PREMIERE PARTIE
légitime de la première. C'est pourquoi, moi protestant, je tends la main à tout croyant sincère. » Or, précisément, le remède est l'aveu du mal. En indiquant le caractère, il permet d'en mesurer l'étendue. Qu'on lise la loi du 3 mai 18S1, promulguée en Saxe par M. le baron de Bcust : en même temps qu'elle améliore, par une élévation de traitement, la condition matérielle des instituteurs, cette loi multiplie les peines en multipliant les cas de répression ^ Et quels sont les cas particulièrement prévus? Les insultes à Dieu {Goites-lasierung)^ les outrages publics envers la religion {pjfentliche Herajbsetzung der Religion]^ les atteintes portées aux bonnes mœurs par l'inconduite, le commerce et la diffusion d'écrits immoraux; la négligence des devoirs religieux a dont la pratique a été la condition de l'admission à l'emploi, » l'indiscipline vis-à-vis des fonctionnaires de l'État et des ministres ecclésiastiques (art. 3 et 4), etc.
Je sais tout ce qu'il est permis d'espérer, pour la formation des maîtres nouveaux, pour le retour de l'éducation populaire dans la voie de la tradition religieuse et du bon sens, des efforts concertés d'hommes tels que MM. Stolzenburg, à Buntzlau; Furbringer, à Berlin; Zahn, à Meurs, Robbelen, à Hanovre, etc., sous la haute impulsion des chefs actuels de l'instruction publique, dans les différents pays de l'Allemagne ; je sais, poiir les avoir vus à Tœuvre, pour avoir été à même de recueillir Texpression di leur pensée, tout ce qu'on peut attendre de leurs lumières et de leur dévouement; mais je connais aussi, pour l'avoir sondé, la profondeur de Tabîme qu'ils ont entrepris de combler.
Un document administratif doit ici trouver place. En doni:ant une confirmation indirecte aux faits et aux appréciations
1. Voyez la loi de Saxe de 1835 et les modifications qu'y a apportées la loi du 3 mai 1851.
FAITS GONTEMPORimS.
qui précèdent, ce document témoigne tout à la fois et de la nature du mal et des efforts sinon toujours heureux, du moins sincères qu'on fait chaque jour pour le combattre.
Il s'agit d'une circulaire adressée de Kœnigsberg, parle président {Oberpràsident) de la province de Prusse, aux Régences {Regiervngen) placées sous sa juridiction. Telle était Funiversalité des plaintes auxquelles il était urgent de faire droit, que le ministre de l'instruction publique, en Prusse, H. de Raumer, n'a rien cru pouvoir mieux faire que d'adresser cette circulaire è chacune des régences et à chaque Provineial- Schvl^CoUegium du royaume entier. Je traduis cette circulaire dans son ensemble.
c II est venu à ma connaissance qu'en beaucoup d'endroits (anvielen Orien), notamment dans les villes, les instituteurs primaires, aux jours de dimanche et de fêtes, fréquentent très irrégulièi*ement on ne fréquentent pas du tout {gar nicht) le service religieux. Comme ces instituteurs sont chargés d'instruire leurs élèves dans la connaissance du christianisme , olqet capital de l'enseignement élémentaire, et qu'ils ne doivent pas seulement les instruire, mais les élever chrétiennement; comme, en conséquence, ils doivent donner le bon exemple aux enfants ainsi qu'aux parents, vous penserez avec moi que beaucoup de maîtres ayant provoqué des plaintes ù cet égard, il importe de prendre des mesures efficaces.
c Pour le moment il est permis d'hésiter sur le point de savoir si tous les instituteurs peuvent être contraints par des voies disciplinaires à l'accomplissement du devoir d'assister au service religieux; mais ceux qui sont organistes, chantres, sacristains, sont tenus, en raison de leurs fonctions, de fréquenter régulièrement l'église, et il va de soi qu'ils doivent rester dans le temple non-seulement pendant l'exercice du chant, mais encore pendant le prêche. Or, plusieurs de ces employés de TÉglise ont l'habitude de quitter le temple au
PREMIÈKE PARTIE.
