‹ De l'égalité des races humainesChapitre 36 sur 78 · LA HAVANAISE · texte numérisé non relu

LA HAVANAISE

a mon ami Jules Auguste.

La lune était sereine et jouait sur les flots, (Victor Hugo).

Sur la mer akurêe où se mire l'étoile

Sereine de la nuit, Légère et confiante* une éclatante voile

Se balance sans bruit :

C'est l'esquif de Juana, la belle havanaise

Au teint brun velouté ; Aux bras de son amant la senora tout aise

Etale sa beauté.

Des saphirs à son col brillent, une basquine

Aux plus riches couleurs Resserre élégamment sa taille svelte et fine;

De Bejucal (1) les fleurs Ornent sa chevelure ondoyante et soyeuse

Et des baisers ardents, Venant s'épanouir sur sa lèvre rieuse,

Montrent ses blanches dents.

Dans la nature, tout les invite è la joie,

Au plaisir chaste et pur :

Le ciel qui dans l'éther impalpable déploie

Son éventai] d'azur Parsemé de fleurs d'or; la brise qui soupire,

En effleurant les flots, Et descend lentement sur la plage bruire

Ainsi que des grelots.

Sur le sein ingénu de Juanita s'incline

La tête de Carlo ; La querida, niria, sur une mandoline,

Chante un romancero .

Pleine d'émotion, sa voix claire et vibrante

S'envole vers les cieux, .

Tout son être frissonne et son âme tremblante

BriJle dans ses grands yeux.

Écoutant cette tendre et douce mélodie

S'égrenant dans la nuit Comme un timbre de luth, de harpe d'Éolie

Que Zéphyr qui s'enfuit, Racontant ses désirs aux fleurs, aux prés, aux grèves,

Fait vibrer tout joyeux, Carlo bercé de joie et d'amour et de rêve,

Plonge son œil aux cieux.

Mais la lune, irisant la frange d'un nuage,

Se montre à l'horizon Et répand sa clarté sur l'Océan sauvage

Et le soyeux gazon :

Tout à coup, des beaux doigts de la charmante fille

S'échappe l'instrument Aux magiques accords, et son regard pétille

Plein de ravissement

« Nuit sereine, dit-elle, ô nature sublime! « Voix immense de Dieu

(1) Village aux environs de la Havane,

« Dont le souffle remplit mon cœur devant l'abîme

« Des mers et du ciel bleu !

a L'oiseau dans la forêt t'abandonne sa gamme,

« La brise, son soupir; « La rose, ses parfums : moi, qui n'ai qu'une âme,

« Que puis-je donc t'offrir?... »

« Juana, dit le jeune homme, abaissant sa paupière

Sur la joyeuse enfant, « Ouvre ton cœur candide et verse la prière

« Et l'amour triomphant :

« Le flot doit murmurer, le feu donner la flamme,

« La rose parfumer, « La brise respirer, et sans cesse la femme

« Doit prier, doit aimer. »

{Décembre 1882).

Ce n'est pas seulement dans la littérature que le griffe montre ses aptitudes intellectuelles. Parmi les nombreux docteurs en médecine de la Faculté de Paris que possède actuellement la République haïtienne, on rencontre plusieurs individus de cette nuance. Mentionnons surtout M. le docteur Louis Audain, aussi habile praticien que savant médecin. Il occupe en ce moment une des meilleures positions à Beauvais. Chaque jour, il voit augmenter sa clientèle. C'est la meilleure preuve qu'on puisse donner de sa science et de son habileté dans la carrière médicale. Beauvais est à moins de vingt lieues de Paris et ce n'est pas des médecins français qui y font défaut. Tout porte donc à croire que si le disciple bronzé d'Esculape a pu y avoir accès, c'est que ses aptitudes n'ont pas été trouvées au-dessous de celles des autres. On peut aussi affirmer que, comme tête et comme cœur, M. Audain est capable d'affronter la comparaison avec les hommes de n'importe quelle race, sans en sortir humilié.

M. Archimède Désert, également docteur en médecine de la Faculté de Paris, beaucoup plus jeune et ayant moins de pratique que le docteur Audain, est d'une intelligence

tout aussi remarquable. Il dirige actuellement l'Ecole de médecine de Port-au-Prince.

A côté de ces deux échantillons d'une valeur supérieure, il convient de citer le nom de M. le docteur Aubry, griffe comme eux, praticien habile qui a fait toutes ses études médicales en Haïti, mais dont le talent est toujours apprécié par tous ceux qui ne cherchent pas dans les brillants accessoires le fond même des aptitudes que Ton a droit d'exiger de chaque profession. Il a voyagé plusieurs fois en Europe et visité surtout Paris, où il vient de temps en temps se mettre au courant des derniers progrès de la science spéciale à laquelle il s'est voué.

