CHAPITRE SECOND
BBS ÉCOLES IKAMAUS rt WIlimHJM ,
An delà du Rhin, comme en France, sons rémotion des bonle versements révolutionnaires, la qaestion des écoles normales a Tivemeot préoccupé les esprits ^. Certes, les griefs ne manquaient pas ; les faits parlaient haut, et les plaies étaient
saignantes.
Eh bien I je mé bâte de le dire, à part quelques très rares eiceptions, les attaques, dans la pairie de Felbiger et de Kindermann, n'ont point porté sur rinstitution même Le sens pédagogique a fait voir aux Allemands, dans les écoles normales, comme ^esprit pratique y fait reconnaître aux Anglais ' « une arme qu'il est insensé de briser, parce qu*on ne sait pas en diriger la puissance. » On a donc profité, au delà da Rhin, des leçons de Texpérlence ; on a éloigné des écoles normales les bommes qui en dénaturaient l'esprit et en compromettaient le principe; on a souslrait quelques-uns de ces établissements, celui de Potsdam, par exemple, à Tinfloence des grands centres de population, en les transportant dans un milieu plus conforme aux habitudes modestes qui s'y
1* Voyez les ouvrages et reyaes plus haut cités, et aussi une intéressante brochure de M. le docteur Strack, da$ Seminar (1850/.
2. Voy. dans nos études sur Vïnstruction primaire à Londres , dans ses rapporte ùvec l'état social , les p. 25, 26, et tout le chapitre IV, consacré aux écoles normales d'Angleterre.
Nous demandons aussi la permission de renvoyer à la défense que nous présentions des écoles normales, en 1850, dans notre ouvrage : De la Loi de Venseignement, p. 237 et suivantes.
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doivent développer ; on a modifié les programmes d'études en les déchargeant du nuage des théories et des systèmes qui faisaient de chaque maître d'école un philosophe au petit pied; on s'est efforcé de ramener renseignement anx proportions des connaissances usuelles, et de le diriger dans la voie des vérités religieuses, et de la simplicité pratique; on a réformé, en un mot ; on n'a pas détruit.
Le premier point qui, dans la réforme des écoles normales primaires , devait le plus spécialement préoccuper Tadministration supérieure de Tinstruction publique à Berlin, c'est le recrutement des élèves-mattres.
Et, en effet, il faut le dire et le répéter, ce recrutement et le moded'après lequel ils'opèreestunequestionvitalepourravenir de l'éducation populaire. On est très sévère, en Allemagne, sur les conditions d'admission aux écoles normales. On est très sévère, parce qu'on peut l'être ; et on peut l'être par cet excellent motif que les directeurs des écoles normales ont affaire, chaque année, à un nombre considérable de candidats. En France, laplupartdu temps, il faut bien en convenir, le nombre des aspirants est trop restreint pour qu'il soit permis de se montrer bien difficile. Et quelle est la raison de cette différence du chiffre des candidats dans les deux pays? Elle est fort simple : en France, tout porteur d'un brevet de capacité, d'où qu'il vienne, où qu'il ait puisé l'instruction , peut, grâce à la simple production de certificats, obtenir son inscription sur la liste â! admissibilité aux fonctions d'instituteur. En Allemagne, au contraire, les mœurs, sinon la loi, exigent que tout maître qui aspire à la direction d'une école publique, ait passé par une école normale. Il en est ainsi en Hanovre comme en Prusse, en Bade comme en Saxe, dans la régence catholique de Fulda, comme dans la régence protestante de Potsdam. Je lis, par exemple, dans le règlement da Sèmi-
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noire catholique de Hesse-Cassel, placé sous la baate direction de révoque de Folda :
c Tontes les fois qu'il s'agira de pourvoir à une place de mattre d'école, on aura égard , avant tout candidat , aux maîtres sortis du séminaire; et aussi longtemps quUl se trouvera quelqu'un de ces derniers, on ne pourra choisir aucun sujet formé d'une autre manière aux fonctions d'instituteur. iST^tnau/oTuftfre WeisexumSchvIamtvorbereiieieiSubjeeie genommen Werden. » (Art. 25.)
