‹ De l'éducation pȯpulaire dans l'Allemagne du word et de ses rapports avec les doctrines philosophiques et religieusesChapitre 7 sur 136 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

trompe pas, une sanction officielle en a précisé le sens, en en centuplant la portée ^

c U n'est plus permis de le dissimuler désormais, s'écrie la même voix : la notion abstraite de l'homme, s'appuyàt-elle sur la psychologie et Ylnivition (AnsckauungsleAre)^ n'offre rien pour la culture morale du peuple ; elle ne peut en rien donner Fintelligence du rôle et de l'essence de l'école populaire; il ne lui appartient pas de poser les fondements de cette science depuis longtemps invoquée, mais dont, jusqu'à cette heure, on ne connaît qu'un nom stérile et vide : Pédagogie. »

Dans ces plaintes, distinguons deux choses : premièrement, les aveux salutaires d'une science, qui, sous le coup de redoutables leçons, reconnaît franchement ses erreurs ; en second lieu, l'exagération que les circonstances expliquent, mais ne justifient pas.

Oui, la pédagogie allemande, depuis un demi-siècle, a dévié de la route où la lumière d'une tradition tutélaire devait éclairer ses pas, pour les guider vers le but. Non, la pédagogie elle-même ne doit pas être arrachée, comme une plante parasite, du champ de l'éducation populaire. La science ne peut être sacrifiée à Yart, ni le principe condamné par l'abus.

1. Einrichtung und Lehrplan fUr DorfschtUen, par Théod. Goltzscb (Berlin, 1852). Le ministère de Tinstruction publique a souscrit à cet ouvrage pour le répandre dans toute la Prusse, u La pédagogie , continuer l'auteur que nous citons, doit chercher désormais la cause de son impuissance et de ses revers, non hors de soi, mais en soi; il lui faut avouer qu'elle ne s'est jamais rendu un compte sérieux de la culture morale qu'elle so propose de développer au sein des masses- populaires; qu'aujourd'hui même elle n'en sait pas davantage, et qu'elle est incapable d'organisefi je ne dis pas V Ecole en général, mais une simple école de village.

<« Le temps est venu où chacun peut reconnaître que le fondement de tonte éducation est posé par l'Eglise, l'Etat, la Commune, la Famille, et qu'il y a folie à vouloir remplacer cet organisme de la vie morale par je no sais quel élément nouveau créé au sein de l'Ecole. •

heyue historique.

La suite do dos études démontrera cette double thèse. Mais, on le voit immédiatement, les plaintes dont nous venons de reproduire l'expression ne sont pas sans gravité : elles accusent des fautes et révèlent un malaise dont il importe de reconnaître le principe et de mesurer Tétendue. En fait d'éducation populaire, comme en philosophie, l'Allemagne qui, depuis soixante années, se lançait avec ardeur sur la grande route des systèmes , l'Allemagne s'est tout à coup déconcertée. Elle s'arrête cherchant sa voie, et se demande : Où 8uis-je?

Pour apprécier l'état moral de Tinstruction populaire dans rAllemagne du nord, pour comprendre les efforts par lesquels Tesprit de conservation, au delà du Rhin, réagit, à l'heure qu'il est, contre de funestes entraînements, il importe, avant tout, de connaître le point de départ.

Quel rôle, jusqu'à l'époque où la pédago^e prétendit s'emparer de l'école, fut assigné, en Allemagne, à l'autorité religieuse, à V Église, dans la direction de l'éducation populaire? Première question dont l'étude doit précéder Texamen des faits contemporains : dans le domaine des sciences morales, ce n'est qu'à la lumière de l'histoire qu'on peut connaître et qu'il est permis de juger le présent.

Le problème de l'éducation du peuple se posait devant Luther, au moment où le moine de Wittemberg jetait à Rome le solennel défi qui devait briser l'unité religieuse de l'Europe : enlever la génération qui s'élevait à l'enseignement traditionnel ; ranimer dans les veines de l'Allemagne septentrio* nale, contre les idées et les hommes du midi, le feu de cet antagonisme que la pensée catholique avait assoupi sans l'éteindre S était pour les réformateurs la première des néces-

1. Voyez le pamphlet de Luther, adressé à la noblesse chrétienne de la notion germanique, et les satires de Ulrich de Hutten, passim.

PREMIÈRE TARTIE.

sites et le plus pressant des intérêts. L'instruction qu'on déf gne aujourd'hui sous le nom d'instruction primaire tomlu comme une arme aux mains du protestantisme : elle devenc un moyen en demeurant un but.

Élever des écoles, pousser le peuple aux pieds des mt très, améliorer le système scolaire, en tout cas, le change] donner, en un mot, à l'éducation des classes populairi une importance qui naissait des circonstances mêmes, éta dans la logique des faits ainsi que dans la tendance d< principes.

Non pas, comme on l'a trop répété en AllemagneS qi Luther trouvât table rase, et, qu'en fait d'instruction pi maire , la réforme eût tout à créer : tant s'en faut ! le cathol cisme avait peuplé l'Allemagne d'écoles populaires comme reste de l'Europe* : il avait voulu que le clergé appelât dai ces écoles « les fils des serfs comme les fils des honun< libres^; » que tout prêtre ayant charge d'&mes donnât Tii struction ou par lui-même ou par un clerc ^; que les évêquc dans leurs tournées , prissent soin « de faire construire d écoles là où il n'en existait point » que le curé de chaqi paroisse offrit aux pauvres l'enseignement gratuit «Nu portait le règlement de l'école de Worms (1260), nul ne d(

1. Niamey er, par exemple, déclare qu'avant Luther on n'avait rien f {so gut als gar nichts) pour l'éducation du peuple. {Grundslitze der Erz hmg, t. lU, p 542.)

2. Voyez cap. 1 De scholis per singula episcopia et monasteria itu tuendis. (Ap. Baluze, p. 202).

Page 1