PRÉFACE III
ment des autres, c'est rompre l'équilibre normal, altérer là yérité et entrer dans la voie de l'erreur. »
Sans doute, « en ce qui concerne l'Eglise et son organisation, le Nouveau Testament n'est pas aussi explicite qu'en ce; qui tient au dogme ou à la morale, et intéresse directement la foi et la vie ». On n'y trouve. guère que « les grands traits, les principes généraux, les directions fondamentales et, pour ainsi parler, l'esprit de la législation ». L'Eglise y a sa « charte », plutôt que son « code ». Les apôtres on t. donné fort peu de règlements proprement dits; .ils ont posé des principes; mais « c'est-ce fond constitutif, que nous sommes tenus de maintenir ». , Ce fond constitutif, l'auteur va donc s'efforcer de le dégager, en se préoccupant plus « des faits de la révélation, que des théories de la science », car, à ses yeux, <t le plus petit fait, bien constaté, vaut mieux que tout un système». Dès lors, il s'attachera par-dessus tout àce qui est essentiel et par là même éternel, c'est-à-dire aux points fondamentaux, aux articles constitutifs, «en prenant les textes tels quels dans la norme divine, sans y ajouter, ni en retrancher, si c'est possible, plus soucieux de constater que de systématiser, contemplant, avec une humble et respectueuse admiration, ce plan providentiel, qu'avait jalonné la prophétie, que déroule graduellement l'histoire, et qui embrasse l'éternité »;
Si je n'ai pas craint de reproduire ces quelques fragments, c'est qu'ils fournissent des indications précises sur le but poursuivi et le moyen employé. L'auteur a voulu faire, et il a fait, un exposé copplet- et méthodique des données scripturaires sur la question de l'Eglise. Ce que dit la Bible, soit directement, s.oit par voie de conséquence légitime, voilà donc ce que nous trouverons d'un bout à l'autre de son ouvrage.
ÏV : PhÉFAGE
Inutile, sans doute, de faire remarquer combien, dès lors, la lecture en sera intéressante et profitable, Pour moi, je Favoue, chez qui bien des traits de l'enseignement biblique sur cette vaste question, pour connus qu'ils fussent, manquaient certainement d'une cohésion suffisante, j'ai vivement apprécié une telle et si consciencieuse vue d'ensemble.
Mais ce que j'ai particulièrement savouré, pourquoi le cacherai-je? c'est de me retrouver, grâce à ce biblicisme (je demande pardon, une fois pour toutes, pour ce mot), en pleine vieille théologie réformée française, à l'abri de l'encombrement exotique, si facile à accumuler, comme le sait quiconque s'est donné la peine de l'essayer. J'ai jouide rencontrer à chaque page ce que j'appellerai l'esprit réformé, si profondément français, dans ce que l'esprit français a de meilleur; fait de foi, de sérieux, de logique, de clarté, de pondération, de bon sens; cet esprit réformé, que le temps, ni les persécutions, ni l'apport étranger n'ont pu éteindre, et dont la disparition entraînerait celle de notre Eglise elle-même. Et ce fait m'a d'autant plus frappé que, à la réserve de Calvin, M. Jalaguier ne semble pas avoir connu, ne cite pas, en tout cas, nos vieux auteurs réformés des xvie et xvii^ siècles, les du Plessis-Mornay, lés Daneau, les Basnage, les Mestrezat, d'autres encore, sans parler des innombrables controversistes, qui ont traité directement ou indirectement de l'Eglise, comme Eustache ou Jurieu, par exemple. Il a donc suivi leurs traces, sinon sans le savoir, du moins sans montrer qu'il le savait. Il se distingue d'eux, cependant, en ce qu'il a évité et l'amas désormais inutile des citations des Pères de l'Eglise, et une systématisation peut-être un peu excessive, et une roideur mi peu virulente parfois, mais qu'on a fort exagérée, qui n'étaient ni dans son caractère, ni dans l'es néc.essités actuelles, ou plutôt que les nécessités actuelles lui faisaient une obligation de s'interdire.
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PfiEFACE
A un autre, point de vue encore, ce biblicisme m'a beau-, coup plu. On peut, en effet, penser de l'inspiration de la , Bible ce que l'on voudra; mais ce qui est certain, c'est que> pour se rendre compte, fût-ce au point de vue purement historique, de l'idée que se sont faite de l'Eglise, de sa mission, de ses privilèges, ses fondateurs eux-mêmes, il faut toujours en revenir à ce que la Bible en dit. Et cela, simplement, en constatant ce qu'elle dit, et non pas en la faisant parler ou taire à volonté; puis, si Ton admet son autorité, en s'inclinant ensuite humblement devant elle.
J'ai souvent été frappé. Je le dis puisque l'occasioQ s'en présente, de l'identité du résultat dernier auquel arrivent, bien que par des voies différentes, ceux qui, sous prétexte d'interprétation critique, ou sous prétexte de traditioiis, ecclésiastiques, exténuent ou étouffent l'enseignement biblique. Au fond, la méconnaissance de la « norme divine », suivant une expression chère à M. Jalaguier, eiiitraîne logiquement la suppression de l'Eglise chrétienne, historique, de la vraie église.