On comprend que, dans ce système, entre les candidats aux écoles normales primaires, on n'ait guère que l'embarras du choix. Qu'on veuille bien le remarquer en même temps : ce D'est pas la France, c'est l'Allemagne qui est ici sur le terrain de la logique et du bon sens, non moins que dans la vérité des faits. Je mets de côté, bien entendu, les membres des Congrégations religieuses enseignantes-, en dehors de ceux-ci (et leur nombre sera toujours très faible en proportion de celui des écoles à pourvoir), qu'attendre, è part de rares exceptions, déjeunes gens qui, jusqu'à l'âge de vingt ans, ont vécu, sinon dans le désordre des mœurs, presque toujours, du moins, dans les habitudes grossières d'une vie qu'aucune pensée morale n'inspire? Ce n'est pas la possession d'un brevet conquis à jour fixe, et ne témoignant en rien des qualités intimes ni de la vocation, qui suffit à transformer la nature et à éle- > ver le caractère. Que sera , dans son rôle d'instituteur, le jeune homme qu'une velléité subite , le dégoût des professions laborieuses, le désir d'échapper aux lois du service militaire, que sais-je? une ambition de bas étage, aura enlevé au milieu trivial qui Tentoure, pour le jeter, à l'improviste, sur les bancs d'un jury d^examen? Ce que nous voyons trop souvent : une sorte de féruie vivante, une machine à lire, écrire et chiffrer, apte peut-être à communiquer aux élèves
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que la contrainte lui amène la science du deux et deux/ml quatre^ Impuissant à jeter, dans les intelligences qu'il faut éclairer, dans les cœurs quMl faut captiTer, ces idées et ces sentiments qui sont le fondement de la vie morale.
Le recrutement des élèvés-mattres tine fois assuré, on peut, au grand avantage de renseignement et de rinstitution méa)e des écoles normales, se montrer fort eiigeant pour l'admission des candidats. L'adittinistration supérieure de l'instruction publique au delà du Rhin a compris que Tœuvre de la formation des instituteurs serait très avancée, si les futurs maîtres, avant de franchir le seuil des écoles normales, subissaient un noviciat qui défrichât des intelligences incultes: à plusieurs séminaires du Hanovre, de Saxe et de Prusse, sont annexées des sections préparatoires où les jeunes gens qu'une vocation précoce attire vers la carrière de renseignement sont reçus dès Tâge de quinze ans ; ou bien encore, des pasteurs ou des maîtres particulièrement dignes de la confiance des autorités scolaires, se chargent de préparer les jeunes gens non pas, notez ce point , aux examens conférant le brevet de capacité, mais aux épreuves qui ouvrent rentrée des Schidlehreneminarien < •
1. • Les jeunes gens qui sont reçus dans des étâblisseinents préparatoires pour i*y mettre en état d'être admis au séminaitêf s'ils n'habitent pas chez leurs parents ou chez des proches, ne peuvent être pris en pension par d'autres personnes que par des instituteurs.
« Il a été remarqué, dans les examens d^admission aux écoles, que les candidats ne posiédaient souvent de la sainte Écriture qu'une oootiai»sance purement mécanique. Il est nécessaire qu'ils prouvent par des réponses réfléchies qu'ils pénètrent le sens des récils présentés par les livres sacrés ; quant aux chants d'église, ils doivent montrer qu^ils en comprenndtit l'esprit, et les chanter avec l'expression et le ton convenables.
