‹ De l'égalité des races humainesChapitre 60 sur 78 · SUPERSTITIONS ET RELIGIONS · texte numérisé non relu

SUPERSTITIONS ET RELIGIONS

* Tout d'abord, on s'est servi d'un argument qui semblait capital dans la preuve à établir de l'infériorité des Noirs. Suivant une certaine école anthropologico-philosophique, ce qui distingue l'homme du reste des animaux, ce n'est pas l'intelligence, mais la moralité et la religiosité. En étudiant attentivement certaines espèces animales, telles que l'abeille, la fourmi, le castor, on est arrivé à se persuader qu'elles ont une somme d'intelligence supérieure et qu'on ne saurait confondre avec le simple instinct. Cette révolution philosophique et scientifique, qui a renversé de fond en comble l'ancienne théorie cartésienne sur l'automatisme des animaux, a, pour ainsi dire, jeté un pont sur l'abîme qui séparait : l'homme des autres Créatures animées, en démontrant d'une façon positive ce que le bon Lafontaine avait indiqué en riant. Il y eut des incrédules. Isidore Geoffroy persista toujours à n'accorder aux animaux que l'instinct ; d'autres naturalistes, quoique parti-

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sans comme lui du règne humain, convinrent de l'intelligence des animaux, mais en signalant entre eux et Thomme une différence psychologique de première importance, à savoir la religiosité. M. de Quatrefages, le plus remarquable de son école, a formulé cette théorie avec une précision admirable.

La théorie une fois établie, on conçoit immédiatement que ceux qui cherchaient à prouver l'inégalité des races aient pensé à comparer les pratiques et les croyances religieuses de chaque groupe ethnique, afin de pouvoir juger de leurs aptitudes par l'élévation plus ou moins grande des idées que chacun d'eux y attachait. Cependant ici encore se présentait une difficulté de premier ordre. Comment distinguer les actes religieux des actes ordinaires ou même des superstitions vulgaires? Quelles sont les formes supérieures de la religion ? N'y a-t-il pas des peuples, des races entières qui n'ont aucune idée religieuse ? Autant de questions qui mirent les théoriciens dans le plus grand embarras ; mais ce ne fut pas pour une bien longue durée. La science des religions, qui n'avait jamais été embrassée dans un ensemble de connaissances positives, fut enfin constituée par les travaux de Max Mùller et de ses émules. On se mit donc à étudier les traditions mythologiques de tous les peuples ; et leurs usages les plus bizarres parurent pleins d'intérêt à l'analyse des savants. A la grande surprise de bien des esprits, on^s'aperçut bientôt que tous les peuples avaient conservé certaines coutumes qui dénotent la croyance au surnaturel, c'est-à-dire à l'existence d'un ou de plusieurs êtres supérieurs et invisibles, avec lesquels les hommes sont dans une relation mystérieuse. L'idée religieuse, ainsi réduite à sa plus simple manifestation, fut reconnue comme un apanage général de l'espèce, un caractère , commun à toutes les races humaines. En

effet, la religion entendue de cette façon est une simple

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f; expression de la nature émotionnelle de l'homme et de la

faculté d'abstraire qui est une des qualités inhérentes à l'esprit humain. Il n'était donc plus possible d'en supposer la complète absence chez aucune créature humaine.

On ne s'arrêta pas à cette première constatation'. Par une méthode minutieuse, on se mit à chercher par quelle voie les idées religieuses se développent, se transforment et passent des pratiques superstitieuses à une conception plu^s élevée de la divinité, considérée comme puissance unique, à la fois créatrice et conservatrice du monde, source de tout bien et de toute justice, placée en face de l'homme comme un archétype dont la perfection défie ses efforts, mais lui inspire le désir inextinguible de monter sans cesse, de monter toujours dans Téchelle des perfec-

Ki;V-. tions!

Dans cet ordre d'idées, on trouva de nouveaux moyens

I pour établir des catégories hiérarchiques dans les races

humaines, en étudiant leurs conceptions religieuses et en

|j les comparant les unes aux autres. C'est ainsi qu'on est

|U parvenu à admettre que les Africains ont, comme les autres

membres de l'espèce humaine, une vague notion de la divinité; mais qu'ils ne l'adorent que sous une forme grossière ne décelant que la plus vile superstition. En un mot, ayant divisé les croyances religieuses en fétichisme, totémisme, polythéisme et monothéisme, on assure que la race noire est incapable de s'élever au-dessus du fétichisnîe et du totémisme, c'est-à-dire de l'adoration des animaux, des pier-

^C; res brutes ou taillées et de la croyance aux grigris accom-

-J~ pagnée de rites plus ou moins répugnants et sanguinaires.

Quant à la race blanche, des les premiers temps de son histoire, elle aura pu s'élever à une conception supérieure de la divinité à laquelle elle a toujours rendu un culte épuré, exempt de toute pratique superstitieuse ! Mais quelle confiance doit-on accorder à une telle doc-

trine ? Aucune. Il nous sera facile de constater que ces pratiques grossières qu'on signale chez la plupart des peuplades de la race nigritique, se retrouvent actuellement au milieu de plusieurs nations arriérées des autres races et se rencontraient, jusqu'à une époque fort avancée, au milieu des peuples qui figurent aujourd'hui parmi les plus hauts et les plus dignes représentants de la civilisation moderne.

Sans excepter le peuple hébreu, qui est parvenu le premier à la conception du monothéisme, tous les peuplés de la race blanche ont eu dans leur existence une période où ils pratiquaient le fétichisme comme manifestation publique et privée du culte extérieur. Quand, durant son voyage dans le désert, après la captivité d'Egypte, Moïse voulut porter le peuple de Dieu à rompre avec l'idolâtrie, il eut à surmonter toutes sortes de difficultés* Les Hébreux avaient peut-être oublié le culte des pierres sacrées qu'ils adoraient sous le nom de Bethelou « demeure de Dieu » ; mais ils avaient gardé le souvenir du culte égyptien avec assez d'obstination pour tenter de revenir à la religion du bœuf Apis, en sacrifiant au veau d'or si connu dans le récit de l'Exode.

Ce culte fétichique a été connu de toutes les races humaines; car elles ont toutes accompli leur première évolution morale et religieuse sous l'influence de la crainte que l'état sauvage inspire devant toutes les forces aveugles et cachées de la nature, dont on ignore encore les plus simples lois. Or les habitudes religieuses sont les dernières à s'effacer dans la vie sociale. Longtemps après la disparition des causes morales qui ont inspiré les pratiques du fétichisme, on continua à les exercer. Aussi les exemples s'offrent-ils avec profusion pour nous signaler dans la vie des peuples blancs mille traces précises du fait que nous étudions. « Les Arabes, dit Sir John Lubbock, adoraient

une pierre noire jusqu'au temps de Mahomet. Les Phéniciens adoraient aussi une divinité sous forme d'une pierre taillée. — Le dieu d'Héiiogabale était simplement une pierre noire de forme conique. — Les Grecs et les Romains adoraient les pierres levées sous le nom d'Hermès ou de Mercure. Les Thespiens possédaient une pierre grossière qu'ils regardaient comme un dieu et les Béotiens adoraient Hercule sous la même forme. Les Lapons avaient aussi des montagnes et des rochers sacrés (4). »

