‹ De l'Église et de sa divine constitutionChapitre 49 sur 114 · I.hPISCOPAT 2l · texte numérisé non relu

I.hPISCOPAT 2l

Cela esl si vrai que s.iinl Pierre a pu, des le commencement, instituer un nouvel apôtre au lieu du traître Judas (i); il a pu l'instituer seul et par sa pleine puissance, dit saint Jean Chrysostome (a), encore que, par pure condescendance, il ait appelé l'as-

nblée à prendre pari à la désignation de sa personne; et cet apôtre, établi par saint Pierre, ne sera en rien inférieur en autorité à ceux (pie Jésus-Christ a établis lui-même.

C"" aussi bien, pour en revenir à une comparaison que nous avons déjà proposée, jusque dans les rangs des hiérarchies inférieures il n'y a pas de différence entre le clerc institué par l'évêque ou celui qu'institue le vicaire de l'évêque : l'institution de l'un et de l'autre est égale et les soumet également à l'évêque et au vicaire de l'évêque, connue à une seule et indivisible puissance.

Et toutefois, si nous proposons pour la seconde fois cette compaparaison, nous sentons bien que les termes n'en sont point pleinement équivalents et que tout l'avantage demeure ici au Vicaire «le Jésus-Christ.

L'institution du vicaire épiscopal est en effet toujours précaire; elle est purement accidentelle, pour ainsi dire; l'Eglise particulière n'est pas fondée sur elle; elle n'a rien de nécessaire; institution purement humaine, elle dépend toujours de la volonté des hommes.

Seul, le \ icairc de Jésus-Christ possède son titre par l'institution

» divine, qui est éternelle et sans repentance; et cette institution est encore l'institution principale dans l'Eglise, le fondement sur lequel repose tout L'édifice et sur lequel il s'élève sans cesse « pour monter jusqu'aux cieux » (3); elle est permanente, comme l'Eglise ellemême qu'elle doit soutenir, et c'est pourquoi elle est par excellence l'institution ordinaire; c'est pourquoi le Souverain Pontife, encore qu'il soit vraiment et purement un vicaire et le Vicaire de Jésus-

nonnisi ad Petrum, id est, sui nominis et honoris auctorcm, referre debere, (Ibid., ad conc. Milev.)

(il Aet. i.

(a) Vide autem quomodo Petrus omnia ex communi sentenlia faciat, nilnlque

cum auctoritate vel cum imperio Multitudini permittit judicium Quid

ergo? An Petrum ipsum eligere non licebat? Licebat utique; sed abstinet. (In Act. ham. II.)

|3) Beatum Petrum ceteris apostolis prœponens, in ipso instituit perpetuum utriusque unitatis principium ac visibile fundamentum, super cujus fortitudinem aeternum exstrueretur templum, et Ecclesiae cœlo inferenda sublimitas in hujus fidei firmitate consurgeret. (Conc. V.vt. Const. Pastor œiernus, procem. — S. Léo Serm. iv, n. a.)

ai 4 l'église

Christ, est, dans toute la plénitude et en toute manière de l'entendre, « Y Ordinaire (i) de l'Eglise universelle ».

Au reste, les apôtres soumis à saint Pierre, qui tenait à leurs veux la place de Jésus-Christ, n'étaient point exposés au péril de se soustraire à cette dépendance. Car, comme ils étaient eorifirmés dans la grâce et la sainteté par un privilège personnel, ils étaient aussi singulièrement confirmés dans sa communion, qui est inséparable de la sainteté et qui emporte essentiellement cette dépendance.

Et, si l'on veut rechercher pourquoi ils agissaient avec plus d'empire que ne le font les évèques leurs successeurs, encore qu'il suffise de savoir, ainsi que nous l'avons dit plus haut, qu'ils avaient pour cela le consentement de leur chef, on en peut donner plusieurs raisons manifestes et considérables.

En premier lieu, il fallait que le pouvoir des apôtres s'exerçât avec toute cette étendue aux premiers jours de l'Eglise, à cause des nécessités de l'Evangile.

