CHAPITRE Il
DOCTRINE CATHOLIQUE (nfaillibilité)
EXPOSÉ DE LA DOCTRINE. — Point de vue « gouvernemental ». — Deux questions préalables : Où réside l’infaillibilité ? En quoi consiste-t-elle ? — Différentes preuves du Catholicisme.
Grégoire VIL avait dit : « Romana ecclesia nunquam « erravit, nec in perpetuum, testante Scripturà, errabit. » (41). Le Concile de Trente a dit : « Ecclesia romana omnium eccle- « siarum mater est et magistra. Prœcipit igitur Sancta Synodus, « patriarchis, primatibus, archiepiscopis, episcopis et omnibus «aliis, ut veram obedientiam summo romano pontifici spon- « deant et profiteantur. » Et Bossuet s'exprime ainsi : « Les « pasteurs disent, après les apôtres : 17 a semblé bon au Saint- « Esprit et à nous. Quand l'Eglise a-parlé par leur bouche, ses « enfants ne doivent pas examiner de nouveau les articles qui « ont été résolus, mais recevoir humblement ses décisions. » (2). Bellarmin, ce chef de la controverse, ce métaphysicien de l’ultramontanisme, a été jusqu’à soutenir que : « Si le Pape tom- € bait dans l’erreur au point de prescrire le vice et de condamner « la vertu, l'Eglise serait tenue de croire que les vices prescrits
(4) Epist. LV.
(2) Exposition de la Foi.
« sont bons et les vertus ordonnées mauvaises, qu’autrement « elle pécherait. »
— Cette doctrine, qui caractérise et distingue l'Eglise romaine, ne lui est pourtant pas absolument particulière. Le haut-Anglicanisme en approche par ses principes du « consentement des premiers siècles », de la « succession apostolique », de la « régénération baptismale », etc. C'est par là qu'il a versé dans le Puseysme, et le Puseysme dans le Catholicisme. En dehors même de la tendance puseyste et, à vrai dire, à ses antipodes, il est des écoles protestantes qui ne sont pas loin de la doctrine catholique, ou tout au moins du principe où elle se fonde, Ce principe existe dans la théorie, aujourd’hui fort répandue, qui considère le développement du dogme ecclésiastique comme s'étant opéré sous une direction du Saint Esprit, la même, en nature si ce n’est en degré, que celle sous laquelle se fit la promulgation de l'Evangile. De cette sorte d'inspiration continue de l'Eglise à son infaillibilité, il n’y a qu’un pas. Les deux termes expriment le même fait sous deux aspects différents, et si l’on ne va pas jusqu’à les échanger, c’est que la vue du péril arrète à moilié chemin. Le traditionalisme fait à bien des égards l’œuvre du Catholicisme, qui n’a pas tardé à s’en apercevoir, et qui moissonne déjà là où il n’avait pas semé (Mœhler, Newman, etc.)
Du reste, ce n’est pas seulement dans le champ de la théologie chrétienne que germe le principe dont nous nous occupons. Bien des théories philosophiques, historiques, politiques, y mènent en divers sens. Le panthéisme, par exemple, doit naturellement y conduire, puisqu'il ne voit dans le mouvement de l'humanité, comme dans celui de la nature, que l’éternelle évolution de l’Etre : pour ses adhérents, tout est vrai et bon à sa place, puisque tout est divin. Il en est de mème pour ces écoles qui, sans professer le panthéisme, considèrent la série des événements comme sortant incessamment les uns des autres, d’après la relation interne de la cause et de l'effet, et qui érigent une sorte de Fatum en Divinité de l’histoire. Il en est de mème
des partisans extrèmes de la souveraineté du peuple; ils ont été fréquemment jusqu’à soutenir que le peuple est infaillible, et mème impeccable (1). — |
Le dogme catholique a repris faveur en ces derniers temps, favorisé qu'il était par ce besoin d'autorité et de sécurité sociale. qui s’est fait si vivement sentir. On s’est reporté, avec regret et avec admiration, vers le Moyen Age, après l'avoir maudit pendant des siècles plus peut-être qu'aucune autre période de l'histoire. Cette illusion a dominé un moment la littérature comme la politique ; elle se maintient encore en bien des lieux, et les défenseurs de Rome l’ont habilement exploitée, faisant contraster le principe catholique avec le principe protestant, el profitant de tous les avantages que leur donne le trouble actuel de nos Eglises (2).
