‹ De l'égalité des races humainesChapitre 73 sur 78 · PARTICULARITÉS ORGANIQUES · texte numérisé non relu

PARTICULARITÉS ORGANIQUES

Il est évident que mieux on examine le sujet que nous étudions, plus on voit l'inconsistance des théories qui ont généralement régné dans la classification noologique des races humaines; plus les genres de preuves dont on s'est servi pour formuler cette étrange classification paraissent illogiques. Aussi, y a-t-il lieu d'affirmer que toutes les conclusions admises dans le sens d'une infériorité native des noirs vis-à-vis des blancs est radicalement fausse. Personne ne s'est avisé de faire une étude sérieuse sur cette question, la plus délicate et la plus importante qui puisse se présenter devant la science. Lorsqu'il «'agit de proclamer des vérités qui doivent influer si directement sur les relations des hommes, dans l'univers entier, devaiton se contenter çles procédés imparfaits et insignifiants, qui constituent les seules bases de la doctrine de l'inégalité des races? Ne pourrait-on pas demander autre chose à des savants qui prêchent leur supériorité à si haute voix?

Les anthropologistes, surtout, sont censés faire delà science positive, de la science expérimentale. Dans leur gravité imperturbable» ils pèsent les cerveaux et imaginent journellement mille méthodes ingénieuses pour opérer le cubage de l'encéphale. Ils mesurent l'angle facial en dix façons diverses, étudient les dimensions du nez, les courbes de Farcade zigomatique, ïaproclivité des mâchoires et le reste, avec des instruments si beaux, si perfectionnés qu'ils font plaisir avoir. Malheureusement, dans lesinves-

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tigations qu'ils poursuivent, en dehors de tous les principes de la science expérimentale, ils négligent systématiquement ou inconsciemment une foule de considérations plus logiques et scientifiques pour courir après des généralisations hâtives, pompeusement érigées en lois naturelles.

Par exemple, puisque Ton persiste à dire que par l'étude du cerveau on a pu découvrir l'infériorité organique de l'homme noir, il convient, — pour fermer le cercle de nos arguments d'où la vérité sort déjà incontestable et claire, — de jeter un dernier coup d'œil sur ce point délicat qui sera le dernier discuté. Toutes les études précédentes, ont déjà mis en parfaite lumière une opinion scientifique aujourd'hui généralement reçue* C'est que le degré d'activité intellectuelle du cerveau est surtout relatif à sa plus ou moins grande vascularité. Mieux et plus vite le sang circule dans l'organe encéphalique, plus son énergie est grande. D'ordinaire, l'action en est signalée par une élévation de température, comme pour toutes les. fonctions physiologiques. Eh bien, pour ce qui a trait à la vascularité, la richesse des réseaux sanguins du cerveau de l'homme noir paraît positivement supérieure, comparée à celle du cerveau de l'Européen. C'est là un fait qui me semble suffisamment établi par les travaux de Meckel. Il a remarqué que dans les cerveaux de la race noire la substance corticale, où se développe la plus grande activité de l'organe, est d'une couleur beaucoup plus foncée que dans le cerveau du Blanc. La substance blanche elle-même offre une nuance légèrement bleuâtre et le tissu de la glande pinéale est d'un bleu tirant sur le noir. On pourrait bien penser qu'il s'agit alors d'une coloration pigmentaire, mais tout y indique plutôt une abondance excessive de fins réseaux vasculaires, aussi nombreux qu'enchevêtrés, émaillant en tous les sens le parenchyme cérébral.

En effet, Meckel insiste sur cette particularité remar-

quable : la substance blanche du cerveau de l'homme noir est encore bleuâtre au moment où l'on pratique la coupe; mais les tranches blanchissent sensiblement au contact de l'air. Ce dernier phénomène est sans nul doute causé par la résorption du sang chassé des ramiscules des vaisceaux en contact avec l'air, dont l'influence y opère mécaniquement une certaine constriction. En tous cas, il est certain que la circulation sanguine du cerveau éthiopien est d'une activité incomparable. Cette surabondance de circulation y occasionne naturellement un excès de cérébration qui n'a besoin que d'être contenu et réglé, pour produire les résultats les plus considérables. Tel qu'une plaine fertile arrosée par des ruisseaux nombreux, mais où l'absence de l'art laisse les forces vives se perdre en jeux capricieux de la nature, le cerveau du noir surexcité, mais non cultivé, se prodigue en idéation multiple et vague. Ainsi, les ruisseaux abandonnés à euxmêmes ne suivent pas des sentiers réguliers : malgré leur profusion, il y a tantôt sécheresse et tantôt inondation, ils coulent parfois en filets imperceptibles et se précipitent d'autres fois en avalanches bruyantes; de la même façon, l'esprit du Nigritien inculte conçoit les idées les plus subtiles, mais il les entremêle avec une telle activité, que tantôt il arrive à la plus grande absurdité et tantôt aux plus sublimes conceptions ! De là cette imagination vive et brûlante qui lui est spéciale, ce tempérament sanguin qui le fait nommer une tète brûlée. Expression bien juste ! Car dans cette circulation énergique, dans ces opérations rapides d'assimilation et de désassimiiation que le tissu cérébral accomplit, le cerveau brûle comme une fournaise ardente; il faudra donc toute une discipline, une longue éducation de -l'esprit, pour que le combustible ne se consume pas plus vite qu'il ne produit de travail appréciable. Je crois qu'il n'y a rien d'exagéré dans ce qui vient

