PREMIÈRE PARTIE
Mais l'est-elle? est-elle par nous traitée en égale? Épouse, trouve-t-elle l'égalité dans l'amour et le mariage? Personne humaine, Irouve-t-elle l'égalité dans la cité? Voilà la question.
Or, je ne vous dirai pas : Examinez les faits, voyez ce qui a lieu; mais je vous dirai : Ouvrez seulement le Code, et voyez si ce Code , qui devrait être l'idéal de la justice et de la moralité, et qui reflète apparemment nos idées les plus élevées et les plus nobles, ne viole pas au premier chef, de la façon la plus brutale, l'égalité de la femme comme épouse.
Notre loi civile est, au sujet de la femme, un modèle d'absurdes contradictions. Suivant la loi romaine, la femme vivait perpétuellement en tutelle : au moins dans cette législation tout était en parfait accord ; la femme y était toujours mineure. Nous, nous la déclarons, dans une multitude de cas, aussi libre que l'homme. Pour elle, plus de tutelle générale ou de fiction de tutelle : son âge de majorité est fixé; elle est apte par elle-même à hériter; elle hérite par portions égales ; elle possède et dispose de sa propriété ; il y a même plus, dans la communauté entre époux nous admettons la séparation des biens. Mais est-il question du lien même du mariage, oii ce ne sont plus des richesses qui sont en jeu , mais oii il s'agit de nous et de nos mères , de nous et de nos sœurs, de nous et de nos filles; oh! alors nous sommes intraitables dans nos lois, nous n'admettons plus d'égalité ;^îlOus voulons que la femme se déclare notre inférieure, notre servante, qu'elle nous jure obéissance. \ Vraiment nous tenons plus à l'argent qu'à l'amour ; nous avons plus de considération pour des sacs d'écus que pour la dignité humaine : car nous émancipons les femmes en tant que propriétaires ; mais en tant que femmes, notre loi les déclare inférieures à nous,
Il s'agit pourtant du lien où l'égalité de la femme avec l'homme est le plus évidente, du lien où éclate, pour ainsi dire , cette égalité , où elle est si nécessaire à proclamer que sans elle ce lien n'existe pas. Mais, par une absurde contradiction, notre loi civile choisit ce moment pour proclamer l'infériorité de la femme; elle la condamne à l'obéissance, lui fait prêter un faux serment, et abuse de l'amour pour lui faire outrager l'amour.
Ce sera, je n'en doute pas, pour les âges futurs, le signe caractéristique de notre état moral que cet article de nos lois qui consacre en termes si formols l'inégalité dans l'amour. On dira de nous : Ils comprenaient si peu la justice, qu'ils ne comprenaient pas même l'amour, qui est la justice à son degré le plus divin ; ils comprenaient si peu l'amour, qu'ils n'y faisaient pas même entrer la justice, et que dans leur livre de la justice, dans leur Code, la formule du mariage, le seul sacrement dont ils eussent encore quelque idée, au lieu de consacrer l'égalité, consacrait l'inégalité; au lieu de l'union, la désunion; au lieu de l'amour qui égalise et qui identifie, je ne sais quel rapport contradictoire et monstrueux , fondé à la fois sur l'identité et sur l'infériorité et l'esclavage. Oui, comme ces formules de la loi des Douze Tables que nous citons aujourd'hui, quand nous voulons prouver la barbarie des anciens Romains, et leur ignorance de la justice, cet article de nos Codes sera cité un jour pour caractériser notre grossièreté et notre ignorance; car l'absence d'une notion élevée de la justice y est aussi marquée que l'absence d'une notion élevée de l'amour.
Tout suit de là relativement à la condition des femmes, oa plutôt tout se rattache à ce point : car respecterons-nous l'égalité de la femme comme personne humaine, quand nous sommes assez insensés pour lui nier cette égalité comme