HAUTE SITUATION DES RAGES EUROPÉENNES
Au fond, il ne serait pas logique de faire un crime irrémissible à la race caucasique, représentée par les nations européennes, de nourrir certaines prétentions de suprématie sur le reste du monde* Dans toute leurs actions, elles sont
(1) « Que l'Occident serre les rangs! » s'écrie M. John Lemoine dans le Journal des Débats dû 10 fév. 1885. Toute la presse européenne a fait écho à cette espèce de consigne.
sincèrement inspirées par la conviction profonde de leur supériorité. De fait, et actuellement, cette supériorité est incontestable. Elles ne pourraient donc guère, tout en ayant conscience, penser différemment qu'elles ne font dans leurs relations avec les autres peuples de l'univers. « Autant vault l'homme comme il s'estime, » a dit Rabelais, le gai philosophe dont la iine observation perce à travers les gauloiseries, comme un diamant merveilleusement enchâssé brille au milieu des grains de béryl qui le dissimulent. Cela est vrai d'un homme comme d'une nation, comme d'une race. Cette haute estime qu'on a de soi est peut-être le meilleur ressort pour tenir le caractère en éveil : elle érige en principe la confiance en ses propres forces qui est lé secret de la domination. Aussi la race blanche domine-t-elle partout. Fière d'une situation qu'aucune autre n'a occupée avant elle, vu l'éclat qu'elle répand sur le globe entier, elle doit trouver naturel que toutes lés autres acceptent ses lois et obéissent à sa volonté. Pourquoi en serait-il autrement ? C'est elle qui dirige la science, cette science devenue la plus grande autorité, la moins discutée et la plus respectable de celles auxquelles on puisse en appeler. Par elle, les forces secrètes de l'univers, qui paraissaient aux anciens comme autant d'agents surnaturels, produits par une main invisible à l'aide d'un simple fiai, ces forces cachées dans la majesté de la nature ont été une à une découvertes, analysées, discutées, expliquées. L'homme des temps modernes ne désespère nullement d'arriver à une conception exacte de tout ce qu'il voit et touche. Il veut marcher sans évoquer le secours d'aucune lumière divine ; il la relègue dans les rêves de l'absolu!
Avoir produit Newton et Shakespeare, Humboldt et Schiller, Voltaire, Arago, Littré et Lamartine, c'est une gloire qui ne périra pas* Je conviens qu'on a le droit d'en
être mille fois plus fier que de l'érection de toutes les pyra-> mides et de tous les Rhamesséums imaginables. Mais là ne s'arrête pas le mérite de la race caucasique. Elle a, de plus, poussé son activité à un degré incalculable dans toutes les conquêtes du monde matériel. Devant elle, les distances se raccourcissent chaque jour. Le fameux périple de Hannon, où il a fallu mettre une année, peut se faire aujourd'hui en moins de quinze jours. A l'aide de la vapeur, cet agent merveilleux qui vient centupler les forces de l'homme, elle a soumis la nature à toutes les expériences qui se peuvent concevoir. Elle perce les montagnes pour y faire passer les trains empanachés, coureurs fous qui vous éblouissent par leur vitesse, emportant hommes et choses avec une rapidité échevelée! Déjà, par les travaux de Gramme, les expériences des frères Siemens à Berlin, les inventions de M. Trouvé, et tous les essais qui se font en France, en Angleterre, en Allemagne et surtout aux Etats- Unis, on peut pressentir le moment où l'électricité, employée comme force motrice, réalisera des vitesses monstrueuses. Elle va encore plus loin, elle monte plus haut. MM. Renard et Krebs semblent avoir résolu la question si épineuse de la direction des ballons. Les fiers aéronautes, audax Japeti genus, vogueront dans le ciel avec plus de sûreté que le fils de Dédale; ils s'y dirigeront mieux que les antiques Argonautes dans la mer Egée !
