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DES EGLISES MONASTIQUES

Les Eglises, astres du ciel nouveau dont nous avons décrit l'admirable ordonnance, sont les foyers ardents de la vie surnaturelle.

Or, cette vie se développe par les ardeurs de la charité dans les âmes, avec le double secours des préceptes et des conseils évangéliques. Et, comme la pratique des conseils lui donne une plus grande intensité, il y eut dès l'origine au sein du peuple fidèle un noyau de vie chrétienne en quelque sorte plus substantiel, formé des âmes qui, par une vocation spéciale et plus haute, embrassant par état la pratique des conseils évangéliques, renoncent dès cette vie à toute possession dans les choses d'ici-bas et s'unissent à Jésus-Christ par un détachement plus parfait.

La vie religieuse apparut dès l'origine de l'Eglise. Nous l'affirmons sans crainte à la suite de toute la tradition, car, selon l'enseignement des docteurs, l'Eglise commença par elle dans la personne même des apôtres et de leurs premiers disciples (i).

(i) Ecce nos reliquimus omnia, et secuti sumus te. (Matth. xix, 27.) — Vis, o monache, esse discipulus meus? Fac tu quod fecit Petrus, quod fecit Jacobus et Joannes. (S. Ghrys. Hom. vu in Matth.) — Ab apostolis impleta sunt qusR nunc a monachis implentur. (Id. Hom. lxix in Matth.) — Dixerant enim potentes i II î : Ecce nos dimisimus omnia, et secuti sumus te. Hoc votum potentissime voverant. (S. Aug. de civ. Dei 1. xvn, c. 4-) — Discipulos Christus in hoc elegit, qui hoc vitoe institutum œmularentur, ut per cos formam rclinqueret eamdem secutura* posteritati, (S. Bas. Constitut. ascet. ad canon, in cœnob. versantes, c. 5.) — Apparet talem primum Christo crcdentium fuisse Ecclesiam, quales nunc monachi esse nituntur et cupiunt. (S. Hier, de Yir. illustr. c. 11.) — Cœnobitarum disciplina a tempore pra^dicationis apostolica sumpsit exordium; nam talis exstitit Hierosolymis omnis illa credentium multitudo qua? in Aclibus apostoloruni in-

scribitur Talis erat tune omnis Ecclesia quales nunc ptrpaucos in cœjiobiis

invenire difficile est. (Cassian. Coll. xvm, c. 5.) — (Ordo monachorum aut reli-

giosorum) qui primus fuit in Ecclesia, imo a quo cœpit Ecclesia : eujus

,-ipostoli instituforfs. etc. (S. Bern. Apol. ad Guill. n. 24.)

!. m.i [SB P vmtici il lit i: 8g

Mais, s.m> entrer d'abord dans l'histoire des développements que prit successivement l'étal religieux, des iiii->-hui- extraordinaires que Dion lui conGa et des formes diverses qu'il revêtit, nous nous bornons à présent à le considérer dans ses rapports avec la vie des Eglises particule

nui ne -vt.it. m effet, <|tie ce don excellent, que cet f - grâce supérieure de la vie religieuse Faite à l'Eglise catholique, doit se répandre dans toutes ses parties, et que les Eglises particulières, qui toutes sont, dans l<> mystère de son unité, une épouse <le Jésus-Christ, doi\ ent aussi recevoir ce précieui ornement et se parer de cette perle délicate de la charité parfait

Dans les premiers temps, les chrétiens qui embrassaient la profession religieuse, appelés ascètes, vivaient au sein des Eglises, sous la conduite des évoques, sans former de corps distinct et sans avoir entre eux d'autre lien que celui du -<>u\ernement ecclésiastique qui leur était commun avec le reste des fidèles.

Suis doute, il \ eut dès lors des religieux assemblés en petites communautés, autant (pie les circonstances le permettaient. La nature des cboses et même certains textes de l'antiquité nous autorisent à le penser. Toutefois, ces essais et ces faibles commencements ne revêtaient pas encore le caractère d'une institution publique et générale.

Mais, quand la paix fut donnée à l'Eglise, la vie religieuse, usant de la liberté nouvellement acquise, prit aussitôt son essor par la constitution solennelle des monastères.

Les religieux, jusque-là mêlés au reste du peuple cbrétien, s'assemblèrent entre eux et formèrent des communautés régulières, abritées par des demeures communes, en même temps que d'autres, pénétrant dans les déserta et poussés par l'Esprit à embrasser la vie solitaire, v composaient, sous la conduite des patriarches de la solitude, de vastes agglomérations d'ermitages et de cellules (i).