M. Aubry est chevalier de la Légion d'honneur. La France l'a gratifié de ce ruban qui est la décoration la plus enviable et la mieux considérée dans l'univers entier, par suite d'une généreuse et noble action. Toute une garnison de la marine de guerre françrJ * fut atteinte de la fièvre

|| jaune en Haïti, en 1867 ou 1868. Sans s'effrayer d'aucune

fatigue ni d'aucun danger, il entreprit de soigner ces hommes dont Imposition paraissait désespérante; il pro-

|f digua ses peines sans réserve, avec un dévouement mul-

tiplié. Ses efforts furent couronnés du plus grand succès, car tous les gens confiés à ses soins furent sauvés de la terrible épidémie î

Pour la jurisprudence, on trouve dans la magistrature d'Haïti de nombreux griffes d'un grand mérite. Leur grande sagacité et leur profonde intelligence de toutes les questions de droit offrent une garantie sérieuse pour la justice et légitiment la considération dont jouissent nos tribunaux.

Entre autres, nous pouvons faire mention de M. Henri Durand, ancien juge au tribunal de cassation. Nature indépendante et fière, esprit ouvert, toujours en quête de lumières, il fournit un bel exemple de cette honorabilité

incorruptible mais sans morgue qui est le plus bel ornement du caractère.

M. Enoch Désert, griffe très brun, presque noir, est docteur en droit de la Faculté de Paris. C'est un esprit supérieurement cultivé- Il a écrit divers ouvrages sur les finances et Téconomie politique, consacrés spécialement à éclaircir les questions que soulève l'état financier et économique de la République haïtienne (1).

Son pays, sa race a le droi, d'attendre de lui qu'il continue à travailler, à progresser, y \v montrer d'une manière de plus en plus éclatante ce dont est capable un homme de sa nuance, lorsqu'il a eu le privilège de grandir a côté des Européen s3 dans ces temples de Fétude qui sont le plus beau produit de la civilisation et, en même temps, le plus sûr gage de supériorité en faveur des nations qui les possèdent.

M. Dalbémar Jean-Joseph, ancien ministre de la justice, est un des avocats les plus remarquables du barreau haïtien. Intelligence fine et clairvoyante, esprit admirablement doué, il réunit les qualités d'un écrivain correct aux talents si appréciables d'un orateur disert et pénétrant.

M. Magny, ancien député, ex-sénateur de la République d'Haïti, est un homme vraiment supérieur. Réunissant à une probité antique une instruction solide et variée, il donne l'exemple d'une telle modestie, d'une dignité si bien contempérée par l'urbanité jamais troublée de ses allures, que l'on peut hautement certifier qu'en aucun point de la terre on ne saurait rencontrer une plus belle personnalité.

On pourrait citer encore Eluspha Laporte, musicien consommé, habile instrumentiste. Enlevé trop tôt à l'art où il

(1) Les réformes financières de la République $ Haïti. La Banque nationale d'Haïti^ etc.

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était déjà un virtuose de premier ordre, il a laissé des compositions superbes. Elles seront sûrement recueillies et publiées, le jour où Haïti aura compris la nécessité qu'il y a de réunir tout ce que ses enfants ont produit, tant dans les arts que dans les sciences, les lettres et l'industrie, afin de prouver au monde entier toutes les belles aptitudes dont les descendants de l'Africain peuvent faire preuve, quand ils jouissent de la liberté et se désaltèrent, comme les autres peuples civilisés, aux sources vivifiantes de la science* Il y a encore un jeune haïtien de la plus belle intelligence, griffe brun comme les précédents. C'est M. Emmanuel Chancy. Travailleur modeste, mais infatigable, il vient d'augmenter la liste des écrivains que compte notre jeune République, en publiant un ouvrage très sérieux sur « l'Indépendance d'Haïti ». C'est une œuvre de critique historique délicate et savante. Nous pensons bien qu'il ne s'arrêtera pas en si beau chemin; car ces sortes de travaux sont d'une nécessité capitale pour la parfaite intelligence de notre histoire nationale.

Certes, voilà bien des noms cités. Tant d'exemples n'en? lèvent-ils pas aux négateurs incorrigibles le droit de continuer à douter des aptitudes morales et intellectuelles du $': produit que donne le croisement du mulâtre et du noir? 11

faut pourtant nommer encore un autre griffe haïtien de la plus puissante individualité, dont les talents et le caractère le feraient distinguer dans n'importe quelle nation où il pourrait naître. Je veux parler de M. Edmond Paul.

