‹ De l'éducation populaire dans l'Allemagne du Nord et de ses rapports avec les doctrines philosophiques et religieusesChapitre 40 sur 131 · RÔLE DE L’ÉGLISE ÉVANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

RÔLE DE L’ÉGLISE ÉVANGÉLIQUE

extrême, ravagé l'Eglise presque entière. L’Église est réduite, peu s’en faut, à un état plus misérable que celui où la trouva Luther quand il éleva sa puissante voix « . »

Ce n’est pas seulement l’origine du conseil supérieur qu’incriminait la critique. Chaque ligne de l'ordonnance est devenue le texte d’une protestation : que parlez-vous du ministère ecclésiastique constitué dans chaque commune pour diriger les conscjences? Ce ministère, commencez par en établir les titres. La mission d’enseigner est-elle donnée d’en haut par la grâce divine, ou d’en bas par l’élection du peuple 2 ? Et quel caractère concédez-vous décidément à l’Église allemande? Épiscopal* ou presbytérien? D’autre part, comment nous imposer la direction du pasteur de la commune? Le but, le principe même du protestantisme n’est-il pas que le sacerdoce, cessant d’être le monopole de quelques-

1. «... Und dass der daraus erzeugte Rationalismus, nachdem er die Auktoril'ât des Evangeliums angegriffen und herabgeselzt, den Cbristen auch dieses selbst zu enlziehen suchte, und eine schale Heidenlehre an seine Stellebrachte, dassdannaber daseinmal angeregte und immerfort treibende Princip des Protestant ismus, jeden zum eigenen Herrn seines Glaubens zu machen, beinahe die ganze evangelische Kirche verwtistet, uud fast zu elwas noch schlimmeren herabgebracht hat, als wogegen Luther einst seine mHchtige Stimnie erhoben. ■ ( Das Schuhvesen im protestantichen Staate, par le D r GUnlher, p. 13; 1852, Elberfeld.)

2. Voyez un article de la célèbre revue de M. llengslenberg, Evangelishe- Kirchen- Zeitung (janvier 1852) : «Ob das Amt in der Kirche eine unmittelbare Sliflung des Herrn oder ein Ausfluss desallgemeinen Priesterlhumsist, ob die TrSger des Amtes ein unmitlelbar gfittliches Recht fUr sich haben, oder ob sie zunachst nur Beauftragte der Gemeinde sind. • Voyez aussi une brochure du D r Hofling , Grundsatzn evang. luiherischer Kirchenverfassung (1851, Erlangen) Ces points ont élé débattus sans résultats dans la conférence ecclésiastique de Leipzig, et dans celle d’EIberfeld.

3. On se rappelle le bruit que fit l'ouvrage de M. Bunsen : Constitution del’Eglise de l'avenir, où l’auteur a développé le plan de V Épiscopalisme. Ce plan fut appuyé par M. de Stahl , mais combattu par des hommes tels que MM. Hengstenberg, Guoricke, etc...

SECONDE PARTIE

uns, devienne peu à peu le privilège de tous; que chaque chef de famille devienne prêtre, chaque maison une église 1 ? Et d’ailleurs, le pasteur dont vous nous imposez les décisions que pense-t-il lui-même? Avez-vous, en lui conférant sa charge, exigé de lui une profession de foi? Non. Vous le créez prêtre d’une religion que vous ne déterminez pas; vous le laissez libre de se faire le ministre ou du luthéranisme, ou du culte réformé, ou de l’évangélisme*? Pourquoi donc imposer au fidèle le dogme dont vous affranchissez le pasteur, et enlever au premier la liberté que vous laissez au second? Que le pasteur soit l’homme de la commune; et que celle-ci le choisisse au gré de ses préférences, sous l’impulsion de son Doute ou de sa Foi, selon le point de vue religieux auquel elle est placée*. Hors cela, il n’y a qu’impossibilité et non sens 4 . Car, enfin, il faut choisir: ou la liberté de critique, ou l’autorité; ou le protestantisme, ou le dogme traditionnel de l’Église catholique. Que nous parlez-vous donc de formules immuables, d’un sacerdoce indépendant de la commune? Vous n’ètes plus l’Église de ceux qui protestent, mais 1 Église de ceux qui acceptent. Arrière donc la Gemeindeordnung l

Vieux luthériens, anciens réformés, rationalistes, se sont

1. Das ieder Faniilienvater ein Priester, und jedes Haus eine Kirche werde... • ( Das Schutwesen, im protestantischen Staate ; p. 9.)

