‹ De l'égalité des races humainesChapitre 38 sur 78 · LES ANCIENS ÉGYPTIENS ÉTAIENT D'ORIGINE ÉTHIOPIENNE · texte numérisé non relu

LES ANCIENS ÉGYPTIENS ÉTAIENT D'ORIGINE ÉTHIOPIENNE

La vérité est éternelle. Elle doit se maintenir entière à travers les temps et les lieux, sans quoi la logique lui refuse toute sanction. Esttota in toto, iota in qualibet parte, disaient les scolastiques. En déclarant donc que la race noire est inférieure à toutes les autres, il a fallu prouver que le fait est actuel et perpétuel : c'est-à-dire que non seulement il en est ainsi de nos jours, mais que dans tout le cours de l'histoire, on n'a jamais connu un état de choses différent et qui serait en contradiction flagrante avec la forme dogmatique dont se servent les anthropologistês ou les érudits dans leur prétentieuse assertion.

L'esprit de système et l'orgueil du sang caucasien ne furent jamais mis à plus terrible épreuve. Néanmoins ils ne s'intimidèrent nullement devant l'énormité de la tâche. Contredits mollement par des adversaires qui n'avaient pour les combattre qu'un intérêt platonique, le seul amour de la vérité, ils ont pu se maintenir debout, malgré l'inconsistance réelle du terrain où ils se sont placés.

Avant de procéder à aucune démonstration tendant à prouver que l'infériorité actuelle de la race noire, comparativement ;; ux races blanche et mongolique, n'est pas un fait naturel, général susceptible d'être érigé endoctrine ou loi scientifique, nous allons chercher si parmi les peu-

pies qui ont le plus contribué à révolution de l'espèce humaine, aux époques les plus reculées de l'histoire, il ne se rencontre pas des nations d'origine nigritique, dans une région quelconque de la terre. L'existence d'un tel fait, quelle que soit l'époque de sa manifestation, ne suffiraitelle pas pour renverser entièrement la théorie de l'inégalité des races ? Ne serait-ce pas une réfutation des plus accablantes, si l'on pouvait montrer une période historique où les fiers Européens étaient absolument sauvages, tandis que des hommes de sang noir tenaient le flambeau de la civilisation naissante? Ouvrons donc les annales de l'humanité, interrogeons le passé, en étudiant les vestiges antiques : ils sont pleins d'enseignements et nous pouvons compter qu'ils projetteront sur tout le débat une lumière vive et pénétrante, une nouvelle confirmation de la vérité !

Au seuil de l'histoire, nous rencontrons d'abord un peuple dont la civilisation précède celle de tous les autres : c'est l'ancienne population de l'Egypte. Ces hommes qui ont été les initiateurs inconteètés de toutes les nations blanches occidentales dans le développement de îa science et de l'art, ont fondé à eux seuls, sur les bords du Nil dont les eaux sablonneuses et douces parcourent de si vastes régions, le plus bel édifice social qu'une agglomération humaine ait jamais conçu. Leur réputation resta longtemps dans l'ombre; mais vers la fin du siècle dernier, le monde \savant, longtemps dédaigneux de tout ce qui n'était pas européen, eut l'idée de retourner ses regards vers cette terre noire d'Egypte, vers l'antique Kémie. Entraînés par le jeune héros de l'Italie, toute une légion d'hommes de science s'y dirigèrent. A mesure qu'on pénétrait à l'intérieur de ce pays merveilleux, on tombait de surprise en surprise.

Là, tout prend un cachet grandiose, colossal. Il semble que cette race chami tique, dans son premier élan, voulait lutter de grandeur avec la sereine majesté de la nature» en

imaginant des œuvres gigantesques, capables de défier le temps. Partout on ne rencontre que des constructions titaniques, des statues qui sont découpées dans le roc des montagnes, des fûts de colonnes qui ressemblent à des blocs erratiques, des pyramides qui font penser aux géants, des pylônes aux hiéroglyphes mystérieux qui précèdent des temples comparables à des villes !