1 )■ s l'origine, les évoques durent donner des prêtres et des pasteurs à ce peuple des ascètes, des moines et des ermites.

Et ainsi, dans les diocèses, à côté des paroisses communes, s'établit la paroisse des parfaits, le monastère, et, à côté du titre des Eglises du peuple du diocèse, se forma le titre du monastère, titre mentionné par le Concile de Chalcédoine après celui de l'Eglise

(i) Lecta sont hœc in ecclesia monachorum in desertis de^entium. (< EriiEs. c. -tlviii, ap. Labbe, t. III, col. iw6.)

épiscopale et celui du bourg ou de la paroisse sans évèque (i).

Le monastère nous apparaît, en effet, dès l'origine, comme une Eglise véritable, en possession de toutes ses propriétés essentielles.

Cette Eglise a son clergé, un prêtre d'abord, et bientôt, suivant les exigences de la population monastique, un Collège plus ou moins nombreux, véritable presbvtère, assisté de diacres et de ministres (a) : au-dessous se trouve le peuple du monastère, multiludo laica monasleni (3), comme parle un ancien texte, c'est-à-dire la multitude des religieux qui forment l'élément laïque de ces Eglises.

Au point de vue de la hiérarchie, rien ne distingue les Eglises monastiques des autres Eglises du diocèse ; elles n'en sont séparées que par la profession religieuse et la discipline particulière de ceux qui les composent. Ce sont bien des Eglises dans toute la force du terme, mais des Eglises plus saintes et plus avancées dans l'œuvre, commune à toutes, de la sanctification de leurs membres.

Et ce que nous disons des monastères d'hommes doit s'entendre légalement des monastères de femmes, placés comme les premiers sous la conduite de prêtres qui en sont les pasteurs immédiats et qui sont assistés, suivant les exigences de leur ministère, par des diacres et des clercs.

Les monastères ainsi pleinement organisés relevaient donc d'une double autorité. D'une part, l'autorité domestique des maîtres de la vie monastique et des supérieurs religieux les constituait à l'état de monastères; et, d'une autre part, l'autorité hiérarchique du gouvernement ecclésiastique les constituait à l'état d'Eglises. Cette dernière autorité, placée par son essence au-dessus de l'autorité monastique et qui a charge d'approuver celle-ci, de la diriger et de la modérer, était constamment exercée par les prêtres et le clergé envoyé par l'évèque.

On sait par les monuments de l'histoire et les statuts des Pères de la solitude combien grande et respectée était cette autorité des prêtres préposés aux églises des déserts de Nitrie et de Scété, aux

(i) Conc. Chalc. can. 6.

(2) Turbis innumerabilibus monachorum, ex quibus multos sacerdotalis et leviticus sublimabat gradus. (S. Hier. Epist. cxvm, in epitaph. S. Paulœ, n. i3.) — Cum ex liis qui in monasterio permanent, non tamen nisi probatiores atque meliores in clerum assumere soleamus. (S. Aug. Epist. LX, al. lxxvi.)

(3) Monasterii omnis laica multitudo laica omnis manasterii congregatio.

(Conc. Arelat. III, an. 455, ap. Labbe, t. IV, col. 1024.)

i EGLI81 l'.VRTli II M RI <)I

• ; (s de Tabonnc et ,m\ premiers n d'Occident i .

te double ^supériorité monastique ei ecclésiastique continua à rcer distinctement dans les monastère* de femmes, sans pouvoir jamais n fondue.

- l'histoire ecclésiastique n<>ii> apprend que dans les ra d'hommes on ne tarda pas, pour des i tisons de convenance faciles à apprécier, à tirer du sein même de la communauté les prêtres et les ministres de son Eglise a Par une sorte d«- droit de tation naturellement attaché a sa fonction, l'abbé, ebarj senter !e^ intérêts de tout le peuple de l'Eglise monastique, et en qui ce peuple se personnifiait pour ainsi dire, choisissait ordinairement les sujets destinés à la cléricature et les présentait à l'évêqu Bientôt les abbés furent eux-mêmes généralement investis du doce ou au moins de I < hrdre du diaconat, et devinrent eux-mêmes par là les chefs ecclésiastiques de leurs communautés, réun

sur leur tête la double autorité de la juridiction ect lésiasti<|ue et de la supériorité monastique

