‹ De l'éducation pȯpulaire dans l'Allemagne du word et de ses rapports avec les doctrines philosophiques et religieusesChapitre 133 sur 136 · INSTRUCTION PASTORALE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION PASTORALE

DE SON élUNENCE LE CARDmAL-ARCHETÉQUE DE BORDEAUX, Sar la part qae le Clergé doit prendre k renseignement primaire.

Ferduiand-François-Auguste DONNET,

Par la grftce de Diea etda Siège apostolique, cardinal prôtre de la sainte Église romaine, archevêque de Bordeaux, primat d'Aquitaine, sénateur ;

Au clergé de notre diocèse,

Salut et bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ.

Messieurs et chers coopérateurs,

Nous avions k cœur, depuis longtemps, de vous entretenir d'un sujet qui intéresse à un haut degré Tavenir de TÉglise et de la société, et qui, à ce double titre, doit vivement exciter votre sollicitude pastorale. Nous voulons parler de l'éducation des enfants, et des droits que la législation actuelle accorde à MM. les curés dans la surveillance des écoles.

Remarquez, Messieurs, que si nous employons le mot d'éducation et non celui d'instruction, dont on se sert communément, ce n'est pas sans dessein ; car nous attachons une grande importance à bien établir tout d'abord la différence qui existe entre deux choses que l'on confond trop souvent.

On peut instruire sans élever, et c'est là un des torts de notre siècle ; mais on ne saurait élever sans instruire. On peut apprendre k un enfant la lecture, l'écriture, le calcul, l'orthographe, sans parler k son cœur, sans exercer aucune influence salutaire sur ses sentiments et sa manière d'agir.

Il n'en est pas ainsi de Téducation : on ne saurait former le cœor

sans développer en même temps l'esprit; on ne saurait imprimer dans la conscience de l'homme des règles de conduite, lui expliquer les principes qui doivent gouverner ses actions, sans éclairer son intelligence, sans agrandir ses idées, en un mot, sans l'instruire. L'éducation peut donc, k la rigueur, tenir lieu d'instruction; l'instruction seule ne remplacera jamais l'éducation.

Que conclure de cette distinction si évidente et pourtant trop méconnue?

C'est que l'instruction seule ne saurait surfirc pour former Tiionnéte homme, le bon citoyen, le chrétien véritable ;

C'est qu'il est essentiel, pour le bonheur des familles, pour la tranquillité du pays, non pas tant d'instruire la jeunesse, que de la bien élever, c'est-k-dire de régler sa conscience et ses mœurs, et de lui donner k la fois les lumières et la force qui l'aideront puissamment k remplir ses devoirs.

De Ik, pour le prêtre, l'obligation sacrée de veiller, de coopérer pour sa part k l'éducation des enfants; de là, les soins que les Pères de l'Église ont prodigués k la jeunesse; de là, lant de lettres pasto* raies, tant d'ouvrages pieux et savants émanant de l'épiscopat, pour éclairer, diriger les chefs de famille et les guides spirituels du trou« peau; de là, pour l'Église, une préoccupation constante, pour le sacerdoce, un devoir toujours impérieux, et de notre temps plus que jamais.

Nous savons, nos très chers coopérateurs, que vous partagez k cet égard toutes nos sollicitudes. Examinons donc ensemble ce que doit être l'éducation ; quel concours peut et doit lui apporter le clergé, sous l'empire des lois qui nous régissent.

On a longtemps discuté, on discutera longtemps encore sur le but et sur le caractère de l'éducation.

Pour nous, qui devons nous en rapporter sur ce point comme sur tous les autres, à la sagesse de l'Église et^ à ses traditions vénérées, c'est dans l'humble livre qu'elle met entre les mains des plus petits enfants, que nous puiserons les lumières qui nous serviront de règle. Que dit le catéchisme? Que Dieu a crié l'homme pour le connaître, pour t aimer ^ pour le «erinr, et par ce moyen acquérir la vie éler*nelle.

Paroles simples mais profondes que nous ue saurions trop méditer, car elles nous révèlent k la fois la destinée humaine et les

APfEMDlOE.

fkeiiliés que Dieu nous donne pour It remplir : elles nous montrent et le but et la fole. Le but, c'est la fie éternelle ; la fOie» c'est la connaissance, c'est l'amour, c'est le senrice de Dieu, principe étemel de cette bienheureuse vie.