S'appuyant sur ces tendances de notre temps, les principaux apologistes du Catholicisme présentent généralement le dogme de l'infaillibilité ou de l'autorité de l'Eglise, sous le point de vue gouvernemental plutôt que sous le point de vue doctrinal, et s'accordent à peu près tous à concentrer cette autorité dans le Pape. C'est ce qu'ont fait, en particulier, de Maistre et Lamennais (avant sa défection). « Quand nous disons que l'Eglise est « infaillible, dit M. de Maistre (3), nous ne demandons pour « elle, il est bien essentiel de l’observer, aucun privilège par- « ticulier ; nous demandons seulement qu’elle jouisse du droit « commun à toutes les souverainetés possibles, qui toutes agis- « sent nécessairement comme infaillibles, car tout gouverne-
« ment est absolu, et du moment où l’on peut lui résister sous.
« prétexte d'erreur ou d’injustice, il n’existe plus. « Cette vérité dépendant de la nature des choses, elle n’a nul- « lement besoin de s'appuyer sur la théologie... Ainsi, quand
(4) Thiers, « Histoire de la Révolution francaise ».
(2) D'un côté le romantisme, de l’autre le théocratisme ont donné, en ces |
derniers temps, bien des conquêtes à Rome.
(3) Du Pape, « Soirées de Saïnt-Pétersbourg ».
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même .on demeurerait d'accord qu'aucune promesse divine
n’a été faite au Pape, il ne serait pas moins infaillible ou
censé Lel comme dernier tribunal, car tout jugement dont on
peut appeler est et doit être tenu pour juste... et lout véritable homme d'Etat m'’entendra bien, lorsque je dirai qu'il ne s’agit pas seulement de savoir si le Souverain Pontife est, mais s’?/ doit étre infaillible. » C’est l’ulrima ratio de
argument catholique, qui le porte au fond tout entier : l'infaillibilité doit ètre, donc elle est !
Voici quelques paroles de Lamennais (1). « L'autorité du Saint- -Siège devait naître d’une société religieuse gouvernée par un corps sacerdotal hiérarchiquement constitué. Le principe d'unité, base commune de la doctrine et de l'association catholique; impliquait un chef unique. Organe suprème de la vérilé, et source de la puissance, ce chef un devait posséder la plénitude des dons inégalement distribués entre les ministres inférieurs, selon leur rang hiérarchique. La nature même de linstitution voulait que tout partit de lui et aboutit à lui, qu'il dominât lout pour que tout appartint à l'unité dont il est le lien. Il s’ensuivait que ses décisions formaient la dernière règle de la foi, et ses commandements celle de la discipline... O Père, s'écrie-t-il, vous êtes la règle vivante de leur doctrine (des rédacteurs de l'avenir)... prononcez sur eux la parole qui donne la vie, parce qu’elle donne la lumière. »
C’est bien là ce que nous avons nommé le caractère gouver-
nemental du principe romain et son origine humaine ou ecclésiastique. L'infaillibilité de l'Eglise ou du Saint-Siège n'est pas
aulre chose, dans cette manière de voir, que la vérité présumée
de la loi et son autorité nécessaire dans l'Etat. Cela se comprend
aisément; mais ce qui se conçoit à peine, c’est qu'on veuille
passer de là à l’infaillibilité au sens théologique, et emporter
(1) Essai sur l’Indifférence, Introd.
