‹ De l'éducation populaire dans l'Allemagne du nord, et de ses rapports avec les doctrinesChapitre 41 sur 107 · Sonntags-hMt^ von Uhlich, 3« année · texte numérisé non relu

Sonntags-hMt^ von Uhlich, 3« année

« Notre dogme, c'est de n'en avoir pas. Les anciennes religions ont successivement répondu aux besoins de l'humanité, en offrant à son intelligence des formules différentes. La religion d'aujourd'hui consiste à saisir les lois de ce développement indéfini. Notre religion n'est autre chose que la fleur dont l'épanouissement signale chaque progrès de l'esprit bumain {die Bliithe die der Menschengeisf injeder Zeit hervortreibt)^ et notre profession de foi, — si nous pouvons nous servir de ce terme vieilli, — se résume en ceci : Amour de l'humanité 1 — Et Dieu, qu'en faites-vous? — Je pense qu'il y a dans la nature une force qu'on appelle Dieu, et je crois peut-être (viel^ leichi) à l'immortalité de Fâme. — Peut-être I c'est de la prudence; et décidément vous ne mourrez pas d'orthodoxie Mais quelle idée vos fidèles de Magdebourg se font-ils de cette force qu'on appelle Dieu? -^ Aucune idée uniformément adoptée par tous ; chacun se représente la Divinité à sa manière, selon la diversité des esprits. Ce que je puis dire, c'est que le Dieu de l'ancienne religion, un Dien distinct du monde {einen Goit ausser der Weli)y\in tel Dieu nous ne le connaissons pas, »

Négation de la personnalité divine, voilà le terme auquel aboutit, pour M. Uhlich, la revendication hautaine des droits de la souveraineté individuelle. Et telle est bien la pensée du pasteur; car je retrouve cette pensée développée presque à chaque page de la Feuille du Dimanche. M. Uhlich se défend d'être athée; et, en effet, il prononce souvent le nom de Dieu, et n'abrite ses négations ni sous le système de Feuerbach, ni sous la théorie de Bruno Bauer; de même encore il prétend au litre de chrétien, parce qu'il répugne aux pitoyables arguments qui traioent dans l'arrière-fond des écoles allemandes, contre l'existence même de la personne du Christ. Mais, en vérité, qu'est-ce que le Dieu de M. Uhlich? Rien de plus que le Dieu du chef actuel de l'extrême hégélianisme, mh^ puissance

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00 une force gui vit en tout ^ , Xâme du mande qui palpite en toute chose\ qui trouve son expression la plus haute dans Fesprit de rhomine, et qui ne doit pas en être distingué : voilé le Dieu de M. tJhlich. Or, lisez le Nouveau Christianinne de M. Michelet (de Berlin), et demandez au philosophe hégélien s'il entend désavouer ce Dieu-là !

Avec une semblable théodicée pour base, que devient la morale?

Dans son Catéchisme, je me hâte de le dire, H. Uhlich ne révèle que des intentions honnêtes. L'homme, dit le pasteur, sans grandes prétentions à la nouveauté philosophique, trouve en lai-même une triple loi, la loi du vrai, la loi du bon, la loi do beau. En obéissant à ces lois il obéit à f^a conscience, il accomplit le devoir (Pflichi). Or, l'homme est tenu à Taccomplissement du devoir, en dépit de ses passions premièrement, et ensuite en dépit des obstacles extérieurs. Pourquoi? Parce que faire son devoir c'est, pour l'homme, suivre les lois de son être.

De ce principe, M. Uhlich déduit des préceptes dont assurément il faut souhaiter l'application : c ...Que l'amour de tes semblables l'emporte sur l'amour de toi : le propre de l'amour est de s'oublier soi-même, et de trouver son bien dans le bien de son frère... > Rien de mieux. « ... Donne à ton âme la jouissance du beau, dit encore M. Uhlich. Cette jouissance, le plus pauvre peut la trouver dans la nature. Orne le monde, autant qu'il est en toi, des attraits de la beauté : il reste encore beaucoup h faire pour que le monde devienne le jardin de Dieu. Les peuples anciens, les Grecs, ont, en cela, fait plus que nous; mais c'est le crime de beaucoup

1. SonntagS'Blatt da !•' février 1852, dans ud article intitolé (Insère Aussichten^ et da 18 janvier, dans le morceau : Gott mit uns. 3. Catechistnus, p. 31.

d'bommea de nos jours de poursuivre le beau, sans se sonder du bon. > -^ Quoi de plus innocent, je vous prie?

