DEUXIÈME PARTIE
est le maître du septième jour, car il a créé le monde en six jours, et s*est reposé le septième : voilà la base de tout rédifice. Mais, étant ainsi le maître des jours, et s'étant réservé le septième, il se l'est réservé pour établir parmi les hommes le plus d'égalité et de fraternité possible : c'est ainsi qu'il veut continuer dans l'Humanité sa création ; c'est ainsi qu'il entend que le monde humain soit gouverné. Et de là tout le culte ; de là les Sabbats de Dieu , c'est-à-dire les fêtes égalitaires. Toute la législation de Moyse semble ainsi se concentrer dans l'observation du Sabbat (1). Mais, d'un autre côté, le signe d'institution du peuple juif était la Pâque , il est impossible , je le répète , de séparer le culte du Sabbat de celui de la Pâque ; en sorte que tout revient à cette idée que j'ai exposée, que Moyse n'ayant pu instituer qu'une Pâque annuelle, y a suppléé par le Sabbat.
Donc, en dernière analyse, comme je l'ai avancé, la Pâque juive, bien qu'elle ne fût célébrée qu'une fois l'an, se trouve avoir la même tendance que la Phiditie lacédémonienne, et en général que les repas communs de l'antique législation Cretoise. L'idée qui identifie à mes yeux ces deux institutions
(1) Et celte législation fut suivie et mise en pratique. Ce n'est pas seulement le Bible qui Tatleste ; nous avons sur ce point d'autres témoignages. Les Rabbins reconnaissent, il est vrai, qu'il n'y eut plus de Jubilé de cinquante ans après le retour de la captivité et le second temple. Mais l'observation de l'Année sabbatique dura jusqu'à la chute complète des Juifs. Josèplie {Ant. Jud., liv. XI, c. 8) rapporte qu'Alexandre étant h Jésusalem, le grand prêtre Jaddus lui demanda pour toute gn\ce de laisser les Juifs vivre suivant leur loi, et de les exempter de tribut à la septième année. Les Samaritains firent à ce prince la môme requête, parcequ'ils observaient aussi l'Année sabbatique. Il est dit dans le premier livre des Macchabées ( ch. vi, v. 1x9 ) qu'Antiochus Eupalor ayant tenu assiégée pendant longtemps la ville de Bethsara dans la Judée, les habitants furent forcés de se rendre par la disette de vivres, à cause que c'était l'année du repos delà terre. Josèphe nous apprend encore (liv. xiv, c. 17) que Jules César imposa aux habitants de Jérusalem un tribut qui devait être payé tous les ans, excepté l'Année sabbatique, parceque l'on ne semait et l'on ne recueillait rien pendant cette année. 11 ajoute (c. 28) que pendant le siège de Jérusalem, fait par Hérode et par Sosius, les habitants l*urent réduits à la plus grande disette de a ivres, parceque l'on était dans l'Année Sabbatique. Tacite {Ilist., liv. V. c. i ), dans un passage que j'ai cité plus haut (page 164), atteste aussi le repos de la septième année observé par les Juifs,
ilU DE L'ÉGALITÉ.
me paraît aussi solide qu'évidente; la voici ; Pour qu'un peuple soit un peuple, il doit exister entre les citoyens une certaine communauté, une certaine égalité, une certaine fraternité; ils doivent se regarder comme égaux, comme frères, comme ne faisant ensemble qu'une famille; et le signe de cette fraternité, c'est le repas en commun. Voilà le germe identique de la sociabilité dans la législation de Moyse et dans celle de Minos et de Lycurgue. Je ne dis pas, certes, que la sociabilité fût construite sur le même plan dans la législation juive et dans la législation grecque ; il s'en faut du tout : ici les castes, là une seule nation, une seule caste pour ainsi dire. Mais je dis que la sociabilité se manifestait dans les deux législations par un signe et un symbole analogue. Je crois l'avoir suffisamment démontré.