Les succès réalisés par l'intelligence et l'activité de la race caucasienne ne se limitent pas à ces entreprises hardies, à ces découvertes sublimes. Elle attaque la terre en vraie progéniture des géants. Elle défait la géographie du globe pour l'accommoder aux besoins de la civilisation. Elle creuse les isthmes et les transforme en détroits, avec moins d'efforts et en moins de temps que l'homme des temps anciens et des pays arriérés ne met à jeter un pont solide sur une rivière de quelque importance. Par le canal de
Suez, l'Afrique est devenue une île géante; par le canal de Panama, qui se creuse actuellement, il en sera de même des deux Amériques. Elles vont se détacher matériellement Tune de l'autre, comme elles le sont déjà moralement, depuis un laps de temps séculaire, ayant deux civilisations d'une physionomie distincte : anglo-saxone, d'une part ; latine, de l'autre. Le Mexique restera longtemps encore comme la zone intermédiaire de ces deux courants intellectuels, divers mais non opposés; mais elle évoluera plus rapidement vers le yankisme américain.
On peut dire hardiment que si la science a deviné une époque reculée, qui a précédé toute les traces historiques et toutes les traditions, où la configuration du globe — transformée subitement par des cataclysmes géologiques ou insensiblement modifiée par la succession des causes actuelles,—présentait d'autres reliefs, d'autres contours dans la délinéation des mers et des continents, nous assistons aujourd'hui à un travail tout aussi gigantesque, mais opéré scientifiquement, volontairement, par la main de l'homme ! Tout cela est l'œuvre des Papin, des Fuiton, des Watt, des Stephenson, des Brunel, des Sommeiller et, au-dessus de tous, de Ferdinand de Lesseps, légion fulgurante, éclatant de génie et d'inébranlable audace, appartenant entièrement à la race blanche.
Ce n'est pas tout. Il faut joindre à ces merveilles incomparables un accroissement de richesses dont on ne pouvait avoir idée à aucune époque et dans aucune autre race, avant les temps modernes et la complète évolution du groupe européen. Qu'on parcoure un seul quartier ou arrondissement de la ville de Paris, le rayon qui embrasse le Palais-Royal et les grands magasins du Louvre, par exemple, on est sûr de trouver plus de richesses qu'il n'en existe dans l'Afrique entière ! Je ne parle pas de ces
richesses naturelles encore enfouies, inemployées, d'où
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l'Éthiopien de l'avenir pourra tirer d'incalculables ressources pour accélérer son évolution régénératrice; je vise plutôt les richesses ayant une valeur d'échange et actuellement utilisables, selon la savante distinction des économistes ; car la plus riche mine d'or non exploitée, non appropriée à Pusage de 1 homme, est une non-valeur économique. Cependant à tout cela, il faudrait mentionner mille autres avantages.
Continuez encore. Ajoutez à tous ces titres, les noms d'Homère, d'Haller, d'Eschyle, de Virgile, de Dante, de Milton, de Gœthe, de Victor Hugo, de Raphaël, de Michel Ange, de Rembrandt, de Delacroix, de Sartholdï, de Mozart, de Rossini,de Meyerbeer, de Gounod, de toute une phalange d'esprits superbes, d'organisations géniales qui brillent comme autant de constellations dans l'histoire de la race européenne ! Ajoutez Kant après Descartés, Locke après Pascal, César Cantu avec John Stuart Mïïl, Spallanzani, Claude Bernard, Koch, Pasteur, HeîmHoitz, Paul Bert; ajoutez, ajoutez encore!... Vous n'aurez jamais fini ce dénombrement magnifique, liste vraiment glorieuse où l'esprit humain compte ses plus hauts représentants; revue imposante où Ton sent le besoin de s'incliner devant chaque figuré, altière ou modeste, en proclamant: sa grandeur, morte ou vivante, en proclamant son immortalité!
En considérant abstraitement cet ensemble de faits et de circonstances, on parvient aisément a* se faire une idée cte l'impression psychologique de la face blanche, toutes lès fois qu'elle se compare aux Kommés^dé la rkdë mongolique ou de la race éthiopique. Rien de plus naturel que le sentiment de légitimé orgueil qu'elle en tifeV'L'on né conçoit pas qu'il en fut différemment, dans Une conception aprioristique de l'ordre de choses actuel. "Aussi 'est-ce par cette fascination involontaire que certains esprits,1 d'ailleurs très éclairés, en sont Venus à croire que lés nommes
de Ja race qu'ils représentent sont organiquement supérieurs à tous les autres. Cette croyance a été se vulgarisant de plus en plus. Elle a gagné la grande majorité des savants et des philosophes, qui en acceptent la doctrine comme une vérité suffisamment démontrée par l'évidence des faits : ceux-ci, au lieu de la soumettre à une 'critique méthodique, ne se sont complus qu'à la recherche des moyens propres à la justifier.
