ËPisT. Jacob., m, 9 et
rection. C'est donc vers ces établissements que les amis de la religion et de la société doivent tourner aujourd'hui leurs regards et leurs efforts.
C'est dans les écoles et par les écoles qu'il faut préparer le retour à la foi, à la vie de famille, aui bonnes mœurs; c'est là qu'il faut saisir les générations, avant qu'elles soieut asservies par les passions et les vices qui ravagent le monde.
Si, dans des temps autrement difficiles que les nôtres, l'Église s'est aidée des écoles pour faire briller la lumière du christianisme parmi des peuples ignorants et sauvages; c'est encore à leur foyer qu'elle peut raviver ce flambeau de la foi, pour en répandre les bienfaits au milieu des ténèbres d'une civilisation que ses excès mena* cent d'une nouvelle barbarie : et le moment est venu où ces institutions, nées autrefois sons l'inspiration de TÉgllse, sentent le besoin de se rapprocher de leur berceau , en prêtant à la religion un sincère et généreux concours.
Mais ce retour désirable ne dépend pas seulement des écoles : il dépend encore de vous, Messieurs, c'est-à-dire, de la manière dont vous saurez vous servir de la loi du 45 mars 4850. Grâce à Dieu , le temps n'est plus où l'enseignement de l'État, absolument distinct de celui de la foi, était soustrait a la légitime influence du prêtre, à qui l'entrée des écoles se trouvait, pour ainsi dire , interdite par lesconditions auxquelles une jalouse défiance l'avait soumise. La société, éclairée par l'expérience , a senti le besoin d'y rétablir l'influence de la religion.
Elle les place sous la surveillance tutélaire de l'Église-, elle convie le prêtre à les visiter ; elle l'investit de la direction de l'enseignement moral et religieux ; elle rend son intervention douce et utile, en lui restituant son caractère de spontanéité, de bienveillance et de protection ^ .
Combien de fois. Messieurs et chers coopérateurs, dans l'exercice de votre ministère, n'avez-vous pas gémi de l'absence de toute idée religieuse chez les enfants que Ton présentait a vos catéchismes? Que de fois, dans vos efforts pour instruire vos paroissiens, ne vous êtesvous pas heurté contre les obstacles qu'apportait au succès de votre
1. Voir les dispositions de la loi du 15 mars 1850 sur ce sujet. MM les curés peuvent les consulter dans le commentaire de cette loi publié par la société pour la liberté de renseignement.
apostolat l'ignorance absolue du pins grand nombre d'entre eux? Que de peines pour enseigner la lettre, pour graver les formules dans la mémoire, pour expliquer un symbole dont les expressions les plus simples semblaient au-dessus de la portée de vos auditeurs! Qu'il y a loin de la profondeur de nos mystères , de la sublimité de nos dogmes , de la pureté de notre morale , aux préoccupations grossières des esprits que l'intérêt et la passion aveuglent et captivent !
CesespritSi il faut donc les ouvrir de bonne beure pour y faire pénétrer la vérité ; il faut les éclairer par des notions justes; former les cœurs par des sentiments bonnêtes; développer toutes les facultés par des exercices fréquents. Quand vos enfants sauront lire, ils retiendront mieux vos leçons; vos préceptes se graveront dans leur âme avec la lettre que vous confierez à leur mémoire. Vous profiterez de la curiosité née d'un premier enseignement, pour la diriger vers les bautes questions de l'origine et de la destinée de l'bomme , de sa chute et de sa rédemption. Il est peu de notions dans l'instruction primaire qui ne puissent vous servir pour donner aux enfants qui suivent vos catéchismes le pressentiment des choses divines.
Ainsi compris, l'enseignement du premier âge sera pour vous ce qu'il doit être réellement, un moyen de conquérir les populations a la foi religieuse et à la pratique des devoirs.
Insistez donc auprès des familles sur l'utilité des écoles. Multipliez les avis aux parents, les exhortations en chaire, les visites aux paroissiens; facilitez l'entrée des classes aux enfants peu aisés en rédigeant, de concert avec l'autorité municipale, la liste des élèves admis gratuitement, en vertu de l'art. 45 de la loi. Il est bien entendu que vos écoles offriront toutes les garanties désirables ; si', ce qu'à Dieu ne plaise , l'enfance était exposée à y trouver de funestes leçons , de dangereux exemples, vous devriez non-seulement vous abstenir, mais encore vous servir du droit dont vous investissent la législation et votre conscience , pour nous informer immédiatement, et npus fournir ainsi le moyen de prévenir le plus grand des maux ; car, « ino- « culer le vice dans le cœur des enfants, c'est un aussi grand crime, « a dit Bossuet, que d'empoisonner les fontaines publiques. »
Mais avec l'attention si louable que l'autorité apporte aujourd'hui daus le choix des instituteurs, nous nous plaisons à espérer que rien de semblable ne se présentera au milieu de nous.
Il sera malheureusement moins rare de rencontrer des maîtres qui
412 ArPENDIGE.
ne sentiront pas assez Timportance des devoirs religieux et pour eaxmêmes et pour leurs élèves.
Vous serez exposés à ce mécompte , surtout dans les écoles qui n'ont été l'objet d*aucune surveillance , et qui ont même subi , pendant un certain nombre d'années, uneînfluence anli-religieuse.Nous en avons gémi avec vous; toutefois, ne vous laissez pas décourager par cette apparence de froideur ; elle peut souvent ne tenir qu'à l'absence de direction. Vos témoignages d'affection et d'estime ranimeront facilement le zèle. On entretient le mauvais vouloir en parais^ gant y croire; en supposant de la bonne volonté, on la fait naître. Multipliez donc les encouragements ; ne craignez pas de donner des marques de conBance; on s'empressera de suivre vos conseils quand on sentira en vous une bienveillance qui ne se dément pas et une persévérance affectueuse que rien ne rebute.