La grande dimension des monuments est encore enjolivée par des peintures qui ont résisté à la désintégration de plus de cinq mille ans ; les sculptures où la diorite même a été soumise aux plus capricieux dessins des artistes prouvent que la persévérance de ce peuple n'a été égalée que par son habileté. Tout cela brille, reluit, flamboie sous un soleil dont l'éclat incomparable y jette une splendeur magique ; tandis que les rayons lumineux que projette le reflet des montagnes rocailleuses, couvertes de lichens orangés ou rouges, semblent les semer d'une fine poussière d'or (1). Mais ce qui étonne davantage, c'est la précocité avec laquelle s'est développée cette civilisation dont les ruines imposantes impressionnent encore les regards éblouis de l'Europe moderne si enflée de ses progrès, si orgueilleuse de ses œuvres comparativement cbétives et mesquines. * Lorsqu'il s'agit des monuments, des sculptures et des inscriptions de la cinquième dynastie, nous sommes transportés, dit Lepsius, à une époque de florissante civilisation qui a devancé l'ère chrétienne de quatre mille ans. On ne saurait trop se rappeler à soi-même cette date jusqu'ici jugée incroyable (2).

Quel était l'état de l'Europe et des Européens à la même époque et même fort tard après ? Quels étaient leurs titres

(1) Voir C. Pelletan, L'Egypte, articles de la Jeune France. — E. Reclus, Géogr» universelle^ etc.

(2) Rich. Lepsius, Briefe aus JSgypten und MthÂQ^en^ p* 36,

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et quel rang occupaient-ils dans la liste des nations ? « A peu près au temps où naissait Moïse, dit M. Beauregard, quand Cécrops le Saïte, fondait Athènes, que Deucalion régnait en Lycorie, environ huit cents ans avant la fondation de Rome, plus de mille ans avant que les Phocéens construisissent Marseille, près de six ans avant qu'une colonie de Phéniciens donnât naissance à G a des (Cadix), le peuple de la vallée du Nil, déjà policé par les bienfaits d'une civilisation de quarante siècles, jouissait des avantages d'une industrie fort avancée et satisfaisant d'ailleurs à toutes les exigences de la vie en commun chez ce peuple désormais éveillé aux délicatesses d'une sociabilité raffinée. A cette époque, tous les arts de la paix lui étaient en effet familiers, et depuis longtemps il avait fait éprouver à ses voisins de l'Asie et de l'Afrique la puissance de ses armes. Mais nous (les Européens) ne lui étions connus que comme des êtres sauvages, tatoués et vêtus de peaux de bêtes.

« Nous étions à cette époque là pour les Égyptiens ce que sont pour nous aujourd'hui les naturels de la Nouvelle- Calédonie (1). 3)

Eh bien, si on parvenait à prouver, avec le progrès des connaissances historiques, que ce peuple Egyptien n'était pas de race blanche comme l'esprit de système et un orgueil rétrospectif l'ont continuellement affirmé, depuis que les études égy ptologiques ont fait voir quelle importance a eue cette nation antique, que pourra-t-on, alléguer pour sauver la doctrine de l'inégalité des races? Aucun argument. Anthropologistes et savants de l'école inégalitaire l'ont si bien senti que toutes les subtilités imaginables ont été mises enjeu, toutes les arguties ont été érigées en raisons convaincantes, toutes les divagations érudites ont été acceptées comme de sérieuses probabilités, afin de faire

(1) Ollivier Beauregard, Les divinités égyptiennes, p. 46-47.

admettre que les anciens Egyptiens étaient des blancs.

La présomption caucasienne n'a pu souffrir l'idée que, dans la première éclosion du progrès, une race que l'Européen considère comme radicalement inférieure fût capable de produire une nation à laquelle l'Europe actuelle doit tout, puisque c'est à elle que l'on- est redevable des premières conquêtes intellectuelles et morales qui sont les bases de la civilisation moderne. Cependant la lumière se fait aujourd'hui sur toutes les questions, particulièrement dans le domaine de l'égyptologie. Les savants de tous les grands pays y ont dirigé leurs investigations avec une ardeur, un esprit d'émulation et même de rivalité, dont la science n'a qu'à se louer. Il devient donc impossible de résister à l'évidence des faits, en se renfermant encore dans les théories surannées qui ont fait leur temps. .

Il faut rendre cet hommage au génie de Champollion. Nonseulement il a eu la gloire immortelle d'avoir révélé l'Egypte ancienne au monde européen, en découvrant le sens caché des hiéroglyphes, mais il a déclaré, en outre, dès le premier coup d'œil, avec ce sens profond dont il était doué, que les peuples égyptien et éthiopien ne formaient qu'une seule et même race, ayant la communauté du langage comme celle de la couleur et de la physionomie. « Les anciens Egyptiens, dit-il, appartiennent à une race d'homme tout à fait semblable aux Kennous ou Barabras, habitants actuels de la Nubie. On ne retrouve chez les Coptes de l'Egypte aucun des traits caractérisques de l'ancienne population égyptienne. Les Coptes sont le résultat du mélange confus de toutes les nations qui successivement ont dominé sur l'Egypte. On a tort de vouloir retrouver en eux les traits de la vieille race (1). » Les termes ne sauraient être plus précis. Longtemps avant lui, d'ailleurs, un des plus grands

(1) Champollion, Grammaire égyptienne, introduction.

