‹ De l'éducation populaire dans l'Allemagne du nord, et de ses rapports avec les doctrinesChapitre 60 sur 107 · I.— Religion · texte numérisé non relu

I.— Religion

c La confirmation fait entrer dans la Commune, comme membre indépendant, l'enfant incorporé à l'église du Christ par le saint baptême. L'École admet dans son sein des enfants ayant droit à toutes les grâces du salut, pour les préparer à la réception de ces grâces. Le maître doit donc être sanctifié luimême pour pouvoir dire, comme le Christ : « Laissez venir h moi les petits enfants ; car le royaume des Cieax leur appartient. )•

< Le Christ est la fin de la loi ; quiconque croit en lui est dans la voie de la justice.

« C'est en se fondant sur ce principe quele règlement d'études des écoles normales a proclamé : « que l'histoire biblique est le champ où l'école élémentaire doit se proposer de réveiller et de développer la vie chrétienne au cœur de la jeunesse qui lui est confiée. »

« Depuis le moment où le Dieu triple et un a créé le ciel et la terre, jusqu'au jour où l'Esprit saint a envoyé les apôtres, afin qu'ils pussent rendre témoignage de Dieu , l'histoire biblique est le tableau des œuvres de la grâce divine, qui aujourd'hui encore doit préparer à la rédemption et sanctifier le cœur de tout mortel.

« C'est pourquoi il importe de voir l'enfant chrétien faire revivre en lui l'histoire biblique; et c'est à cela que l'écoltt a mission de le conduire. Il faut qne l'élève apprenne à raconter l'histoire de la Bible avec intelligence ; et, afin qu'il s'y rende apte, le roaitre doit d'abord la lui raconter.

vi L'action divine s'est révélée par des paroles consacrées;

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aussi l'histoire bibliqae sera racontée avec les paroles mêmes de la Bible.

« Or, la Bible contient du lait et des àHments solides : les histoires bibliques seront donc reproduites sous la forme et dans le cadre que lui donnent les bons recueils historiques. C'est ainsi qu'elles seront expliquées, que les enfants les reliront, qu'ils les raconteront, qu'ils les confieront à leur mémoire, et qu'elles deviendront vivantes en eux.

c Par là sont indiqués le procédé et le but^ dans l'enseignement de l'histoire biblique.

« Pour les deux premières années, la création, la chute du premier homme, le déluge, la vocation d'Abraham et la mission de Moïse, les histoires de la vie du Christ, qui servent à rexplication des fêtes chrétiennes, aux preuves de sa divinité et de son amour miséricordieux, fourniront des matériaujc suffisants; après quoi, les enfants sachant lire couramment, on suivra strictement un recueil d'histoires dont l'étude comprendra tout le temps destiné à Técole; les enfants les plus avancés liront m extenso dans la Bible, les chapitres correspondants.

« Dès rentrée des enfants è l'école, on les exercera h réciter notre Père , la bénédiction du matin et du soir , le bénédicité et les grâces; les enfants déjà instruits apprendront en outre la prière générale de l'Église et les autres parties du culte liturgique.

c A la prière du matin, on fera réciter une sentence et un chant hebdomadaire.

«De plus, on choisira au moins trente cantiques, parmi eenx désignés pour les candidats aux écoles normales, et ces cantiques seront appris par cœur. Pour les maximes^ on suivra un recueil ; ou bien on les fera apprendre en même temps que le catéchisme.

«Chaque samedi on lira \espiricopes du dimanche sni-

4223 TROISlèl^Ç BiETIE.

Tant, et on les expliquera ; les évangiles du jimanche, tout au moins, doivent être appris par cœur.

« La lecture de la Bible ne sera offerte qii'aus enfants sachant déjà lire çonramment. En dehors des pérfqopes, le pasteur fera un choix dans les psaumes, les livres pvopbétiques, et les épitres du Npuveau-Testament.

« Le catéchisipe en usag^ dans la Commune sera appris par cœur, aussi longtemps que la préparation à la coqfirmation l'exige;. il fai]t que le texte en soit compris par tous les enfants, et récité par eux correctement et avec Texpression convenable.

c Làoù Ton se sert du catéchisme de Luther, on fera apprendre jusqu'à la dixième année, les cinq premiers chapitres, et à partir de cet âge, le commentaire de Luther sur ces chapitres.

< Ce qu'on appelle catéchisation sur les points de doctrine, ou sur les maximes, est exclu de l'école élémentaire.

