Sonnstags blatt
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Voilà quelle était en 1845 la profession de fol de soixante à quatre-vingts pasteurs de FÉglise éVângéliqne, quel était à leurs yeux le fondement de VÉglUe protestante.
Qu'cm ne se méprenne point sur notre pensée. Je ne reproche pas à M. Uldich d'avoir rompu en visière avec le dogmatisme protestant. Je serais plutôt tenté de lui en savoir gré. Il a fait preuve, en cela, de sincérité et de courage. IL Uhlich n'est pas une sorte de vicaire savoyard pensant non, disant oui : ce qu'il pense il l'enseigne; or, le principe protestant une fois posé, de quel droit enchaîner Fesprit dans les liens d'une formule? Le protestantisme n'a de raison d'être qu'à la condition de frayer la route à la libre pensée ; il est le commencement du rationalisme; il est cela ou il n'est rien. Seulement, une fois le frein brisé et la carrière ouverte , reste à savoir où s'arrêteront la logique et le désespoir de Fesprit humain.
Nous avons constaté le point de départ de M. Uhlich, indiquons maintenant ce qui est, pour lui , le point d'arrivée. Ce sera faire connaître le chemin parcouru, sous Fimpulsion de certains pasteurs et de certains maîtres d'école, par une fraction considérable des populations protestantes de FAllemagne du Nord. Pénétrons plus avant dans la théorie des libres communes : c'est ici que Henri Heine pourra dire :
f Nous laissons le ciel aux anges et aux moineaux'. »
En accusant les doctrines du pasteur de Magdebourg , je n'entends point mal parler de sa personne. J'ai vu de près M. Uhlich ; il m'a reçu sans défiance, quand je lui étais parfaitement inconnu ; il m'a introduit dans Fintimité de sa vie
!• Den Himmel Uberlassen wir
Don Engeln und den Spatzen. {DeuitschXa'nd,)
BÔLE DE l'e6USB ÉTÂNG^IQUE. A 67
de faiiiffle avec cet abandon plein de simplicité qu'on ne tronre, je crois, qu'en Allemagne; et Je n*y al rien vn qui ne commandât le respect '•
Je m^interdirais de reproduire les termes d'une profession de foi que, dans le laisser aller d'an tAte à tète, m'a faite le pastenr de la libre commune ; mais je retrouve cette profession de foi dans le Caiechisme^ à l'usage des familles, et dans la FeuiUe du Dimanche {Sofmtagê'Bhtt)^kXvM%e de tout le monde. Évidemment, il n*y a ici de secret pour personne, et le scrupule n'est pas démise. Écoutes-donc le symbole actuel du pasteur Uhlich : c'est celui d'un nombre considérable de fidèles dans presque toutes les villes de l'Allemagne du nord.
1. Il faut pénétrer, pour se rendre chez M. Uhlich, au fond du quartier populeux de Magdebourg. Pétais conduit par un pauvre diable à qui j'ai demandé ce qu'il pensait du pasteur de la libre commune. «C'est le roi des prolétaires, m'a répondu le va-nu-pieds , mais un roi qui n'est pas riche, et qui boit de l'eau plus souvent que du vin. Parlons plus bas, a-t-il ajouté, en baissant la voix, la police n'aime pas que des étrangers aillent rendre visite au pasteur Uhlich. • — J'ai frappé à une humble porte de la Wallonbergerstrasse.Une jeune fille, gracieuse enfant de douze à treize ans, aux joues roses, aux tresses blondes, est venue m'ouvrir en chantant. La chambre où j'ai été introduit était petite, d'un ameublement plus que simple, garnie de livres. Des plantes grimpantes tapissaient la fenêtre et disputaient l'entrée aux rayons du soleil, qui miroitaient, en se jouant, sur une muraille lézardée. Le pasteur lisait, assis devant un bureau*
M. Uhlich est un homme de soixante ans , environ ; assez grand , maigre de visage et de corps. Ses yeux, petits, ternes au premier abord, s'animent bientôt d'une expression de bonhomie qui n'est pas sans finesse.
Ronge , quand il se faisait peindre pour la postérité , avant de s'évanouir dans le ridicule , s'affublait d'un costume de héros, le poing crispé sur une Bible, le regard enflammé , la tête haute. M. Uhlich , en effigie comme en réalité, porte simplement la redingote et la cravate noire des mortels ordinaires. Il en est de sa physionomie et de toute sa personne, comme de sa conversation : point d'affectation ni de désir de 'poser; rien de prétentieux ni de théâtral.
2. Katechismus , von Uhlich, précédé d'une dédicace aux pères, aux mères et aux maîtres. Magdebourg, 1851.