Donc» il faut commencer par apprendre i l'enfant k connaître Dieu, en lui disant son eiislence, en lui eipliquant ses œutres et ses blentiits, ses lois et ses perfections.

Il faut lui apprendre ensuite à aimer Dieu comme créateur , comme rédempteur, comme père, comme source de tout ce qui est; il faut enfin le former a servir Dieu, parce que servir, c'est aimer, c'est-k-dire, accomplir la volonté de celui qu'on aime, obéir k ses lois, entrer ainsi dans l'union la plus intime avec lui pour le temps et àu delk.

Voilà la science dont nous sommes redevables i tous les hommes, nous, ministres de Dieu, dépositaires et interprètes de sa parole; Toilk la science, simple et sublime k la fois, que nous devons lui faire connaître, aimer et pratiquer.

Or. Messieurs, cette obligalioUi nous devons là remplir, non-seulement envers quelques enfants privilégiés, mais envers tons» sans exception de rang et de position; car il faut que tous, riches ou pauvres, puissent connaître Dieu, l'aimer et le servir, dans la mesure indispensable à l'accomplissement de leurs devoirs.

C'est cette éducation générale, absolue, nécessaire a tous, que le divin maître est venu apporter aux homtneê de bonne volonté^ dont il a laissé la règle dans son Evangile, et dont il nous imposa la tâche, lorsqu'il dit aux apôtres dont nous continuons le ministère : Ailes et enseignez ce que vous avez appris de moi : Euntee docete.

De ces prémisses résulte, comme conclusion évidente, la mission pour le prélre de s'occuper, lui aussi, de l'éducation de l'enfant; d'approuver, d'encourager, de bénir, au nom de la religion, tous les genres de connaissances humaines qui conduisent l'homme k son immortelle destinée.

Méditons plus profondément encore les paroles du catéchisme, et nous y trouverons. Messieurs et chers coopéraleurs, toutes les règles que nous avons a suivre dans l'accomplissement du devoir qui nous occupe. Admirable caractère de la vérilé, qui renferme en quelques paroles le germe complet de toute une doctrine, comme la graine» sous un volume presque imperceptible k l'œil, renferme tous les ru-

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dimeDts de Tarbre qui doit un jour couTrir le sol de son feuillàge, se parer de fleurs, se charger de fruits.

Qu'est-ce qu'apprendre à l'enfant k connaître Dieu, si ce n'est développer les facultés de son esprit, élever son âme, élargir son horizon intellectuel, en lui faisant connaître les œuvres de Dieu , ses perfections et sa loi ?

Qu'est-ce qu'apprendre li l'enfant b aimer Dieu, si ce n'est ouvrit* son cœur, le former au dévouement, en lui inspirant, dès ses pre* miers pas dans la vie, l'admiration et l'amour des perfections divines, de la beauté, de la vérité et de la justice dans leur source, qui est Dieu même, et dans leur manifestation, par les créatures faites & l'image et k la ressemblance de leur auteur?

Qu'est-ce qu'apprendre à l'enfant à servir Dieu, si ce n'est soumettre sa volonlé, l'assouplir, la façonner au joug du Seigneur, l'habituer à l'obéissance, au sacrifice, en lui apprenant à voir la volonté du maître partout où il y a du bien à faire, une créature à secourir» nn frère à obliger?

Telles sont les leçons du catéchisme, supérieures, dans leur énergique concision, à tous les systèmes de pédagogie, a toutes les contradictions de la raison humaine, dont elles triomphent sans effort. Ces contradictions, vous le savez, N. T. C. C, se révèlent dès qu'il s'agit d'établir les rapports de l'éducation et de Finstruclion ; d'assigner leur rôle respectif , leurs limites véritables ; de montrer le concours qu'elles doivent se prêter mutuellement, et l'action qu'elles sont appelées à exercer sur les masses comme; sur les individus.