Ainsi, Messieurs, ce que nous vous demandons, c'est de concourir activement A l'œuvre de l'éducation , c'est d'unir vos. efforts à ceux de vos instituteurs. On n'a pas assez compris combien cette union pouvait aider, bâter la régénération morale d'une ville, d'une campagne. Trop souvent le curé s'est éloigné de la classe, et le mailre de l'Église. Une défiance mutuelle, une hostilité plus ou moins déclarée, a paralysé les efforts des uds et des autres. 11 faut, à tout prix, mettre uu terme à cette séparation entre le presbytère et l'école. Que de votre côté cette union si désirable se rétablisse donc le plus tôt possible 1 Songez qu'on n'attire pas les hommes en s'en tenant constamment éloigné. Â Dieu ne plaise que nous vous engagions à prendre une «attitude incompatible avec la dignité de votre caractère I Chargé par la loi de la surveillance des écoles, vous êtes, dans l'ordre légal, le supérieur hiérarchique de Tinstituteur; prêtre et pasteur des âmes, vous avez droit à son respect. Mais, par Ik même que vous êtes prêtre de Jésus-Christ, le père et l'ami de tous vos paroissiens, vous imiterez la douceur du bon maître; une bienveillante condescendance attirera 9 vous celui qui fût resté à l'écart par timidilé et par réserve. Sans cesser d'être vis à-vis de vous un subordonné respectueux, un paroissien exemplaire, il deviendra pour vous un coopérateur utile, un auxiliaire intelligent et dévoué.
Pour rétablir les relations entre vous et l'instituteur, vous n'avez qu'à proDler , nous ne dirons pas du droit que la loi vous donne , mais du devoir qu'elle vous impose. Multipliez vos visites k l'école.
Ne vous y prëseotex pas en censeur désireux de trouver des motifs de biftme ; montrez-vous-y comme un ami qui vient apporter des conseils et surtout des encouragements. Cherchez i découvrir tout ce qui est bien ; saisissez l'occasion d'adresser quelque éloge aux élèves et au maître. La louange excite l'émulation ; elle est une récompense pour rinstiluteur k qui elle prouve que ses efforts n'ont pas été stériles ; elle le dédommage de beaucoup de peines et rend sa lâche plus facile, en augmentant son influence et son action.
Soyez persuadés d'avance que ces alternions tourneront au profit de la paroisse. Bien des gens que la religion trouverait indifférents vous sauront gré de ce que vous ferez pour l'école, et seront par là disposés à accueillir plus favorablement vos conseils. Divisés, rinstiluteur et le curé se neutralisent ; unis , ils décuplent leur puissance.
Efforcez-vous aussi de rendre la tâche du maître plus facile, en usant de votre influence auprès de l'autorité pour obtenir toutes les améliorations que réclame l'école. Un mauvais local est souvent cause d*un accroissement de fatigue, un obstacle au maintien de la discipline. Un matériel insuffisant nuit plus qu'on ne pense aux travaux de l'instituteur. Vos demandes, à cet égard, profileront aux élèves en augmentant le zèle de leur maître.
Cet homme , dont la fonction est si humble et si imporlaute h la fois, vous devez « le soutenir, le prévenir même», selon le langage de saint Paul, • par toutes sortes de marques de bienveillance» . Ne restez indifférent à rien de ce qui le touche , lui et sa famille. En l'aidant k se procurer un logement convenable , sans lequel il y a toujours à craindre la lassitude et le dcgoât, ne vous prêtez point, comme l'ont fait quelques-uns de vos confrères, a établir l'école dans une partie de vos presbytères. Le gouvernement, à qui nous en avons référé, partage notre manière de voir i cet égard. L'Eglise et le presbytère sont des asiles qui doivent rester fermés à tous les bruits, à toutes les agitations du dehors. La législation est d'ailleurs formelle sur ce point : on ne peut rien distraire de la maison curiale ni de ses dépendances sans notre avis motivé, sans celui de M. le préfet et sans un décret du gouvernement.
Avec quel bonheur nous envisageons dans l'avenir les heureux effets de ce mutuel concours du prôtre et de Tinstituteur : le prêtre attirant les enfants à l'école, où l'inslruction élémentaire les prépare à recevoir la bonne semence de l'Evangile; l'instituteur montrant à
la jeunesse le cliemin de TÉglise et la disposant à écouter la parole du prêtre comme celle de Jésus-Christ!
Ajoutons, Messieurs, qu'en visitant fréquemment les écoles, comme c'est votre devoir, vous avez, nous le disions plus haut, à y exercer non pas seulement une surveillance qui empêche le mal, mais une action positive qui produise et multiplie le bien. Sans doute, l'école n'est pas TÉglise mais elle en est le portique^. La parole sainte peut s'y faire entendre, le ministère sacré s'y exercer; on peul y engendrer les âmes à la foi. Saint Paul prêchait partout, à l'aréopage, sur les places publiques, dans les réunions particulières , dans les grandes assemblées , publiée et per domos; comme lui , vous ce vous ferez tout à tous> pour les gagner tous à Jésus-Christ ».
A l'école vous avez longtemps les enfants sous la main ; ils ne sauraient vous échapper. A l'église, au contraire, vous les tenez à peine, à l'époque de la première communion , trois ou quatre fois par semaine, durant deux années. Qu'est-ce qu'un temps si court pour former des âmes à la vie chrétienne , pour leur apprendre à connaître Dieu, à observer ses commandements? Que la classe soit donc pour vous l'annexe de l'église ! Allez-y chercher vos brebis. Tâchez d'y faire chaque semaine une instruction religieuse a la portée de tous les enfants; elle deviendra le complément de votre enseignement catéchis^ tique. Entendez-vous pour cela avec l'instituteur : si l'école vous est, de droit, toujours ouverte , il ne faudrait pas néanmoins déranger le cours des leçons ordinaires, car le maître a un règlement a suivre, un compte à rendre, certaines branches de connaissances humaines a enseigner.
Choisissez d'un commun accord, pour vos instructions religieuses, les jours et les heures qui s'accordent le mieux avec les devoirs de votre ministère et les plans d'étude de Pécole.