Etkfe-.

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noms de l'érudition française, s'était inscrit en faveur de cette même opinion. Volney dans son Voyage en Egypte et en Syrie, publié dès l'année 4787, s'exprime dans les termes suivants, en parlant d'un sphinx célèbre. « Eu voyant cette tête caractérisée nègre dans tous ses traits, je me rappelai ce passage remarquable d'Hérodote où il dit : « Pour moi, « j'estime que les Colches sont une colonie des Égyptiens, « parce que, comme eux, ils ont la peau noire et les che- « veux crépus; » c'est-à-dire que les anciens Égyptiens étaient de vrais nègres de l'espèce de tous les naturels d'Afrique; et dès lors, on s'explique comment leur sang, allié depuis plusieurs siècles à celui des Romains et des Grecs, a dû perdre l'intensité de'sa couleur, en conservant cependant l'empreinte de son moule original. »

Ces lignes qui ont déjà soulevé les plus grandes controverses, depuis que la meilleure partie des égy ptoïogues ont voulu, malgré l'évidence, distraire les anciens Egyptiens de la race éthiopique pour en faire un rameau de la race caucasique, présenteront éternellement un double défi à leurs contradicteurs. Plus tard, il est vrai, Volney se trouvant aux États-Unis d'Amérique et étudiant le Nègre sous le régime de l'esclavage, a conçu quelques doutes sur sa première opinion. Mais il ne s'agit pas uniquement de cette opinion. En supposant, comme on a essayé de l'expliquer, que la face du sphinx de Gizeh, auquel faisait allusion l'auteur des Ruines, a été mutilée, il reste à réfuter les paroles si claires et si précises d'Hérodote. Celui-ci avait vu les Retous sur les lieux. Toutes les descriptions qu'il fait des peuples qu'il a visités, touchant leurs mœurs, leur couleur et leur physionomie, ont toujours été trouvées exactes. Les progrès de l'érudition moderne ne font constamment que mettre en lumière la grande véracité <U ses assertions. Comment pourrait-il se tromper sur un point aussi matériel et saisissant que celui de se rappeler la cou-

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leur et la chevelure des anciens Egyptiens qu'il a vus et examinés? Pour tenter seulement une telle supposition, ne fallait-il pas des motifs d'une influence puissante, des dispositions d'esprit particulières? Cependant le courant d'idées qui dominait la science, vers le milieu de ce siècle, explique parfaitement bien ce qui pourrait nous paraître incompréhensible.

Après la mort de Champollion, les études égyptologiques on dût subir un arrêt sensible. Non-seulement ses disciples n'ont pu immédiatement continuer ses travaux, mais des savants d'une haute valeur, tels que Klaproth et Thomas Young, montrèrent une incrédulité obstinée.devant le résultat acquis par les travaux du grand érudit. Quand F. Lenormant, Nestor L'hôte, en France, Rosellini, en Italie, et Lepsius, en Allemagne, reprirent la chaîne de ces études un moment interrompues, il ne fut plus question de l'ancienne race égyptienne.

L'américain Morton, le même qui soutint avec tant de persévérance la théorie du polygénisme dont il était le maître, fut aussi le premier à ériger en doctrine scientifique l'opinion erronée qui rapporte à la race blanche les anciennes populations de l'Egypte. Dans ses Crania ethnica, il s'ingénia à démontrer que l'étude de Ja conformation crânienne des momies prouve que les Retous ressemblaient beaucoup plus au type blanc qu'au type noir. Son immense érudition,-ffïie méthode prestigieuse et surtout la tendance générale des Européens à n'attribuer qu'à leur seule race tout ce qui a été fait de grand et de beau sur la terre, firent accepter ses idées sans discussion aucune.

Mais ne fallait-il pas une bonne volonté excessive pour concilier cette doctrine avec les monuments, le témoignage authentique du- Père de l'histoire, et de tant d'autres an^ ciens Grecs mieux autorisés pour en parler que tous les

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