‹ De l'égalitéChapitre 13 sur 145 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

L'Égalité est un principe, un dogme.

Vainement essayerait-on de nier ou d'infirmer le sens philosophique que je viens de donner de la divise de nos pères. Il y a une manière basse et méchante d'interpréter celte devise , que ne manquent jamais d'adopter les ennemis du progrès du genre humain. Suivant eux, ce serait Je

vice et Tignorance, plutôt que la vertu et le génie, qui auraient intronisé cette bannière dans le monde. Le peuple à les entendre, c'est-à-dire la canaille, aurait enjbrassé avec avidité trois mots vides de sens, qui lui promettaient la licence et une chimérique égalité avec ses maîtres. Les plus viles passions, l'envie et la cupidité, auraient seules inspiré ce cri de guerre et non de paix. Ainsi la France se serait souillée en arborant ce drapeau ; et, après une expérience pleine de déception, il ne resterait rien de ce naufrage, sinon la certitude que l'Égalité est une chimère.

Une autre explication, moins basse, mais aussi mesquine, consiste à dire que les auteurs de nos lois et de nos constitutions n'ont pas entendu autre chose, par ce mot égalité, que ce qu'on nomme l'égalité civile, l'égalité devant la loi, telle qu'elle est réalisée aujourd'hui. Il se serait agi uniquement de donner le programme d'un état oii tous les citoyens seraient, sous certains rapports, soumis à la loi, où certaines lois seraient communes à tous, obligatoires pour tous. Or, comme en effet le Gode Civil et le Code Pénal ne reconnaissent point de classes, et ne distinguent point entre les citoyens , il s'ensuivrait que le programme serait dès à présent réalisé, et que l'Égalité promise serait atteinte. A ceux-là on pourrait répondre qu'au moins devraient-ils, dans leur explication, comprendre la loi politique aussi bien que la loi pénale , et qu'il faut être fou pour soutenir que l'Égalité règne là oii une petite fraction des citoyens est seule en possession de faire des lois. Mais ce n'est même pas ainsi qu'il faut entendre l'axiome de la Révolution. Il ne s'agit point dans cet axiome de la seule égalité du citoyen, mais de l'Égalité humaine; et, d'un autre côté, ce n'est pas d'un fait, plus ou moins restreint, qu'il s'agit, mais d'un droit qui commande ce fait. Entre l'égalité envisagée comme un

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