« En ce qui concerne la langue maternelle, les aspirants doivent surtout s'appliquer à bien comprendre les morceaux de lecture, et à les lire avec expression ; puis à en rendre compte en présentant régulièrement Tenchatnement des idées. Us doivent aussi pouvoir donner des explicatiobs sur les
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A cet enseknble de mesures se rapporte la drcntaire da Ministre de l'instruôtion publique de Prusse, eu date du 9 juillet i8S2. Cette circulaire témoigne de la place qu'occupent les écoles normales dans Testime de Tadministration supérieure; il la faut citer :
« Les rapports àesprovinzial'Sûhid'CoUeffien sur la prépara** tiouaux fonctionsd'instiluteur par des pasteurs ou des maîtres d'école isolés» démontrent que les résultats de cette sorte de préparation sont très rarement heureux» qu'ils sont insuffisants, et nullement de nature à constituer Téquivalent de la préparation que Ton reçoit dans les séminaireê^.^
t D'un autre côté, plus les séminaires se rendent compte de leur mission, laquelle consiste, en renonçant à des théories abstraites et stériles, è former pratiquement des instituteurs, et à les tenir, par l'influence de la discipline et du régime moral de l'École normale» dans une juste union avec l'Église et là famille» plus il est h désirer que les pasteurs et instituteurs» à la hauteur de cette tâche, consacrent leur dévouement et leur temps» k former de lK>ns candidats pour ces établissements, et à les accodtumer par aTance à l'enseignement et à l'éducation des enfants.
« Je désire donc que les Régenceè royales,* partout où se rencontrent des instruments de préparation pour les fonctions d'instituteurs, fassent leurs efforts pour employer ces instruments dans le but qui vient d'être énoncé. Dans les cas où des secours pécuniaires seraient nécessaires , je Serais disposé à les accorder, autant qu'il dépendrait de moi. %
eipressions d'histoire, de géographie ou d'histoire naturelle qu'ils rencontrent. De semblables explications » orales ou éôrites » témoignent plus en faveur des candidats que des définitions grammaticales apprises par cœur.» (Circulaire du SchvJL-Colkgium de la province de Berlin» lSd2.)
1. Des résultats entièrement analogues sont constatés en France, dans les quelques départements où un vole peu réfléchi a supprimé les écoles normales pour les remplacer par des écoles ètagiavrêi.
Une circulaire analogue de la régence de Francfort-surrOder, du 8 octobre 1852, doit ici trouver place.
« Nous n'ignorons pas les services que rendent un grand nombre de pasteurs et d'instituteurs de notre ressort, en préparant, dans des établissements approuvés par le Schut^CoUe" givm de la province, de bons maîtres pour les fonctions de l'école, et surtout des candidats instruits pour les séminaires.
f Nous croyons devoir rappeler à ceux de ces pasteurs et de ces instituteurs qui n'ont pas sous la main un de ces établissementsprépara toires,qu'ilspeuventavoircependantde fréquentes occasionsde préparer individuellemëntdefutursmaitresaox fonctions de l'enseignement, et particulièrement à l'admission dans un séminaire. Dans beaucoup de communes, on trouve des jeunes gens d'un mérite particulier , dont les pasteurs et les instituteurs ont pu distinguer le goût pour l'enseigne* ment , et dont les familles reeommandables , par la piété et la moralité de la vie , semblent promettre de dignes instituteurs, mais n'ont pas les moyens de placer leurs enfants dans un établissement préparatoire. Il est désirable que là où se rencontrent de tels jeunes gens, et où le pa&teur ne manquant, d'ailleurs, ni de loisir ni de dévouement, a sous la main un bon instituteur, Tun et l'autre s'efforcent de les préparer avec amour et sollicitude {mit LiebeundSor g Joli) aux fonctions de l'enseignement, de veiller sur leur conduite, d'entretenir chez eux l'amour de l'enfance, et de les placer sous une habile direction, en qualité de maitres-adjoints. Les résultats de ces soins seront d'autant meilleurs, que le pasteur et l'instituteur associeront leurs efforts. Si cette association n'est point possible, il sera toujours très profitable que Ton ou l'autre se consacre à cette mission. On obtiendra tout succès, si le jeune homme ainsi patroûé peut s'initier aux détails d'une bonne école voisine. La vue quotidienne d'une telle école produira sur son esprit des impressions qui, p'^^
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tard, ne le quitteront pas dans la pratique de son enseignement » et exerceront la plos salutaire influence. Nous soaliaitons donc vivement qne, partout où existera une école dans laquelle non-seulement l'instruction est habilement donnée, mais encore où se développe une véritable puissance èducaiive (eine wahrhaft erzieherische ThMigkeit)^ celte précieuse occasion ne soit pas négligée.