Non-seulement ces supertitions ont eu cours dans toute l'antiquité, sans excepter les Grecs et les Romains, les deux nations les plus intelligentes qui aient figuré dans l'histoire ancienne; non-seulement elles ont longtemps duré en Orient, puisque jusqu'à l'ère de l'hégire, c'est-àdire au septième siècle après Jésus-Christ, les Arabes les pratiquaient encore, mais l'Europe occidentale n'a pas échappé à la règle. Malgré la propagation active de la foi chrétienne, les esprits ne s'empiessèrent nullement d'abandonner des croyances consacrées par une durée immémoriale. * Dans l'Europe occidentale, dit encore Sir John Lubbock, pendant le moyen âge, le culte des pierres est souvent condamné, ce qui prouve combien il était répandu. Ainsi,, Théodoric, archevêque de Cantorbéry, condamne le culte des pierres au VIIe siècle; le même culte se trouve au nombre des actes du paganisme défendus par le roi Edgard, au Xe siècle, et par Canut, au XIe. — Un concile tenu à Tours, en 567, ordonna aux prêtres de refuser l'entrée des églises' à toutes les personnes adorant les pierres levées. Mahé constate que les registres des séances d'un concile tenu à Nantes, au VIIe siècle, parlent du culte des pierres chez les Armoricains (2). »

(1) John Lubbock, On the origin of civilisation and primitif condition of man*

(2) John Lubboch, ibidem.

C'est dci^c une vérité incontestable que le fétichisme n'est pas un produit spécial à l'esprit de l'Africain. Mais j'irai plus loin. Si, en étudiant les choses sous un point de vue vraiment philosophique, nous voulons considérer la valeur intellectuelle de chaque race, en prenant le fond de ses idées religieuses comme base de comparaison, nous ne tarderons pas à nous apercevoir que les Nigrit iens, tout en s'arrêtant à l'état fétichique, font preuve d'une tournure d'esprit des plus saisissants.

Un fait qu'on ne saurait dissimuler, c'est l'indifférence sereine que tous les hommes d'une haute intelligence, dans tous les temps et dans toutes les civilisations, ont toujours témoignée à l'égard des pratiques religieuses. Cette indifférence ne pouvait s'avouer sans danger dans les époques d'intolérance, où les intérêts de la foi semblaient tellement liés aux intérêts de l'État, que le glaive de la loi se vengeait non-seulement de l'irrévérence de l'athée, mais encore de l'insuffisance de la grâce qui le rendait incapable de comprendre les vérités suréminentes de la religion. Depuis que le progrès des idées et les luttes de la conscience ont réduit au silence la voix accusatrice des inquisiteurs et fermé à jamais le martyrologe des auto-da-fé, chaque jour constate une nouvelle défection à la foi antique. Les cathédrales se vident peu à peu. La désertion des fidèles, qui abandonnent le temple du Seigneur et l'autel des saints sacrifices, pour recourir après les attrayantes lumières d'une science purement humaine, centriste et endolorit tous les cœurs pieux, en lesquels vit encore la semence de la foi. Jamais crise n'a été .plus longue et n'a fait plus de ravage parmi le troupeau béni de Dieu. Tout ne semble-t-il pas annoncer la venue des jours suprêmes où les cieux. seront ébranlés à l'approche du Saint des Saints? Ne sent-on pas souffler sur le monde l'abomination de la désolation ?

Je déplore cette crise émouvante de la religion et compatis au deuil de la chrétienté aux abois. Il faut néanmoins le reconnaître, la foi se meurt. Sans doute, il ne s'agît pas d'une rupture brutale et absolue de tout lien idéal entre l'homme et Dieu. M. Caro pense avec infiniment de raison qu'il y aura, de longtemps et peut-être toujours, des âmes aux aspirations ambitieuses, qui auront besoin de croire à quelque chose au-delà de cette terre, où la matière paraît si vide et chétive en face de l'esprit. Dans cet au-delà, il y aura certainement une place, un point, auguste sanctuaire ! où le Dieu de nos pères pourra résider tranquille et serein, dans la plénitude de l'être. Mais il sera comme un souverain constitutionnel, acceptant enfin la science pour ministre et la laissant faire à sa responsabilité. De ce jour, sa divinité deviendra inattaquable et il régnera sans effort; car n'ayant rien à faire * il n'aura à répondre de rien. Qu'on proteste contre ce courant de l'esprit humain ou qu'on se laisse entraîner, il faut bien convenir de son existence et de son intensité. En vérité, ii fait de tels ravages et se précipite avec tant d'impétuosité que ses flots semblent devoir s'étendre au loin, après avoir tout renversé sur leur passage.

EÉbien, cette révolution si douloureuse que commencent actuellement les races européennes, dans ce qu'elles ont de plus élevé comme intelligence, et qui rallie à sa cause beaucoup plus d'adhésions qu'on ne suppose, ser^ faite sans déchirement ni commotion pour la race noire. N'ayant jamais conçu le fanatisme religieux et l'esprit dogmatique, dans les entraves desquels se débat péniblement la race caucasienne, les Noirs se trouvent tout prêts à évoluer vers des conceptions rationnelles et positives, conformes au système de l'univers et de l'ordre moral qui en découle. Dans leur intelligence, il n'y a nullement besoin qu'on détruise des influences héréditaires* réfraetaires à tout esprit vrai-

ment philosophique ; on n'a qu'à semer les idées justes. Cependant cette indifférence même touchant les pratiques extérieures du culte religieux a été citée comme une preuve de l'infériorité des Africains. Il a fallu qu'ils fussent longtemps étudiés par des voyageurs intelligents et instruits,poiir qu'on pût voir combien on s'était trompé, en ne leur reconnaissant que les simples conceptions des idées fétichiques. Suivant ces voyageurs, au-dessus et à càté du fétiche dont le culte provient d'anciens rites et d'habitudes ancestrales perpétuées par la tradition, la religion de la plupart des peuples de l'Afrique est une sorte de rationalisme pratique, comme on oserait l'appeler, s'il était question d'une conception européenne. <* Les Nègres mêmes qui conçoivent une divinité supérieure, dit Bosman, ne la prient jamais et ne lui offrent jamais de sacrifices, cela pour les raisons suivantes ; c Dieu, disent-ils,, est trop « au-dessus de nous, et est trop grand pour condescendre a à sTinquiéter de l'espèce humaine ou même pour y pen- « ser (1). »

Assurément, des hommes dénués de toute éducation philosophique et qui, sur la simple exposition faite par un missionnaire des qualités ou attributs qui distinguent l'être suprême, arrivent à une conclusion si logique, ne sont nullement des cerveaux ineptes. Park, cité par Sir John Lubbock, répète que la même réflexion a été faite par les Mandingues sur l'efficacité de la prière. <= Les Mandingues, dit-il, pensent que Dieu est si loin, que sa nature est tellement supérieure à celle des hommes, qu'il est ridicule de s'imaginer que les faibles supplications des malheureux mortels puissent changer les décrets ou le but de la sagesse infaillible (2). »

(1) Bosman, Pinkerton Voyages, p. 493.

(2) Park, Travels, vol. I, p. 267.