moment où le pasteur monte en chaire et de n*y revenir qu'au moment où il en descend, rengage donc la régence à prendre des mesures générales d'après lesquelles les employés ecclésiastiques ci-désignés soient tenus d'assister au service divin sans interruption, et d'exercer leur surveillance sur les enfants de l'école qui se trouvent à l'église.
c A part les chantres, organistes, sacristains, dans les endroits où l'usage s'est conservé jusqu'à présent pour le maître de conduire les élèves h l'église les dimanches et jours de fêtes, et de donner même dans l'école quelque instruction pieuse, l'instituteur, sans aucun doute, est tenu de se conformer à cet usage, alors même que l'acte de la nomination ne contient à cet égard aucune stipulation expresse, et il peut y être contraint par des moyens disciplinaires.
« Pour les autres instituteurs, il est possible de pourvoir, au moins par voie indirecte, à ce qu'ils fréquentent régulièrement l'église. Le règlement général de 1763^ prescrit que les maîtres, dans la leçon du lundi, s^assureront si les élèves ont retenu quelque chose de la prédication du dimanche. En vertu du même principe, une décision de la régence de Gumbinnen, en 1829, ordonne que, chaque lundi, la première leçon de l'école ait pour objet de revenir sur l'instruction religieuse de la veille. Ces prescriptions n'ont pas seulement une importance intrinsèque, elles ont aussi pour but de rendre nécessaire l'assistance de l'instituteur au service religieux, conjointement avec les élèves et la population de la commune. Il importe que partout elles soient comprises et maintenues.
c Je recomimande que, dans l'appréciation des titres aux récompenses et gratifications, ne soit jamais négligé le point de savoir si lemaitre, parla fréquentation du service reli-
1 • Yoyez^ce remarquable document au chapitre 1 de la 2® partie.
FAITS CONTEMPORAINS. 44
gieux, donne le bon exemple aux enfants de la commune. Il en doit être de même pour les nominations aux places d'instituteurs.
« Les inspecteurs des cercles auront à s'informer dans leurs tournées si les maîtres fréquentent régulièrement le temple, et s* ils ont fait preuve de sentiments religieux en harmonie avec Tesprit de l'Église (Ob religiôsen kirchlichen Sinn bewieien haben), »
Les nécessités qui, en Saxe et en Prusse, provoquaient ces rigueurs de législation et dictaient de telles circulaires, ont inspiré m Hanovre et dans la Hesse des mesures analogues. Ainsi partout dans TAllemagne du nord, les mêmes effets témoignent d'une même cause.
On Ta vu, les doctrines ou les tendances dont je viens de signaler la nature, dont j'ai saisi l'application dans l'enseignement du peuple, et, qu'on me passe l'expression, constaté le flagrant délit, ces doctrines ne sont pas restées ensevelies dans l'obscurité de l'école. N'avaient-elles pas conscience de la force que leur donnait une popularité de longue date? Pourquoi n'eussent-elles pas aspiré au grand jour, envoyé des représentants aux parlements nationaux, et tenté d'emporter la tribune de haute lutte? Et, en effet, le drapeau deYémanci'» potion de 1 école a été arboré dans les assemblées délibérantes, avec quelle hardiesse I on s'en souvient.
Les écoles dont je viens d'esquisser la physionomie morale, yiçok hégélienne, Yécole rationaliste, ont eu leurs députés au parlement de Francfort. M. Vogt (de Giessen), M. Rosmaesler de Tharand (royaume de Saxe), M. Vischer, de Tubingen, M. Reinhard, de Boitzenburg, etc., ainsi que le rapporteur du comité des écoles, M. Paur, n'avaient pas d'autre carac- I ^re. Suppression de l'enseignement confesiionnel , c'était le [ cri de ralliement que le politique jetait au pédagogue et que