M. Saint-Réné Taillandier
PBEFACE. Xi
des masses. Nous parlerons des doctrines religieuses et des systèmes philosophiques; mais nous en parlerons pour en apprécier Finfluence sur le développement moral des classes inférieures.
11 est temps qu'on veuille enfin le comprendre : le génie même n'a ni le droii ni le pouvoir de reléguer son trône, pour y régner à sa fantaisie, dans une régie n»so]itaire. Si haut qu'il monie, la loi de la responsabilité le rattache à la foule. Tout ce qui se dit en haut se pratique en bas. Dans le monde moral comme dans le monde physique tout se transforme, mais rien ne se perd. Un paradoxe, débauche de Tesprii, tombe un jour sur la muliitude; il s'y infiltre el, lentement, la pénètre ; puis tout à coup il s'y traduit en actes ; et une révolution se charge de rétablir la solidarité qui, unissant les masses aux penseurs, constitue, dans le plan providentiel, l'unité morale du genre humain. Une sécurité trompeuse avait élevé une sorte de muraille de la Chine entre le boudoir des faiseurs de systèmes et. la scène vivante où la passion soulève la foule. Cette muraille, on le verra, depuis longtemps est percée à jour j et toute parole, si bas que vous la prononciez , a son contre-coup dans les profondeurs de l'ordre social. • Ce n'est pas pour le peuple que j'ai prétendu écrire, me disait, à Weimar, l'auteur de la f^ie de Jésus; et je me serais gardé d'attaquer sa croyance ! » Vous pensez, ô docteur Strauss, n'avoir écrit que pour quelques lettrés; prêtez l'oreille : une voix vous répond de la foule, et votre parole y réveille un écho !