‹ De l'éducation populaire dans l'Allemagne du nord, et de ses rapports avec les doctrinesChapitre 47 sur 107 · F. troisième parlie> chap. IV · texte numérisé non relu

F. troisième parlie> chap. IV

donné ma leçon sans l'avoir convenablement préparée. Aidemoi , ô mon Dieu , pour que je n*aie plus à m'adresser ce reproche. C'est une illusion de se dire à soi-même : Sois tranquille» tu es maître de ton sujet. Le manque de préparation entraîne beaucoup de fautes ; aide-moi , Seigneur, pour que j*imite de mon mieux, dans mon enseignement, la manière divinement simple, courte et saisissable de ton bien-aimé fils. Que je me demande toujours avant la leçon : Est-elle nécessaire? est-elle à la portée des auditeurs 7 est-elle présentement la plus profitable? »

Tel était Overberg ; et tel est , en même temps, le type de l'instituteur nourri des principes puisés à la source de la tradition. Or, l'esprit d' Overberg ne s'est pas retiré des établissements qu'il a créés ; il ne cesse point d'animer les amis de l'éducation que, dans les différentes parties de l'Allemagne catholique, dirige encore le souvenir du maître.

Overberg n'a point eu la prétention de créer un système. Pour lui, le point de départ est fixé d'avance, et la base de son enseignement pédagogique est posée par une main plus forte que la main de l'homme ^ Ce point de départ, c'est la vérité révélée ; cette base, c'est l'autorité religieuse invoquée avec amour, acceptée sans discussion. La tradition, pour lui, se manifeste par trois interprètes, l'Église, la Famille, la Commune : rËglise, personnification et gardienne de la loi morale; la Famille, sanctuaire où l'âme de l'enfant s'abrite contre les atteintes du dehors; la Commune, théâtre modeste sur le* quel doivent se développer les facultés du jeune homme, pa-

1. F. les œuvres d'Overberg, passim, spécialement le manuel intitulé : Anweisung zum zioeckmàssigen SchulurUerricht fur die Schullehrer : • ... wenn ihr aile mit vereinigten Krâften das thSitet, was ihr thun mUsstet und kOnntet , wie viel glUcklicber wUrden viele Menschen im Leben und im Tode sein ! • (Gb. l^^*, de la nécessité de l'instruction,)

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trie au sein et an profit de laquelle il faut s'efforcer de con* centrer l'activité comme les affections de l'homme fait.

' La pédagogie protestante a présenté des garanties analogues, tant que, réagissant contre les conséquences logiques de la révolution religieuse du seizième siècle, elle s'est appuyée sur la base du dogme chrétien : en regard de la statue d'Overberg, il faut élever celle de Francke.

Après la création des célèbres établissements de Halle, des disciples fidèles s'efforcèrent de développer, dans toutes les parties de l'Allemagne, les principes pédagogiques de Francke. Le comte de Zinzendorf fondait ses instituts de Neuwied, de Niesky, de Hennersdorf, etc., sur la base d'une sorte de pythagorisme chrétien ; et Lange, à Berlin; Rambach, à léna et à Giessen; Sarganech , à Neustadt; Steinmetz à Kloster-Bergen, etc., s'honoraient de porter haut et ferme le drapeau du piétisme intelligent de leur maître. Les idées fondamentales de récole de Francke peuvent se résumer ainsi * : •

L'éducation est la pénétration de l'âme par la foi chrétienne ; la vérité révélée en est , à la fois , le point de départ et le but.

Tout enfant porte en soi un germe de corruption. Lesfacultés qui se développent en lui sont viciées dans leur source. Il no s'agît donc pas seulement de quelques améliorations de détail, mais d'une régénération de la nature elle-même. Le christianisme tout entier n'est autre chose que la doctrine de la réhabilitation.

