‹ De l'église [microform] ;Chapitre 4 sur 38 · II · texte numérisé non relu

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Ce n'est pas seulement par son biblicisme que l'auteur rappelle nos anciens docteurs réformés. C'est par toute sa Conception de l'Eglise. En voici un exemple.

Après avoir cherché dans les deux Testaments lesdiflérents sens et les différentes applications du mot Eglise lui-même, il eu relève tout spécialement deux « qui posent, dit-il, le double fait auquel vont sans cesse aboutir les discussions; le mot Eglise désignant la totalité des personnes faisant profession de christianisme; et ce même mot désignant l'ensemble des vrais chrétiens, le corps mystique de Christ, la nation sainte ». En d'autres termes, ce mot désignant l'Eglise visible et l'Eglise invisible. Non pas, naturellement, qu'il s'agisse de deux Eglises distinctes; il n'y en a qu'une, envisagée sous deux aspects différents et dite visible dans ses rapports avec le monde, invisible dans ses rapports avec Dieu.

Pour le dire en passant, il est vraiment étrange qu'on les disjoigne parfois au point de les séparer presque entièrement, tantôt au profit de l'une, tantôt au profit de l'autre. Ce ne sont pourtant pas plus deux Eglises, qu'un homme n'est tout âme ou tout corps. Il est l'un et l'autre, etrEglise aussi. Elle est visible, elle est corps, si l'on considère tous les appelés, à quelque communion chrétienne qu'ils appartiennent ; elle est âme, elle est invisible, si l'on considère les seuls élus, ou, comme on disait, autrefois, les prédestinés. Mais elle est une, en tout cas, puisqu'elle contient également et les uns et les autres.

L'enseignement évangélique est formel à cet égard. S'il y a de l'ivraie et du froment dans le champ, il n'y a qu'un champ; de la balle et du bon grain dans l'aire, une aire ;

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de bonnes et de mauvaises choses dans le filet, un filet. Bons ou mauvais font donc partie, bien qu'à des titres divers, de l'Eglise, et c'est, au fruit qu'ils produisent, qu'on distingue les élus des autres, ou, tout au moins, puisque Dieu seul connaît les siens, ceux qui semblent l'être. ' Dire : il y a des Eglises visibles, et non pas une Eglise visible, c'est vouloir renfermer l'Ëglise dans une communion visible unique, comme si l'idée de l'unité de l'Eglise visible renfermait nécessairement celle de l'unité de communion. Tout l'effort de la controverse rornaine sur ce point a tendu j pour des motifs faciles à saisir, à accentuer, sinon même à créer cette confusion.

Autant soutenir, d'ailleurs, qu'il n'y a pas une humanité, parce qu'il y a des nations diverses... Au contraire, comme la confédération des nations, même ennemies, forme cette entité qu'on appelle l'humanité, ainsi la confédération des communions diverses forme l'Eglise visible générale. Ces communions, quelque divergentes qu'elles soient, sont les branches d'un même tronc. C'est cette Eglise générale qui est « répandue dans toutes les commua nions véritablement chrétiennes, et dans laquelle est renfermée la partie invisible, qui sont les éliis et les vrais saints » (Jurieu) ; c'est elle dont on écrit l'histoire; elle qui comprend, ne fût-ce qu'à cause de leur baptême, tous les hommes qui ne sont ni apostats, ni mahométans, ni païens.

Mais, dit-on encore, chacune des Eglises visibles, et l'Eglise romaine, en particulier, a la prétention d'être la vraie Eglise visible (car il y a une Eglise visible vraie et des contrefaçons), plus encore que celle ;de lui appartenir. Je le reconnais. Seulement, outre- que cette prétention vient de l'erreur déjà signalée, et qui consiste à croire que l'Eglise doit être renfermée dans une communion unique, la question n'est pas de savoir ce que chaque Eglise prétend, mais ce qui .'est. Et cela nous ramène à la norme, la

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seule norme, la Bible, que n ous opposerons à toutes les prétentions particulières, notamment à celle de l'Eglise romaine, la plus singulière de toutes. Ne prétend-elle pas, en effet, faire dépendre l'autorité de la Bible de son autorité à elle, alors que, pour essayer d'établir cette dernière, elle est obligée d'en appeler auK texj;es mêmes de la Bible ? D'ailleurs, l'Eglise vraie a des marques qui la font reconnaître et que j'indiquerai tout à l'heure. .