Mais tout en reconnaissant la supériorité indéniable de la race caucasique, dans la phase historique que traverse actuellement l'humanité, la science ne saurait accepter comme une loi positive des faits qui ne sont que le résultat d'une série d'événements d'ordre contingent, et qui ne se sont constitués que graduellement, avec des oscillations intermittentes et fréquentes. A celui qui veut s'y appuyer, elle fait l'obligation d'étudier les choses plus longuement, plus rationnellement, en suivant la série dés transformationspar lesquelles ont passé les peuples les plus avancés de ce siècle, avant d'atteindre à leur civilisation contemporaine. Elle ordonne de chercher si, dans le long enchaînement des phénomènes historiques et sociologiques qui retracent l'existence de l'espèce humaine, les faits ont toujours été tels et dans le même ordre que nous les voyons aujourd'hui. Une fois dans cette voie rationnelle, on rencontre immédiatement les vrais principes dé critiqué, le meilleur mode d'appréciation et le plus propre à prému- *nir l'esprit contre toute conclusion empirique et fautive.
En admirant le superbe faisceau de progrès matériels, intellectuels et moraux réalisés par les peuples dé l'Europe ; en contemplant leurs richesses, leurs monuments, les travaux herculéens qu'ils ont accomplis comme autant de merveilles de la civilisation occidentale, jilùs belle, plus majestueuse que n'a jamais été aucune autre avant elle> le Caucasien peut se croire né pour dominer l'uni-
vers. Mais que faut-ii pour le ramener au sentiment de la réalité. Il suffira de lui rappeler combien chétifs, ignorants et vicieux ont été ses ancêtres sur cette môme terre devenue aujourd'hui le centre des lumières. Quant pater habuit sortent, eam tibi mernoreÉ/pourrait-on lui répéter. C'est à quoi devait consister l'œuvre des savants et surtout des philosophes. Ils sont appelés à savoir qu'il n'y a pas de solution de continuité dans l'œuvre de la civilisation de notre espèce. Chaque race porte sa pierre à l'édifice, Seulement les unes surpassent les autres en génie et en grandeur, dans les époques successives de l'histoire, à mesure que se développe la longue évolution que l'humanité poursuit depuis des centaines de siècles. Malheureusement, ils n'y ont point pensé. L'excès d'orgueil, la présomption hâtive d'une science encore imparfaite, pour admirable qu'elle soit, ont conduit les uns et les autres à se faire le triste écho des opinions vulgaires, dont ils subissent inconsciemment l'influence. Pour ne point se ranger à la vérité, ils aimeront mieux déclarer que les Noirs n'ont point d'histoire sociale et par conséquent n'ont jamais influé sur la marche de l'humanité. Mais telle vérité qui est niée au XIXe siècle éclatera rayonnante au XXe siècle. Quand bien même elle ne serait pas universellement reconnue, elle attendra encore, sans cesse, sûrement, sans précipitation. Elie est patiente, parce qu'elle
est éternelle.
Toutefois, il faut que dès maintenant l'on convienne de la réalité. La race noire qu'on a systématiquement déclarée inférieure à toutes les autres et frappée, dès le principe, d'une nullité patente et .radicale, au point de vue moral comme au point de vue intellectuel, cette race noire a joué au contraire un rôle signalé et décisif dans la destinée de l'espèce humaine, dont elle fut la première à commencer l'évolution civilisatrice et sociale- En un mot, les
Noirs, comme toutes les races humaines et mieux que la plupart, ont une histoire pleine de péripéties, il est vrai, mais ayant positivement influé, comme elle influe encore sur la marche de l'humanité. C'est ce qui n'est nullement difficile à prouver.
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