En dehors de la direction imprimée par la pensée chrétienne, le développement des facultés est plein de périls. Il

1. F. l'oavrage de Francke : Unterricht, Kinder zur Gottseligkeit und KlugheU anzuleiten; v, aussi Niemeyer, 2® p. , et Schwarz.

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conduit à Terreur et noii à la vérité. L^instruction religieuse est donc îa grande affairé; et il s'agit pour Finstituteur de former tout ensemble et le citoyen et le chrétien ^ •

L'instituteur a donc à remplir on double devoir, vis-à-vis de l'individu qu^il élève , vis-à-vis de la société dont il forme les membres. Bans une certaine mesure, il est responsable, à l'égard du premier, de sa destinée étemelle; à l'égard de la seconde, de sa sécurité, sécurité dont il prépare les éléments.

De là la dignité des fonctions de l'instituteur ; de là le respect pour les intelligences qui lui sont confiées ; de là ce sentiment profond d'une tache qui s'élève, dans Tàme du maître» à la hauteur d'une mission sacrée.

Le caractère saillant de la pédagogie dont on parle, pédagogie catholique ou pédagogie protestante, est, on le voit, de s'appuyer sur la religion, c'est-à-dire, indépendatnment de toute appréciation dogmatique, sur une iciée fixe, immobile, générale, non soumise aux oscillations de la pensée individuelle, abritée contre les révolutions, qui, {rar là force même des choses, éclatent dans le domaine des théories scientifiques et des systèmes.

Or, qu'on le remarque, l'éducation étant le lien par lequel la génération qui s'élève se rattache à la génération qu'elle va remplacer; le but qui lui est assiigné, étant, conséquemment, de préserver la tradition morale que la pre* mière doit recevoir des mains de la seconde, pour en transmettre elle-mênle fidèlement le dépôt ; moins le principe de l'éducation sera livré aux vicissitudes de la controverse* plus la tradition elle-même sera respectée, plus les intérêts per- ^ manents de la société seront consacrés dans la raison comme dans le respect de tous.

Cette réflexion suffit à démontrer, ce nous s^nble, à

1. « Auch ist nur der wahrbafl frommeMensch ein gâter BUrger der Gesellschaft. •

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quel point il importe qtie la pensée religieuse constitue le fondement de Féducation che2 un peuple.

Quand l'éducation cesse de s'appuyer sur cette idée universelle et fixe qu'on appelle une religion » le sort des générations est exposé par là même h des chances périlleuses; il n'est pas nécessairement compromis, mais je dis qu'il est menacé. La révolution peut n^étre pas encore dans les faits, mais» ce qui est plus, elle prend possession des idées. Bousseau a écrit : t Sitôt que l'éducation est un art, il est presque impossible qu'elle réussisse ^ » Il serait plus juste de dire : « Sitôt que l'éducation est un système, il est presque nécessaire qu'elle s'égare. »

Voyons comment les maîtres de la pédagogie moderne, au delà du Rhin, ont compris la mission de la science dont ils portaient le drapeau. L'étude de l'état moral de l'instruction populaire nous a montré clairement, trop clairement, on le sait, le point auquel sont arrivés les novateurs. Cherchons quel chemin les a conduits au résultat que nous avons dû constater ; indiqiions avant tout quel a été leur point de départ.

L'homme est perfectible, disait la pédagogie ancienne avec le christianisme lui-même ; et c^est pourquoi , il importe de développer ses facultés, c'est-à-dire les germes déposés par Dieu au sein de Fàme, et de mettre en jeu tous les ressorts de cette puissance qui estsa gloire, à savoir sa liberté. L'homme est un être sociable , et c'est pourquoi il doit être initié dès son enfance à cet ensemble de sentiments, d'idées, d'intérêts qui constituent le patrimoine de la société. Enfin, ajoutaient à la fois et le christianisme et la pédagogie, l'homme est un être déchu, et c'est pourquoi il est nécessaire de le relever, en ouvrant son ftme à l'action de la grâce divine, à la hauteur de sa destinée éternelle.

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