Quant à vos autres visites , elles doivent n'entraîner aucun dérangement. Un coup d'œil jeté en passant, pour voir si tout marche bien , si chaque chose se fait en son temps ; un mot amical dit au maître, quelques paroles d'encouragement adressées aux élèves, mais sans troubler l'ordre de la classe, sans interrompre les leçons. En inspectant l'école , vous venez surtout observer les enfants et vous montrer a eux. « Le bon pasteur connaît ses brebis , et ses brebis le
I. I>e Gérando, Court normal des initHuteurs primairéf^ ouvrage utile à lire, et que nous recommandons h MM. les cures et instituteurs.
connaissent.» Que la jeunesse s'accoutume a vous voir autre part qu'à Taotel ou au tribunal de la pénitence, h trouver dans le prêtre un père, un protecteur plein de sollicitude, qui s^intéresseà ses succès, aux peines et aux Joies de ses parents, et qui raiment d*une affection toujours vigilante. Ainsi vous cimenterez, dès l'école, l'union du curé et de ses paroissiens.
Nous ne disons rien. Messieurs , de vos visites dans les écoles dirigées par des institutrices , soit séculières, soit appartenant à des corporations religieuses; votre prudence et les conseils que déjà nous avons été à même de vous donner, vous ont tracé une ligne de conduite dont vous ne vous êtes jamais écartés.
Soyez exacts a faire exécuter, dans toute leur étendue, les règlements universitaires qui exigent partout la séparation des deux sexes. Ne pouvons-nous pas espérer que le moment approche , où, comme dans le reste de la France, chacune de nos paroisses aura son école pour les jeunes filles? Hâtez, par tous les moyens possibles , la création de ces maisons de sœurs, dont Theureuse influence s'est déjà fait sentir dans plusieurs parties de notre diocèse.
Mais, vous le comprenez, pour faire accepter vos conseils, pour les donner avec plus d'autorité , il faut connaître ce dont vous avez à parler; il faut avoir étudié les méthodes, n'ignorer aucune des parties dont se compose l'instruction primaire.
A cet effet , il ne sera peut-être pas hors de propos de vous indiquer ici quelques ouvrages oîi vous trouverez de précieux renseignements sur la tenne d'une classe , et que vous pourrez recommander a vos instituteurs.
En première ligne, nous placerons l'excellent Traité de notre immortel Fénelon, qui, malgré son titre < , s'applique h la direction de la jeunesse des deux sexes. Vous puiserez d'excellents conseils dans wn livre déjà cité et où respire le meilleur esprit •, vous rencontrerez les mêmes qualités, et peut-être avec un caractère plus réel d'utilité pratique, dans un ouvrage du même genre, écrit par une femme, à l'usage des écoles des filles ^, et dont les avis, dictés par l'expérience , ont également leur application dans les écoles de garçons. Nous signalerons l'opuscule du frère Agathon ^, qui n'ex-
i. De V Education des filles,
â. Cours normal des insiituteurSt par madame Sauva n. ;
n. Les Douze vertus d*un bon mattre.
pose pas seulement les vertus à pratiquer par un maitre vraiment digne de ce nom , mais qui donne, sur la direction des enfants, des conseils aussi plein de modération que de sagesse.
Nous avons lu, avec autant d'intérêt que de profit , un livre déjà ancien, qu'il est malheureusement difficile de se procurer ; il est intulé : Méthode familière pour les petites écoles s, et a été publié en -1769 par Mgr Drouas, évêque de Tout. Le pieux et savant prélat ne jugea pas au-dessous de lui de s'occuper de Tédiication des petits enfants, et d'entrer dans tous les détails qui peuvent rendre cette tâche plus facile. Ses instructions portèrent leurs fruits^ Nous avons pu nous en convaincre, lorsque, visitant, plus d'un demi-siècle après, les paroisses de la Lorraine, nous admirâmes la bonne tenue des écoles , grâce aux Iradiiions qui s'y conservaient encore. Heureux à notre tour, nos chers coopérateurs , si la Providence accordait de telles bénédictions aux paroles que nous vous adressons aujourd'hui sur le même sujet!
Enfin, nous signalerons à votre altention l'ouvrage d'un célèbre instiluteur, le P. Girard ^, qui, sous un titre modeste, nous a donné un traité presque complet d'éducation : dans aucun livre, vous ne trouverez mieux établis les moyens de faire tourner l'instruction au profil de l'éducation , et de donner à tout l'enseignement un caractère profondément religieux.
Tous ces livres vous serviront de guides dans les conseils que vous aurez à donner. Entre les mains de l'instituteur, et médités par lui , il3 seront comme des amis toujours présents et auxquels on peut ton* jours recourir. Quelques lumières que l'on possède, l'œuvre de l'éducation, dans l'état de nos mœurs, présente tant de difficultés, qu'on a souvent besoin de s'élayer de l'expérience des autres. Puis le zèle le plus actif est sujet à des intermittences, à des accès de découragement; il a des moments de lassitude , et c'est alors que le langage d'un guide éclairé, d'un ami sûr, vient à propos relever nos forces un instant abattues.
A la lecture de ces ouvrages, nous conseillons de joindre celle des bons recueils périodiques. Parmi ceux qui sont destinés à Tinstruc'* tion primaire, nous pouvons signaler avec confiance le journal publié depuis plusieurs années, sous le titre: VÈducation*^ et que re-
1. Dtf PFmetgnemenl r^gviier de la langue materneOe, par le père Girard.
commandent à vos fturfrages son caractère grave et religieux une parfaite connaissance des matières et l'exposé journalier des méthodes et des procédés d'enseignement sanctionnés par l'expérience. Vous trouverez dans ce recueil les notions dont vous avez besoin pour vous tenir au courant des améliorations b introduire » et les moyens a employer pour faire tourner au profit de l'éducation morale et religieuse les efforts et les conquêtes de l'instruction proprement dite.