Dans ces conditions, l'abbé devient, au point de vue de la hiérarchie, un véritable archiprétre, chef d'un collège de prêtres ou pres-

I • cum omni mansuetudine et puritate communicantes Cilirist,

ecclesiis cloricos venerari, quia hoc expedit monacbis. iS. l'v> imji., in ejm Vita. . 1. I. Cf. Coll. régal. S. Ben. Anton., Rt ■■/. S. M

'■. et Pentap., ap. Labbe, t. III, col. i48j. III, c. n : toB. IV. c. i. — fita PP. 1. V. tibell. x\ . n. 29. '

(3) Urbicoa abbas monasterii saucti Herma\ quod Panormi situm est, a nobis cum congregatione suajna^nopere postulavit in eodem moriasterio presbyterum, (|iii sacra missarum Boleumia <clebrare debeat, ordinari ; et quia linjusinodi non est différends petitio, fraternitatem vestram scripti> prœseotibus necessario duximus adhortandam, ut eum qui ad hoc ministerium de ead'tn congregatione electus fuerit, cujus vita, mores et actio tanto possint ministerio convenire, sine mora, auxiliante Domino, debeat coosecrari. EC. M. !. VI, eput. XLII.)

('ii Les actes du Concile de Constantinople, tenu en 536, sous le patriarche Bfennas, contre les eutychiens, comprennent diverses suppliques signées de plusieurs centaines de supérieurs de monastère> : <r. la plupart de ces Mij.erieurs prennent la qualité d<- prêtres, quclques-uu< celle de diacres: un fort petit nombre ne sont pas revêtus d'un Ordre ecclésiastique. iVoir Labbe. t. V col. 3i-2Ôo.) — En Occident, le Synode d'Avxerre, le rv* el le xvi* Concile de Tolède, le Concile de Francfort et la plupart des Conciles postérieurs mettent les abbés avant les prêtres; ce qui indique, rémarque Thomassin, que dès lors le-, abbés étaient généralement prêtres. In ConcHe romain tenu en 82G ordonne même que les abbes « saccrdotalem quoque honorem sint adepti, ut peccantium sibi subjectorum fratrum valeant omnimodis refrenare et amputare commissa. ■ (Sy>. Rom. sub Eue. II, cas. 37, ap. Lvbre, t. VIII. roi. iio-m.)

bytère et d'une Eglise plus ou moins nombreuse. L'Eglise monastique se trouve pleinement en possession d'elle-même avec sa physionomie particulière ; son clergé est tiré de son sein ; il lui appartient par la profession religieuse, qui est la naissance monastique, comme le clergé des autres Eglises leur appartient généralement par le baptême et l'éducation cléricale ; elle forme ainsi un tout plus homogène.

Du reste, avec le temps, le nombre des prêtres et des clercs s'accrut dans les monastères : la sainteté de la vie qu'on y professait et le service assidu que les moines y rendaient à Dieu dans les saintes psalmodies réclamaient pour ainsi dire pour eux une initiation plus générale à la cléricature, et rien ne fut plus légitime que le mouvement de la discipline qui se fit dans ce sens.

Mais, quoi qu'il en soit de la proportion, différente selon les temps, entre les laïques et les clercs qui habitent les monastères, la situation hiérarchique de ces saintes Eglises n'en demeure pas moins conforme à celle de toutes les autres, car elles ont leurs prêtres, leurs ministres et leurs fidèles.

Le temps et les nécessités des peuples réclamèrent bientôt de ces Eglises de nouveaux services et leur apportèrent de nouveaux développements. Les moines prêtres et ministres durent étendre leur action au delà des limites de leurs cloîtres (i) ; des populations séculières, évangélisées par eux, furent placées sous leur juridiction ecclésiastique, et formèrent désormais avec le monastère un même corps d'Eglise dont les moines étaient le clergé, et dont le peuple chrétien était l'élément laïque.

A l'égard de celui-ci, en effet, les abbés des grandes communautés et les prieurs des moindres monastères étaient revêtus de la charge pastorale et en exerçaient toute la sollicitude (2).

L'histoire nous apprend les immenses travaux spirituels qui furent entrepris par les moines fondateurs et pasteurs des Eglises.