Chose curieuse ! Cette façon de concevoir Dieu est justement celle des anciens philosophes qui vivaient au milieu des superstitions du paganisme. Cicéron (1) cite deux vers d'Ennius qui en sont une interprétation expresse :

Ego Deûm genus esse senvper duosi et dico cœlittcm, Sed eos non curare opinor quid egat homimcm genus.

Quoi qu'on ait voulu dire de l'infériorité intellectuelle |^ et morale de l'Éthiopien, au point de vue des conceptions

If y religieuses, il est impossible de ne pas convenir aujourd'hui

g; l- que l'état mental où se trouvent les hommes de cette race^

|v qui n'ont pas encore subi l'influence du fanatisme musul-

|É|> ■.'■■: man, est hautement préférable à la disposition spirituelle £"'•* de l'immense majorité des Européens. Une fausse éduca-

tion religieuse a invinciblement attaché ces derniers à la défense et au maintien des plus graves erreurs ; elle constitue ainsi l'obstacle le plus sérieux au progrès, à la vulgarisation scientifique et à l'émancipation de la raison. Peut-être est-ce en réfléchissant sur ce cas digne de remarque, que l'illustre Auguste Comte a déclaré que l'état fétichique est plus favorable que l'état théologique, et même métaphysique» au développement de la philosophie positive. Cette nouvelle philosophie est destinée à raffermir et à fortifier la raison humaine, en ne lui reconnaissant d'autre gouverne que la science, dont les résultats compétemment obtenus sont les seules vérités infaillibles, auxquelles on doive conformer sa conduite. Une confirmation éloquente des prévisions du grand positiviste, c'est l'exemple important que donne l'évolution spirituelle des noirs d'Haïti. N'ayant eu aucune de ces croyances héréditaires qui entravent l'esprit et l'empêchent d'évoluer spontanément vers des horizons scientifiques plus larges que ceux entrevus dans le passé, ils adoptent généralement, sans

(1) Cicéron, De divinatione, II, 56,

aucun effort pénible, les idées les plus avancées de la science moderne, ainsi que les conceptions positives qui en découlent.

En choisissant donc la manifestation des idées religieuses comme moyen de comparaison pour établir une division hiérarchique entre les divers groupes de l'humanité, on est loin d'avoir trouvé un argument favorable à la thèse de l'inégalité des races. Car ici, la conclusion à laquelle on visait pourrait être renversée du tout au tout. Je suis pourtant loin d'épuiser la série d'accusations que Ton porte contre la race noire et dont on semble s'autoriser pour proclamer son infériorité intellectuelle et morale. Outre qu'on en fait un être stupide, à entendre la plupart des savants, jamais race n'aurait fait preuve de plus de cynisme et d'une absence plus marquée des sentiments de la pudeur. Il s'agit d'étudier la véracité de telles assertions et de voir si les noirs seuls en ont donné l'exemple.

Avant d'entamer aucune recherche sur les mœurs des peuples de race blanche ou de race noire, parmi les anciens et les modernes, il est bon de se demander si la pudeur est plus naturelle à certaines races qu'à certaines autres, ou bien si les circonstances spéciales du milieu n'ont pas plutôt une influence capitale sur le développement de cette belle et délicate vertu. On ne saurait hésiter à reconnaître le déterminisme extérieur qui agit ici sur la conduite humaine. A tous ceux qui ne sont pas aveuglés par des idées préconçues ou qui ne tendent pas à profiter de l'absence des contradictions pour débiter à l'aise les fantaisies de leur imagination, il paraîtra souverainement illogique de

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soutenir que la race blanche,, vivant sous les parallèles les plus voisins des régions polaires, se soit trouvée dans les mêmes conditions psychologiques que la race noire, placée sous les ra3rons brûlants du soleil tropical, à l'égard de la première idée qu'on dût avoir de se vêtir.

Pour les uns, exposés la plus grande partie de Tannée aux rigueurs d'un froid impit03rable, ce fut une question d'impérieuse nécessité que de s'abriter sous des couvertures protectrices, afin de pouvoir résister à l'engourdissement et à la mort. Avant qu'ils aient pu inventer les tissus, ils ont eu à lutter contre les animaux les plus farouches, au prix des plus grands périls; mais dans ces luttes fabuleuses, le désir de la chair fraîche qui leur servait de nourriture ne fut pas plus intense que le besoin de ces fourrures qui les protégaient contre la neige et les pluies de l'hiver. C'est donc poussés par l'aiguillon de la misère et par l'instinct de la conservation qu'ils ont adopté l'habitude de se couvrir. Ils ne pensaient aucunement au devoir de cacher leurs nudités î

Pour les autres, non-seulement le besoin de se vêtir n'a jamais existé, mais toutes les influences naturelles en < : , éloignaient même le désir. Vivant dans une atmosphère

qui brûle son sang à chaque fois qu'il respire, l'Africain a besoin que de tous les points de son corps l'exhalation cutanée puisse s'effectuer librement, afin de rafraîchir sa peau littéralement brûlée par les ardeurs du soleil; Le vêtement qu'il essaye d'aj uster est, en un instant, transformé en une fournaise dont la chaleur concentrée le dévore, lui fait perdre haleine et l'anéantit par le bouillonnement de tout son sang. Combien ne sera-t-il pas mieux à son aise, libre et nu, cherchant le frais sous les branches à large envergure des arbres tropicaux ! Le corps brisé, tel qu'un malade en supination, après un accès de fièvre ardénte^ combien ne se trouvera-t-il pas heureux, étendu à

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l'ombre, sentant la vie lui revenir et ses membres reprendre leur élasticité, tandis que sa peau halitueuse, caressée par une brise légère, recouvre peu à peu de la tonicité, que tout son organisme se remonte enfin, en secouant sa torpeur !

Autant il paraît drôle de concevoir le Sibérien sauvage ou même les ancêtres préhistoriques de l'Européen méridional, se complaisant à une complète nudité ou se costumant légèrement, au milieu des frimas ou des neiges éternelles, autant il serait curieux de rencontrer l'Africain inculte, s'imposant des vêtements sous le ciel brûlant de la ligne équinoxiale, sans qu'une longue excitation morale soit déjà venue le contraindre à cette gêne évidente. Par^ tout donc où Ton trouve des Nigritiens habillés, quelque primitif que puisse être leur costume, on peut certifier qu'ils ont accompli une certaine évolution morale, poussés par le désir de plaire ou d'être décents. Pourrait-on en dire autant des Européens ? Certainement non. Partout on les rencontre couverts ; aux époques les plus reculées et parmi les plus sauvages de leurs ancêtres. Ce qui est chez l'Africain la recherche d'une satisfaction immatérielle, îi'est chez ces derniers qu'une nécessité, qu'un besoin matériel*

Aussi, en comparant le développement des sentiments de la pudeur dans les diverses races humaines, doit-on soi^ gneusement écarter ces amplifications stupides où l'on montre les noirs comme des êtres inférieurs, parce qu'ils vivent nus, au milieu de leurs forêts vierges, sans s'occuper de cacher ce que le blanc éprouverait une honte indicible à laisser voir! Mais ce n'est pas le seul reproche qu'on adresse à ceux qu'on veut classer comme les membres d'une race inférieure. Ils n'ont, dît-on, aucun souci des spectateurs dans l'accomplissement des actes les plus impudiques et démontrent, par là, un degré d'avilissement

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tel que les animaux en donnent seuls l'exemple. On s'en scandalise et on se récrie. Comme si l'impudicité n'était pas le fait le plus vulgaire dans l'existence et dans l'histoire de tous les peuples de race blanche, avant que l'institution de la police et la propagation de l'instruction publique fussent venues les corriger de ces inclinations purement animales!...