«Le devoir principal du maître est^de développer les objets d'enseignement, tels que nous venons de les exposer, de les mettre à la portée des enfants , et de les inculquer dans leur esprit. Savoir bien raconter, donner à ses idées une forme saisissante , résumer la pensée principale , voilà ce que l'on demande au maître ; de plus, il faut qu'il ait luimême cette foi vive qui, dans les choses divines, sans an grand appareil d'art, produit la conviction et la vie.

« On consacrera six leçons, par semaine, à l'enseignement religieux ; d'ordinaire c'est par là que commencera ou s^ termihera l'école.

cDans les écoles où l'on ne jugera pas utile que tous les élèves indistinctementsuivent l'enseignementcatéchétique, on occupera une partie des enfants par des exercices qui devront être choisis dans l'ordre des choses religieuses.

« Le chant en commun d'un cantique ou d'un verset; ta

prièrediteaa eommeocemeDt deFétode; Tattitade da maltreet des élèves, tout doit donner k la leçon on caractère ^kàificaiim. Il importe que le maître veille avec an soin tout particulier à se maintenir copstamment dans la grâce divine, afin qu'il puipse prier, en tonte conviction et dévotion » avec ses élèveç, pour eux ^t ppur lui-même; et qu'il soit en droit de s'appliquer le commentaire de Luther sur le quatrième commandement : f Je suis, moi aussi, un seigneur (ein Heer ) préposé, par Tordre de Dieu et en son nom, pour veiller sur de pauvres enfants qu'il faut gouverner et élever. » Ce en quoi consiste la véritable vie de l'école chrétienne, c'est que, fondée sur la parole de Dieu et placée sous son inspiration, cette école est un établissement propre à l'instruction et à Tamendemeot, les élèves en devant sortir animés de Tesprit de Dieu, et aptes à toute bonne œuvre.

Aux maîtres qui sentent en eux une sérieuse vocation, nous rappelons ces paroles : « Le Seigneur dit à Timpie : Pourquoi célèbres-tu de bouche mon alliance et proclames-tu mes droits, tandis que toi-même tu hais l'obéissance et méprises mes lois? I Et encore : « Du corps de celui qui croit en moi couleront des torrents d'eau vive. »

IL ^Lecture, langue allemande, écriture.

On doit exiger du maître que tout enfant qui fréquente régulièrement l'école, sache lire au bout d'une année. L'usage d'un abécédaire, l'application d'unebonueetsimpie méthode, et l'assistance bien ordonnée que prêteront les élèves les plusavaneésSmettrontl'instituteuràmêmed'atteindrelebut.

Les leçons d'écriture pourront se combiner avec les leçons

1. Les élèves lés plas avancés jouent ici à peu près le rôle des pupiU teachers, en Angleterre — La méthode mutuelky on le sait, n'a jamais été reçae en Allemagne.

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de lecture, que l'on utilisera pour les exercices d'orthographe, de ponctuation, d'élocution et de rédaction.

Chez les sujets intelligents se développera le talent d'exprimer leurs propres idées ; tous doivent apprendre à rédiger des lettres, formulaires d'affaires, d'après des modèles qui pourront servir en même temps d'exemples pour l'écriture.

L'étude par laquelle on s'approprie le texte, présente également une importance considérable au point de vue du développement intellectuel. A côté de la Bible, du catéchisme et du livre de cantiques, le livre de lecture en usage doit avoir assez de valeur pour devenir, même au-delà de l'école, le point de départ de l'instruction du peuple.

Les améliorations importantes qui ont été introduites depuis une dizaine d'années dans les livres de lecture, nous font espérer que l'époque n'est pas éloignée où nous posséderons un livre de lecture modèle pour l'école élémentaire, lequel pourra servir en même temps de livre populaire.

Mais, dès à présent, toute école élémentaire peut avoir un bon livre de lecture. Il faut que les enfants apprennent à lire correctement le texte, et pour cela, qu'ils en aient complètement saisi le sens, et qu'ils puissent le reproduire en d'autres

termes. .

Des notions théoriques de grammaire ne sont point exigées des enfants.

Quant à renseignement calligraphique , il faut que les élèves acquièrent une écriture ferme et qui plaise à l'œil, qu'ils ne restent point abandonnés à eux-mêmes dans un exercice purement mécanique, et que le texte des exemples, qui se grave facilement dans la mémoire, soit tiré du domaine des connaissances utiles.

Les élèves devront également être exercés à écrire sons la

dictée.

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Pour renseignement de la lecture et de récriture, on emploiera douze leçons par semaine.

m.— Calcul.