Selon les uns, l'instruction suffit à tous les besoins des populations; elle doit les affranchir des misères du corps et de l'âme ; elle peut seule éclairer leur raison , assurer leur bien-être ; elle peut et elle doit, par conséquent, partout et toujours, être distribuée conune la véritable manne du Ciel, répondant à toutes les exigences de la nature humaine.

Selon les autres, l'instruction est un instrument de perversion et de mort, la source des mœurs dépravées, des basses et impuissantes jalousies, des haines ambitieuses, des convoitises menaçantes; elle est, en un mot, le principe des maux terribles qui ont effrayé, bouleversé le monde; et dès lors, en être plus avare et la restreindre autant que possible, c'est une nécessité sociale » un devoir impérieux pour l'État.

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Nous répondrons aux uns et aux autres que connaître, aimer, seryir Dieu, ëiaut la ûn « de (oui liomme venant en ce monde < et que l'homme ne pouvant l'aimer sans le connaître, la science de Dieu lui devient indispensable. Plus cette connaissance du créateur est exacte, étendue, profonde, plus le sentiment qu'elle inspire est vif, large, et durable; mais c'est la raison qui comprend et qui juge, c'est l'intelligence qui conçoit, c'est Tiustruction qui forme les facultés de l'esprit: c'est elle qui apporte la lumière, qui fournit l'instrument, qui façonne l'organe. La connaissance est la vraie clef de l'amour : nil amatum nUi prœcognilum , comme Ta dit saint Augustin. Aussi, l'Église veut la science, recommande l'instruction, sanctionne tout ce qui la favorise, condamne tout ce qui l'entrave. Elle est la mère et la maîtresse des .sciences , parce que Dieu est le «Pitc des lumières, parce que Jésus-Christ , non-seulement est la vie et la voie, mais la vérité, et ce qu'il veut, c'est qu'elle brille de tout son éclat» Si l'Eglise se prononce en faveur de Tinslruction, parce qu'elle est sainte dans son origine el son but, parce qu'elle lire Thomme des ténèbres et des ombres de la mort, parce qu'elle propage l'Évangile et devient ainsi l'instrument du salut: elle redoute, elle repousse, elle condamne rinstruclion qui n'arrache l'homme h l'ignorance que pour le livrer a l'erreur, qui ne lui donne la conscience de sa force que pour lui apprendre à en abuser, qui ne développe sa raion que pour en faire l'ennemi de la Foi , l'interprète de l'orgueil, l'adversaire de l'autorité, l'organe des passions.

Mais conclure de là que l'instruction par elle-même est un mal, que la culture des facultés intellectuelles est un danger , c'est tomber dans un excès non moins condamnable que l'exagération contraire. Pour vous , Messieurs, qui savez que Dieu n'a pas élevé l'homme audessus des créatures sans raison pour que les facultés qui l'en distinguent restassent inactives; vous qui enseignez qu'il veut être «adoré en esprit et en vérilé»,ct que l'hommage qu'il nous demande est celui d'une créature intelligente et libre, vous propagerez l'instruction , comme l'Église l'a fait en tout temps, avec ardeur, avec persévérance , et vous ne verrez dans la science ainsi comprise qu'une fidèle alliée, une auxiliaire indispensable.

Que conclure de tout ceci ! C'est que l'instruction peut faire ou un

i Deum Urne el mandata ejus observa; hocljut enhn omnls homo. Eccles. XH, 15. \ s. Igncm vetii miuerre in tcrram \ei guid volo nisi ut accndiuurf Luc, XH, 49.

AFFË>D1C£.

grand bien, ou un grand mal ; c'est à elle que nons poufons appliquer le texte de TApôlre : In ipsa benedicimus Deum et Patrem el in ipia maledicimus homines.,. Ex ip$o ore procedil henediclio et maie-' dietio ** Nous ne craindrons pas d'ajouter qu*au point où nous en sommes aujourd'hui, non pas seulement en France, mais dans une grande partie du monde, il faut de toute nécessité que Finsiruction sauve lasociéiéen la régénérant, ou qu'elle la perde en achevant de la corrompre.