Dans l'antiquité grecque et romaine, la prostitution était si bien reçue ; l'impudeur des hétères de la classe inférieure était si dégoûtante, qu'avec nos idées modernes il est impossible de comprendre comment de telles institutions ont pu coexister avec les raffinements des civilisations qui les toléraient. Pour se rendre compte de ces faits, il faut savoir que, dans toute l'antiquité, les cultes phalliques ont toujours été en grand honneur et que la majeure partie des divinités qu'on adorait chez les peuples civilisés étaient d'origine chthonienne. En étudiant l'intéressant ouvrage de M. Jules Baissac, que j'ai déjà cité, on peut voir se dérouler cette longue histoire de l'impudicité passée à l'état de religion, honorée partout, parmi les Israélites, comme parmi les Grecs ; les cadeschot et les hêtères également estimées, également sacrées aux yeux de la société. Bachofen(l) a aussi étudié ce sujet avec une science profonde, montrant que Thétérisme a dominé une des phases les plus remarquables du développement de la civilisation. Mais il faut citer quelques exemples que je prends çà et là, dans la race blanche, et qui prouvent à quel degré les Européens abusent de la science et de l'histoire, quand ils parlent de l'immoralité des noirs d'Afrique comme d'un signe d'infériorité de race.

Les Mossinèques cherchaient à avoir commerce publiquement avec les courtisanes que les Grecs menaient à

(1) Bachofen, Das Muiterrecht.

leur suite, lors de la campagne de Cyrus. Pourtant ils étaient des blancs et Xénophon a eu soin de le faire remarquer (1).

Chez les Massagètes (2), peuple de race tartare ou scythique, lorsqu'un homme désirait une femme, il n'avait qu'à pendre son carquois au chariot de celle-ci; il cohabitait publiquement avec elle, parfois sur la grande route, sans que personne en fût scandalisé.

On connaît l'histoire de la prostituée juive, Thamar, qui vendait ses faveurs pour un chevreau, à l'embranchement d'une grande route. A certains jours de l'année, plusieurs villes de la Grèce, pour célébrer le rite religieux du culte qu'elles rendaient à Vénus, laissaient voir dans les rues, à la tombée de la nuit, les scènes les plus scandaleuses.

Et qu'a- t-on besoin de remonter si haut? C'est un fait que, dans certains recoins des grandes villes européennes, il se passe en plein air des actes d'une révoltante immoralité. N'était la présence d'une police active, toujours prête à y mettre bon ordre, je ne sais à quelle exhibition malsaine on ne se livrerait pas en pleine lumière du jour et dans les rues mêmes de Paris i Jamais on ne pourra s'imaginer toute l'impudeur dont est capable la fille européenne dont la robe de soie frôle le passant sur les grands boulevards. La prostitution, pour être devenue plus circonspecte, n'est pas moins cynique dans l'Europe contemporaine que dans l'Europe des anciens Grecs et des anciens Romains* Il faut s'armer d'un rude courage pour lire seulement tout ce qu'en dit M. Léo Taxil, en historien exact et véridique. « En Angleterre, des ouvrages très sérieux

(1) EÇtJtouv §e xal tocTç étaîpatç oriç -ïjxpv ot v£Xày]vs<;, £fA<pavôç luyyi* YSŒÔat" •vdf/.o; y«P ^v ovtoç acpisi. Àsuxot £s tcocvtêç ôt avopsç xai ywaïnts*

{Xénophon, Anabase, liv. V, ch, IV).

(2) Hérodote, I, 203; — Strabon, XI, 513.

ont été publiés sur cette question. On a supposé à la prostitution une très noble origine : on a prétendu que la prostituée, c'était la citoyenne, tandis que l'épouse, c'était Ja femme conquise et esclave (1). » Le dernier roman de M. Zola, Germinal, offre de la prostitution de certaines classes ouvrières un tableau poignant, vertigineux, mais absolument peint au vif. Dans la fine analyse qu'il en a faite, M. Jules Lemaître(2), exprime ainsi ses impressions. * Souffrance et désespoir en haut et en bas î Mais au moins ces misérables ont pour se consoler la Vénus animale. Ils « s'aiment » comme des chiens, pêle-mêle, partout, à toute heure. Il y a un chapitre où on ne peut faire un pas sans marcher sur des couples. » Qu'il y ait une certaine exagération dans les descriptions du romancier naturaliste, c'est possible ; mais en réduisant à la moitié la réalité de ce qu'il en dit, le tableau reste encore horriblement chargé !

Il est donc faux d'avancer que la race blanche est douée d'une plus grande moralité que la race noire, au point de vue de la pudeur. Si on voulait étudier froidement les faits, c'est pJutôt à la race noire qu'il faudrait donner la palrne, soùs ce rapport ; car jamais elle ne pourra égaler }V°- sa noble rivale dans le genre d'aptitudes nerveuses dont

une Messaline a pu offrir l'exemple nullement isolé dans le passé et le présent des nations européennes. Et lassata * virist necdum satiata, récessif, dit Juvénal, dont le vers fume comme un fer chaud sur la chair libidineuse de la femme des Césars?.*.

On a encore prétendu que jamais race humaine n'a montré plus de penchant à la malpropreté et ne s y com-

(1) Mme Clémence Royer, Congrès int» des scien. ethnog,, etc. p. 575.

(2) Revue politique et littéraire, u0 11, 1er sem., 3e série, p. 329=

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plaît mieux que les Noirs. Nous avons déjà vu le témoignage de Moreau de Saint-Méry, dépeignant la propreté remarquable des femmes noires transportées comme esclaves en Haïti. Mais supposons qu'à l'intérieur de l'Afrique les Nigritiens se montrent peu soucieux de la toilette et ne sont nullement affectés des émanations les plus dégoûtantes, sont-ils les seuls à faire preuve de cette perversion du sens de l'odorat ?