Les enfants apprendront à résoudre promptement et sûrement, de tète et par écrit, des problèmes empruntés à la vie habituelle ( en nombres entiers, en nombres complexes et en fractions) y et ne dépassant pas les quatre règles.

Cinq leçons par semaine seront suffisantes pour cet enseignement.

ly. — Chant.

Les enfants apprendront d'ordinaire à chanter d'après les notes; cela ne doit pas empêcher de les habituer à s'exercer par cœur. L'essentiel c'est qu'ils chantent , quand ils quitteront l'école, correctement et couramment les mélodies usitées à l'église, et une certaine quantité de chants popolaires, notamment des chants patriotiques ; il est bien enteodtt que les élèves doivent s'être complètement approprié le texte et l'esprit des paroles.

On donnera trois leçons de cbant par semaine, et l'on veil-* lera è ce que les mélodies destinées à figurer dans l'office du dimanche suivant soient apprises exactement à l'école.

— Les objets d'enseignement que nous venons de désigner absorbent vingt-six leçons par semaine : trois le mercredi et le samedi, cinq les autres jours. S'il était possible de porter ce dernier chiffre à six, on pourrait consacrer une leçon à renseignement de l'histoire nationale , une à l'histoire naturellCy et enfin une troisième au dessin.

Ce dernier enseignement devra se borner au maniement de la règle et du compas, au tracé simple de dessins usuels.

A défiint de leçops particulières, oo raetlrç à profit Tenseignemeot de la lecture, pour donner aux élèves quelques notions d'histoire nationale et d'histoire naturelle. Aux anniversaires célèbres y une pq plusieurs leçons devront avoir pour objet des récits appropriés à la circonstance; les élèves répéteront des chants patriotiques.

En parcourant les divers chapitres du livre de lecture, le maître trouvera également occasion de signaler les phénomènes de la nature, et de les expliquer.

On animera l'enseignement par l'usage des eartes de géographie» par Fexamen de plantes ou d'autres objets , par des descriptions, par des coinparaisops. Le maître ne manquera pas de faire connaître aux élèves la vie de nos souverains et de notre peuple, de leur inspirer Taraour du roi, le respect de la loi et des institutions du pays. Il n'aura pour cela qu'à laisser parler l'histoire, sans rien ajouter de son propre fonds.

L'enseignement» tel que nous venons de le définir, repose sur oe principe, que l'abstraetion en est bannie. Les objets d'étude doivent avoir des rapports étroits aveo les éléments vitaux de toute civilisation ; l'Eglise, la FimiUe» la Commune et la Patrie.

Les élèves et les maîtres pourront, sapa diffieulté, pa^ courir en son entier le plan d'étgdes qui vient d'JMre irticéf et qui, au besoin, devrait être élargi.

Il ffiut toujours que les objets d'étude soient distribués de telle sorte qu'une branche d'enseignement complète Taulre, et profile au résultat général,

L'enseignement élémentaire organisé d'après les principes qu'on vient d'énoncer, pour l'école primaire à une seule classe, pourra être introduit, sans aucun changement, dans une école qui comprendrait plusieurs classes.

C'est une maxime générale, que même les plus petits en-

wUcnm. 227

faDts De doivent point rester inoccupéSi et qn'aucon élève ne peut acquérir one notion, qu'elle ne devienne aussitôt le sujet d'une application.

Dans ce qui précède, on trouvera le moyen de donner une organisation fixe et durable au système dit auxiliaire {helfer sysiem)^ qu'il ne faut pas confondre avec l'enseignement mutael. Ce système est une image de la Famille; sous la direction du maître, tous les membres donnent et reçoivent.

Ce nuAtresera le plus hatU placé, qyi^ chaque jour ^ refait le plue abondamment hd-même^ dans T école, V esprit d humilité, de prière f tamour et de crainte de Dieu.

Berlin, a Octobre 1S54.

Le Ministre des Cultes, de V Instruction publique et des affaires médicales.

Signé : De RiUiiEi.

Sous les longueurs de cet exposé, deux idées fondamentales sont faciles à saisir :

1" Point d'éducation générale, humanitaire , européenne, selon Teipression de Basedow , mais un enseignement po~ âtivement et pratiquement chrétien ;

^ L'enseignement doit reposer non sur un système, sur une abstraction, mais sur les bases vivantes de l'Eglise, de la Famille, de la Commune, de TEtat.

On le voit, la réaction contre les théories du philantbropisme, contre les illusions de l'école de Pestalozzi et les formules audacieuses de l'hegelianisme, ne saurait se prononcer avec plus de netteté ; et cette réaction, en inspirant deux nouveaux règlements relatifs aux Écoles normales \ a pris victo< rieusement possession des faits,

^ Voyez le chapitre suivant.