En second lieu, aucune restriction n'y était apportée jusque-là; la terre était à conquérir. Les apôtres y avaient tous les droits des premiers occupants, en même temps qu'ils avaient besoin de toute la liberté d'y fonder la religion. Dans les terres qu'ils parcouraient et que parcouraient leurs premiers disciples, il n'y avait encore aucune Eglise établie, aucune juridiction particulière, et la juridiction de l'Eglise universelle s'exerçait seule par leur ministère. Ils agissaient, non comme pasteurs particuliers, mais uniquement comme ministres de l'Eglise universelle.

En troisième lieu, cette liberté était sans péril, et ils en usaient avec toute sécurité, parce qu'elle était garantie contre les écarts et les abus par l'assistance divine et les dons personnels de sainteté et d'inspiration qui leur étaient faits.

Enfin, on peut encore dire que cette grande latitude et ce plein

(i) Papa est ordinarius omnium hominum, quia vice Dei est in terris. (B. Alb. Magn. Sum. theol.)

Docemus proinde et declaramus ecclesiam Romanam, disponente Domino, super omnes alias ordinariœ potestatis obtinere principatum. (Conc. Vat. Ibid., c. m, 2. — Conc. Lat. IV, ap. Labbe, t. XI, col. i53.)

Veritas e dogmatis fonte profecta, primatum Summi Ponlificis divinitus institutum auctoritatem secum ferre stabilem, perpetuam, numeris omnibus absolutam, pascendi, regendi et gubernandi tam populos quam populorum ipsos pastores. (Pius VI, Brev. super nunciat.)

i ; PISG0PA1 aïo

ice il<' la puissance avail encore cel avantage d'honorer dans l'Eglise devant 1rs peuples et aux yeux des siècles à venir leur singulière vocation el les grâces spéciales que Jésus-Christ y avait attachées.

(l'étaient bien toutefois les puissances mêmes de L'épiscopat qui, relevées par ces dons singuliers, se déclaraient avec tant d'éclat et île plénitude. El c'est pourquoi les apôtres, qui ne pouvaient transin-'^'e les dons personnels, <>nt pu communiquer ces pouvoirs aux premiers évèques leurs disciples, aux hommes apostoliques nommés dans l'Ecriture, saint Marc, saint Tite, saint Timothéc, et tant d'an lies ensuite, et les envoyer prêcher aux nations infidèles.

Les premiers successeurs des apôtres héritèrent de cette mission.

« Les disciples de ces grands hommes, dit Eusèbe, ajoutèrent de nouveaux édifices spirituels aux Eglises que les apôtres avaient fondées, et, étendant toujours plus la prédication de l'Evangile, ils répandirent dans tout l'univers les semences du royaume des cieux. Car beaucoup des disciples de ce temps-là, embrasés par le Verbe divin de l'amour de la vraie sagesse, après avoir distribué leurs biens aux pauvres, quittaient leur patrie, et, exerçant la charge d'évangélistes. allaient annoncer le Christ à ceux qui n'avaient pas encore entendu la parole de la foi et leur confier le dépôt des livres des saints Evangiles. Puis, après avoir jeté les fondements de la foi dans des contrées éloignées et barbares, ils y établissaient d'autres pasteurs, en leur contiant le soin de ces jeunes plantations, et, se contentant d'avoir l'ait cet établissement, ils se hâtaient d'aller à d'autres nations et à d'autres régions, assistés de la grâce et de la

puissance divine Nous ne pouvons aucunement rappeler ici

tous les noms de ceux qui, dans ces premiers temps de la succession apostolique, lurent évèques ou évangélistes dans toutes les Eglises de l'univers, a (i)