Telles sont vos attributions spéciales; c'est dans ce but que vous devez étudier toutes les matières, surveiller la direction , l'esprit, les tendances de l'enseignement. N'allez pas au delb ; n'empiétez pas sur les droits de l'instituteur. A lui de poursuivre l'application des méthodes, k vous d'en examiner les résultats. Que s'il survient, sur l'emploi même des méthodes, quelque divergence d'opinion, ne prétentendez pas imposer la vôtre ; ramenez le maître a vos vues, d'abord par la force de vos raisons, par la douceur de vos procédés et surtout par la démonstration des avantages attachés a votre manière de voir. N'en appelez à l'autorité que dans le cas où vous seriez témoins de choses contraires au règlement , offensantes pour la religion , dangereuses pour les mœurs. Hors de là, nous sommes convaincus que vos avertissements suffiront, surtout s'ils ont en même temps pour base une connaissance approfondie des matières, et pour seul mobile le salut des âmes ; car, en résumé , c'est là le but : quand il n'est pas compris, l'école n'obtient ni faveur ni succès.
Ne voir dans l'instruction primaire qu'un moyen d'apprendre ë épeler des lettres, à grouper, soustraire ou multiplier des chiffres , à tracer des lignes , c'est abaisser, c'est réduire k d'insignifiantes proportions un enseignement qui doit avoir une tout autre portée. A quoi bon savoir lire , si l'on ne comprend pas ce qu*on lit ; si , incapable de distinguer l'erreur de la vérité, on s'expose à substituer à l'ignorance originelle un faux savoir plus dangereux encore? A quoi bon savoir écrire, si l'on n'a ni idée juste ni sentiments nobles à exprimer et à transmettre ? A quoi bon savoir calculer, si une raison droite, une conscience éclairée ne président aux calculs et n'empochent d'en faire de purs instruments d'égoisme ou de rapine? Ce qu'il faut, c'est bien moius de communiquer telles ou telles données positives que de cultiver les facultés de l'homme pour en faire un être raisonnable, sachant distinguer nettement sa nature morale et intei-
M 8 AFP£Ni>ICfi.
lecUielle de la nature matérielle el grossière qui l'entoure, et comr prendre la parole qui doit Tengeodrer à la lumière et à la vertu.
De ce qui précède il résulte qu'il y a trois poiots essentiels i considérer dans rinstruclion primaire : d'abord, les cùnnaiuancei elles-mêmes qu'il s'agit de transmettre; ensuite, les méthodes et les proeédéi d'enseignement ; enfin , le déviloppement moral et inielUctuel f qui doit être le résultat et le couronnement de l'œuvre.
Vous saveique, d'après la loi, l'instruction primaire embrasse les éléments de doctrine morale et religieuse « la lecture» l'écriture, la langue française, le calcul et le système légal des poids et mesures. Il peut comprendre, en outre, des connaissances accessoires, qu'il serait utile de voir admettre dans le plan régulier des études, mais que le peu de temps passé dans les écolee ne permet pas d'Y introduire d'une manière générale.
La loi« en plaçant l'instruction rdigteiise en première ligne, a voulu montrer quelle importance elle y attache. U est inutile d'in« siater sur ee point avec vobs, Messieurs, et de vous rtippeler qu'ici il ne s'agit plus seulement de siirveîllanoe mais d'action ; il y a une part persottueUe a prendre, des ittstniotiom régulières à donner, des habitudes cbréiiennaeà tmnsHMttre. Ârrtionfr-nous un instant «ur ces deux parties*
L'enseîgnemMit religieux comprend néeessairement l'étude textuelle des prières, le catéchisme et l'histmre sattite. Votre premier sdin fera de teilier à ce que les enfants apprennent leurs prières dès leur entrée à récole«l( s'est pas nécessaire pour cela d'attendre qu'ils soient en éM de les lire; «n élève pkis avancé peut très bien les leur enteigner en les récitant et les faisant répéter phraee par phrase ou par membres de phrases. Ces! même un ntHe moyen d'employer le fteoips pendant lequel les enfants ne peuvent pren^ke part 4 d'autres exercices.
Vous n'aitoadreipas non plot que les enfants approchent de l'âge de la première communion pour leur faire apprendre le catéchisme; ce reeard est cause qu'on ne le mit jamais atseï bien. L'année de la premiètie communion se trouve surchargée d'études presque toujours mai éaîles, parce qu'elles «ont pour ainsi dire improvieées. Dès que les oofints sauront lire, «'esl*è-dire vers l'âge de huit eu neuf ans, vous leur moHiux outre les maius te petii catéohiame du diocèse. ▲
dix ans, ih apprendront le grand catéchisme, de manière à n'avoir plus qu'à le repasser pendant Pan née delà première communion, qui sera ainsi une férikable année de perfectionnement*
L'bistoire sainte est généralement trop négligée; et cependant, ainsi que l'ont observé Fénelon et Rollin, quelle étude est mieux appropriée aux dispositions du premier âge de la vie ? Le souverain créateur du ciel et de la terre, sans rien perdre de sa puissance et de sa majesté , s'y montre comme un père au milieu de ses enfants. Les touchants récits de la Bible, la vie des patriarches, l'histoire de Joseph, les miracles de Moise, ies merveilles de la terre de Chanaan, l'enfance de David , la sagesse de Salomon , la jeunesse miracoleuse de Daniel, la verte et valeureuse vieillesse du premier des Macchabées, et plus tard, la vie du Sauveur, dont tous les pas sur la terre sont marqués par des bienfaits : tout ici parle au cœur, à l'intelii* gence, à l'imagination de l'enfance ; tout est fait pour l'intéresser et Ijii plaire.
Il serait à désirer que les élèves les moins instruits, ceux qui fréquentent l'école le moins longtemps, connussent au moins le catéchisme historique de Fleury. A l'égard de ceux qui peuvent recevoir une instruction plus développée, nous ne vous indiquerons aucun livre en particulier. Vous pouves choisir, parmi les histoires saintes revêtues d'une approbation épiscopale, celles q«i satisferont le plus le maître et qui vous paraîtront offrir le double caractère d'un enseignement simple et intéressant. Nous n'avons pas besoin de vous inviter à compléter autaut que possible cette étude par une histoire abrégée de l'Eglise : nous sommes convaincu qu'elle est très propre k donner a la jeunesse une idée exacte de notre sainte religion et des bienfaits qu'elle a répandus sur le monde : tous vos efforts tendront à la propager.