Le manifeste de la révolution pédagogique n*a point paru, on devait s'y attendre , sans provoquer des récriminations et soulever des colères. On a crié è la trahison, à la désertion des principes du libre examen , ce fondement du protestantisme. On a prédit à la réaction orthodoxe-officielle que Tesprit germanique ne tarderait pas à lui demander compte, au nom de l'avenir, des coups portés à la liberté du développement intellectuel ; on a évoqué de la tombe, pour effrayer les téméraires , les ombres irritées de Fichte , de Dinter , de Hegel, de Schleiermacher. Au sein même du parti conservateur, la vigueur de la résolution a provoqué quelque surprise^ ; on s*est demandé si, de tels principes proclamés avec tant de franchise, on trouverait beaucoup d'instruments pour les mettre en pratique , et si le caractère de la profession de foi inscrite dans les GfrundzUge répondait bien exactement à l'état des convictions religieuses au sein des populations protestantes de Prusse.

Il n'a pas été difficile- aux publicistes officiels de prendre en main la cause des règlements incriminés ; en promulguant les GruTtdr-zuge^ l'État ne faisait que rester fidèle à la tradition qu'il n'a cessé de protéger, on l'a vu, contre les défaillances de rÉglise évangélique et contre les écarts de la science pédagogique <. Pourquoi donc lui faire un crime d'avoir été conséquent avec lui-même ?

Aussi les autorités scolaires n'ont pas tardé à obéir aux injonctions émanées d'en haut. Sur les divers points de la monarchie prussienne, les Régences royales ont procédé à la

1. Voir un article du iSc^u262af/, livraison de janvier et février 1855, p. 93. • ... Sie so plOtzlich erschienen, wie ein Blitz ans heiterer Lufl, und dann sie so tief griffen, wie es wohl kaum jemand hatte ahnen kOnnen...*

2. Voyez le plaidoyer récent de M. le conseiller Stiehl, en faveurdes trois règlements : Âktemtikke zur Geschichte und zum VersiUndniss der drei preussischen Regulative. (Berlin 1855.)

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mise en oeovre des Douvelles prescriptions : on a répété sur toos les tons qu'il ne s'agissait plus de « chercher le développement des esprits dans une éducation générale humanitaire > ; qu'il n'appartenait plus « à la volonté individuelle de fixer arbitrairement les limites de l'instruction » ; que, ce qn'il fallait obtenir avant tout, c'était « l'organisation morale de Técole d'après Tesprit d'un christianisme vivant, sur le fondement de la foi évangélique, dans ses rapports avec la vie réelle, c'est-à-dire avec la Famille, TEglise, TElat ; » que l'instituteur devait être c l'organe vivant et l'esprit du Christ^; > etc.v.etc.., et l'on a ordonné aux inspecteurs de prendre les Grundzuge pour texte d'explications et de commentaires, dans les conférences auxquelles sont tenues d'assister les instituteurs.

Restauration des principes proclamés par le règlement de 1763 : tel est le point auquel sont venues aboutir, an delà du Rhin, les témérités d'une science qui avait cru trouver dans ses fautes même la garantie de son indépendance ; tel est le résultat modeste d'un demi-siècle d'expériences aventureuses et d'orgueilleuses erreurs.

Et maintenant, le moyen de perpétuer un mouvement de cette nature, de consacrer ce retour, et, selon l'expression des publicistes officiels, cette Renaissance y quel est-il? sinon de former des instituteurs qui, dans l'enseignement distribué au peuple, substituent à l'esprit de critique agressive le culte des idées traditionnelles, et fassent passer de la théorie gouvernementale dans la pratique, les principes de conservation religieuse et sociale?

Former des instituteurs, tel est donc, à l'heure qu'il est, le but principal, l'objet des constantes préoccupations des autorités

1. Voir particulièrement les circulaires adressées par les Régences de Potsdam et de Francfort aux surintendants et aax inspecteurs de Cercle, les 3 et 14 décembre 1854,

250 TROÏSTÊMÉ I^AtLTIE.

préposées an gouveroement de renseignement pablic dans r Allemagne du nord.

Or, c'est des écoles normales (lSchuttehrersem{narien)qne sort, au-delà du Rhin, la presque totalité des maîtres des écoles primaires.

Tout le problème de l'éducation populaire se résume donc, à vrai dire, pour les pays dont on parle, dans la question des écoles normales.

Il convient de traiter cette question avec tous les développements que le sujet comporte.

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