(1) Dès les premiers temps de la vie cénobitique, saint Pacôme fit desservir par ses moines une église nouvellement fondée ; mais ce ministère était provisoire, les moines n'étant pas encore généralement élevés à la cléricature. (Cf. Vilx PP. 1. I, Vita S. Pachom. c. xxvi, Pair. lai. t. LXX1II, col. 246; Acta SS., Vita S. Pachom. c. xi, n. 86; Socr. Hisl. eccL 1. IV, c. xix ; Sozom. Hist. eccl. 1. VI, c. xxi.)

(2) A partir du ixe siècle, les Conciles rendent un grand nombre de canons au sujet des paroisses dépendantes des abbayes : « De ipsis vere titulis in quibus constituti fuerint (monachi) rationem episcopo vel ejus vicario reddant, et convocati ad synodum reniant. » (Conc. Mogunt. an. 847, c. xiv, etc.)

Par eux, les barbares furent évangélisés el assouplis au joug de la discipline chrétienne; par eux, d'un bout à l'autre de l'Europe les Eglises furent établies et assurèrent pour toujours les conquêtes de la prédication évangélique et le fruit des travaux des missionnaires, en introduisant les peuples dans le divin édifice de la hiérarchie catholique et en leur en procurant lès bienfaits.

lis monastères entrent en effet et font entrer avec eux les peuple» qui leur appartiennent dans la hiérarchie des Eglises.

Semblables à toutes Les autres quant à leur constitution essentielle, les Eglises monastiques sont capables de recevoir dans cette hiérarchie un rang plus ou moins élevé. Certains monastères deviennent des Eglises épiscopalcs ou métropolitaines ; d'autres, dans un rang secondaire, Eglises toutefois populeuses et florissantes, son*, la conduite d'un abbé, arebiprètre au sens véritable du mot et chef d'un collège de prêtres, étendent leur action à l'entour, et, par les prieurés, qui sont comme autant de titres moindres, se subdivisent en paroisses d'un ordre inférieur.

Et, tandis que les monastères du diocèse forment ainsi des Eglises distinctes et complètes en elles-mêmes, ceux de la ville épiscopale et des grandes cités, lorsqu'ils n'en constituent pas les Eglises cathédrales, viennent s'abriter au foyer de ces Eglises et y prennent place parmi les titres urbains et suburbains qui en forment la couronne.

On voit ainsi des monastères fondés dans l'enceinte et dans les faubourgs des villes appartenir à ces Eglises, et. sans en rompre l'unité, s'assimiler, quanta leur situation canonique, aux titres cardinaux de ces mêmes Eglises.

C'est en vertu de cette assimilation que le clergé de ces monastères s'unissait aux autres corps du clergé des villes épiscopales dans les stations et les fonctions saintes auxquelles présidaient les évèques i i ), et qu'il prenait part aux élections et à tous les grands actes de la vie ecclésiastique des cités.

Telle était en Orient la situation des monastères de Constantinople ; telle, en Occident, celle des monastères urbains et suburbains de Saint-Denis et de Saint-Martin-des-Champs à Paris, des monastères de Vienne, de Besançon et des autres cités des Gaules

Mais, au-dessus de toutes les Eglises du monde, telle était surtout

(i) Pastor ecci Paris.,]. XX, c. xx, et alibi passim. iMs, des Archiv. nation de Paris.)

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la discipline que gardait l'Eglise romaine, détonant à toutes les autres la forme et l'exemple.

Les monastères contenus dans son sein formaient et desservaient plusieurs titres de la ville, et leurs abbés, qui prenaient parfois le nom d'abbas cardinalis, appartenaient si étroitement à l'Eglise romaine qu'ils siégeaient dans le sénat de ses cardinaux et participaient, confondus avec son clergé, à tous les événements considérables de sa vie intérieure (] \.

* II

Ce caractère biérarchique des monastères, en les faisant entrer dans la grande famille des Eglises, nous amène à parler de la célèbre distinction que l'on faisait alors, au sein de la biérarchie elle-même, entre l'une et l'autre discipline qui s'y observaient.

Tandis que. dans l'ordre biérarchique, les Eglises épiscopales et les titres des cités, les Eglises rurales et les moindres paroisses gardent entre elles le rang qui leur est assigné, au point de vue des observances ces mêmes Eglises pouvaient appartenir, disait-on, à l'Ordre monastique ou à l'Ordre canonique.