d'être dit. Il serait tout de même curieux qu'on fît des expériences positives, mesurant l'a température comparative du cerveau du noir et de celui du blanc. Tout indique que la circulation sanguine, plus intense chez le premier, lui assure une température plus élevée, conformément à toutes les lois de la physique et de la physiologie. Activité circulatoire et température élevée, telles sont les deux qualités qui dénotent dans le cerveau les plus grandes aptitudes de fonctionnement. « Chaque fois que la moelle épinière et les nerfs manifestent la sensibilité et le mouvement, chaque fois qu'un travail intellectuel s'opère dans le cerveau, une quantité de chaleur correspondante s'y produit. Nous devons donc considérer la chaleur comme une résultante du travail organique de toutes les parties du corps, mais en même temps, elle devient aussi le principe d'activité de chacune de ses parties (1). »

Plus on approfondit les investigations, plus on étudie les résultats, et plus belle paraît la grande synthèse des vérités scientifiques. Elles forment comme une immense gerbe de lumières où toutes les notions viennent aboutir, pour s'épanouir ensemble et briller d'un éclat superbe dans la sphère de l'intelligence. L'esprit humain ne pourra jamais contempler sans éblouissement cet édifice merveilleux, splendide, au sommet duquel tant de reflets s'entrecroisent; mais il ne se lassera jamais d'y fixer ses regards : car là est un problème captivant, l'attirant sans cesse, malgré toutes les difficultés de la solution. A mesure qu'on résout une équation ou un système d'équations, d'autres inconnues se présentent, dont il faut encore chercher la valeur. C'est une course sans .fin. Mais chaque pas en avant nous conduit à une hauteur où Ton domine mieux les termes de l'éternelle progression, où nous trouvons

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(1) Cl. Bernard* La science expérimentale, p. 389.

une assurance plus grande dans les raisonnements que nous sommes encore obligés d'étayer de simples probabilités. D'où la légitimité des aspirations de la science moderne, qui a l'ambition de tout expliquer, en s'appuyant sur des expériences et des recherches qui ne finissent point, mais qui aboutissent à des découvertes de plus en plus précieuses. Ces conquêtes successives, qui enorgueillisent l'esprit humain, en lui inspirant une confiance chaque jour plus grande et inébranlable dans ses déductions, poussent les savants à des déductions souvent aventureuses; mais peut-on bannir de l'activité intellectuelle tout essai de généralisation, sans retirer aux investigations scientifiques tout ce qui en fait le charme et le but essentiel ? Certainement non.

Après l'étude des faits, il nous vient un désir irrésistible de les rattacher à des lois qui en soient les régulatrices ; en constatant certains phénomènes, nous sommes portés spontanément à inférer que l'objet ou l'être qui les a produits possède des qualités bonnes ou mauvaises, positives ou négatives, selon le caractère qu'ils offrent à notre appréciation. A quelle conclusion doit donc nous conduire l'étude comparative du cerveau humain? C'est que, pour les opérations de l'esprit, l'Ethiopien est armé de l'instrument le plus merveilleux. Le jour où, par une culture intellectuelle convenablement dirigée, l'activité cérébrale qu'il gaspille en jeux d'imagination, et en rêveries plus ou moins gracieuses, plus ou moins burlesques, pourra être employée dans les acquisitions sérieuses de la science, il trouvera dans l'organe encéphalique dont la nature Ta doué les ressorts les mieux adaptables aux travaux les plus difficiles et les plus délicats» Je n'ose dire qu'il se montrera plus apte que ceux qui doutent actuellement de sa vigueur intellectuelle, mais en tirant logiquement les déductions qui paraissent découler de l'ensemble des faits que je viens d'analyser, chacun sentira immédiatement la conclusion qui s'impose à son entendement!

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