(i) Parler hos alii quoque complurcs codem tempore viguerunt, inter apostolorum successores principeni obtinentes locum. Qui, utpote discipuli tantorum virorum admirabiles plane ac divini, ecclesiarum fundamenta quœ variis in locis apostoli prius jeeerant, additis œdificiis exstruxerunt, prœdicationem Evangelii magis ac magis promoventes, et salutaria regni cœlestis semina per unirersum terrarum orbem late spargentes. Siquidem pleriquc ex illius femporis discipulis, quorum animos ardentioris philosophiœ desiderio Verbum divinum incenderat, Servaloris nostri praeceptum jam antea expleverant, divisis inter egentes facultatibus suis. Deinde relicta patria, peregre proficiscentes, munus obibant evangelistarum, iis qui fidei sermonem nondum audivissent, Christum praedicare et sacrorum evangeliorum libros tradere ambitiose

Ainsi avec l'épiscopat se transmettait la mission d'étendre l'Evangile et de fonder les Eglises. C'était un fait commun au berceau de la religion: et, bien que l'établissement des Églises dans tout l'univers en rendit peu à peu les occasions plus rares, l'épiscopat ne cessa point d'user longtemps encore, dans la suite, de cette liberté. C'est ainsi qu'on vit des évèques exilés profiter de leur exil pour prêcher l'Evangile aux barbares.

Il est bien vrai toutefois que, dès les premiers temps, à côté de ces entreprises des hommes apostoliques fondées sur la commune puissance de l'épiscopat, puissance émanée dans son fond de saint Pierre et soumise entièrement à sa souveraineté, apparurent dans la fondation des Eglises les délégations expresses conférées par le Souverain Pontife.

Saint Pierre et les premiers papes ont envoyé de véritables légats parmi les nations infidèles. Saint Pierre délégua les premiers évèques d'Espagne; saint Clément ou saint Pierre lui-même donna mission expresse aux premiers évèques des Gaules (i).

satagentes. Hi postquam in rcmotis quibusdam ac barbaris regionibus fundamenta fidei jecerant, aliosque pastores constituerant, et novellse plantationis curani iisdem commiserant, eo contenti, ad alias gentes ac regiones comitantc Dei gratia ac virtute properabant. Quippe divini spiritus vis ac potentia, multa per eosdem miracula etiam tune operabatur. Adeo ut prima statim audita prœdicatione, universi simul populi veri Numinis cultum promptissimo animo susciperent. Ceterum cum fieri nulle- modo possit ut singulos nominatim recenseamus, quotquot primis illis apostolica* successionis temporibus per omnes orbis terrarum ecclesias antistites aut evangelistœ fuerunt, eorum duntaxal nomina hic commemorare statuimus, quorum monumenta apostolicam illorum doctrinam continentia adhuc supers mit. (Eus. Hist. eccl. 1. III, c. xxxvn.)

(i) Quis enim nesciat aut non advertat id quod a principe apostolorum Petroe Romanœ ecclesiœ traditum est, ac nunc usque custoditur, ab omnibus deber-

servari ? prœsertim cum sit manifestum in omnem Italiam, Gallias, Hispa-

nias, Africam atque Siciliam et insulas interjacentes nullum instituisse ecclesias, nisi eos quos venêrabilis apostolus Petrus aut ejus successores constitue rint sacerdotes. (S. Inmoc. I Epist. XXV, ad Décent, n. 2.)

Petrus primos misit pontifices civitatibus OccideDtis. (S. Ans. Luc. cont.

Guib. b. n.)

Ad quam (Arelatensium urbem) primum ex hac sede Trophimus summus antistes, ex cujus fonte totae Gallise fidei rivulos acceperunt, directus est. (S. Zos. Epist. ad episc. Gall. n. 3.)

Petrus apostolus quosdam discipulos misit in Gallias ad prEedicandam gentibus fidem Trinitatis; quos discipulos singulis urbibus delegavit. Fuerunt hi : Trophimus, Paulus, Martialis, Austremonius, Gratianus, Saturninus, Valerius et plures alii, qui comités a beato apostolo illis pra'destiuati fuerant. (Ex velust. ms. Ardai, ap. Failloîï, Monnm. inéd., t. II, p. 373.)

Page 1