‹ De l'éducation populaire dans l'Allemagne du nord, et de ses rapports avec les doctrinesChapitre 19 sur 107 · M. Paur, rapporteur du comité des Ecoles · texte numérisé non relu

M. Paur, rapporteur du comité des Ecoles

5. Voyez notamment le remarquable discours de M. Von Ketteler, aujourd'hui évoque de Mayence , et ceux de MM. Hoffmann et Knoodt, t* Les Ecoles , dit-on, doivent ne se proposer qu'un but indéfini. J'avoue ne pas bien comprendre ce qu'on veut dire. Ne pas avoir de but déterminé, cela est bon pour l'écdlier, jamais pour le maître. Nos écoles pri* maires ne sont pas de celles où l'on cherche le progrès objectif de la science, mais bien de celles où l'on fait participer les élèves aux résultats acquis. Une école qui n'a point de système fixe n'est autre chose qu'un enseignemept mutuel où la jeunesse esUivrée à elle-même... On prétend

les théoriciens de Y émancipation^^ il nous faut la séparation de l'Église et de l'État, de telle sorte que tout ce qui porte le nom d* église soit anéanti, que ce qu'on nomme église disparaisse de la terre sans laisser de trace, et retourne au ciel , qui est sa patrie ; au ciel que nous connaîtrons après notre mort, mais dont nous ne voulons rien savoir aussi longtemps que noQs sommes sur la terre.. .. Abolissez donc tout ce système qoi inculque à l'homme, dès son enfance, des croyances futures!... Il faut pouvoir être athée*. »

Nous voUà bien « en pleine mer;» « élançons-nous, advienne que pourra ! > M. Diesterweg doit être satisfait.

Ajoutons ce simple fait. L'article proposé par le comité des écoles et soutenu devant l'Assemblée nationale de Francfort, on vient de voir dans quel esprit , fut adopté , sur l'appel nominal, par 316 voix contre 74.

que VÊglise donne une certaine direction à Técole, direction exclusive et qoi n^est jagée bonne que par un parti religieux. Sans doute ! la direction des écoles protestantes n'est point approuvée par Tégiise catholique, et la direction des écoles catholiques n^est pqint approuvée par Téglise protestante. Quoi de plus naturel ! et que voulez-vous donc faire de la liberté de conscience? Que chaque église soit satisfaite de ses écoles, Toilà ce qoi est juste. Changez cela, et tout le monde, au contraire, sera mécontent, hormis les indifférents et les athées, n (Discours de M. Hoffmann.)

• La mission de TËcoIe est de s'appuyer sur les croyances et sur les mœurs traditionnelles, de les répandre, de les éclairer, de développer toat ce qui a droit de survivre aux accidents passagers. Ceux qui veulent briser tout lien entre l'Ëglise et Técole , qu'ils le sachent ou qo'ils l'ignorent, ne tendent à rien moins qu'à déraciner les mœurs nationales. Ils veulent former une génération qui soit entre leurs mains le docile instrument de plans prémédités. N'organisez point les écoles de manière à ce qu'il iioitporté atteinte à la foi populaire, aux fondements de la vie de famille et ùe la vie communale ; car là vit toojoors un sentiment chrétien, et c'est e seul sur leqoel noos puissions fonder la liberté et l'unité de l'Allemagne, f» (Disc, de M. Knoodt.)

i. Disc, de M. Vogt.

Il est inutile d'insister. On peut apprécier maintenant , avec quelque netteté, les tendances générales de renseignement populaire dans l'Allemagne septentrionale ; on peut mesurer la tâche réparatrice qu'unies dans une sorte de ligue du bien public, FÉglise, la commune, l'État, toutes les forces du pays doivent entreprendre et accomplir, sous peine de dissolution sociale.

V Église, dans les contrées protestantes d'Allemagne, conserve: t-elle la vertu intérieure, la vigueur morale suffisantes pour servir puissamment, dans une lutte de ce genre, et la commune et l'État? Problème délicat et que je n'examine pas en ce moment. J'indique seulement ici deux conclusions qui ressorient, pour le résumer, de l'exposé qui précède'. Premièrement, l'école est le point où converge, en modifiant plus ou moins ses formes, toute idée mise en circulation dans les sphères supérieures de l'intelligence; elle est le petit monde où se résume le grand. Pas une doctrine, où qu'elle naisse, pas un sophisme, d'où qu'il tombe, qui ne s'y reflètent comme en un miroir. Tout ne part pas de l'école, mais tout y aboutit.

En second lieu, un abime sépare, pour certaines parties de l'Allemagne, la période pédagogique actuelle de la période dont j'ai, plus haut, tracé rapidement l'histoire.

La profondeur de cet abime a terrifié d'excellents esprits. Au delà du Rhin, on a poussé des cris d'alarme qui sont presque des cris de désespoir : « Hélas ! repètent des voix aile* mandes, les secousses révolutionnaires ont déchiré le voile qui abritait la suprématie rêvée [den Schleier von der getraum-ien Herrlichkeit) du système scolaire allemand, et la statue dévoilée n'a plus montré qu'une face déshonorée et flétrie. 11 faut bien le confesser : l'école allemande n'a pas soutenu l'épreuve*. » — « Avouons le mal, répond une autre voix, et que

1. Die Reform der Volksschuk^^pds J. G. Gurtman, directeur du séminaire de Friedberg, p. 5 (1851).

chacun en soit enfin convaincu : la substance de toute éducation est donnée par FËglise, l'État, la commune, la famille; il est insensé de vouloir remplacer par quelque autre influence ces éléments de la vie morale^. »

Ainsi, la sincérité des aveux égale l'étendue de la faute.

Et maintenant , comment la transformation que je signa* lais s'est-elle opérée? Quel est le coupable et quels sont les complices?

Il faut; pour résoudre le problème, connaître le rôle des trois puissances qui, en Allemagne, comme ailleurs, président à la direction de l'éducation populaire. Il faut étudier l'influence de l'État, de l'Église, de la science pédagogique. La seconde partie de notre livre va être consacrée à cette étude.

C'est à l'État qu'en droit comme en fait, est aujourd'hui attribuée la plus large part dans le gouvernement intellectuel de l'Allemagne. L'action exercée par l'État sera donc le premier objet de nos recherches.

Le rôle de cette puissance est officiellement inauguré, au point de vue de l'enseignement, dans les différents pays de l'Allemagne du nord, vers l'époque où fut publié YAUgemeines Landrechiy et où la Prusse inscrivit ces mots dans son Code : a Les écoles sont des établissements de l'États » .

1. EinnchtungS'und Lehrplanfiir Dorfschulen, par Th. Goltzsh.

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