‹ De l'égalité des races humainesChapitre 10 sur 78 · ES - III · texte numérisé non relu

ES - III

DOMAINE DE h' ANTHROPOLOGIE.

D'aucuns penseront sans doute qu'on peut facilement s'occuper d'anthropologie sans s'astreindre à étudier particulièrement toutes les sciences dont nous avons essayé d'esquisser une classification rapide. Mais bien grave serait f cette erreur. Sans cette préparation préalable, l'esprit le

mieux fait manquera toujours de certaines bases de jugement, en l'absence desquelles on est incapable de se former une opinion personnelle sur les questions les plus discutées et les plus importantes. Faut-il le dire? Même armé de ces connaissances générales, on serait parfois bien embarrassé si on n'en suivait pas certaines subdivisions j usqu'à leur dernière constatation scientifique. Peut-être aurais-je ajoute les sciences mathématiques si je ne pensais pas que,* pour trouver une méthode d'investigation suffisamment claire, point n'est besoin, d'appliquer à la craniométrîe les calculs trigonométriques proposés par le Dr Broca. Car des difficultés ajoutées à d'autres difficultés ne suffisent pas pour les aplanir; c'est l'effet tout contraire qu'elles produisent. Parmi les mathématiques appliquées, les notions de mécanique, par exemple, peuvent être nécessaires à celui qui étudie l'organisation du corps humain, lorsqu'il s'agit de se rendre compte de certains mouvements de locomotioir

DES MCES HUMAINES. \*\

ou de chorégraphie qui semblent incompatibles avec la station droite, propre à l'espèce humaine. Dans la marche, dans la course et la danse, les bras exécutent des balancements savants, au point de vue de l'équilibre, sans qu'on en ait le moindre soupçon. Cependant les anatomistes les plus distingués n'en parlent qu'avec la plus grande sobriété. Combien moins doit-on s'en occuper, quand il ne s'agit pas de constater les lois d'équilibre, mais des caractères différentiels de race ou de type.

Il faut aussi observer que la plupart des ethnographes, au lieu de considérer l'ethnographie comme l'étude descriptive des peuples qui sont répandus sur la surface du globe, en font une science générale de l'humanité. Dans cette opinion, c'est leur science qui englobe l'anthropologie reléguée alors au second plan. Au dire de M. Castaing, « l'anthropologie craquerait de toutes parts, si elle essayait d'englober seulement le quart de ce que l'ethnographie embrasse sans contrainte (1). » Est-ce pourtant la faute des ethnographes si les notions les plus logiques sont ainsi troublées et renversées? N'est-ce pas plutôt celle des an thropologistes? M™ Clémence Royer (2) l'a bien énoncé en disant que la Société d'anthropologie a une tendance à faire de la squelétomanie, au lieu de s'élever aux grandes visées de la science. « En effet, dit-elle, l'école actuelle d'anthropologie laisse trop de côté l'homme moral et intellectuel; elle s'occupe trop exclusivement de l'homme physique. » ■

Affirmant, pour ma part, que Tanthropologiste doit étudier l'homme, non-seulement au point de vue physique mais aussi sous le rapport intellectuel et moral, j'ai mis l'ethnographie à sa vraie place. Je la considère comme

(1) Congrès intern. des sciences ethnogr. tenu à Paris en 1878, p. 441*

(2) Ibidem, p. 438,

une branche des sciences cosmologiques, car on la rencontre infailliblement, dès qu'on s'occupe de Fétude de l'univers. C'est ainsi que l'illustre Alexandre de Humboldt a dû y toucher dans son Kosmos, le traité de cosmologie le mieux fait qui ait été publié jusqu'ici. Par ainsi, on peut facilement la différencier de l'ethnologie qui ne s'arrête pas seulement à la simple description des peuples, mais en outre les divjfee en races distinctes, étudie leurs organismes variés, considère les variétés typiques, telles que les têtes longues, pointues ou arrondies, les mâchoires saillantes ou droites; les nez aquilins, droits ou camus, etc.; enfin qui essaye de découvrir s'il n'en résulte pas certaines influences expliquant les aptitudes diverses dont chaque groupe humain semble fournir un exemple particulier* En un mot, l'ethnographie, comme l'indique suffisamment

||lj l'étymologie, est la description des peuples, tandis que

l'ethnologie est l'étude rai sonnée de ces mêmes peuples considérés au point de vue des races. L'une ne regarde que les grandes lignes extérieures; l'autre examine les

|||v parties, les mesure, les compare, cherche systématïquë-

|î- ment à se Tendre compte de chaque détail. Tous les grands

voyageurs seront des ethnographes d'autant plus compé-

g|f F „ tents qu'ils auront bien vu et examiné les populations

pf.-/- qu'ils traversent; mais pour devenir un ethnoiogiste, il

faudra en outre posséder des connaissances anatomiques et physiologiques, ainsi que les principes généraux de la

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