Voici ce que dit M. Louis Figuier d'un peuple qu'on place parmi les nations de race mongolique, parce qu'elle est dans un état qui touche à la barbarie, mais dont la couleur, sinon les traits, est bien celle de la race blanche, dans laquelle on admet si complaisamment les Guanches et les Kabyles bronzés. « Madame Eve Félinska, exilée en Sibérie, a visité, autant que cela se pouvait, les huttes des Ostiakse Notre voyageuse ne put, malgré l'intérêt de la curiosité, rester plus d'une minute dans ces habitations, tant elles exhalaient des miasmes putrides. — Les Ostiaks ont pour premier vêtement une couche de graisse rance qui recouvre leur peau, et par-dessus une peau de renne. Ils mangent tout au poisson et au gibier ; c'est leur nourriture ordinaire. Mais de temps à autre, ils viennent à Berezer avec de grands seaux d'écorce d'arbre pour recueillir le rebut des cuisines dont ils font leurs délices (i). »

D'après M. Bûchner, ils pousseraient la malpropreté jusqu'à l'idéal. « L'Ostiaque, dit-il, barbouille ses idoles de sang et de graisse et leur bourre le nez de tabac (2). »

Hérodote rapporte que les Boudini, tribu slave, étaient des mangeurs de vermine (^ei^orçKjL^iovttqy En effet, on n'a qu'à lire les écrits de ceux qui ont voyagé en Russie pour se faire une idée de l'abjection dans laquelle se trouvait, il

(1) Louis Figuk", Les races humaines.

v*2) L. Bûchner, Krafft tend stoff.

y a un demi siècle» le savoska ou paysan russe* Jusqu'ici, malgré l'adoucissement du régime féodal établi dans le pays aux steppes désertes et stériles, le sort de ces misérables n'a guère changé.

Strabon dit que les Celtes conservaient leur urine et la laissaient se corrompre dans des réservoirs spéciaux, puis s'en servaient après pour se laver le corps et se nettoyer les dents (1) !

En lisant dans le Lévitique (ch. XV) la sévérité de la peine établie contre ceux qui n'auraient pas obtempéré aux prescriptions d'hygiène que le Seigneur daigna imposer à son peuple de prédilection, on peut se faire une juste idée de la saleté qui dut prédominer dans les coutumes des anciens Hébreux. Aussi doit-on peu s'étonner que la piscine brobatique ait vu s'opérer tant de miracles!

Je n'en finirais pas, s'il fallait fouiller toutes les sources d'érudition, afin d'étaler au grand jour les preuves des habitudes de malpropreté invétérées dans diverses nations de race blanche. Elles n'abandonnent que lentement ces coutumes. Encore est-ce l'effet d'un effort inspiré par les idées civilisatrices qui germent actuellement en leurs cerveaux.

La vérité point, de plus en plus, éclatante et belle. Partout où nous pouvons porter nos regards, pour découvrir dans la race noire des défauts ou des vices qui ne se rencontrent jamais dans la race blanche, les faits -viennent nous démontrer d'une façon indéniable que les fils de l'Ethiopien n'ont jamais rien pratiqué qui n'ait été pratiqué aussi par le superbe Caucasien, dans toutes les ramifications de sa grande lignée. Comment soutenir le contraire ? C'est en vain que ceux qui soutiennent la thèse de l'inégalité des races humaines s'ingénient à cacher les plus grandes

(1) Strabon, libr. III, p. 164.

vérités de l'histoire sous un amas de sophismes, afin d'établir leur paradoxe sur des preuves non contredites. L'érudition dont ils abusent ne refuse point ses armes à celui qui les réclame pour la défense du droit et de la justice éternelle. Qu'on le veuille ou non, il est écrit que le XIX9 siècle ne s'écoulera pas tout entier, sans que le fait de l'égalité des races humaines devienne une vérité consacrée par la science et rendue aussi sûre, aussi inattaquable que toutes les grandes vérités d'ordre moral et matériel qui font de notre époque la plus brillante phase que l'humanité ait traversée dans sa course progressive. C'est en moi une conviction profonde. Chaque jour, chaque événement nouveau ne font que la confirmer. Aussi continuerai-] e, sans jamais me fatiguer, cette réfutation où je défends ce qu'il y a de plus sacré pour l'homme, c'està-dire l'honneur et la réputation d'une race à laquelle il appartient.

Je sais que la race noire n'est pas seulement accusée d'immoralité et de superstition. On en a encore fait une race cruelle et sanguinaire, par tempérament; on parle de son cannibalisme, comme un des caractères qui la distingue des hommes blancs. Sans nier l'existence de plusieurs faits, souvent exagérés par des ignorants ou des gens de mauvaise foi, il est nécessaire de savoir si les noirs sont tellement cruels et féroces qu'on ne puisse rien trouver parmi les autres races humaines qui égale leur prétendue scélératesse.

La tâche ne sera pas difficile.

L'histoire est là pour répéter la vérité à ceux qui l'oublient ou l'ignorent. Ce que les hommes blancs ont imaginé de tortures pour martyriser leurs congénères, pendant les époques de fanatisme politique ou religieux, est un sujet d'épouvante pour l'esprit. Rien qu'en y pensant, on se sent pris d'horreur. Les pages de l'Inquisition offrent des

souvenirs si noirs et de tels raffinements de cruauté, qu'ils restent dans notre cerveau comme un pénible cauchemar. Dans la seule guerre contre les Albigeois, il y eut plus de férocité qu'on ne pourra jamais en rencontrer dans les annales d'aucun peuple noir. Il n'y a personne à ignorer la perversité et le tempérament froidement sanguinaire d'un Simon de Montfort ou d'un Torquemada; eh bien, les gens (Je leur espèce ne furent nullement des exceptions, à Tépoque où ils ont vécu.

Pour ce qui s'agit des relations des Européens avec les hommes d'une autre race, avec les noirs surtout, il n'y a rien de plus affreux, rien de plus barbare. Toute l'histoire de la traite est maculée de pages sanglantes, où les crimes de toutes sortes s'échelonnent avec tant de fréquence qu'on dirait les possesseurs d'esclaves en proie à une cruelle folie. Quelquefois c'est gratuitement, pour le plaisir de tuer que les Européens assassinent d'autres hommes qu'ils appellent des sauvages. « A Florida, dit. M. de Quatrefages, une des îles Saiomon, un brick vint s'arrêter à quelque distance de la côte. Un canot chargé de naturels s'en étant approché, une manœuvre en apparence accidentelle, le fit chavirer. Les chaloupes furent immédiatement mises à la mer comme pour porter secours aux naufragés. Mais les spectateurs placés sur les récifs ou sur d'autres canots, virent les matelots européens saisir ces malheureux, leur couper la tête avec un long couteau sur le plat-bord des chaloupes. L'œuvre accomplie, celles-ci retournèrent au brick qui prit immédiatement le large (1). »

J'avoue que je n'ai jamais pu lire ce passage sans éprouver un profond sentiment d'horreur. En effet, devant de tels forfaits, il semble que l'esprit humain s'égare. On voudrait ne pas croire à la véracité de l'écrivain, on sent

(1) De Quatrefages, L'espèce humaine.

DES MCES HUMAINES. 515

le besoin de protester tout haut; mais la parole reste étouffée dans notre poitrine oppressée...

Qu'après cela on vienne me parler de la cruauté des noirs, je ne répondrai point; mais ce ne sera pas faute d'argument. Cependant ce n'est pas encore tout. La grande accusation qu'on soulève contre la moralité de

l'Ethiopien sauvage, ce n'est pas cette cruauté où Ton tue les hommes pour abandonner leurs membres pantelants à la voracité des carnassiers aquatiques ou terrestres, c'est surtout le fait horrible de tuer son semblable pour se faire un régal de sa chair.