Cet homme vraiment considérable a fait ses études à Paris, de même que la plupart des Haïtiens aisés. Mais un trait particulier et fort remarquable en lui, c'est qu'il n'a jamais eu une préoccupation plus constante que celle de contribuer à la glorification et au relèvement de la race noire dont il est sorti. Dans son apostolat précoce, au lieu

de s'attacher, comme tant d'autres jeunes hommes, aux succès scolaires où l'amour des diplômes fait veiller constamment sur la forme et la lettre, en négligeant souvent le fond des choses, M. Edmond Paul ne s'occupa que des études sérieuses, spéciales, propres à éclairer et mûrir son esprit. Luttant contre toutes les difficultés avec une volonté inflexible, il parvint de bonne heure à se pénétrer parfaitement de toutes les questions les plus intéressantes pour un peuple qui a besoin de se développer.

C'est ainsi qu'à peine âgé de vingt-quatre ans, il publiait déjà, à Paris, des ouvrages (1) dont le but est infiniment élevé. Ce sont malheureusement des études économiques et sociales dont la plus légère analyse serait déplacée dans un ouvrage de la nature de celui-ci. D'ailleurs on pourra en avoir une idée par quelques citations que nous aurons occasion de faire.

Dès sa première publication, il avait pris position. Il est peut-être le premier Haïtien de sa nuance qui ait compris qu'on ne peut l'estimer ou l'apprécier sincèrement, quand on croit à l'infériorité native de la race noire ; au moins est-il le premier qui a eu le courage de déclarer que ce qu'il cherche avant tout, c'est le moven d'aider les Noirs d'Haïti à prouver au monde entier les hautes qualités dont ils sont doués à l'égal de toutes les autres races humaines ! Par ce côté, la personnalité de M. Paul a pour nous un intérêt spécial et saisissant. Dans une discussion aussi savante que délicate, à propos d'un article fameux de la Constitution haïtienne, lequel prohibe le droit de propriété territoriale aux étrangers, le consciencieux publiciste écrivit ces remarquables paroles que je détache de tant d'autres tout aussi excellentes : « Le génie nègre déchu, le

(1) V éducation industrielle du peuple. — Questions politico-économiques, Paris, Guillaumin, 1862-1863.

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Si-/

n^ir rejeté au second plan, qui eût pris soin de ses aptitudes?... Est-il, dans les Antilies, des noirs qui portent plus profondément empreint sur leur physionomie le sentiment de l'homme que le noir d'Haïti?.*.. Oubliez- vous qu'Haïti seule est appelée à résoudre le grand problème de l'aptitude des noirs à la civilisation (1) ?... » Ce sont autant de questions suivies de développements ^ profonds, où l'écrivain ne ménage ni les Granier Cassagnac, ni les auteurs (haïtiens ?) de la Gérontocratie, qui, après avoir lu sans doute le livre de M. de Gobineau, avaient émis les idées les plus dissolvantes, relativement à la solidarité nationale d'Haïti.

Il est peut-être bon de citer ici un passage du célèbre Essai sur l'inégalité des races humaines* Le volume qui parut, vers 1860, sous le titre de Gérontocratie, n'est qu'une amplification des lignes suivantes. On ne saurai* les prendre au sérieux; cependant ne voyons-nous pas de tipps en temps un Léo Quesnel en rééditer les mêmes expressions, comme une inspiration personnelle puisée dans tes meilleures études?

= « L'histoire d'Haïti, de la démocratique Haïti, dit M. de GÔbiheàu, n'est qu'une longue relation de massacres ; massacres des mulâtres par les nègres, lorsque ceux-ci sont les plus forts; des nègres par Les mulâtres, lorsque lié pouvoir est aux mains de ces derniers. Les institutions pour philanthropiques qu'elles se donnent, n'y peuvent rien ; elles dorment impuissantes sur le papier où on les a écrites ; ce qui règne sans frein, c'est le véritable esprit des populations. Conformément à nne loi naturelle indiquée plus haut, la variété noire, appartenant à ces tribus hu* maines qui ne sont pas aptes à se civiliser, nourrit l'horreur la plus profonde pour toutes les autres races ; aussi

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(1J Ed. Paul, Questions politicQ-èGonQmiques, 2e partie, p. 82 et 94»

voit-on les nègres d'Haïti repousser énergiquement les blancs et leur défendre l'entrée de leur territoire ; ils voudraient de même exclure les mulâtres et visent à leur extermination

« Je suppose le cas où les populations de ce malheureux pays auraient pu agir conformément à l'esprit des races dont elles sont issues*, ou, ne se trouvant pas sous le protectorat inévitable et l'impulsion d'idées étrangères, elles auraient formé leur société tout à fait librement et ensuivant leurs seuls instincts. Alors il se serait fait, plus ou moins spontanément, mais jamais sans quelques violences, une séparation entre les gens des deux couleurs.