di
une question de doctrine et de foi par une simple question d'ordre ou de constitution hiérarchique. Envisagée et prouvée ‘comme le fait généralement la nouvelle école catholique, cette autorité, célébrée en Lermes si pompeux, ne repose que sur une base humaine ; elle est seulement de droit ecclésiastique. Aïnsi entendue, tout le monde la reconnait à quelque degré, puisqu'il faut bien dans toute Société que la loi soit environnée de respect el de soumission, en d’autres termes qu'elle soit souveraine, pour êlre efficace, pour être véritablement /o2 (1). Le paralogisme est de transformer insensiblement le droit humain en droit divin, et une institution purement ecclésiastique en une institution surnaturelle, organe du Saint Esprit, dont les. décisions lient les consciences et deviennent la règle suprème de la foi et de la vie religieuse, comme émanant de Dieu luimême. |
La théorie catholique, sous cette forme, est-exactement celle de la démocratie extrème qui conclut de la souveraineté du peuple à son infaillibilité ou à son droit de tout soumettre à ses décrets. Des deux parts, on dit : il faut à l’ordre une autorité, un tribunal sans appel, donc cette autorité, ce tribunal, où tout se décide en dernière instance, doit être tenu comme ne pouvant errer. Il est, je pense, plus qu’inutile de discuter de tels arguments. Ils n'iraient à rien moins qu’à mettre une fic/ion légale à la base du Catholicisme; et je ne vois guère ce que le Catholicisme pourrait y gagner.
C'est uniquement dans le sens théologique que nous avons à examiner ici-le dogme de l’infaillibilité ; il ne nous intéresse que comme prérogative d'un genre spécial et surhumain qui fait de l'Eglise, ou de son chef visible, l'organe inspiré de la vérité
religieuse, l’oracle vivant et permanent, le juge des contro-,
(1) Ce principe, les Eglises protestantes l’ont constamment admis, ne variant entre elles que sur les applications qu’elles en ont faites ; elles ont toutes leur organisation, leur gouvernement, et, par cela même, leur autorité. | |
nas, à
verses, l'arbitre de la doctrine, la source de la grâce et de la vie.
Deux questions préalables : — Où réside l’infaillibilité ? — En quoi consiste-t-elle ? — Ces deux questions sont déjà fort embarrassantes pour les docteurs catholiques.
4° L'infaillibilité réside-t-elle dans la masse de l'Eglise, qui | ne pourrait errer quant à ses croyances générales ? (opinion souvent émise, non seulement chez les catholiques, mais chez les anglicans, et ailleurs dans la Réforme) — ou dans le Con- | cile? — ou dans le Concile uni au Pape? — ou dans le Pape
seul ? — Si c'est dans le Pape, comme on semble le supposer au- ; jourd'hui (1), est-ce toutes les fois qu'il parle, ou simplement lorsqu'il parle ex cathedra? Si c'est uniquement dans ce dernier cas, quand le Pape parle-t1l ex cathedra ? est-ce seu-
lement quand il s'adresse à l'Eglise universelle, comme par exemple quand il publie une décrétale? ou quand il prononce
après les délibérations du Sacré collège? ou quand il répond à
une consultation? ou chaque fois qu'il décide un point quelconque de discipline et de doctrine, etc. ? Toutes ces opinions, et bien d’autres encore, ont eu leurs partisans : Jaquelle est la véritable ?
2% En quoi consiste l'infaillibilité, quelque part qu'on la place? — Les uns l’étendent à tout ce qui intéresse l’ordre et le bien de l'Eglise; d’autres, la reconnaissant en matière de foi, nient qu'elle existe en matière de mœurs, ou en matière de faits (Jansénistes), ou en matière de discipline (Gallicans, qui, par celle distinction, rejetèrent une partie des décrets de Trente) (2).
(1) Ces pages datent de 1864, et le dogme de l’Infaillibilité du Pape n’a - été proclamé qu'au Concile du Vatican, en 1870. /Edit.).