A entendre tous les concerts de malédiction qui s'élèvent contre la sauvagerie de l'Africain et proclament sa déchéance irrémédiable, toutes les fois que l'on raconte un acte d'anthropophagie accompli par les Nigritiens du Loango ou par quelques-uns de leurs descendants de la deuxième génération, on pourrait bien s'imaginer que les peuples de race blanche n'ont jamais traversé une époque où ils fussent également anthropophages ; mais combien profonde serait l'erreur ! En souhaitant pour l'honneur de l'humanité que les dernières traces de l'anthropophagie disparaissent bientôt de toute la surface du globe, à l'aide de la propagation des principes de moralité et des lumières intellectuelles dans les plus petits recoins de la terre, il faut tout aussi bien reconnaître que cette affreuse coutume, — preuve de la nature animale et de l'instinct carnassier de l'homme primitif, — a été ta pratique générale de toutes les races qui composent l'espèce humaine. Ce n'est que par la civilisation développant en chacun, avec le bien-être et la sécurité, des instincts supérieurs à ceux de la brute, qu'on a pu graduellement abandonner ces appétits sanguinaires.

Plus la science réalise de progrès, plus nos. recherches s'étendent, mieux on se convainc aussi que l'homme

n'est pas sorti tout achevé des mains du créateur, a L'histoire, dit M. Clavel, montre l'homme primitif de tous les temps et de tous les lieux, soit qu'il appartienne à la sauvagerie passée, soit qu'il appartienne à la sauvagerie présente, livré à un égoïsme dominateur, tandis que l'altruisme grandit nécessairement avec le progrès social. Mieux on connaît les mœurs des Européens de l'âge de pierre, et plus on les trouve conformes aux mœurs de certains Polynésiens ou Australiens actuels. Partout, dans l'humanité, il paraît avoir existé une période d'anthropophagie, suivie d'une période d'esclavage, suivie elle-même d'une période de servage (1), »

Ces vérités sont bonnes à méditer pour donner à l'intelligence toute l'ampleur qu'elle doit avoir dans l'étude de l'évolution sociale. Mais pour qu'elles produisent tous leurs fruits, il faut les répandre dans toute leur extension; il ne faut pas les concentrer sur un seul point, ni les envisager sous une seule face, dans le but de s'en servir pour le besoin d'un système ou d'une doctrine. Voyons donc quelle part l'anthropophagie a eue dans l'histoire de l'humanité et surtout parmi les nations de la race caucasique.

« Pour l'Européen primitif, comme pour beaucoup de sauvages de nos jours, dit Lyell, manger et ne pas être mangé fut longtemps la principale affaire (2). » Mais aujourd'hui qu'une vingtaine de siècles de civilisation ont complètement transformé le caractère et les appétits de l'Européen, sa répugnance est au plus haut point excitée, rien qu'à entendre parier d'un tel fait si repoussant et si abominable. Quand on constate ces sentiments de répulsion, ne semblerait-il pas que les blancs n'ont jamais eu les penchants qu'ils condamnent si légitimement? Ne croi-

(1) Clavel, La morale positive.

(2) Lyell, Article homme dans le Dict. de médecine de Littré et Charles Robio.

rait-on pas que les conjectures scientifiques et l'histoire positive aient fait fausse route, en attribuant aux ancêtres des peuples civilisés un tempérament si sauvage? Il a fallu de bien longues années avant qu'on en soit venu à proclamer tout haut la vérité toute nue. Bien des résistances, bien des dénégations accueillirent les premières affirmations des savants indépendants et consciencieux; mais ils n'en furent pas influencés. Plus les incrédules s'obstinaient dans leur doute, plus la science mettait de persévérance à s'éclairer. On procéda si bien que la virité se manifesta aux esprits les plus rebelles. Toute une suite de travaux et de patientes recherches établissent aujourd'hui, d'une façon indiscutable, le fait de l'anthropophagie généralement pratiquée dans toutes les populations de l'Europe, au commencement et dans le cours de leur évolution sociale.

« L'anthropophagie, a existé à l'état d'institution chez presque tous les peuples, dit le Dr Saffray : dans l'Inde, dans l'Afrique, l'Australie, lés deux Amériques, la Polynésie. Les anciens historiens la dénoncent chez les Scythes, les Scandinaves, les Germains, les Celtes, les Bretons, Au temps de César, les Vascons mangeaient encore de la chair humaine. Nos ancêtres n'ont pas échappé à cette coutume déplorable, car dans plusieurs stations de l'époque du renne, notamment à Saint-Marc, près d'Aix, on découvre des restes d'ossements humains entaillés et fendus comme ceux des animaux, pour en manger la moelle. On a même retrouvé l'ustensile spécial destiné à extraire ce mets favori : c'est une longue et étroite cuiller en bois de renne, très bien adaptée à sa destination. Les fouilles pratiquées en Ecosse, en Belgique, en Italie, ne laissent aucun doute sur les habitudes anthropophages des hommes de l'âge de la pierre (1). »

(t) Saffray, Histoire de l'homme, Paris, 1881, p. '111,

Il est certain que l'anthropophagie subsista dans les mœurs européennes beaucoup plus longtemps qu'on ne stmble le croire. Longtemps après que les principales contrées de l'Europe furent entrées dans les phases décisives de la civilisation, des cas isolés se montraient çà et là, dénonçant que les appétits anthropophages n'avaient pas complètement disparu des habitudes des peuples blancs.

Cela s'explique d'autant mieux que, jusqu'à une époque fort avancée de l'histoire européenne, l'institution de la police, quoique connue et pratiquée depuis Charlemagne, ne fut jamais appliquée d'une manière méthodique et sérieuse. Ce n'est qu'à partir de la consolidation du pouvoir royal, en France, après l'abaissement de la féodalité si persévéramment poursuivi, de Louis XI à Louis XIV, que cette institution prend un caractère régulier. Et la plus ancienne organisation de police, en Europe, est celle de la police française. Or, quand une habitude s'est enracinée, conservée durant une longue période dans une race ou dans une nation, il n'y a qu'une seule chose qui soit capable de la refréner et de modifier les mœurs qu'elle entraîne, en dehors de l'éducation intellectuelle et morale, c'est la vigilance de la police.

Sans police, sans instruction, n'ayant pour tout moyen de moralisation que les principes du christianisme, infiniment trop élevés pour agir pratiquement sur l'esprit du vulgaire, on comprend aisément que les penchants héréditaires aient persisté d'une manière occulte et durant des siècles, chez ces populations négligées, ignorantes et misérables qui formaient l'immense majorité des pays de l'Europe. Pour n'en avoir aucun doute, on n'a qu'à se rappeler la croyance aux loups-garous, anciennement répandue dans l'Europe entière et conservée traditionnellement jusqu'à ces temps-ci, chez la plupart des paysans, notamment ceux de la Saintonge, de la Bretagne, du Limou-

sin et de l'Auvergne, en France. On aura beau attribuer à une maladie mentale, à la lycanthropie, la production de ces phénomènes anormaux dont Fhistoire du moyen âge est pleine; il suffit de connaître les antécédents sociologiques des populations où ils se sont manifestés, pour n'y voir que des aberrations du sens moral, résultant naturellement des impulsions ataviques* encore agissantes sur îe tempérament moral de l'Européen incomplètement civilisé.

