XII . PREFACE
On commence au surplus , au delà du Rhin , a se douter du péril. La peur devient un frein, si la raison n'est pas toujours une lumière. Les beaux esprits qui dissertaient à cœur joie, dans les petits soupers philosophiques, se sont aperçus que le vulgaire écoutait indiscrètement ^aux portes. On s*est pris à parler à voix basse ; quelques-uns, et ce ne sont pas les moins hardis, sont allés jusqu'à se frapper la poitrine et à faire leur confession : < Quand je reconnus que le populaire s'ingéniait à discuter les mêmes thèmes dans des symposium crapuleux où la chandelle et le quinquel remplaçaient les bougies et les girandoles; quand l'athéisme commença à sentir le suif, l'eau-devie de schnaps et le tabac, alors mes yeux se dessillèrent ; je compris par les nausées du dégoût ce que , je n'avais pu comprendre par la raison, et je ûs mes adieux à ^athéisme^ »
Voilà le meâ culpâ de M. Henri Heine.
Ce n'est pas la naissance de quelque grande idée qui peut attirer aujourd'hui sur rAllemagne l'attentive sollicitude de l'Europe. D'antiques illustrations s'y éteignent, et nul astre nouveau ne s'y révèle à rborizon. Mais si le spectacle a moins de séductions, il a des leçons plus saisissantes : en métaphysique, la philosophie de l'absolu est venue aboutir aux étranges théories de Stirner : « La pensée allemande, entendais-je dire à M. de Schelling, est aujourd'hui dans un cul-de-sac; et je ne vois pas qui pourra l'en tirer !» — En religion, l'église évangélique, engagée