Nous regardons aussi comme fort utile de ne pas laisser ignorer aux «nfaais les p rinelpaux traits de l'histoire religieuse de leur diocèse. L'intérêt que nous éveillerons pour les stinls personnages qui ont été les apôtres de l'Évangile dans telle ou telle province» les fondateurs des instftutioBS , les créateurs des établissements dont les bienfaits se sont perpétués jusqu'à nos jours, ne peut que les affermir dans la foi de leurs pères, dans le respect des pieuses traditions de l'antiquité, et dans leur attachement peur le sol natal. Aussi, faisons-
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nous préparer en ce inoment et dans ce but une histoire des saiots fondateurs ou bienfaiteurs de Téglise de Bordeaux. Ce sera un n^oyen de rendre populaire les noms bénis des Delphin , des Seurin , des Amand, des Paulio, des Macaire, des Uomain, des Galiicien, des Ëmilion, des Simon Stock, des Léonce et des Gérard. Tous ces noms étaient tombés dans un ingrat oubli : pourquoi ne pas les faire revivre au milieu de nous ?
Enfin , pour couronner renseignement religieux, vous tiendrez la main à Texéculion des règlements qui prescrivent aux instituteurs de faire apprendre, chaque semaine, l'Évangile du dimanche. Les enfants le récitent en classe le samedi : cet usage est excellent; vous veillerez à ce qu'il se maintienne dans les écoles où il existe déjà , et à ce qu'on l'introduise dans celles ob il ne serait pas encore en vigueur.
L'Ëvangile ainsi appris de bonne heure, répété pendant plusieurs années, non-seulement se gravera dans la mémoire des enfants, mais laissera dans leur cœur de profondes et salutaires impressions. Ce sera le véritable fonds de vérités éternelles, qu'aucun mensonge, aucun sophisme ne pourra altérer plus tard. Ce sera ce bouclier de la foi dont parle Tapôtre , qui les garantira des atteintes du siècle plus que ne le peut faire aucune parole humaine. Ces impressions seront fortifiées par les. exercices de piété, savoir : les prières du matin et du soir, l'assistance aux offices de l'église les dimanches et les fêtes, sous la surveillance de l'instituteur, et la fréquentation des sacrements.
Quant aux prières qui doivent se dire tous les jours en classe, vous déterminerez vous-mêmes ce qu'il convient de faire, en ayant égard a l'âge des enfants, dont il serait imprudent d'exiger des formules trop prolongées. En général, il sera bonde s'en tenir, pour le matin et pour le soir, aux prières qui se trouvent dans le catéchisme du diocèse.
Ou commencera la première classe du jour par la prière du matin, suivie du : Venesif Esprii saint; on la terminera par VAngelus, le SimveneZ'i)(}u$ et le Benedieite. On commencera la classe de l'aprèsmidi par les grâces, suivies du : Venex^ Esprit saint; on la terminera par la prière du soir.
Nous appellerons aussi votre attention sur la manière de réciter les prières, si propres à faire naître et a entretenir les sentiments reli-
gieax des enfants. Trop souvent on leur laisse contracter des habitudes de légèreté et d'inattention, qui les suivent dans tout le cours de la yie. Il en est ainsi lorsque, suivant l'usage le plus général, la prière est dite exclusivement par les élèves. Invitez le maître à la faire lui-même fréquemment, afin qu'il donne l'exemple du calme et du recueillement avec lesquels on doit parler k Dieu. Qu'il les ac> coutume a articuler les réponses gravement, posément, sans bruit, avec ensemble, ce qu'on obtient sans trop de peine, pour peu qu'on y tienne la main.
En ce qui concerne l'assistance à la messe et aux vêpres , nous n'avons rien de particulier i vous prescrire'. Vous savez que les règlements obligent le maître h y conduire ses élèves ; nous sommes persuadé d'avance qu'il se montrera ponctuel dans l'accomplissement de ce devoir. Si vous pouvez compter sur lui, il n'en est pas toujours de même des parents, dont l'indifférence paralyse son zèle. Encouragez , soutenez ses efforts par les moyens qui sont en votre pouvoir. Ainsi, n'admettez à la première communion que les enfants qui, pendant les années précédentes, auront assisté régulièrement aux offices et au catéchisme. Ayez soin aussi de les placer a l'église de manière, non-seulement que le maître les surveille facilement, mais encore qu'ils puissent voir les cérémonies. Lorsqu'ils sont trop loin de l'autel, ils restent étrangers à ce qui s'y passe, la distraction s'empare de leur esprit» leur cœur est soustrait à l'influence que la majesté du culte exerce sur les fidèles. Il n'y a plus pour eux ni participation à la prière commune, ni aucune de ces émotions qui alimentent la piété et déterminent quelquefois les plus nobles et les plus héroïques vocations.
Nous vous avons déjà priés de vous entendre avec l'instituteur pour fixer l'heure de vos instructions à l'école : déterminez de même, d'un commun accord, les instants où vous appellerez les enfants au tribunal de la pénitence , les jours et les heures de vos catéchismes.
Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur les méthodes à suivre pour l'enseignement de la lecture et de l'écriture; les observations générales que nous faisons ci-après suffiront à cet égard. D'ailleurs, vous savez que la meilleure méthode pour un maître est celle qu'il comprend le mieux et qu'il enseigne avec le plus de plaisir. Toutefois, il en est de tellement imparfaites, de tellement vicieuses,
qa^ellet sont de nature à exercer une fâcheuse influence sur le }oge* ment et les habitudes des enfants. Il est donc à désirer, quand elles sont malheureusement établies, de poufoir successivement les amé<« liorer et les remplacer.