D'ailleurs^ l'étude expérimentale des maladies mentales tend à cette conclusion : ceux qu'on appelle des fous ne seraient autre chose que les victimes d'une lésion organique de l'encéphale. Ces cerveaux, comme frappés d'un arrêt de développement ou d'une perturbation des centres de cérébration, seraient incapables de s'adapter au mode d'existence généralement admis autour d'eux. Dans l'abîme insondable que présentent encore à la science la nature et les lois de développement des centres nerveux encéphale ques, rien n empêche que les aberrations les plus curieuses soient la fidèle représentation d'un état psychique antérieurement normal, commun, adaptable à d'autres temps et à d'autres mœurs que les nôtres, L'hypothèse paraîtra d'autant plus probable que tous ceux qui s'occupent de l'histoire des névroses savent, d'une manière certaine, que Ton constate beaucoup moins de genres de folie dans un groupe d'hommes lorsqu'il est plus proche de l'état sauvage. Gest à mesure que l'évolution sociale franchit les étapes variées de là civilisation et qu'il se produit des différenciations morales de plus en plus saillantes et distinctes, que nous voyons aussi les maladies mentales se multiplier, se diversifier à l'excès. N'est-il pas raisonnable d'en inférer que la science de l'avenir parviendra à créer une classification des. névroses, basée sur les évolutions sociologiques et morales de l'espèce humaine, en étudiant les caractères ataviques* dont la folie n'est souvent que la reproduction

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anormale? Les choses étant ainsi interprétées, que les loups-garous aient été des maniaques ou non, leurs cas ne présenteraient pas moins les formes aberrantes de l'anthropophagie de l'âge de la pierre. La cause de l'horreur et de la crainte que leur nom seul inspirait, c'est que, suivant la tradition qu'en a conservée la croyance populaire, ils enlevaient les enfants et les dévoraient, comme de vrais loups.

IJ est certain que, jusqu'au XV* siècle, les tribunaux continuaient à condamner au feu et on brûlait des gens accusés de cette sorcellerie sanglante. Une réunion de théologiens consultés sur le cas, pendant le règne de Sigismond, empereur d'Allemagne, roi de Hongrie et de Bohême, affirma la réalité des loups-garous.

Ce qui cause l'incrédulité de la plupart des historiens quand il s'agit de se prononcer sur l'existence des loupsgarous, tels que la légende populaire les dépeint, c'est-àdire comme de vrais anthropophages, c'est qu'il leur répugne souverainement d'avouer que, plus" de quatorze cents ans après la fondation de la religion chrétienne et près de mille ans après qu'elle fut répandue dans les principaux pays de l'Europe, il pouvait y avoir, parmi leurs ancêtres, des hommes capables de porter à leur bouche un morceau de chair humaine, sans éprouver cette sainte horreur que nous inspire le sacrilège. Je comprends parfaitement la délicatesse de cette incrédulité. Maisles faits, si déplaisants qu'ils soient, ne perdent jamais leur droit à l'observation; et quelque contrariété que nous ayons à les considérer, on est forcé d'y recourir toutes les fois qu'il faut se faire une conviction sérieuse dans une branche quelconque de la science. Rien n'empêchera donc de croire à la permanence de mœurs anthropophages en Europe, jusqu'au déclin du moyen âge, si on peut se convaincre que vers la fin du XIIe siècle, des hommes d'un rang infi-

niment éievé n'éprouvaient aucune répugnance â se régaler de la chair humaine. C'est pourtant ce qui peut être facilement établi. On va voir, sur le fait, non un vilain, un malotru ou un mécréant, mais un roi, un guerrier, défenseur éminent de la foi chrétienne !

Il ne s'agit pas d'un autre moindre que Richard- Cœurde-Lion, le plus grand héros des Croisades.

D'après un article fort savant, publié dernièrement par M. de Nadaillac dans la Revue des Deux-Mondes, ce monarque guerrier, relevant d'une fièvre ardente qu'il eut à Saint-Jean d'Acre, désirait, avec l'insistance d'un convalescent et le goût capricieux d'un roi, qu'on lui servît de la chair de porc. Malgré les plus minutieuses perquisitions, il fut impossible d'en trouver; car les porcs, étant regardés comme impurs, étaient bannis de ce pays. Comme il fallait à l'appétit royal autre chose que les mets ordinaires, on remplaça la chair de porc par une tête de Sarrasin bien assaisonnée, que Richard-Cœur-de-Lion mangea avec délice! Non-seulement la chronique des Croisades rapporte clairement le fait, mais M. de Nadaillac (1) cite encore les vers suivants, écrits en vieux anglais, qui en perpétuent le souvenir :

King Richard shall warrant There is no flesch so nourrissant Unto an English man, Partridge, plover, héron ne swan Cow no ox, sheep ne swine, As the head of a Sarazine,

« Le roi Richard garantira

Qu'il n'y a pas de chair aussi succulente,

Pour un Anglais,

— Perdrix, pluvier, héron ni cygne,

Vache ni bœuf, mouton ni porc, —

Que la tète d'un Sarrasin. »

(1) De Nadaillac, L'anthropophagie et les sacrifices humains, in Bévue des Deux-Mondes, no du 15 nov. 1884.

Cet acte d'anthropophagie, commis par un des rois les plus remarquables du temps, suffira sans doute pour assurer aux plus incrédules que leurs ancêtres, relativement civilisés, continuèrent fort longtemps à trouver un plaisir délicieux dans la chair de leurs semblables (1). Là même où l'anthropophagie ne se montrait pas d'une façon évidente, chez les Européens, on rencontrait cependant la coutume barbare des sacrifices humains, qui en est le corollaire habituel. Cette pratique épouvantable de sacrifier des êtres humains dans les cérémonies religieuses ou ailleurs, s'observe d'ailleurs dans l'histoire de tous les peuples de race blanche, avec la même fréquence que dans les races prétendues inférieures.

Les sacrifices humains paraissent avoir été d'un usage régulier chez les Hébreux. L'histoire d'Abraham, résolu à sacrifier son fils Isaac pour plaire aux caprices de Jéhovah, et l'immolation de la fille de Jephté en sont des indices positifs.' En Grèce, la fille d*Aristodème, roi des Messéniens, fût sacrifiée par ordre de l'oracle, pour décider les dieux en faveur de son peuple. L'histoire d'Iphigénie est encore plus célèbre. Selon quelques érudits* elle allait être immolée en deux circonstances, une fois à Aulis et l'autre enTauride, quand la protection de Diane, d'abord, et J'apparitiott inopinée d'Oreste, ensuite, la sauvèrent d'une mort certaine. Suivant la version de Lucrèce, elle a été égorgée sur l'autel de Diane par l'élite des guerriers grecs :

Aulide quo pacto Triviai virginis aram Iphianassai turparuat sanguine fœde Ductores Danaum delicti, prima virorum (2).

(1) M. Spencer St-.ïohn, anglais de sang et de cœur, y aura-t-il réfléchi avant de jeter la pierre à ceux qu'il accuse d'infériorité, en excipant des cas sporadiques et exceptionnellement rares dé cannibalisme qu'on peut leur reprocher?

(2) Lucrèce, De naturâ Wiim, liv. I, v. 78-80»

Le poète attribue à la superstition seule cette coutume horrible et pétrifiante ; mais il est plus que probable qu'avant de consacrer aux dieux ces victimes humaines auxquelles on accordait ensuite les honneurs de la sépulture, on en faisait une vraie hostie que les assistants se partageaient et dévoraient, croyant accomplir une œuvre méritoire, d'autant plus que la victime était le plus souvent un prisonnier de guerre, un ennemi (hostis).