- (2) Certains théologiens ont dit que l'Eglise n’est point infaillible dans les | - moyens dont elle se sert pour prouver ou pour définir la doctrine, mais É qu’elle l’est dans l'exposition de cette doctrine même ; que, quoiqu'elle parte
…— de prémisses incertaines ou fausses, ses conclusions sont toujours vraies; … que son enseignement est humain quant à l'argumentation, et divin dans
Sans multiplier ces questions, sans presser ces difficultés sur la nature et le siège de cette haute prérogative que s’attribue l'Eglise romaine, remarquons que les divergences des docteurs catholiques sur ce point capital prouvent assez que le fondement de leur unité est lui-même fort incertain, et qu'il provoque fortement l'examen et le doute. Leurs opinions peuvent cependant se réduire à trois principales: ils placent l'infaillibilité ou uniquement dans le Pape (ultramontains), ou essentiellement dans le Concile (cisalpins ou gallicans rigides, doctrine de Constance et de Bâle), ou dans le Concile confirmé par le Pape (gallicans modérés). La première opinion domine aujourd’hui, et semble devoir se généraliser de plus en plus, par la nature même des arguments auxquels en appellent de préférence les apologistes du Catholicisme. Ils parlent surtout de la nécessité d’une autorité visible et permanente, qui décide souverainement toutes les discussions de doctrine et de discipline à mesure qu’elles naissent; or, dans l’élan actuel de l'Eglise romaine, celte autorité ne peut se trouver que dans le Pape ; c’est donc en lui qu’elle doit se concentrer. Le gallicanisme s’en va de jour en jour (1). Mais, en prenant le dogme tel que le posent les théologiens catholiques, et dans cette forme générale où ils se retranchent, (sans exiger qu’ils répondent à nos questions préliminaires, qui devraient cependant, en bonne règle, être d’abord éclaircies et résolues), nous arriverons bientôt par un examen tant soit peu approfondi à cette conclusion de Chillingworth : « J'avoue, pour ma part, qu'après une recherche sérieuse et, je
la décision finale. Cette distinction a été inventée pour se débarrasser de ce qu'il y a souvent d’étrange, et quelquefois de ridicule, dansles raisonne- | ments ou les considérants sur lesquels les Conciles et les Papes ont appuyé certains de leurs décrets. Il pourrait pourtant y avoir de la vérité, si le fait d'infaillibilité était d’ailleurs bien établi, puisque, dans les décisions ecclésiastiques, il existerait, en effet, et la forme humaine et le fond divin. Quelques auteurs protestants, comme W. Paley, ont appliqué de pareilles. distinctions à l'inspiration des Ecritures. -
(1) Nous pouvons dire aujourd’hui : Il s’en est allé. (Edit.).
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« le crois, impartiale, de Ja voie qui mène à la vie, je n'ai rien « trouvé où je pusse appuyer sûrement la plante de mes pieds « que le rocher des siècles, la Bible. J'ai vu papes contre papes, « conciles contre conciles, Pèrês contre Pères, chaque Père se « contredisant lui-même, l'Eglise d’une époque s’élevant contre « l'Eglise d'une autre époque, et les décisions de Trente en « Opposilion avec la Parole de Dieu. »
Les Catholiques appuient leur doctrine sur trois sortes de preuves : extranaturelles (argument scripturaire ); rationnelles ; historiques (argument traditionnel) et sur l'argument dit « de Bossuet », qui lient aux trois aulres sans rentrer positivement dans aucun.
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INFAILLIBILITÉ : ARGUMENT SCRIPTURAIRE. — Promesses à l'Eglise, ou aux apôtres, ou à saint Pierre. Comment les Catholiques se les approprient-ils? Ils s’appuient principalement sur deux textes : 1° I Tin. IT, 15. — L'expression « colonne et appui de la vérité » se rapporte bien à l'Eglise. — Quelle est la vérité dont l’Eglise est. etc. ? Comment en est-elle la colonne et l’appui? — 2° Matt. XVI, 18. — Interprétation des Pères. — Sens de la promesse faite à saint Pierre. — Où prend-on que le privilège ait dû se transmettre? et au Pape? — Anomalie à l’égard de saint Jean. — Cercle vicieux.
. Les preuves surnaturelles sont celles que l’esprit demande et attend d'abord, dans des questions de ce genre. L'infaillhibilité de l'Eglise supposant une action extraordinaire de la Providence ou de la grâce, ne peut s'établir, ce semble, que sur des titres d’un ordre supérieur, tels que des textes sacrés ou des manifestalions divines. La preuve miraculeuse n’est pas abandonnée — le Catholicisme ne laisse rien tomber et ne peut rien laisser tomber de ses prétentions (récits presque journaliers de prodiges), — mais elle est à peu près reléguée dans l’apologétique populaire. Les défenseurs du Catholicisme qui se respectent n'osent
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guère y recourir. Ils font mème peu d'usage des déclarations bibliques, préférant les arguments ralionnels ou traditionnels;
s'ils emploient encore les Ecritures, c'est, en quelque sorte, malgré eux et parce que les protestants les y forcent.