Cette distinction est fort considérable, parce qu'eu montrant la vie religieuse introduite dans la hiérarchie, elle suffit à établir qu'aux yeux de la tradition cette vie est essentiellement compatible avec la constitution du clergé titulaire des Eglises. Cette distinction a paru du reste dès l'origine, car elle est conçue en germe dans la formule du Concile de Laodicée, distinguant deux sortes de consécrations à Dito, la cléricale et Yascéliijue ( 2 ), formule dont les célèbres désignations d'Ordre canonique et d'Ordre monastique tant de fois proclamées dans les Conciles et les capitulaires du siècle de Charlemagne ne sont que la traduction appliquée au plein développement de ces éléments primitifs (3).

Elle domine toute l'histoire des Eglises particulières au moyen âge, et elle est encore maintenue par le saint Concile de Trente lors-

(1) Sixtus episcopus rogavit preshvteros urbis Romie et clerura, nara et raonasteria servoruni Dei, et sederunt in uno contlictu in basilica Hrleniana. (Cokc. Rom. in expurg. Sixti PP., ap. Labbe, t. III, col. 1268.) . (21 Cohc. L.vodic. an. 3i4, can. 3o.

(3) Ut vel secundum canonicam vel secundum monasticam regulam regenlur

lam in monasteriis virorum quam in puellarum, et in forensibus presbyteris. (Capitul. 1. VI, c. ceci.)

! BGLISI PARTI* i L1E11E <).>

qu'il distingue entre les bénéfices monastiques et puren Mastiques ou canoniques i .

Il est vrai qu'aujourd'hui ces derniers son! appelés bén< séculiers, parce que l'ordre canonique i généralement embrassé l'étal séculier. \lai> il n'en était pas ainsi dans l'origine, et il n'y a rien à cela d'essentiel. Vussi, si l'Ordre canonique <•( l'Ordre monastique sonl opposés l'un à l'autre par l'antique distinction que nous rappelons, cette distinction ne repose |>a> sur une nécessaire exclusion de la profession religieuse dans l'ordre canonique, profession (|ui serait par nature uniquement réservée i l'ordre monastique. I>i<-n ;m contraire, l'ordre canonique, c'est-à dire l'étal proprement clérical, quia plus spécialement commencé dans la personne «les a|)«Mi«"^ et de leurs disciples, premier clergé de l'Eglise naissante, a toujours été invité à leui exemple à la pratique desconseils évangéuqui On pourrail même soutenir que les moines élevés à la cléricature, cl portant dans les >ainl> Ordres les obligations antérieures delà vie religieuse, appartiennent dans un sens très véritable par l'ordination à l'ordre canonique; car, en gardant les engagements de leur profession religieuse, il- ne trouvent rien dans ces engagements qui ne convienne à la perfection de la cléricature.

Nous aurions encore ici à expliquer comment la vie religieuse régnait dans l'origine, quoique avec moins d'uniformité, dans le clergé des Eglises qui [l'appartenaient point a l'ordre monastique. Il

(i) Co.nc. Tnio. sess. xiv. de reform. c. z, xi : seS6. xxiv, de reform. c. xvn.

(a) Quilibet cum tondetur dicit : Dominus pars hœreditatis meœ et calicis rnei ; tu es • [ 1 1 i restitues luereditatem meam mihi. (Pont. Rom.de cler. faciendo.) — Clericus, qui Christi servit Ecclesia\ interpretetur primo vocal)ulum suuni, et nuniinis défini tione prolata, nitatur es-e quod dieitur. Si euim y./.f.po; grtece, tors latine appellator, propterea vocanlur clerici, vel quia de sorte suntDomini, vel quia ipse Dominas surs, id est, pars cleiïcorutn est. Qui antem vel ipse pars Domini est. vel Dominum partem habet, talem se exhibere débet ut et ipse powkleal Domianm et possideatur a Domino. Qui Dominum possidet et cum prophela dicit: Pars men Dominas, nibil extra Dominum habere potest. Quod si quippiam aliud habuerit prœter Dominum, pars ejus non erit Dominus. (S. Hier. E/,ist. LU, ad fifepet., n. 5.i — Oportet eos qui sa?culum reliquerunt majorem sollicitudinem habere pro peccatis liominum orare, et plus valere eorum peccata solvere quam presbytères seculares. Quia hi secundum regulam apostolicam rivant et eorum sequentes vestiçia communem

vitam dueunt ideoque videtur nobis ut lus cpii sua reliquerunt pro Deo,

dignius liceat baptizare, communionem dare, pœnitentiam imponere, nec non peccata solvere. (L'iiban. II, in conc. Nemaus. an. 1096, can. 3, ap. Labbe, t. X, col. G07.)

