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488 SECONDE FARTIE.
« Il n'y a pas de perversité originelle dans le cœur hamain, > s'écrie Rousseau ; par cette seole affirmation, le point de départ de la science pédagogique est changé. L'instituteur n'a plus à relever la nature de l'enfant» mais simplement à la dé* velopper ; sa tâche n'est plus un combat contre des inclinations qu'il faut diriger, mais la culture facile de facultés qui se révèlent. L'éducation n'a point pour but le redressement, mais rémancipation ^
De là, dans le domaine des faits généraux, des conséquences qu'il est aisé de déduire : comme le but assigné à la marche d'une société ne saurait être différent du but proposé à chacun de ses membres, la pensée qui préside au gouvernement intime des individus devient le principe générateur des phénomènes de l'ordre social. Pour la nation comme pour chaque citoyen, ce n'est plus l'idée de la tradition qui est la règle, c*est le besoin de Y émancipation qui est la loi. Et dans le principe posé par Rousseau, est contenue, par avance, la théorie insurrectionnelle dont nous avons trouvé l'éclatante expression dans les débats passionnés du parlement de Francfort.
Déjà Basedow rattache ses doctrines pédagogiques à
1. M. Saint-Marc Girardin a exposé ces deux points de vue, en comparant la théorie de Rousseau et celle de madame Necker-Saossare : « Rousseau croit que Thomme est bon primitivement , et que la société seule l'a gâté ; madame Necker croit, selon la religion chrétienne, que rhomme est né disposé au mal, et que la nature humaine, pervertie par le péché originel, a besoin d'être redressée par la règle religieuse et morale. De là suit que Rousseau croit que la meilleure éducation est celle qui, ne faisant rien ou presque rien, et laissant l'homme se développer lui-môme, le laisse le plus près possible de la nature, c'est-à-dire du bien primitif. Point d'instruction religieuse, point d'instruction mo« raie, sinon le plus tard possible... Madame Necker-Saussure, au contraire croyant à la corruptibilité originelle de la nature humaine , pense que l'éducation morale et religieuse ne peut pas commencer trop tôt. > /.•/. R oussea\A, sa vie et ses ouvrages,)
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l'axiome fondamental de Rousseau : Tenfant nait bon ; Fessentiel, c'est de laisser s'épanouir ses facultés et se manifester ses instincts. Suivez la nature; ses lois sont infaillibles. Dès lors, l'action babituelle de Dieu sur la vie humaine, action constante et soutenue qui est le fondement de la pédagogie chrétienne, tend à s'effacer peu ii peu. Qu'est-ce que le christianisme? La réhabilitation de la nature humaine par l'intervention divine. Le christianisme ne jouera donc qu'un rôle essentiellement négatif dans le nouveau système d'édncation présenté à l'Allemagne avec quelque fracas ^ « Je suis chrétien, dit Basedow, sans être attaché h aucune église particulière... Mon plan d'éducation est également adapté ù l'usage des catholiques, des grecs, des protestants, des juifs, ou même de ceux qui n'admettent aucune révélation. » Et sur le frontispice du livre on voit briller cette dédicace : « Aux adorateurs de Dieu, quelque religion qu'ils professent. »
En commençant son entreprise pédagogique, Basedow n'avait qu^un mot pour devise : philanthropie. Avec une naïveté à laquelle une bonne foi d'apôtre novice n'enlève pas une certaine teinte de ridicule, il avait fait appel, pour la publication du livre éléfnenlaire (Elementar werek), aux amis du genre humain'^ et il avait réclamé, pour mener à bien la création de son établissementfondamental, le Philanfhropinum, les deniers de ces mêmes amis du genre humain. Philanthropie, genre humain, grands mots! mots féconds, quand le sentiment qu'ils expriment est soutenu par un sentiment supérieur qui en est le principe et la règle : la charité.
1 • Une soascrîption onverte dans toute l'Allemagne, et à laquelle prirent part des princes et des rois , prodoisit des sommes considérables. L'Encyclopédie élémentaire pompeusement annoncée parut à Dessau (1774) en trois langues à la fois.
En môme temps fut oorert, pour appliquer les doctrines du livre, le pensionnat pkUanthropique qui ne vécut pas plus de dix ans.
Certes, je suis de Tavis de Rousseau : « La vocatioa commune est l'état d'homme... Vivre, est le métier ^ue je veux apprendre à mon élève. Il sera premièrement homme. » Mais, précisément, depuis le christianisme, l'homme peut-il être véritablement homme s'il n^est pas chrétien? Un chrétien! c'était le type que se proposait la pédagogie de l'époque antérieure. L'idéal que poursuit l'école philanthropique, c'est une sorte de composé des attributs empruntés aux diverses civilisations dont est formée la grande civilisation européenne; c'est, comme dit expressément Basedow; V Européen^. Cette civilisation qui l'a faite? le christianisme. Or, Basedow n'a nul souci du christianisme. Il accepte les fruits, mais il rejette les racines ; il invoque Teffet, mais il dédaigne la cause. Vue étroite et sans profondeur, qui assigne une valeur identique à des faits d'une portée essentiellement diverse ; qui méconnaît le principe même du perfectionnement individuel et du progrès moral de nos sociétés; qui, sans tenir compte de la différence des doctrines dont le règne a déterminé les développements successifs de l'esprit humain, se réduit à placer sur le même rang Jésus-Christ, Mahomet et Rousseau >.
1. • Der Zweck der Erziehung muss sein einen Europaér zu bildeO) dessen Leben so unschSidlich , se gemeinnUtsig und so zufrieden sein mOge , als es durch die Erziehung veranstaltet werden kann. « {.ArcMt;., s. 16.)
2. Wird mit keinem Worte und keiner That etwas geschehen, was nicht von jedem Gottesverehrer , er sei Christ, Judo, Mohamedaner oder Deist, gebilligt werden muss. » [Archiv,^ s. 63.)
Les livres de i'ËcoIe philanthropique ne doivent jamais rien contenir qui puisse être rejeté par i^n juif ou un mahométan ou un déiste. {Ibid,; V. aussi une lettre de Basedow à Campe, citée par Raumer, Geschi hJte- ^ der Pàdagogkk, p. 273.)
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A Birr, dans le canton d'Argovie» sur un humbl^ monument, on lit cette inscription ^ : ,
A ROTRB PÈRE PESTALOZZI