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PRÉFACE
Si vous avez l’habitude, d’ailleurs déplorable, de ne pas lire les Préfaces, vous aurez pour une fois, bienveillant lecteur, la main heureuse. C’est, en effet, une raison de sentiment, non une raison de compétence, qui a provoqué le choix de l'éditeur, lorsqu'il m'a demandé, avec une trop imprudente insistance, d’écrire celle-ci. Il lui a semblé que, suivant son expression, le nom que je porte « ferait bien » à côté de celui de son grand-père, à cause: des liens de profonde amitié qui unissaient les deux professeurs de Montauban, et que ces deux noms devaient: être rapprochés de nouveau. Cest bien le cas de dire que le cœur a des raisons, que la raison ne connait pas.
[l est vrai que, pour s’excuser, l'éditeur ajoute à mon nom : docteur en théologie, titre que je possède en effet depuis de longues années. Malheureusement, depuis le même temps, mes lectures ont presque exclusivement: porté sur des questions d'histoire; tout au plus d’ancienne théologie réformée française. Aussi, je me sens en dehors, je le dis à ma honte, tout ce qu’il y a de plus en dehors de ce qu on appelle le mouvement théologique.
Ce sera, donc, en homme quelconque, non en théologien, que j'écrirai cette Préface, avec le regret constant de: parler de ce que je n’entends point. Il n’y aura ni érudition consommée, ni citations en langues étrangères, ni
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vues générales ou profondes; pas même le style technique, et encore moins ce style solennel, qui rappelle les valets gourmés et pompeux, introduisant chez les gens de marque. Non! mais je dirai bonnement, puisqu'on a bien voulu me le demander, quelques-unes des choses qu’il m'a semblé voir dans ce volume, quelques-unes des réflexions qu'il m'a suggérées. Tout au plus, comme on tombe toujours du côté où l’on penche, me permettrai-Je quelques rapprochements avec notre passé ecclésiastique réformé.
Et, tout d’abord, quel est, sommairement déduit, le point de vue de M. Jalaguier? Quelle est sa méthode? Pour être certain de les indiquer fidèlement, Jemploierai ses propres expressions.
« L'Eglise est sur la terre, dit-il, le Royaume de Dieu ou 1e Cieux. ». Elle est à la fois divine et humaine. Pour la connaître telle qu’elle est, il faut « se tenir le plus près possible de l’Ecriture, parce que c'est dans l’Ecriture que se trouvent, pour l’Eglise chrétienne, comme pour’ la dogmatique chrétienne, ces principes, ces données constitutives, dont les faits s’écartent, tantôt dans un sens, tantôt dans lautre, mais qu'il importe de replacer sans cesse à leur rang. Nous nous efforcerons donc dé réunir, Sur Chaque article, l'ensemble des enseignements divins et de les coordonner, non en les absorbant de force les uns dans les autres, au profit d’un système, mais en leur conservant à tous leur place respective, et en laissant. même subsister des énantiophanies, plutôt que de violenter un ordre de déclarations bien constatées. Les divers éléments de la doctrine scripturaire doivent se contrôler: et se compléter réciproquement. En méconnaitre‘un seul, où le restreindre arbitrairement, ou le pousser au détri-
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PRÉFACE II
ment des autres, c’est rompre l’équilibre normal, altérer la vérité et entrer dans la voie de l'erreur. » | Sans doute, « en ce qui concerne l'Eglise et son organisation, ie Nouveau Testament n’est pas aussi explicite qu'en ce qui tient au dogme ou à la morale, et intéresse directement la foi et la vie». On n’y trouve guère que « les grands traits, les principes généraux, les directions fondamentales et, pour ainsi parler, lesprit de la législation ». L'Eglise y a sa « charte », plutôt que son « code ». Les apôtres ont donné fort peu de règlements proprement dits ; ils ont posé des principes; mais « c’est ce fond constitutif, que nous sommes tenus de maintenir ». Ce fond constitutif, l’auteur va donc s’efforcer de le dégager, en se préoccupant plus « des faits de la révélation, que des théories de la science », car, à ses veux, « le plus petit fait, bien constaté, vaut mieux que tout un système». Dès lors, il s’attachera par-dessus tout à ce qui est essentiel et par là même éternel, c’est-à-dire aux points fondamentaux, aux articles constitutifs, «en prenant les textes tels quels dans l3 norme divine, sans y ajouter, ni en retrancher, si c’est possible, plus soucieux de constater que .de systématiser, contemplant, avec’ une humble et respectueuse admiration, ce plan providentiel, qu'avait jalonné la prophétie, que déroule sraduelement l’histoire, et qui embrasse ASE ».
Si je n'ai pas craint de reproduire ces quelques fragments, c’est qu'ils fournissent des indications précisés sur le but poursuivi et le moyen emplové. l’auteur a voulu faire, etil a fait, un exposé complet et méthodique des données scripturaires sur la question de l'Eglise. Ce que dit la Bible, soit directement, soit par voie de conséquence légitime, voilà donc ce que nous trouverons d’un bout à l'autre de son ouvrage.
IV PRÉFACE
Inutile, sans doute, de faire remarquer combien, dès lors, la lecture en sera intéressante et profitable. Pour moi, je l'avoue, chez qui bien des traits de l'enseignement biblique sur cette vaste question, pour connus qu'ils fussent, manquaient certainement d’une cohésion suffisante, j'ai vivementapprécié une telle et si consciencieuse vue d'ensemble.