Si les détails nécessités par le développement de la seconde partie de notre travail, paraissent à quelqaes*uns s'écarter du but que nous devons nous proposer en écrivant ici comme chef spirituel du troupeau, qu'on n'oublie pas qu'à ce titre nous joignons « depuis près de vingt ans^ celui de membre des conseils académiques de Nancy et de Bordeaux. En nous lisant, on se convaincra que nous avons eu l'in*tention de rendre plus sacrées, plus obligatoires, les prescriptions émanées des chefs du corps enseignant. Serait ce trop des efforts réunis des évéques et des recteurs de toutes nos Académies pour l'a-^ mélioration de l'enseignement populaire?
Cette instruction pastorale n'empiète sur les droits de personne; elle est adressée à MM. les curés de notre diocèse , qui non-seulement ont le droit d'enseigner le latin b trois oo quatre élèves, mais qui pourraient encore au besoin, en remplissant les conditions voulues par la loi , donner l'instruction primaire ; elle arrivera aussi & toutes nos communautés religieuses d'hommes et de femmes , accoutumées à reccToir delà bouche de leur évéque tout ce qui peut les aider h remplir dignement la tâche qu'un admirable dévouement leur impose.
Quand les enfants sont en état de lire couramment, Tactlon que vousavev k exercer devient plus directe, car alors commence, pour ne plus cesser, l'influence delà lecture sur l'éducation. En général , on ne sait pas assea tirer parti de la lecture dans les écoles ; on ne fait lire ni assez longtemps ni assez souvent , et on passe trop tôt h des exercices auxquels les enfants ne sont pas suffisamment préparés. Il ne s'agit pas seulement d'enseigner aux élèves à prononcer nettement, à articuler d'une manière distincte , mais encore de les mettre en état de comprendre ce qu'ils lisent, et pour cela, de leur expliquer le sens et la valeur des termes > la liaison des pensées; de leur faire sentir l'esprit caché sous la lettre, la vérité sous la forme ; de réveiller de bons sentiments à propos de nobles paroles, de travailler au développement de la conscience morale, tout en parlant h l'imagination. Fables, paraboles, traits
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d'histoire , découvertes , inventions , voyages, tou( sert au maître intelligent et zélé qui veut la gloire du Seigneur et le bien de ses élèves.
Mais le point essentiel, c'est qu'on ne se serve que de bons livres. Il y a malheureusement pénurie générale ^ cet égard dans les écoles rurales. Puis les parents, dans leur ignorance, s'imaginent que le premier livre venu est bon pour faire lire un enfant, et le désir de s'épargner une dépense les attache à cette erreur.
Combattez ï la fois les préjugés et Pavarice des familles. Plaidez la cause de vos ouailles auprès du conseil municipal ; obtenez-en l'acquisition d'un certain nombre d'ouvrages qui , mis entre les mains des élèves , serviront longtemps et ne grèveront pas beaucoup le budget annuel de la commune. Tftchez, de votre côté, de pouvoir prêter ou donner aux enfants de bons livres, qu'ils emporteront au foyer domestique et qui seront lus dans les longues soirées d'hiver.
Quand donc la société , battue en brèche depuis près d'un siècle par les écrits les plus irréligieux et les plus obscènes) coroprendra-|elle qu'elle ne peut se défendre qu'h armes égales ; que, tout le monde voulant lire, il faut prodiguer les ouvrages qui moralisent et édifient? Quand comprendra-t-elle qu'il est d^une utilité au oioins aussi incontestable de mettre à la disposition du peuple des bibliothèques instructives et religieuses, que de doter nos communes d'un chemin, d'un lavoir ou d'un hôpital?
Que les parents vous aident ou non, que les conseils municipaux vous assistent ou vous délaissent, votre devoir est toujours le même ; vous pouvez toujours le remplir. Vous avez toujours k veiller à ce que la semence jetée dans les âmes jeunes et pures soit de bonne qualité, à ce que le pain offert à ces intelligences novices soit d'une nature saine, à ce que les livres mis entre ses mains inexpérimentées soit scrupuleusement choisis, à ce que tout ce qu'ils renferment porte k la connaissance de Dieu, à l'amour et à la pratique du devoir.
.Rejetez non-seulement tout ce qui serait contraire aux mœurs et à la religion , mais encore ce qui ne serait pas de nature k exercer une salutaire influence. Ne perdez pas de vue que ces lectures doivent servir à donner aux élèves une foule de notions qu'ils ne recevraient point autrement, et que des livres' d'un caractère trop se-
rieux, trop abstrait, pourraient rebuter l'enfance et la dégoûter de la vertu, si on la présentait sous des formes tristes et ennuyeuses.
Mais Yos précautions seront inutiles si le maître ne vous seconde , comme elles seront toutes efficaces si, s'associant à votre sollicitude, il ajoute aux mesures de prudence indiquées une sanction toute pratique.
Combien il serait à désirer que l'instituteur fit chaque jour a toute la classe une lecture sur des sujets variés, qu'il commenterait et qui deviendraient pour lui l'occasion d'une foule d'explications et d'avis utiles ! Les veilles des dimanches et fêtes, elle aurait pour objet l'explication de la solennité du lendemain ; les autres jours elle roulerait sur des points différents, tels qu'ils conviennent à des enfants qui ne savent rien et qui ont tout à apprendre : des récits de l'histoire de France , des anecdotes morales , des notions sur les sciences naturelles, l'agriculture, l'industrie, l'économie domestique. Parmi les ouvrages propres à remplir ce but, nous pouvons en indiquer plusieurs : Le Livre de lecture courante de M. Lebrun les Loisirs d'un Curé, le Peuple instruit par ses propres vertus , Pierre Giberne^ Antoine^ Simon de Nantua avec le caractère essentiellement catholique que l'auteur se propose de donner à une nouvelle édition; la Pieuse paysanne ^Mélanie et Luceiti^ la Veille de Noëlf les OEufs de Pdques, le Val d'or, le Curé de Bérilés, Réponses courtes et familières^ le Dimanche des soldats, la Caserne et le Presbytère, par MM. de Ségur.
L'écriture appelle moins votre attention que la lecture. Vous n'a* vez guère a intervenir dans cet enseignement , si ce n'est peut-être pour recommander au maître de veiller à ce que les enfants ne contractent pas des habitudes de corps qui puissent nuire à leur tenue et à leur santé.
