‹ De l'égalitéChapitre 8 sur 145 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La Révolution Française a justement résumé la politique dans ces trois mots : Liberté , Egalité , Kraternilé.

La Révolution française a résumé la politique dans ces trois mots sacramentels: Liberté, Égalité, Fraternité. Ce n'est pas seulement sur nos monuments, sur nos monnaies, sur nos drapeaux, que cette devise de nos pères fut écrite; elle était gravée dans leur cœur, elle était pour eux l'expression même de la Divinité.

Pourquoi ces trois mots? pourquoi pas un seul ou deux? pourquoi pas quatre ou davantage ? Il y a de cela une raison profonde,

En effet, riiomme étant, comme nous l'avons démontré ailleurs, triple et un dans tous les actes de sa vie, c'est-àdire simultanément scnsalion-sentiment-connaîssance , il faut en politique un terme qui réponde à chacun de ces trois aspects de notre nature.

Au terme sensation de la formule métaphysique de l'homme répond le terme liberté de la formule politique ; au terme sentiment répond le mot fraternité ; au terme connaissance répond V égalité.

L'homme est sensation à tous les moments de sa vie ; cela veut dire qu'il est un être à l'état de manifestation , et qu'il n'existe qu'autant qu'il se manifeste. Or il ne se manifeste que parcequ'en même temps un monde extérieur à lui se manifeste à lui ; il est donc sensation : sa vie subjective entraîne pour lui l'objectivité, et par conséquent tout mode de sa vie implique une certaine relativité avec les autres hommes et avec tout l'univers. Sa vie tout entière est donc une série d'actes ; et même alors qu'il ne fait que penser , il agit. Or, quel terme exprimera le droit qu'il a de se manifester, et par conséquent d'exister ? Un terme qui n'aura pas pour but d'exprimer les deux autres faces nécessaires de notre être à chaque instant de notre durée, mais seulement cette face de notre vie qui consiste dans la manifestation de cette vie au milieu de nos semblables et du monde ; en un mot, un terme qui exprimera le droit d'agir, sans impliquer directement autre chose. Ce terme abstrait, c'est le mot liberté. La liberté, c'est le pouvoir d'agir. La politique a donc pour but, au premier chef, de réaliser parmi les hommes la liberté. Faire que les hommes soient libres, c'est faire qu'ils existent, ou en d'autres termes qu'ils se manifestent. Manquant la liberté, il n'y a que le néant et la mort ; la non-liberté, c'est la défense d'être.

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