticbe, lorsqu'il dit aux apôtre^ dont nous continuons le ministère : Ailes et enseignez ce que vous avez ^ppri^ de i^oi : EunUs ^Q^ete»

De ces prémisses résulte, comme conclusion évidepte, la mission pour le prêtre de s'occuper, lui atfssi, de Tédncation de l'enfant; d'approuver, d'encourager, de bénir, au pom de la religion, tous les genres de connaissances humaines qui conduisent Tliomme k son immortelle destinée.

Méditons plus profondément encore les paroles du patéchisme, et nous y trouverons, Messieurs et chers coopérateurs, toutes les règles que nous avons b suivre dans Taccomplissement du devoir qui nous occupe. Admirable caractère de la vérité, qui renferme en quelques paroles le germe complet de toute une doctripe, comm^ I& graine, sous un volume presque imperceptible k l'œil, renferma tous les ru-

dimento de Tarbre qui doit un jour Gouvrir )e sol d^ son feujllage, se parer de fleurs, se charger de fruits.

Qq'est-ce qu'apprendre à Tenfant à connaître Dieu, si ce n'est développer les facultés de son esprit» élever son âme, élargir son horizon intellectuel, en lui faisant connaître les œuvrer de Diçu, ses perfections et sa loi?

Qu'est-ce qu'apprepdre 3i l'enfant ï aimer Dieu, si ce n'es|t ouvrir son cour, le former au dévouement, en lui inspirant, dès ses pr^; miers pas dans la vie, l'admiration et l'amour des perfections divines, de la beauté, de la vérité et de la justice dans )eur source, qui est Dieu même, et dans leur manifestation, par les créatures faites à l'image et à la ressemblance de leur auteur?

Qu'est-ce qu'apprendre à l'enfant à servir Dieu, si ce n'est soumeltre sa volonté, l'assouplir, la façonner au jQug du Seigneur, Tbabituer 4 Tobéissance, au sacrifice, eq lui apprenant à voir la volonté du maître partout où il y a du bien ï faire, une créature à secourir, un frère à obliger?

Telles sont les leçops du catéchisme, supérieures, dans leur énergique conôisioD, ii tons les systèmes de pédagogie, a toutes les contradictions de la raison humaine, dopt elles trioipphent sans efrort. Ces contradictions, vous le savez, N. T. G. 0., se révèlent dès qu'il s'agit d'établir les rapports de l'éducation et de l'instruction ; d'assi; gner leur rôle respectif, leurs limites véritables ; die montrer le concours qu'elles doivent se prêter mutuellement, et l'action qu'elles sont appelées à exercer sur les masses comme]|sur les individus.

Selon les uns, l'instruction suffit à tous les besoins des populations; elle doit les affranchir des pisèros du corps et de l'âme ; elle peut seule éclairer leur raison , assurer leur bien-être ; elle peut et elle doit, par conséquent, partout et toujours, être distribuée comme la véritable manne du Ciel, répondant à toutes les exigences de la nature humaine.

Selon les autres, l'instruction est un instrument de perversion et de mort, la source des mœurs dépravées, des basses et impuissantes jalousies, des haines ambitieuses, des convoitises menaçantes^ elle est, en un mot, le principe des maux terribles qui ont effrayé, bouleversé le monde; et dès lors, en être plus avare et la restreindre autant que possible, c'est une nécessité sociale, un devoir impérieux pour l'état.

Nous rëpODdrons aux uns et aux autres que connaître, aimer, servir Dieu, étant la fin « de tout homme venant en ce monde ^ », et que l'homme ne pouvant Taimer sans le connaître, la science deDien lui devient indispensable. Plus cette connaissance du ciéateur est exacte, étendue, proronde , plus le sentiment qu'elle inspire est vif, large, et durable ; mais c'est la raison qui comprend et qui juge, c'est Fintelligence qui cpnçoit, c'est riustruction qui forme les facultés de l'esprit : c'est elle qui apporte la lumière, qui fournit l'instrument, qui façonne l'organe. La connaissance est la vraie clef de l'amour : nil amatum niii prœcogniium , comme Ta dit saint Augustin. Aussi, l'Église veut la science, recommande Tinstruction, sanctionne tout ce qui la favorise, condamne tout ce qui l'entrave. Elle est la mère et la maîtresse des .sciences , parce que Dieu est le «Père des lumières, parce que Jésus-Christ, non-seulement. est la vie et la voie, mais la vérité, et ce qu'il veut, c'est qu'elle brille de tout son éclat» >. Si l'Église se prononce en faveur de l'instruction, parce qu'elle est sainte dans son origine et son but, parce qu'elle tire Thomme des ténèbres et des ombres de la mort, parce qu'elle propage l'Évangile et devient ainsi l'instrument du salut: elle redoute, elle repousse , elle condamne l'instruction qui n'arrache l'homme k l'ignorance que pour le livrer à l'erreur, qui ne lui donne la conscience de sa force que pour lui apprendre à en abuser, qui ne développe sa raion que pour en faire l'ennemi de la Foi , l'interprète de l'orgueil , l'adversaire de l'autorité, l'organe des passions.