Voyez rétat des âmesl Vous le connaissez. Messieurs, qui, répandus au milieu des populations, passez votre vie à sonder leurs plaies, à soulager leurs misères. La foi s'afraiblit insensiblement, et, avec elle, s'en vont les vertus domestiques, l'esprit de famille, la piété filiale, la pureté des mœurs, la soumission aux volontés du Ciel, l'attachement aux professions héréditaires, le respect de l'autorité.

Voilà le mal qui travaille depuis lon^^temps déjà notre société, et sur lequel elle ne serait que trop portée à s'endormir, si , par intervalle, des crises terribles ne venaient la tirer de son insouciante apathie, et montrer a ses yeux effrayés le fond de Tubime où menace de la précipiter l'oubli de tous les devoirs.

Que les écoles aient été atteintes par la coutasion générale; que renseignement ait contribué à la répandre , c'est malheureusement un fait qu'on ne saurait contester; mais il serai! injuste de prétendre que la corruption des mœurs est née de l'instruction , qu'elle est sortie de nos écoles, et qu'il suffirait de les fermer pour régénérer le monde. Le mal circule et se propage en dehors de ces établissements par mille canaux : par les livres et les gravures, par la profanation du dimanche, par les lieux de dissipation et de folles joies, par les commotions politiques qui excitent les passions, allument la cupidité, aiguillonnent Tambition , engendrent le désordre dans la cité et dans le hameau , enfin par toutes ces voies de communication et de contact que l'industrie, le commerce, établissent de peuple à peuple , de ville à ville , d'homme à homme, d'heure en heure , de moment a moment.

Mais si les écoles et l'instruction n'ont pas été et ne sont pas la cause du mal, il est évident qu'elles peuvent puissamment servir, soit à l'étendre, soit à le guérir, selon l'esprit qui préside à leur di-

i. Epist. Jacob , m, 9 et lo.

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rection. C'est donc vers ces établissements que les amis de la religion et de la société doivent tourner aujourd'hui leurs regards et leurs efforts.

C'est dans les écoles et par les écoles qu'il faut préparer le retour i la foi, à la vie de famille, aui bonnes mœurs; c'est là qu'il faut saisir les générations, avant qu'elles soient asservies par les passions et les vices qui ravagent le monde.

Si, dans des temps autrement dirûciles que les nôtres, l'Église s'est aidée des écoles pour faire briller la lumière du christianisme parmi des peuples ignorants et sauvages; c'est encore à leur foyer qu'elle peut raviver ce flambeau de la foi, pour en répandre les bienfaits au milieu des ténèbrès d*une civilisation que ses excès menacent d'une nouvelle barbarie : et le moment est venu où ces institutions, nées autrefois sous l'inspiration de TÉgiise, sentent le besoin de se rapprocher de leur berceau , en prêtant à la religion un sincère et généreux concours.

Mais ce retour désirable ne dépend pas seulement des écoles : il dépend encore de vous. Messieurs, c'est<à-dire, de la manière dont vous saurez vous servir de la loi du ^5 mars ^890. Grâce à Dieu , le temps n'est plus où renseignement de l'Etat, absolument distinct de celui de la foi, était soustrait à la légitime influence du prêtre, à qui l'entrée des écoles se trouvait, pour ainsi dire , interdite par lesconditions auxquelles une jalouse défiance l'avait soumise. La société, éclairée par l'expérience , a senti le besoin d'y rétablir l'influence de la religion.

Elle les place sous la surveillance tulélaire de l'Église; elle convie le prêtre a les visiter ; elle l'investit de la direction de l'enseignement moral et religieux ; elle rend son intervention douce et utile, en lui restituant son caractère de spontanéité, de bienveillance et de protection *.

Combien de fois. Messieurs et chers coopérateurs, dans l'exercice de votre ministère, n'avez- vous pas gémi de l'absence de toute idée religieuse chez les enfants que l'on présentait k vos catéchismes? Que de fois, dans vos efforts pour instruire vos paroissiens, ne vous êtesvous pas heurté contre les obstacles qu'apportait au succès de votre

1. Voir les disposiiious de la loi du 15 mars 1SK0 sur ce sujet. MM les curés peuvent les consulter dans le commentaire de cette loi publié par la société pour la liberio de renseignement.