Vous prendrez garde à ce que les modèles d'écriture placés sous les yeux des élèves ne contiennent que des préceptes moraux et des citations à leur portée ; car ici rien ne doit nous paraître indigne de la plus scrupuleuse vigilance. Un fétu enflamme l'œil; un mot peut pervertir une intelligence, une ligne fausser l'esprit, corrompre l'âme.
Dans le programme obligatoire, la loi place, à la suite de l'écriture, renseignement delà langue française. Remarques ce mot, dont on semble ne pas comprendre la portée ; car, dans la pratique ha-
bituelle, on enseigne la grammaire et non la langue. L'école rurale doit faire ce que, dans les yilles, les parents, les amis, les relations de société, font tout naturellement pour l'enfant des classes élevées, lequel parie nettement, correctement , souvent avec esprit et élégance, sans avoir jamais ouvert un livre, ni entendu citer une règle de syntaie. Pourquoi, dans les écoles, l'enseignement ne revôtirait-il pas ce caractère pratique ? Parler et faire parler les enfants ; interroger beaucoup ; obliger à des réponses qui deviendront, par i'babitude, promptes et claires ; ne serait-ce pas le moyen d'opprendre la langue aux enfants, au lieu de charger leur mémoire de définitions obscures, de règles difficiles, dont nos villageois n'entendront plus parler au sortir de l'école? Que leur bagage grammatical soit donc simple et léger. Apprécier la valeur des mots , construire logiquement la phrase, et savoir surtout se servir de la parole pour traduire nettement sa pensée, c'est tout ce qu'il faut de science pour former, non pas de petits philosophes, ce qui est inutile, mais des hommes raisonnables, usant avec convenauce et mesure des dons de Dieu et des trésors de la langue maternelle.
Voilà les idées que, dans vos entretiens avec les instituteurs, il faut leur faire goûter; et, pour les mettre sur la voie, recommandez à leur attention le livre que nous vous avons déjk signalé, V Enseignement régulier de la langue française^ l'un des plus remarquables ouvrages d'éducation, dont les principes ont été récemment mis en pratique dans un Coun élémentaire de langue française à l'usage des écoles primaires U
Nous désirerions trouver le même caractère de simplicité dans l'enseignement de l'arithmétique. Tout instituteur qui ne veut pas faire parade de science, s'efforcera de rendre l'étude du calcul intéressante par ses applications : il aura pour but, dans le choix des problèmes, de démontrer les avantages de l'ordre, de l'économie , du travail, ou les inconvénients de l'intempérance et de la paresse, les fâcheuses conséquences des vices et des passions, les suites funestes de certaines habitudes et de certains préjugés encore répandus dans diverses localités.
Ici s'arrête le programme des connaissances rigoureusement exigées, et il est probable que, dans le plus grand nombre des écoles
1 1. Cowfê éUmenlatre de langue /'ricncai^e^ par MM. Michel et Kapet.
nmles, Im élèvéfl n'iront pas au del^. Mieux yau^ eu effet, insister sur les connaissances indispensables et y arrêter assez longtemps les enfants pour quMIsles possèdent bien, que de passer trop rapidement sur ces éléments, pour effleurer d'autres études moins utiles. Cependant la loi, prévoyant qu'il y aurait des cas ob ce programme serait Insuffisant, a voulu indiquer un supplément d'études.
SI dans les écoles rurales on s'en tient généralement aux strictes limites du programme, néanmoins il y a des localités oh l'instituteur peut, avec avantage, ajouter i son enseignement quelques-unes des connaissances facultatives ; ce sont les villes et les bourgades où l'exercice de l'industrie, du commerce, de l'agriculture, demande , soit des applications plus nombreuses de l'enseignement élémentaire, soit des connaissances spéciales, et où, en même temps, les enfants suivent plus régulièrement et plus longtemps les écoles, et peuvent y recevoir par conséquent une instruction plus étendue. Il est facile de voir que le cadre des connaissances requises ne saurait suffire aux besoins de ces populations. Vous ferez donc une chose utile de favoriser, et de provoquer au besoin l'établissement de ce deuxième degré partout où l'affluence des élèves, les habitudes et les ressources des localités le rendent nécessaire.
Mais pour que ce double enseignement puisse marcher de front sans se nuire, il serait h désirer que les établissements où il est en activité eussent , comme chez les frères des écoles chrétiennes , un maître pour chaque degré ; ce qui devient plus facile depuis que la loi reconnaît des maîtres stagiaires et encourage leu^ institution.
En présentant ainsi aux enfants des marchands , des artisans et des fermiers une instruction, d'un côté, plus élevée et plus coniplète que l'enseignement primaire actuel, et de l'autre, mieux appropriée aux besoins de leur condition que l'enseignement secondaire, on les empêcherait d'aller perdre cinq ou six années à des études de latin et de grec, qui n*ont d'autre résultat que de les dégoûter des professions auxquelles ils sont destinés, de leur donner des habitudes, des goûts et une ambition qui, en les déclassant, font le malheur de leur vie et troublent la société.
Passons rapidement en revue, Messieurs, comme nous l'avons fait pour le premier degré, les diverses branches de connaissances ajoutées à l'enseignement du deuxième, et voyons jusqu'à quel point et dans quel esprit vous pouvez exercer ici une favorable influence,
MHS empiéter toutefois sortes attributions réservées k l'autorité aca* démique, et même en secondant ses vues.
L*histolre occupe le premier rang. Déjb, Tbistoire du peuple de Dieu et celle de l'église ont initié les enfants & ce nouveau genre d'étude. Il fie s^agit donc que de le compléter en y rattachant des notions générales sur les divers peuples de l'antiquité et des temps modernes. En les groupant ainsi autour de l'étude de la religion, on leur donne un lien commun, qui permet de les embrasser avec plus d'ordre et d'ensemble. L'action de la Providence dans le développement de l'humanité devient plus visible, et le but oil tendent toutes les nations appelées k la connaissance d'un même Dieu, à l'observation d'uue même loi, aux bienfaits d'une même rédemption, apparaît de plus en plus évident.