Sir John Lu b bock rapporte des cas nombreux où les sacrifices humains furent pratiqués dans les époques les plus avancées de la civilisation romaine, * En l'année 46, avant J.-C, dit-il, César sacrifie deux soldats sur un autel élevé dans le Champ-de-Mars. Auguste sacrifie une jeune fille nommée Grégoria. Trajan lui-même, quand fût rebâtie la ville d'Antioche, sacrifie Calliope et place sa statue dans le théâtre. Sous Commode, Caracalla, Héliogabale et quelques autres empereurs, les sacrifices humains semblent avoir été assez communs (1). » En passant du peuple Romain aux barbares du moyen-âge, on rencontre toujours les mêmes pratiques dans la race blanche, c Dans l'Europe septentrionale, dit le même auteur, les sacrifices humains étaient très-communs. Le yarl des Orkney s sacrifia» diton, le fils du roi de Norwège en l'honneur d'Odin, en l'an 873. — En 993, Hakon, yarl, offrit son propre fils en sacrifice aux dieux. Donald, roi de Suède, est offert en sacrifice à Odin et brûlé par son peuple, à la suite d une terrible famine. A Upsala se trouvait un temple célèbre, et un témoin oculaire assura à Adam de Brème y avoir vu les cadavres de soixante-douze victimes. *

Pourquoi négliger systématiquement des faits d'une si éloquente signification, lorsqu'on veut bien parler des instincts superstitieux et sanguinaires des races qui n'ont

(1) John Lubbock, loco citato, p. 364,

pas encore rompu avec les coutumes sauvages, coutumes que les hommes cultivés ont tant de motifs d'abhorrer? Ne serait-il pas plus loyal et plus correct de considérer les choses d'une manière générale? Ne faudrait-il pas les dominer par un esprit vraiment philosophique, qui ne blâme, ne réprouve les infériorités et les vices des nations incultes, qu'en reconnaissant que les plus avancées ont traversé les mêmes étapes, ont été fatalement féroces et vicieuses, avant d'évoluer vers une existence meilleure, plus noble et plus décente? Combien plus logique ne serait pas cette façon d'envisager les faits ! Elle est assurément pleine de consolation, pleine de salutaire espérance pour ceux qui sont encore aux échelons inférieurs de la civilisation; elle est, de plus, une leçon qui leur indique la voie à suivre. Cette leçon leur fait voir que toutes les races, — blanches, noires ou jaunes, — ont longtemps pataugé dans les ornières du crime et de la superstition, avant d'atteindre un degré supérieur de développement social. Les races humaines, qu'elles soient blanches ou noires sont donc égales entre elles. Aucune d'elle n'a reçu de la nature un organisme supérieur ou des dons spéciaux qui n'aient pas été accordés aux autres. Toutes les différences qu'il est possible d'observer entre leur physionomie respective, au point de vue intellectuel et moral, sont des différences accidentelles et non constitutionnelles, passagères et non permanentes. Le devoir de celles qui sont encore arriérées est donc de s'efforcer d'atteindre leurs devancières dans les progrès que celles-ci ont déjà effectués, sans hésitation ni découragement, Les mêmes lois en faveur desquelles les peuples civilisés ont marché vers la lumière et la perfection, sont celles qui conduiront les peuples attardés dans la route de la civilisation à la réalisation de leurs rêves de gloire et d'agrandissement.

Mais, demande-t-on, comment faire la preuve que la

race noire, de même que la race blanche, atteindra un jour ces sommets de l'esprit et de la puissance matérielle, d'où Ton voit rayonner aujourd'hui le génie européen avec un tel éclat, que nul rêve n'a pu le concevoir ni plus grand ni plus beau? Personne ne peut répondre de l'avenir avec une autorité infaillible. La nature a voulu que "notre intelligence restât comme désorientée, toutes les fois que nous nous efforçons de décacheter le secret des choses futures. Il est permis, pourtant, de s'approcher bien près de la vérité, en étudiant les lois sous l'influence desquelles fonctionnent toutes les activités individuelles et sociales; en s'étayant surtout des principes de la méthode inductive, méthode si puissante et si efficace dans la recherche de toutes les vérités d'un ordre élevé 1

Avant de pouvoir répondre à la question posée plus haut, il faudrait, d'abord, avoir résolu celle-ci : les aptitudes évolutives de la race noire sont-elles comparables à celles de la race blanche? — En effet, tout en prouvant que les hommes du type caucasique ont tous passé par les étapes inférieures où nous voyons maintenant la plus grande partie des autres races, on ne saurait nier qu'ils n'aient enfin produit les plus beaux échantillons de l'espèce humaine ; qu'ils n'aient fait preuve d'aptitudes éminentes tant dans les arts que dans les sciences et constitué, pour ainsi dire, une morale supérieure à tout ce que l'histoire des autres types ethniques nous a fourni d'exemple. Ces résultats considérables placent actuellement larace blanche sur un piédestal grandiose, à la tête de toutes les autres races humaines. Ce n'est pas qu'il y ait en elle une vertu particulière; mais, par un épanouissement régulier de ses aptitudes naturelles, elle a pu réaliser un degré de développement que ses émules n'ont jamais connu. Elle a évolué activement et merveilleusement; elle a franchi de lono-s espaces dans la voie que doivent suivre tous les groupes

humains, allant du mal au bien et du bien au mieux. Cependant il suffit qu'on suppose à une aucune autre race la même énergie évolutive, pour s'imaginer, sans effort, que cette dernière parviendra aussi à ces brillants résultats que nous ne saurions trop admirer. Cela est d'autant plus rationnel que Tordre hiérarchique où nous voyons les diverses races humaines, au point de vue de leur développement social, n'a pas toujours existé tel qu'il est aujourd'hui. Il y eut un temps où les Noirs de l'ancienne Egypte traitaient en sauvages les blancs Tahamou, grossiers représentants de la race européenne actuelle. Les derniers ont pourtant pris le dessus; ils ont poussé beaucoup plus . avant le char de la civilisation. Mais toute l'humanité marche! Les races se développent éternellement. Tout fait augurer que celles qui sont tombées de fatigue, ou sont pa- |p ralysées par un obstacle passager, se relèveront et réagi-

ront, pouç recommencer la course ardente qui est la réalisation du progrès. Tels Ton voit des coursiers s'élancer dans le cirque : les uns sont vifs et partent comme l'éclair, les autres avec moins d'entrain les suivent à distance; cependant les premiers se lassent parfois et les retardataires, sous une influence subite, accélèrent leurs pas. Il arrive un moment où tous vont leur train sur une seule et même ligne, se dépassent, se rejoignent encore, mais dans une noble émulation!

Pour nous rendre compte de l'avenir de la race noire et des hautes destinées qui lui sont réservées dans la carrière de la civilisation, nous tâcherons donc d'étudier la promptitude avec laquelle s'accomplit l'évolution progressive du Nigritien, toutes les fois qu'il trouve un terrain propre à son développement matériel, intellectuel et moral.

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