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apostolat rigDoraoce absolue du pins grand nombre d'entre eux ? Que de peines pour enseigner la lettre, pour graver les formules dans la mémoire, pour expliquer un symbole dont les expressions les plus simples semblaient au-dessus de la portée de vos auditeurs I Qu'il y a loin de la profondeur de nos mystères , de la sublimité de nos dogmes, de la pureté de notre morale , aux préoccupations grossières des esprits que l'intérêt et la passion aveuglent et captivent !

Ces esprits, il faut donc les ouvrir de bonne beure pour y faire pénétrer la vérité; il faut les éclairer par des notions justes; former les eœurs par des sentiments honnêtes; développer toutes les facultés par des exercices fréquents. Quand vos enfants sauront lire, ils retiendront mieux vos leçons; vos préceptes se graveront dans leur âme avec la lettre que vous confierez à leur mémoire. Vous profiterez de la curiosité née d'un premier enseignement, pour la diriger vers les hautes questions de l'origine et de la destinée de l'homme , de sa chute et de sa rédemption. Il est peu de notions dans l'instruction primaire qui ne puissent vous servir pour donner aux enfants qui suivent vos catéchismes le pressentiment des choses divines.

Ainsi compris, l'enseignement du premier âge sera pour vous ce qu'il doit être réellement, un moyen de conquérir les populations a la foi religieuse et à la pratique des devoirs.

Insistez donc auprès des familles sur l'utilité des écoles. Multipliez les avis aux parents, les exhortations en chaire, les visites aux paroissiens; facilitez rentrée des classes aux enfants peu aisés en rédigeant, de concert avec l'autorité municipale, la liste des élèves admis gratuitement, en vertu de l'art. 45 de la loi. Il est bien entendu que Yos écoles offriront toutes les garanties désirables ; si , ce qu'à Dieu ne plaise, l'enfance était exposée à y trouver de funestes leçons, de dangereux exemples, vous devriez non-seulement vous abstenir, mais encore vous servir du droit dont vous investissent la législation et votre conscience, pour non; informer immédiatement, et nous fournir ainsi le moyen de prévenir le plus grand des maux ; car, « ino- M culer le vice dans le cœur des enfants, c'est un aussi grand crime, « a dit Bossuet, que d'empoisonner les fontaines publiques. »

Mais avec l'attention si louable que l'autorité apporte aujourd'hui daus le choix des instituteurs, nous nous plaisons à espérer que rien de semblable ne se présentera au milieu de nous.

Il sera malheureusement moins rare de rencontrer des maîtres qui

AITENDICE.

ne sentiront pas assex Timportance des deroirs religieui et pour eazmêmes et pour leurs élèves.

Vous serez exposés ii ce mécompte , surtout dans les écoles qui n'ont été l'ohjet d'aucune surveillance , et qui ont même subi , pendant un certain nombre d'années, une influence anti-religieuse. Nous en avons gémi avec vous; toutefois, ne vous laissez pas décourager par cette apparence de froideur ; elle peut souvent ne tenir qu*i Tablence de direction. Vos témoignages d'affection et d'estime ranimeront facilement le zèle. On entretient le mauvais vouloir en paraissant y croire ; en supposant de la bonne volonté , on la fait naître. Multipliez donc les encouragements ; ne craignez pas de donner des marques de confiance; on s'empressera de suivre vos conseils quand on sentira en vous une bienveillance qui ne se dément pas et une persévérance affectueuse que rien ne rebute.

Ainsi , Messieurs, ce que nous vous demandons, c'est de concourir activement à l'œuvre de l'éducation , c'est d'unir vos efforts à ceux de vos instituteurs. On n'a pas assez compris combien cette union pouvait aider, bâter la régénération morale d'une ville, d'une campagne. Trop souvent le curé s'est éloigné de la classe, et le maître de l'église. Une défiance muluelle, une hostilité plus ou moins déclarée, a paralysé les efforts des uns et des autres. Il faut, à tout prix, mettre un terme à cette séparation entre le presbytère et Técole. Que de votre côte celte union si désirable se rétablisse donc le plus tôt possible I Songez qu'on n'attire pas les hommes en s'en tenant constamment éloigné. A Dieu ne plaise que nous vous engagions à prendre une attitude incompatible avec la dignité de votre caractère ! Chargé par la loi de la surveillance des écoles, vous êtes, dans l'ordre légal» le supérieur hiérarchique de l'instituteur; prêtre et pasteur des âmes, TOUS avez droit a son respect. Mais , par ïk même que vous êtes prêtre de Jésus Christ, le père et l'ami de tous vos paroissiens, vous imiterez la douceur du bon maître; une bienveillante condescendance attirera à vous celui qui fût resté à l'écart par timidité et par réserve. Sans cesser d'être vis a-vis de vous un subordonné respectueux, un paroissien exemplaire, il deviendra pour vous un coopérateur utile, un auxiliaire intelligent et dévoué.