Qu'est-elle donc cette Eglise visible, concrète? C'est, dit M. Jalaguier, « l'assemblage des personnes qui font profession de reconnaître Jésus-Christ, d'invoquer son nom, ou sur qui son nom est invoqué ». Jésus-Christ l'a fondée^ les Apôtres l'ont constituée; elle est spirituelle/elle a une vie propre, autre que celle des royaumes de ce monde; elle est indépendante du monde dans tout ce qui touche à la conscience, soumise aux puissances établies pour le reste; elle a sa tâche, ses lois, ses institutions, les conducteurs qu'elle s'est donnés et un seul chef, Jésus-Christ. Kt si, dans cette Eglise, il existe des communions différentes, l'état normal, l'idéal du Nouveau Testament, c'est la communion de la Chrétienté tout entière dans la foi et dans la charité.

Cette Eglise visible vraie, Royaume de Dieu sous de^ formes et des conditions terrestres, est tout à la fois une institution providentielle et une libre association. Il y a donc en elle un côté divin et un côté humain. Elle est en môme temps fille et mère de la foi:; fille, en tant que libre association ;. mère, en ce qu'elle a été établie pour assurer le maintien et le développement de cette foi. En tout cas, elle n'est pas seulement, comme le voudrait l'idéalisme individualiste, un produit de la foi et de la vie chrétiennef elle a bien une existence propre. Et si nous avons à main^ tenir ou à établir son caractère de libre association vis-àvis des catholiques romains, nous devons aussi, vis-à-vis

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de certains protestants, mettre en relief son caractère d'institution divine et son existence visible objective. En d'autres termes, nous devons, qu'il s'agisse de l'Eglise ou des sacrements, — car les deux questions sont connexes, — nous tenir à égalé distance de ceux qui matérialisent, par respect de la forme et de la lettre, et de ceux qui volatilisent, sous prétexte de spiritualiser ; et pour cela, comme partout et toujours, nous. eri tenir strictement aux enseignements de l'Ecriture.

Il va sans dire que je n'ai pas à donner ici les preuves bibliques que l'auteur accumule de ce double caractère de l'Eglise générale et visible. Mais je n'aurais pas voulu manquer de signaler raffirmation formelle, au nom de ces preuves, de l'existence même de cette Eglise, envers laquelle le chrétien, qui participé à ses privilèges, a aussi des devoirs précis. 11 est assez connu qu'il y a un individualisme sectaire ou négateur qui le conteste, et semble ne pas hésiter à croire qu'on puisse tenir cette Eglise pour une quantité à peu près, sinon entièrement, négligeable.

Donc, cette Eglise existe, et elle est à la fois une institution divine et une libre association. Ce dualisme a donné naissance à trois classes de théories. Deux sont diamétralement opposées, suivant qu'elles insistent sur l'institution divine, sans tenir assez compte de la libre association, ou qu'elles effacent, au nom du droit individuel, l'institution divine. Le romanisme est l'expression la plus haute des premières; le séparatisme sectaire ou anti-dogmatique des secondes. Les presmières suppriment le droit individuel; les secondes le font prédominer, au point de ne reconnaître guère à l'Eglise ccd'àutre raison d'être que la communauté defoiet de vie ». Dissidents et négateurs se donnent donc la main, puisque, des deux parts, bien que pour des motifs en apparence opposés, lé droit individuel méconnait le

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droit supérieur de FEglise. Seulement, chez les premiers,' l'idée de catholicité est flétrie sous le nom de riiultitudi^ nisme; il n'y a plus d'Eglise universelle que l'Eglise invi-^ sible; le fractionnement est l'état régulier et la dissidence l'idéal; et chez les seconds, le rejet, même dans les chaires des temples et des académies, de tpute règle extérieure de doctrine et de discipline ecclésiastique/ ou la recherché d'un principe d'unité, moins dans les croyances que dans les sentiments, produisent un résultat identique, en supprimant la condition même de l'association ecclésiastique, c'est-à-dire l'affirmation de croyances communes et normatives.

Entre ces deux extrêmes, se place la théorie réformée, qui, renversant Fidëe sacramentelle et sacerdotale, pivot du système romain, reportant sur l'Eglise invisible ce qui' n'appartient qu'à elle, n'en conserve pas moins une idée^ très élevée de l'Eglise visible, pour elle vrai canal des grâces évangéliques. C'est ainsi que Calvin peut s'appro^ prier le mot antique : l'Eglise est la mère de tous ceux dont Dieu est le père; et que l'une des comparaisons les plus chères à nos anciens docteurs, lorsqu'ils parlent de l'Eglise visible vraie, c'est celle de l'arche, hors de laquelle il ne peut y avoir de salut.

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