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nous faudrait montrer comment cette expression d'ordre canonique était loin d'exclure la profession religieuse comme le fait l'expression moderne de clergé séculier, et, sans faire de ce bienheureux état une obligation absolue, renfermait toutefois une invitation pressante à l'embrasser. Il faudrait montrer comment la discipline religieuse, que dans les temps plus modernes les chanoines réguliers ont seuls gardée sans cesser d'appartenir à l'ordre canonique, était encouragée, recommandée et plus ou moins étroitement pratiquée au sein de toutes les Eglises, encore que le simple nom de clercs ait suffi à la désigner dans les premiers temps sans autre qualification particulière.

Ce serait la justification de la doctrine de saint Pie V sur l'état des chanoines réguliers ( 1), derniers restes de cette religion primitive du clergé ; canonici regulares, qui in primœvis Ecclesise sseculis clerici nomihabântur (2), et la justification en même temps de la maxime des anciens sur la perfection de l'état clérical comparé à l'état monastique : monachus vix clericns (3).

Mais cette exposition nous entraînerait trop loin ; nous reviendrons sur ce sujet dans l'étude spéciale que nous ferons de l'état religieux et de ses divers développements. Nous nous proposons ici principalement d'exposer au lecteur ce qui touche à la constitution des Eglises, et il était nécessaire de montrer par quel côté, conformément au canon VI de Chalcédoine, les monastères sont euxmêmes des Eglises et appartiennent à l'admirable et harmonieuse hiérarchie qui les embrasse toutes dans son unité.

Faisons toutefois une dernière remarque nécessaire à l'intelligence de ces matières.

Dans tout ce que nous venons de dire de l'état monastique uni à la vie des Eglises particulières et prenant place dans leur hiérarchie, nous n'avons entendu parler que de l'ordre monastique proprement dit.

L'ordre monastique, régi d'abord par les diverses règles de l'Orient et les règles primitives de l'Occident, ramené ensuite dans l'Eglise latine à la discipline unique de la règle de saint Benoit, puis

(1) Canonici regulares ab apostolis originem traxerunt. (S. Pus V, Bull. Cum ex ordinum, kj déc. 1070.)

(2) Rubrique du Martyrologe des chanoines réguliers au Martyrologe romain. (Voir les éditions avec Supplément des Réguliers.)

(3) Quicquid in monachos dicitur, redundat in clericos, qui patres sunt monachorum. (S. Hier. Epist. LIV, ad Furiam, n. 5.)

i EGLISE PARTICULIERE \)~

subdivisé de nouveau quant aux pratiques du cloitre pai les diverses observances de cette règle unique, n'a jamais << ssé, sous ces formes variées, de constituer, en chacun des lieux où il s'est établi et par chacun de ses monastères, de véritables Eglises dans le sens hiérarchique ilu mot, ayant dans les moines eux-mêmes leurs prêtres et leurs ministres titulaires, conformément au sixième canon de < haline renouvelé au < loncile de Trente.

Nous n'avons pas entendu parler des ' ordres religieux proprement dits, nulles mendiants ou clercs réguliers.

Dieu sns< ita dans la suite des temps ces .m ml- instituts et donna par eux de magnifiques épanouissements à la vie religieuse. Mais la mission providentielle qu'ils reçurent regarde plus immédiatement l'Eglise universelle, et ils né sont attachés à la vie. d'aucune Kglise particulière.

Leur mission est essentiellement l'apostolat: clergé de la seule Eglise universelle, il- demeurent à la disposition de son Chef, le Souverain Pontife, répartis dans le monde entier et secourant toutes li - Eglises sans être les clercs d'aucune d'elles par un titre restreint et un lien particulier. Ils sont destinés à donner aux peuples des apôtres et non des pasteurs.

L'Eglise universelle reçoit ainsi leurs services, et toutes les Eglises profitent de leurs travaux. Admirables créations du Saint-Esprit dans les temps modernesî ils apparaissent en chaque siècle, suscités à l'heure qui leur est assignée pour soutenir les combats toujours nouveaux de l'Epouse de Jésus-Christ; ils supportent mystérieusement, connue il a été montré au pape Innocent III, l'édifice de l'Eglise ébranlé par les secousses des révolutions, la violence des hérésies et les relâchements de la discipline. I tans ce glorieux emploi. ils remplissent les pages de l'histoire ecclésiastique de leurs noms, de leurs bienfaits, des vérins de leurs saints et des travaux de leurs docteurs.

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