Pour rélablir les relations entre vous et l'instituteur, vous n'aves qu'à profiter, nous ne dirons pas du droit que la loi vous donne, mais du devoir qu'elle vous impose. Multipliez vos visites k l'école.

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Ne vous y présentez pas en censeur désireux de trouver des motifs de blâme ; montrez-vous-y comme un ami qui vient apporter des conseils et surtout des encouragements. Cherchez b découvrir tout ce qui est bien ; saisissez l'occasion d^adresser quelque éloge aux élèves et au maître. La louange excite l'émulation ; elle est une récompense pour rinstituteur li qui elle prouve que ses efforts n'ont pas été stériles ; elle le dédommage de beaucoup de peines et rend sa tâche plus facile, en augmentant son influence et son action.

Soyez persuadés d'avance que ces attentions tourneront au profit de la paroisse. Bien des gens que la religion trouverait indifférents vous sauront gré de ce que vous ferez pour Técole , et seront par là disposés à accueillir plus favorablement vos couseils. Divisés, rinstituteur et le curé se neutralisent ; unis , ils décuplent leur puissance.

Efforcez-vous aussi de rendre la tâche du maître plus facile, en usant de votre influence auprès de l'autorité pour obtenir toutes les améliorations que réclame Fécole. Un mauvais local est souvent cause d'un accroissement de fatigue, un obstacle au maintien de la discipline. Un matériel insuffisant nuit plus qu'on ne pense aux tra« vaux de l'instituteur. Vos demandes, b cet égard, profileront aux élèves en augmentant le zèle de leur maître.

Cet homme, dont la fonction est si humble et si importante a la fois, vous devez « le soutenir, le prévenir même» , selon le langage de saint Paul, «par toutes sortes de marques de bien veil lance Ne restez indifférent a rien de ce qui le touche , lui et sa famille. En l'aidant k se procurer un logement convenable , sans lequel il y a toujours k craindre la lassitude et le dégoût, ne vous prêtez point, comme l'ont fait quelques-uns de vos confrères, a établir l'école dans une partie de vos presbytères. Le gouvernement, à qui nous en avons référé, partage notre manière de voir à cet égard. L'Eglise et le presbytère sont des asiles qui doivent rester fermés b tous les bruits, a toutes les agitations du dehors. La législation est d'ailleurs formelle sur ce point : on ne peut rien distraire de la maison curiale ni de ses dépendances sans notre avis motivé, sans celui de M. le préfet et sans un décret du gouvernement.

Avec quel bonheur nous envisageons dans l'avenir les heureux effets de ce mutuel concours du prêtre et de Finstituteur : le prêtre attirant les enfants a l'école, oh l'instruction élémentaire les prépare k recevoir la bonne semence de l'Évangile ; l'instituteur montrant à

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la jeunesse le cliemin de TÉglise et la disposant a écoa ter la parole du prêtre contins celle de Jésus-Christ!

Ajoutons, Messieurs, qu'en visitant Tréquemment les écoles, comme c*est votre devoir, vous avez, nous le disions plus haut, 'a y exercer non pas seulemeqt une surveillance qui empêche le mal, maïs une action positive qui produise et multiplie le bien. Sans doute, l'école n'est pas TÉglise piais elle en est le portique ^ La parole sainte peut s'y faire entendre, le ministère sacré s'y exercer; on peut y engendrer les âmes à la foi. Saint Paul prêchait partout, ^ l'aréopage, sur les places publiques, dans les réunions particulières , dans les grandes assemblées , publiée et per domos: comme lui , vousc vous ferez tout à tous, pour les gagner tous à Jésus-Christ ».