« Les surintendants et inspecteurs feront en sorte de donner aux ecclésiastiques et aux instituteurs les conseils et la coopération nécessaires pour les aider è atteindre le but proposé. "
Ainsi, on est convaincu, en Allemagne, de la nécessité, pour les élèves-maitres, de préparer è l'avance, par un noviciat d'étudeset de bonne conduite,lesrésultatsque doit produire renseignement de récole normale; on y juge indispensable que cet enseignement, pour porter ses fruits, tombe sur un sol déjà cultivé. Or, après un tel noviciat, les candidats des écoles normales peuvent, on le comprend, être soumis à un examen sérieux.
Cet examen comprend deux parties, la partie morale et la partie pédagogique.
En ce qui est de la partie morale, le candidat doit justifier d'antécédents irréprochables ; et les pièces par la production desquelles il est tenu d'établir le caractère de ces antécédents, sont généralement les suivantes :
1^ Un acte de baptême et de première communion ; V Un compte rendu de sa vie écrit par lui-même, et conte*nant, outre les particularités relatives à sa personne, des indications sur sa préparation préliminaire;
S'' Un certificat du pasteur de sa paroisse, concernant ses dispositions religieuses et morales.
Ces salutaires exigences témoignent des préoccupations qui dirigent les chefs de radntiinistralion de l'instruction
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publique en Presse* Ce qui doit être remarqué ici, o'es^ rioterveotion officielle du ministre du culte. Cette ioter* yenlioQ n'était pas mentionnée dans le règlement de l'école normale de Potsdam» cité en 1833 par M. Gpusin ; et il est intércâsant de voir les directeurs des séminairei allemands se rapprocher, sous la leçon des faits, de la pratique des écoles normales anglaises :
« Tout candidat, portent les règfements des écoles normales de la National Society^ est tenu de produire nu certificat signé par le clergyman de la paroisse sur laquelle il résidait en dernier lieu. Il doit aussi présenter des attestations relatives à ses dispositions morales et religieuses, émanant de trois respectables chefs de famille desquels il soit pei*sonnellement connu depuis un temps suffisant. Ces attestations doivent être contre-signées par le clergyman de la paroisse sur laquelle réside chacun des pères de famille. »
La partie morale est la première, on le voit, dans Yet^men d'admission ; maiç les garanties de cet ordre une fois obtenues» la partie pédagogique obtient le rang qui lui appartient.
Il faut, à cet égard, nous rendre un compte exact de la pratique des séminaires allemands.
Le séminaire établi autrefois à Potsdam, celui-là même que M. Cousin présentait comme le type des écoles normales primaires de Prusse, a été, nous l'avons dit, transporté dans un lieu plus en rapport avec la simplicité de vie qui doit être la règle d'un tel institut. On l'a installé dans une ancienne forteresse à deux lieues de Berlin, à Gôpenick. Un règlement spécial a été fait, en 1853, pour le nouveau séminaire; et, certes, le Schvl-Collegium de la province de Brandebourg se serait gardé de rien introduire dans ce règlement qui ne fût pas en harmonie avec l'esprit de sage réforme qui anime aujourd'hui l'administration supérieure de Berlin. Eh bien! on va voir quelles exigences on a cru pouvoir imposer, sous le rapport
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pédagogique, aux candidats qui -solliciteot leur admisasion. Je donne ici le règlenaent tout entier.
Règlement da séminaire de GlJpenick.
4 . < ^-* Le aéminaire de Côpepiek 'a pour but de former des maîtres pour les écoles populaires, par la pratique et la ttiéorie {iAearei9ci undpraktis€h\ partionlièremeot popr le ressort et de la régence de Polsdaoï.