Mais conclure de là que l'instruction par elle-même est on mal, que la culture des facultés intellectuelles est un danger , c'est tomber dans un excès non moins condamnable que l'exagération contraire. Pour vous , Messieurs, qui savez que Dieu n'a pas élevé l'homme audessus des créatures sans raison pour que les facultés qui l'en distinguent restassent inactives; vous qui enseignez qu'il veut être « adoré en esprit et en vérité», et que l'hommage qu'il nous demande est celai d'une créature intelligente et libre, vous propagerez l'instruction, comme l'Église l'a fait en tout temps, avec ardeur, avec persévérance , et vous ne verrez dans la science ainsi comprise qu'une fidèle alliée, une auxiliaire indispensable.

Que conclure de tout ceci 1 C'est que l'instruction peut faire ou un

i Detan Urne el mandata ejus observa; hoc^ enhn amnU homo. Rcclbs. XII, 13. J t. Igncm vctU miutrre in Urram; et guid volo nitl ui accendatur? Luc, xn, 49.

APPEIHDICE. 400

grand bien, ou nn granri mal ; c'est a elle que nous pouvons appliquer le texte de l'Apôire : In xpsa benedicimus Deum et Patrem $t in ip$a maledicimus hominei,.. Ex ip$o ore procedil benedieiio et male^ dieiio ^* Nous ne craindrons pas d*ajouier qu*au point où nous en sommes aujourd'hui, non pas seulement en France, mais dans une grande partie du monde, il faut de toute nécessité que Finstruction sauve la société en la régénérant, ou qu'elle la perde en achevant de X la corrompre.

Voyez rétat des âmes! Vous le connaissez, Messieurs, qui, répandus au milieu des populations, passez votre vieil sonder leurs plaies, à soulager leurs misères. La foi s'affaiblit insensiblement , et, avec elle, s'en vont les vertus domestiques, l'esprit de famille, la piété filiale, la pureté des mœurs, la soumission aux volontés du Ciel, l'attachement aux professions héréditaires, le respect de l'autorité.

Voilà le mal qui travaille depuis longtemps déjà notre société, et sur lequel elle ne serait que trop portée à s'endormir, si , par intervalle, des crises terribles ne venaient la tirer de son insouciante apathie, et montrer à ses yeux effrayés le fond de i'ablme où menace de la précipiter l'oubli do tous les devoirs.

Que les écoles aient été atteintes par la contagion générale; que l'enseignement ait contribué à la répandre , c'est malheureusement un fait qu'on ne saurait contester; mais il serait injuste de prétendre que la corruption des mœurs est née de Tinstruction , qu'elle est sortie de nos écoles, et qu'il suffirait de les fermer pour régénérer le monde. Le mal circule et se propage en dehors de ces établissements par mille canaux : par les livres et les gravures, par la profanation du dimanche, par les lieux de dissipation et de folles joies, par les commotions politiques qui excitent les passions, allument la cupidité, aiguillonnent l'ambition , engendrent le désordre dans la cité et dans le hameau , enûn par toutes ces voies de communication et de contact que l'industrie, le commerce, établissent de peuple à peuple, de ville à ville, d'homme a bomme^ d'heure en heure , de moment à moment.

Mais si les écoles et l'inslrucliou n'ont pas été et ne sont pas la cause du mal, il est évident qu'elles peuvent puissamment servir, soit a l'étendre, soit à le guérir, selon l'esprit qui préside à leur dl-

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