N'oublious pas cependant que l'histoire de notre pays exige une élude plus développée. Si elle ne devait consister que dans un exposé de dates arides , dans une fatigante nomenclature de batailles, de traités et de noms propres , on ne voit guère le fruit que les élèves pourraient en retirer.
Ce que l'éducateur doit se proposer en faisant connatire aux élèves la série des événements les plus remarquables , des faits les plus éclatants, des personnages les plus illustres par leurs talents, leurs vertus ou leurs services, c'est d'inspirer, avec le respect des tradi^ tions nationales, l'amour de la patrie et par là même un noble désir d'imiter ceux qui ont bien mérité du pays.
Sans doute , le simple abrégé de l'histoire qu'on met entre les mains des enfants, ne peut suffire, dans sa sécheresse , à développer ces nobles et utiles sentiments, ces impressions vives et durables, qui supposent le récit détaillé des faits, l'appréciation des caractères, des mœurs, des hommes proposés comme modèles. Il faut donc suppléer à l'insuffisance de l'enseignement classique , par une série de lectures bien choisies, doul on exigera périodiquement des résumés, faits de vive voix par les élèves, suivis de questions posées et d'explications données par le maître : pour la clarté du récit et la suite des événements, ces explications seront toujours appuyées sur les tableaux chronologiques, qui deviennent le cadre où se fixe le résultat et des lectures particulières et de celles faites en commun , soit à la fin de la classe pour les garçons, soit pendant les heures de travaux à l'aiguille pour les jeunes filles.
De même que renseigoement de Thistoire doit, en donnant Tindispensable connaissance des faits, élever l'âme et ennoblir les sentiments du jeune âge, ainsi la géographie, tout en lui donnant la description matérielle du monde, doit parler à son cœur et à son intelligence, en lui exposant avec le langage de la foi, la grandeur de l'œuvre de Dieu, les merveilles de la création, les prodiges de son inépuisable fécondité , l'invariable régularité des lois qui régissent l'univers, la parfaite harmonie qui unit entre eux tous les règnes de la nature.
Ces vues d'ensemble, si propres a exciter l'admiration , la reconnaissance envers le Créateur , ne nuiront en rien aux leçons techniques, qui se réduiront k l'étude attentive des cartes et des questions résumées dans une méthode déjà en usage dans les écoles et qui ne forme qu'un cahier de quelques pages.
C'est encore à un système de lectures convenablement choisies qu'il faut recourir, au sujet de quelques autres connaissances énu* mérées dans la loi et pour lesquelles on ne saurait avoir la prétention de créer des cours méthodiques dans les écoles primaires.
Du reste, la loi a indiqué le caractère et les limites de cet enseignement en le restreignant il des notioni des sciences physiques et de Vhistoire naturelle, applicables aux usages de la vie , en excluant par là même toute prétention scientifique, toute exposition de théories, de systèmes, que ne comportent ni l'âge ni le degré d'instruction des élèves, ni le temps passé à l'école.
Recommandez donc aux instituteurs de se garder de faire parade de connaissances techniques, qui n'ont de valeur qu'autant qu'elles sont â la portée des enfants et qu'elles s'appliquent aux usages et aux besoins de leur condition. Il en sera de môme des instructions élémentaires sur l'agriculture, l'industrie et l'hygiène , dont il est question dans la loi.
Il est évident qu'il ne peut s'agir ici ni de cours réguliers , ni d'expositions savantes, ni de traités spéciaux à mettre entre les mains des enfants.
C'est un but pratique , simple et indiqué par le bon sens qu'il faut atteindre. Et pour cela, vous n'aurez pas de peine à faire comprendre à l'instituteur que sa tâche, sous ce rapport, consiste surtout k saisir toutes les occasions de donner à ses élèves quelques sages conseils; à leur montrer les inconvénients d'une habitude vicieuse ;
a faire de temps a autre des promenades destinées a reconnaître les insectes, les plantes, les terrains, les progrès de la végétation ; à indiquer sur les lieux mêmes Tinfluence des saisons , des divers états de Tatmosphère, du éours des rivières ; k donner, autant que possible, la raison des phénomènes naturels; en un mot, a montrer partout le doigt de Dieu et sa miséricordieuse et puissante sagesse , de qui, selon l'Écriture, dépendent la force des éléments, la nature et les instincts des animaux , la variété et les vertus des plantes, les vicissitudes des saisons, les révolutions des années, l'harmonie des étoiles : Ipse enim dédit mihi ui sciam virtuiei elemenlorum^ t^tcMsitudinum permutatùmeê et commutationet tempfyrum, anni eut'' sus et stellarum dispositionet ; naturas animalium et iras bestiarum, vim ventorum et virtutes radieum ^
Pour être en mesure de venir, sur ces diverses matières, en aide a rihstituteur, peut-être aurez-vous besoin de reprendre vous-mêmes les études qui vous ont autrefois occupés ; mais ce ne sera ni sans attrait ni sans profit que vous évoquerez d'anciens souvenirs et que vous vous tiendrez au courant des progrès journaliers de la science.
Parmi les branches de renseignement facultatif, la loi comprend encore :
L'arithmétique appliquée aux opérations pratiques, l'arpentage, le nivellement, le dessin linéaire.
Le dessin linéaire a peutrêtre été beaucoup trop négligé jusqu'ici dans la plupart des écoles. Gela tient sans doute à la manière vicieuse dont il y a été compris et euseigné. Ou l'a presque toujours confondu avec le dessin artistique et d'ornementation , comme s'il se fût agi de former des peintres et des architectes , tandis que celte étude doit avoir pour but :
4° De former le coup d'œil et d'exercer l'enfant à bien apprécier les distances, les dimensions, les formes des objets ; 2° d'assouplir la main en l'exerçant a reproduire ces mêmes objets avec une parfaite exactitude au moyen du crayon. Y a-t-il quelqu'un qui n'ait à tirer grand profit d'une semblable étude? Quant a la marche à suivre, la nature elle-même l'indique.
Outre les avantages matériels que procurera nécessairement à tout