« Les mulâtres auraient habité les bords de la mer, afin de se tenir toujours avec les Européens dans des rapports qu'ils recherchent. Sous la direction de ceux-ci, on les aurait vus marchands, courtiers surtout, avocats, médecins, resserrer des liens qui les flattent, se mélanger de plus en plus, s'améliorer graduellement, perdre, dans des proportions données, le caractère avec le sang africain.

< Les nègres se seraient retirés dans l'intérieur et ils y auraient formé de petites sociétés analogues à celles que créaient jadis lés esclaves marrons, à Saint-Domingue même, à la Martinique, à la Jamaïque et surtout à Cuba} dont le territoire étendu et les forêts profondes offrent des abris plus sûrs. Là, au milieu des. productions si variées et si brillantes de la végétation antilienne, le noir américain, abondamment pourvu de moyens d'existence que prodigue, à si peu de frais, une terre opulente, serait revenu en toute liberté à l'organisation despotiquemeni patriarcale si naturelle à ceux de ses congénères que les vainqueurs musulmans de l'Afrique n'ont pas encore contraints (1). »

(1) De Gobineau, looo citato, 1. 1, p. 49-50^

Les expressions du comte de Gobineau sont fortes, calomnieuses et exagérées, cependant je les ai froidement transcrites, pensant que dans l'exagération même du dénigrement, il y a encore une leçon à tirer... Bien des gens en Haïti doivent en ignorer l'existence ; d'autres qui les ont lues semblent les avoir trop prises à la lettre. De là est sortie la Gérontocratie. 3' &[ positivement dit que l'analyse des ouvrages de M. Edmond Paul serait ici déplacée. Qu'il me suffise de citer la réfutation qu'il a faite en quelques lignes de toutes les idées de M. de Gobineau ou de ses adeptes, encore que le nom de cet auteur n'y figure nullement.

« Il n'est pas rare, dit M. Paul, de rencontrer des gens qui demandent qu'Haïti ne soit qu'un simple comptoir de commerce : les Haïtiens seraient travaillant dans les plaines, dans les mornes, et le commerce se ferait, dans les villes, avec nos intermédiaires obligés. Oh! ceux-là professent une profonde vénération pour l'agriculture... Et ceux-là oublient que nous avons aussi pour mission de former une « cité * jaune notre avec ses arts, ses sciences, ses vertus, où règne l'esprit (1). »

Plus tard, le courageux publiciste a publié le Salut de la société, où la même élévation d'idées, la même inflexible logique et le même esprit de justice prédominent. Durant son exil de 1874 à 1876, M. Edmond Paul écrivit un nouvel ouvrage d'économie politique, où il traita la question si importante de YImpôt sur le café en Haïti. Avec une suite admirable dans ses idées, c'est toujours au point de vue du relèvement moral des populations noires de la plaine, qu'il considère les faits; et toutes ces conclusions tendent à demander que le producteur du café, le cultivateur des

(1) Les mots sont écrits textuellement en note à la page 12 de YÊduoat, industr. du peuple, etc. Les soulignements sont de l'auteur même.

mornes ne soit pas tellement écrasé par le poids de l'impôt qu'il devienne impuissant à améliorer son existence matérielle et à effectuer révolution morale qui doit le transformer.

M. Paul a, de plus, édité à Kingston un dernier ouvrage intitulé : La cause de nos malheurs. C'est une œuvrepurement politique et par conséquent systématique. 11 n'est donc pas nécessaire de s'y arrêter.

En dehors des titres que donne la production de tant d'ouvrages écrits avec une telle hauteur de vue et de logique, il faut encore ajouter que notre illustre compatriote est un journaliste consommé, le parlementaire le plus correct que nous ayons eu en Haïti ; il ne prend la parole, dans les grandes circonstances, que pour enlever une situation. Ce n'est pas un orateur disert ; mais son éloquence grave et sévère, ayant parfois trop de solennité, s'impose tout de même et produit infailliblement son effet dans une espèce de sursum corda !

Que Ton conteste à M. Edmond Paul le mérite d'un beau style, en notant dans ses écrits des incorrections de forme qui lui échappent parfois, au grand détriment de l'élégance et d'une bonne phraséologie, il n'est pas moins incontestable que ses pensées et ses conceptions sont larges, conséquentes, élevées, hautement adaptées au besoin d'évolution morale et intellectuelle de la race noire d'Haïti.

Pour moi, en faisant abstraction expresse de la politique pratique, dont les préoccupations m'écarteraient positivement du but auquel tend ce livre, j'avoue que je n'ai jamais vu cet homme sans éprouver une certaine émotion; car j'ai une pleine conscience de l'influence que ses écrits ont exercée sur mon intelligence et de la grande part qu'ils ont eue dans le développement de mon esprit.

Partout donc, dans toutes les carrières, contrairement à ce que laisserait supposer les chiffres de M. Sandifort

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