2. Le promoteur de la réaction orthodoxe protestante, le D' Hengstenberg a demandé qu’aucun pasteur ne fût chargé d’une paroisse avant qu’on ne se fût assuré de ses croyances religieuses. On ne peut, en vérité, trouver la prétention exorbitante: • ..Niemanden ins Pfarramt einzufUtiren. von dessen.lebendiger kirchlicher Uberzeugung sie nicht vorber gegrtindctc Uberzeugung gewonnen haben. » ( Evang . kirchen Zeilung. p. 37 1832. )

3. •... Dass die Gemeinde ibren Prediger withlt, dass er also ein Mann ist, wie sie ihn nach ihrern religiOsen Slandpunkte wUnschl. • (Bewlheilung der evang., etc., p. ï3.)

t. bine formulirte gbllliche Warheit ist fur das Zeitbewusstsein eine baare Unmeglichkeit, ein Unsinn geworden. • (Ibid.)

rôle de l’église évàngéliqce. \ 57

donc acccordés à repousser l 'ordonnance communale ecclésiastique : ceux-là par esprit de rivalité, ceux-ci par dédain d’une orthodoxie sans fondements, tous par besoin de protestation contre une autorité sans titre.

Les vieux luthériens se sont fait remarquer par l’énergie de leur opposition 1 . Dans une conférence ecclésiastique des surintendants de Poméranie, vingt-huit pasteurs sur trente et un repoussèrent la Gemeincleordnung . Les Alllulheraner ont fait tous leurs efforts pour soustraire leurs écoles à l’influence de l’Église évangélique : quoi donc, Y Union contrôlerait Luther! Et tout récemment, la régence de Francfort-sur-le Mein a reconnu qu’au point de vue de l’instruction religieuse les établissements dissidents n’auraient pas à subir l'examen des inspecteurs de cercle*.

L’évangélisme, en subissant ce compromis, s’est senti piqué au vif. Il a déclaré que si l'on souffrait les écoles spéciales des vieux luthériens, du moins ces écoles ne seraient tolérées

1. Les vieux luthériens forment une fraction du luthéranisme prussien, moins nombreuse chaque jour, mais très remuante. L'Altlutheraner est un type qui devient rare et qu’il faut se hâter d’étudier. Voyez-le : il gémit sur la dissolution dogmatique du protestantisme, et, volontiers, ferait de la Confession d’Augsbourg une loi de l’Etat. Rien avant Luther, rien après lui. Il hait également deux choses : le catholicisme et la philosophie. Il satisferait sa conscience en brûlant le pape, mais il aurait une joie extrême à voir pendre le docteur Strauss.

Dans un cercle où je me trouvais, on vint à parler du piétisme. J’en demandai la déGnilion. «Un piéliste, répondit une dame de beaucoup d'esprit, c’est un être hargneux qui , d’une main , lient les clefs du ciel , et de l’autre un paquet de verges pour inviter les gens à entrer. •

Entre l’ancien piétisme, celui de Spener, et le piétisme actuel, il n’y a, du reste, de commun que le nom. Spener, dans ses Pia desideria, s’insurge, en restant un fervent chrétien, au nom de l’esprit, contre la forme. Le piétisme contemporain retournerait volontiers la devise.

2 Circular- Erlass der kôniglichen Reyierung zu Frankfurt, 21 mars 1854 : «Der Kreis-Schulinspector wird den Ruligionsunterncht in diesen Schulen nicht in den Bereich seiner Cognition ziehen...»

SECONDE PARTIE

que comme un mal nécessaire 1 , et il a recommandé à ses représentants officiels de saisir toutes les occasions d’amener la suppression de ces établissements schismatiques.

Sur le terrain religieux proprement dit, le dissentiment est plus vif encore, et le combat plus ardent. Là éclatent des faits qui rappellent les tristes scènes d’àges qui ne sont plus.

De temps à autre, grâce à Y Union décrétée par l’évangélisme, ' on peut se croire au seizième siècle.

Voici la pétition que provoquait, en 1852, dans le duché de Bade, un des épisodes auxquels je fais allusion.

« Messieurs les députés de la seconde chambre,

« A la pétition par nous présentée, lors de l’ouverture de la session, nous avons à ajouter que les persécutions dont nous sommes l’objet n’ont fait qu’augmenter, ainsi qu’il résulte des faits suivants :

« Le 25 décembre, mourut un enfant d’un an et demi, fils de Jean Virmele, luthérien, habitant d'Ihringen, et l’un des signataires de la présente pétition. Comme le pasteur luthérien ne peut plus exercer ouvertement son ministère, les parents désirèrent que leur fils fût inhumé sans l’intervention d’aucun ministre.

« Mais défense de procéder b la cérémonie leur fut faite par l’autorité ecclésiastique unie d’Ihringen. 11 fut signifié qu’elle aurait lieu selon le rite de l’Église unie ( nach unirtem Ritus), et au besoin avec la coopération de la police.

« En effet, le 29 décembre au matin, on enleva aux parents le corps de leur enfant, lequel, sous la garde de deux agents de la police, et sans être accompagné du père ni de la mère, fut enseveli selon le rite de l’Église officielle par un ecclésiastique uni.

1 Kann die Errichtung eigener Schulen der Altlutheraner nur

als ein Uebelstand bedauert... • ( Circular-Erlass , etc )

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