Et ce n'est pas la seule ressemblance qu'il me semble voir, au point de vue ecclésiologique, entre les romanisants et ceux dont je parle. En voici une autre. L'Eglise romaine a i décrété l'infaillibilité du pape, indépendante des conciles et supérieure à eux. Eh bien! je le demande, quelle différence y a-t-il, sinon aggravante, entre cette prétention papale, et le droit que revendiquent plusieurs, de droite ou de gauche, de ne relever que de leur propre conscience et de n'enseigner (car il n'est question que de ceux qui enseignent) que ce qui leur paraît à eux, personnellement, la vérité ? qui se mettent au-dessus des textes, des symboles, des assemblées ecclésiastiques de l'Eglise, à laquelle ils font profession d'appartenir? qui méconnaissent le droit des fidèles, c'est-à-dire, de ceux qui ont en puissance toutes les fonctions d'un ministère, qu'ils
VI PRÉFACE
n'exercent eux-mêmes que par délégation ? qui s'accordent ainsi, à quelfjue degré de l'échelle dogmatique qu'ils se tiennent, une sorte de brevet d'infaillibilité? et qui, pour le dire d'un mot, transforment le Royaume de Dieu en royaume dés pasteurs, comme les autres en royaume du pape? ^
Ah ! combien j'aime mieux l'humble et pieux respect de notre auteur pour la Parole écrite ! combien sa méthode est supérieure ! et combien plus grande son autorité ! Laissons-le nous bien marquer lui-même le point de vue qui est le sien. «Nous avons constaté, dit-il, chez les promulgateurs de l'Evangile, une intervention divine immédiate, exceptionnelle, miraculeuse, dominant leur libre activité et la réglant sans la comprimer; nous avons constaté en eux, à côté de l'individualité, l'inspiration : double fait, ou, si l'on veut, double aspect des faits, qui ressort partout du fond historique et dogmatique du Nouveau Testament. — En réconnaissant dans sa plénitude le premier de ces faits, oU de ces aspects, contre l'ancienne dogmatique qui le laissait trop à l'écart, nous maintenons le second contre les théories actuelles, qui l'effacent ou Faltèrent. Malgré tout ce qu'ont de personneL d'humain, les écrits apostoliques, ils sont pour nous, comme ils l'ont été pendant, dix-huit siècles pour la Chrétienté tout entière, la Parole de Dieu et, par conséquent, la règle de la vérité, ia base de l'ecclésiologie, aussi bien que de la théologie (1). »
Rien n'est plus certain, en effet, et j'ajoute, rien n'est plus strictement dans l'esprit réformé. L'auteur en témoigne lui-même, lorsqu'il dit: « Nous examinons pour constater l'enseignement des Ecritures, comme pour constater leur divinité. Mais cet enseignement reconnu, nous l'ad-
(1) Nous renvoyons, pour l'exposé des vues du professeur Jalaguler sur l'inspiration, à son Introduction à la dogmatique (Paris, 1897)' Entrer dans le détail nous entraînerait trop loin.
PREFACE VU
mettons par cela seul qu'il est de Dieu... Sans doute, on peut examiner, non seulement pour constater l'enseignement de la Bible, mais pour le juger, en s'attribuant le droit de ne l'admettre qu'autant et en tant qu'on l'approuve. Ce fut le principe socinien; c'est le principe rationaliste. Ge n'est pas le principe protestant, et l'on a tort de nous l'imputer, comme s'il constituait réellement notre maxime théologique et notre règle religieuse. Le vrai protestantisme est, vis-à-vis de la Bible,... la soumission de l'esprit et du cœur à. la Parole d'En-Haut... Le Protestantisme est infiniment plus que. la négation de toute autorité humaine en matière de religion. Il est le retour au CJjiistianisme primitif par l'Ecriture. Le droit ou le principe d'examen n'est que sa méthode : ce qui fait son essence, et aussi sa force, c'est la vérité évangélique, telle que la pose et Fimpose la Parole de Dieu. »
Voilà donc la règle, la règle parfaitement sûre et suffisante, que suivra notre auteur. La Bible sera son fil con-^ ducteur, sa norme, son point de comparaison et de repère et, partout, toujours, il en appellera, comme il le dit quelque part, « à la loi et au témoignage ».
On me fera le crédit de croire, que je n'ignore pas l'objection fondamentale que peut soulever ce point de vue. Il n'en est pas moins évident que, pour être un vrai chrétien réformé, au sens historique et Iraditionnel de ce mot, on ne saurait récuser le principe même sur lequel la Béforme s'est faite tout entière. Or, ce principe, c'est l'autorité .souveraine des Saintes Ecritures en matière théologique et ecclésiastique.
M. Jalaguier ne pense pas autrement.