A l'école vous avez longtemps les enfants sous la main; ils ne sauraient vous échapper. A l'église, au contraire, vous les tenez à peine, à l'époque de la première communion, trois ou quatre fois par sepiaine, durant deux années. Qu'est-ce qu'un temps si court pour former des âmes à la vie chrétienne , pour leur apprendre à connaître Dieu, à observer ses commandements? Que la classe soit donc pour vous l'annexe de l'église ! Allez-y chercher vos brebis. Tâchez d'y faire chaque semaine une instruction religieuse a la portée de tous les enfants; elle deviendra le complément de votre enseignement catécbis^ tique. Entendez-vous pour cela avec l'instituteur : si l'école vous est, de droit, toujours ouverte , il ne faudrait pas néanmoins déranger le cours des leçons ordinaires, car le maître a un règlement k suivre, un compte à rendre, certaines branches de connaissances humaines a enseigner.

Choisissez d'un commun accord, pour vos instructions religieuses, les jours et les heures qui s*accordent le mieux avec les devoirs de votre ministère et les plans d'étude de l'école.

Quant à vos autres visites, elles doivent n'entraîner aucun dérangement. Un coup d'œil jeté en passant, pour voir si tout marche bien , si chaque chose se fait en son temps ; un mot amical dit an maître, quelques paroles d'encouragement adressées aux élèves, mais sans troubler l'ordre de la classe, sans interrompre les leçons. Eo inspeclant l'école, vous venez surtout observer les enfants et vous montrer a eux. « Le bon pasteur connaît ses brebis, et ses brebis le

I. De Gérando, Court normal des inttituteurs primalref^ ouvrage uiae ^ lire, cl q«e nous recommandons à MM. les curés pi Inslltuieurs.

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connaissent.» Que la jeunesse s'accoutume 2i vous voir autre part qu'à l'autel ou an tribunal de la pénitence, k trouver dans le prêtre un père, un protecteur plein de sollicitude, qui s'intéresse k ses succès, aux peines et aux joies de ses parents, et qui l'aiment d'une affection toujours vigilante. Ainsi vous cimenterez , dès l'école , l'union du curé et de ses paroissiens.

Nous ne disons rien, Messieurs , de vos visites dans les écoles dirigées par des institutrices , soit séculières, soit appartenant à des corporations religieuses ; votre prudence et les conseils que déjà noua avons été à même de vous donner, vous ont tracé une ligne de conduite dont vous ne vous êtes jamais écartés.

Soyez exacts a faire exécuter, dans toute leur étendue, les règlements universitaires qui exigent partout la séparation des deux sexes. Ne pouvons-nous pas espérer que le moment approche, où, comme dans le reste de la France , chacune de nos paroisses aura son école pour les jeunes filles? Hâtez, par tous les moyens possibles, la création de ces maisons de sœurs, dont Theureuse influence s'est déjk fait sentir dans plusieurs parties de notre diocèse.

Mais y vous le comprenez, pour faire accepter vos conseils , pour les donner avec plus d'autorité , il faut connaître ce dont vous avez à parler; il faut avoir étudié les méthodes, n'ignorer aucune des parties dont se compose l'instruction primaire.

A cet effet, il ne sera peut-être pas hors de propos de vous indiquer ici quelques ouvrages où vous trouverez de précieux renseignements sur la tenue d'une classe , et que vous pourrez recommander à vos instituteurs.

En première ligne, nous placerons l'excellent Traité de notre immortel Fénelon, qui, malgré son titre ^ s'applique a la direction de la jeunesse des deux sexes. Vous puiserez d'excellents conseils dans un livre déjà cité et où respire le meilleur esprit ; vous rftnconlrerez les mêmes qualités, et peut-être avec un caractère plus réel d'utilité pratique , dans un ouvrage du même gepre, écrit par ^ne femme, à l'usage des écoles des filles ^, et dont les avis, dictés par l'expérience , ont également leur application dans les écoles de garçons. Nous signalerons l'opuscule du frère Agalhon qui u'ex-

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