Les passages qu'ils citent en leur faveur peuvent se diviser en deux classes : 1° Les uns, comme Matt. XVIII, 20 et XX VIII, 18-20; Luc X, 16: « Qui vous écoute, m'écoute... »; Jean XX, 21 : « Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie aussi. »; Act. XV, 28 : « Il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous... »; Ï Tim. I, 15, renferment des déclarations et des promesses, soit générales pour les disciples ou pour l'Eglise, soit spéciales pour les apôtres; 2° Les autres, comme Matt. XVI, 18. 19 et X,2;
Luc XXIL, 31. 32 : « Simon, Satan «a demandé à vous cribler
comme le blé; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point. Toi donc, quand lu seras converti, fortifie tes frères... »; Jean XXI, 15-17 : « Pais mes agneaux... Pais mes brebis... », renferment des déclarations et des promesses relatives à saint Pierre. Les catholiques s'emparent des premiers passages en
soutenant que les privilèges et les pouvoirs des apôtres ont
passé au corps épiscopal, et des secondes, en affirmant que le
Pape est le successeur de saint Pierre et l'héritier de toutes ses prérogalives. Ils apportent beaucoup d’aatres textes encore, où se montre le défaut d’exactitude, de précision, de vérilé, qui caractérise leur exégèse ordinaire et révèle combien sont, en général, rares parmi eux l'étude et l’intelligence des Ecritures. Ils procèdent dans la dogmatique et dans la controverse comme
dans la prédication, se contentant d’un rapport purement fortuit
ou simplement verbal, et tirant de prémisses illusoires ou douteuses les conséquences les plus positives. De plus, ils attachent à certains textes un sens particulier et traditionnel, auquel ils reviennent toujours comme si c'en élait décidément le vrai sens. Que dire, par exemple, de Jean XXI, 15-17: « Pais mes agneaux. Pais mes brebis... », et de l'interprétation obstinée qu’ils en donnent? Suivant eux, Jésus-Christ confie là à la direction de saint
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Pierre, non seulement les simples fidèles, mais les pasteurs euxmèmes, car 1l Jui remit et ses agneaux et ses brebis, mères des agneaux. Mais où trouve-t-on dans le langage des Ecritures le fondement de cette distinction et du dogme qu'on en déduit ? Est-il possible d'appuyer là-dessus une doctrine si capitale? Et n'est-ce pas confesser qu'on manque de preuves réelles, que de faire usage de tels arguments?
Parmi les textes cités, il n’en est que deux qui semblent avoir quelque importance, le dernier de la préemière classe et le premier de la seconde. Ce sont donc les seuls sur lesquels il soit nécessaire de s’arrèter — : L'Tim. LIL, 45 : « Ain que si je tarde, tu saches comment il faut te conduire dans la maison de Dieu, qui est l'Eglise du Dieu vivant, la colonne et l'appui de la vérité. Et
certainement le mystère de piété, etc. ». L'infaillibilité de l'Eglise
est impliquée, dit-on, dans le titre qu’elle reçoit de « colonne et
appui de la vérité». Noyons donc si le dogme catholique est
réellement affirmé ou renfermé dans ces paroles.
Nous ne les rapporterons pas à Timothée avec certains commentateurs, tels que Benson, Wakefield, Newcom, Belsham, etc., qui traduisent : afin que, colonne et appui de la vérité, tu saches, etc.; ni au mystère de piété, avec Grisbach, Rosenmuller, elc., qui, plaçant un point après Oe09 Coyrx, lisent : La colonne et l'appui de la vérité, et sans contredit le mystère, etc. Selon nous, la construction de la phrase, le but de saint Paul, qui s'occupe là essentiellement d'administration ecclésiastique, l'opinion générale des interprètes anciens et modernes, ne permellent pas de douter que ces paroles ne s'appliquent à l'Eglise,
et sur ce point nous sommes d’accord avec les controversistes
catholiques (1). Mais de là à leur dogme, il y a loin et bien loin, quoiqu’ils semblent ne pas s’en apercevoir.
(1) Gardons-nous de ce qu’on pourrait nommer l’exégèse confessionnelle, qui commence par supposer, sur la foi d’une interprétation recue, que tel dogme est dans tel passage, que tel autre dogme n’est pas ou ne peut pas être dans tel autre passage, et qui ne craint pas ensuite de recourir à des