« La pudeur t'a été donnée pour t'empècher de faire ce qui offenserait la délicatesse des autres hommes... Sois chaste! l'homme s'abaisse en vivant à la manière des bêles. La volupté est'un feu qui dévore. Sois chaste dans tes paroles et dans tes pensées. »

Voilà qui est irréprochable* M. Ublieh parle du devoir et des lois, il faut bien lui en savoir gré : mais c'est là évidemment, chez lui, une vieille réminiscence de la pensée chrétienne, qu'il invoque encore au moment où il la déserte, et qu'il n'affirme qu'en se démentant.

L'honune en accomplissant le devoir suit la loi de son être, qui vous l'a dit? Demandez à Fourier! A côté de l'idée du devoir, Fhomme trouve en soi, vous le déclarez vous-même, l'impulsion de Y instinct. De l'instinct ou du devoir, lequel suivrai- je? Le premier comme le second, antérieurement au second, se révèle et commande. De quel droit l'immoler? Pourquoi le divin, dos Gotiliche, comme vous dites, ne serait-il pas dans l'un autant et plus que dans l'autre? Et, en effet, qu'est-ce que l'instinct? l'impulsion donnée par la nature antérieurement à la réflexion. Or, si la nature se confond avec Dieu, si la nature, conséquemment, est sainte, comment et pourquoi la combattre? Ce n'est plus de Finstinct qu'il faut se défier ; e^est la réflexion, réaction de la pensée contre l'instinct, qu'on doit tenir pour suspecte. Ce n'est plus le devoir, idée factice et création arbitraire, qu'il faut glorifier, c'est Vattraction passionnelle. Et, à la place de cette théorie qui prouve à la fois et l'honnêteté de votre esprit et son inconséquence, ô pasteur Uhlich, il faut introniser un de ces systèmes qui battent en brèche les vérités morales dont vous vous dites, eu toute naïveté, le défenseur. Vous avez cru dresser un pié-

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destal pour la statue da DeToir; il vons faat y élever la statue de la Passion.

Et, d'ailleurs, que parlez^-vous de loisy quand vous n'osez donner à ces lois, par de là cette existence d'un jour, ni sanction ni point d'appui ; et que, pour fondement de la vie morale, vous ne posez qu'une énigme i peut-être! ha personnalité de rhomme subsiste-t-elle après la mort, ou, comme on disait autrefois, l'Ame est-elle inmiortelle? Il est permii de V espérer, répondez*vous. Permission magnanime, mais que la sagesse antique accordait déjà k l'humanité, il y a 2,000 ans ! Encore, vous ne donnes cette permission qu'au prix d'une contradiction nouvelle. Car, à la manière dont vous concevez Dieu, si l'esprit est permanent dans la nature qui demeure, il ne l'est pas dans les individus qui se succèdent.

C'est après avoir donné au genre humain, pour le guider vers Tavenir, un «aseignement de cette nature, que le pasteur Uhlich s'écrie d'un ton qui fait sourire : < .... Yoilk notre religion! Les autres hommes ont le droit de comprendre la religion autrement que nous. L'histoire bous apprend que toutes les religions , jusqu'à ce Jour , ont été impuissantes à conduire l'humanité dans la voie de ses hautes destinées, ou qu'elles ont même entravé sa marche. >

Que M. Uhlich se soit insurgé contre l'évangéiisme légal, qu'il ait invoqué contre une autorité sans titres le principe même du protestantisme, pour ma part, je n'y trouve rien à redire : «'est affaire de famille entre lui et l'Église officielle. Que cette Église se défende, et que le conseil supérieur ecclésiastique aiguise de fins arguments contre le plat ratiomUsme^ du pasteur I Je dirai plus: dans cette partie de l'entreprise de M. Uhlich, ce n'est pas en faveur de Tévangélisme orthodoxe que s^éveillent en moi des sympathies. Le pasteur,

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