Mais ce que j'ai particulièrement savouré, pourquoi le cacherai-je? c’est de me retrouver, grâce à ce biblicisme (je demande pardon, une fois pour toutes, pour ce mot), en pleine vieille théologie réformée française, à l'abri de l’encombrement exotique, si facile à accumuler, comme le sait quiconque s’est donné la peine de l'essayer. J'ai jJoui de rencontrer à chaque page ce que j'appellerai Pesprit réformé, si profondément français, dans ce que l'esprit français a de meilleur; fait de foi, de sérieux, de logique, de clarté, de pondération, de bon sens; cet esprit réformé, que le. temps, ni les persécutions, ni l'apport étranger n'ont pu éteindre, et dont la disparition entraïnerait celle de notre Eglise elle-même. Et ce fait m'a d'autant plus frappé que, à la réserve de Calvin, M. Jalaguier ne semble pas avoir connu, ne cite pas, en tout cas, nos vieux auteurs réformés des xvie et xviie siècles, les du Plessis-Mornaw, les Daneau, les Basnage, les Mestrezat, d’autres encore, sans parler des innombrables controversistes, qui ont traité directement ou indirectement de l'Eglise, comme Eustache ou Jurieu, par exemple. Il a donc suivi leurs traces, sinon sans le savoir, du moins sans montrer qu’il le savait. Il se distingue d’eux, cependant, en ce qu'il a évité et l'amas désormais inutile des citations des Pères de : Eglise, et une systématisation peut-être un peu excessive, et une roideur un peu virulente parfois, mais qu’on a fort exagérée, qui n'étaient ni dans son caractère, ni dans les nécessités actuelles, ou plutôt que les nécessités actuelles lui faisaient une obligation de s'interdire.
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A un autre point de vue encore, ce biblicisme m'a beaucoup plu. On peut, en effet, penser de l'inspiration de la Bible ce que l’on voudra; mais ce qui est certain, c'est que, pour se rendre compte, fût-ce au point de vue purement historique, de l’idée que se sont faite de l'Eglise, de sa mission, de ses privilèges, ses fondateurs eux-mêmes, 1l faut toujours en revenir à ce que la Bible en dit. Et cela, simplement, en constatant ce qu’elle dit, et non pas en la faisant parler ou taire à volonté; puis, si l’on admet son autorité, en s’inclinant ensuite humblement devant elle.
J’ai souvent été frappé, je le dis puisque lPoccasion s’en présente, de l'identité du résultat dernier auquel arrivent, bien que par des voies différentes, ceux qui, sous prétexte d'interprétation critique, ou sous prétexte de traditions ecclésiastiques, exténuent ou étouflent l’enseignement biblique. Au fond, la méconnaissance de la « norme divine », suivant une expression chère à M. Jalaguier, entraine logiquement la suppression de l'Eglise chrétienne historique, de la vraie église.
Et ce n’est pas la seule ressemblance qu’il me semble voir, au point de vue ecclésiologique, entre les romanisants et ceux dont je parle. En voici une autre. L'Eglise romaine a décrété l’infailhbilité du pape, indépendante des conciles et supérieure à eux. Eh bien! je le demande, quelle différence v a-t-1l, sinon aggravante, entre cette prétention papale, et le droit que revendiquent piusieurs, de droite où de gauche, de ne relever que de leur propre conscience et de n'enseigner (car 1l n’est question que de ceux qui enseignent) que ce qui leur paraît à eux, personnellement, la vérité ? qui se mettent au-dessus des textes, des symboles, des assemblées ecclésiastiques de Eglise, à laquelle ils font profession d’appartenir”? qui méconnaissent le droit des fidèles, c’est-à-dire, de ceux qui ont en puissance toutes les fonctions d’un ministère, qu’ils
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exercent eux-mêmes que par délégation ? qui S'aCcordent ainsi, à quelque degré de l'échelle dogmatique qu'ils se tiennent, une sorte de brevet d’infaillibilité? et qui, pour le dire d’un mot, transforment le Royaume de Dieu. en royaume des pasteurs, comme les autres en royaume. du pape ?
Ah! combien j'aime mieux l’humble et pieux Len de notre auteur pour la Parole écrite! combien sa méthode est supérieure ! et combien plus grande son autorité! Laissons-le nous bien marquer lui-même le point de vue qui est le sien. Nous avons constaté, dit-1l, chez les promulgateurs de l'Evangile, une intervention divine immédiate, excep= tionnelle, miraculeuse, dominant leur libre activité et læ réglant sans la comprimer; nous avons constaté en eux, à côté de lindividualité, l'inspiration : double fait, ou, si lon veut, double aspect des faits, qui ressort partout du fond. historique et dogmatique du Nouveau Testament. — En reconnaissant dans sa PIÉRUSS le premier de ces faits, ou de ces aspects, contre rancienne dogmatique qui le laissait trop à l'écart, nous maintenons le second contre les théo=. ries actuelles, qui leffacent ou l’altèrent. Malgré tout ce. qu'ont de personnel. d'humain, les écrits apostoliques, ils
sont pour nous, comme ils l'ont ‘été pendant dix-huit .
siècles pour la Chrétienté tout entière, la Parole de Dieu et, par conséquent, la règle de la vérité, la base de. l’ecclésiologie, aussi bien que de la théologie (1). »
Rien n’est plus certain, en effet, et j'ajoute, rien n’est … plusstrictement dans l'esprit réformé. L'auteur en témoigne lui-même, lorsqu'il dit: « Nous examinons pour constater l’enseignement des Ecritures, comme pour constater leur divinité. Mais cet enseignement reconnu, nous lad-
(1) Nous renvoyons, pour l’exposé des vues du professeur Jalaguier sur l'inspiration, à son Introduction à la dogmatique (Paris, 1897). Entrer dans le détail nous entrainerait trop loin. DE