‹ De l'égliseChapitre 36 sur 76 · PACE · texte numérisé non relu

PACE

Trois questions se présentent : 1° Quelie est cette Eglise du. Dieu vivant qui, etc.? 2° Quelle est celte vérité dont l'Eglise est la colonne et l'appui? 3° De quelle manière l’Église est-elle la colonne et l’appui de la vérité?

1° L'église dont parle l'Apôtre ne peut être l’église particulière de Rome, qui n’a pas plus de droit que les autres à s’appeler l'Eglise de Dieu : titre donné dans le Nouveau Testament, soit à l'Eglise générale (I Cor. X, 32; Act. XX, 28, — ensupposant vraie la leçon commune de ce dernier texte), — soit aux églises locales, considérées collectivement (les églises de Dieu, [ Cor. XI,16; I Thes. IL, 14). La seule de ces églises à laquelle il se trouve directement et spécialement appliqué est celle de Corinthe (I Cor. I, 2; IE, Cor. E, 1). Il ne l’est nulle part à celle de Rome. Ce trait vaut la peine d’être relevé; car si c'eût été cette dernière église, au lieu de l’église de Corinthe, qui, seule entre toutes, eût reçu ce titre, on n'aurait pas manqué, bien certainement, d'en faire un des principaux appuis du système catholique (1). C'est évidemment de l'Eglise dans son ensemble, de l'Eglise générale, que parle ici saint Paul. S'il avait voulu désigner une église particulière, à l'exclusion des autres, ce serait celle d'Ephèse où était Timothée (I Tim. I, 3), et qui pourtant est si profondément déchue.

arguties ou à des échappatoires manifestes pour maintenir la thèse conve-

nue. Les protestants ont, plus qu'on ne se le figure, imité les catholiques à

cet égard. Apprenons à vérité.

(1) Que d'arguments et de privilèges on aurait déduits d'une dénomination aussi glorieuse ! On aurait soutenu que l'Eglise de la Ville éternelle n'avait été ainsi distinguée dans la Parole sainte qu'à cause de la suprématie qui lui était réservée. Que n’a-t-on pas trouvé dans ce mot si simple de Rom. I, 8 : « Je rends grâces, au sujet de vous tous, à mon Dieu... de ce que votre foi est célèbre par tout le monde !.… » ? L'usage qu’on a fait de: tant de textes insignifiants, d’où l’on n’a pu tirer le dogme romain qu'après l'y avoir introduit de force, nous prouve assez le bruit qu'on aurait fait d'une telle déclaration. En théologie, comme en tout, ce serait un curieux chapitre que celui des arguments fortuits, comme des arguments cherchés, et de la fortune qu’ils ont eue bien souvent.

ne jamais acheter la victoire aux dépens de la

De.

2 L'NERE ont à ts. séetitti ne # EM

2° La vérité dont l'Eglise est la colonne et l'appui, n’est pas

* 4el ou tel système, tel ou tel symbole, mais la vérité chrétienne

elle-mème, l'Evangile, C’est dans ce sens que les écrivains du Nouveau Testament, et saint Paul en particulier, emploient généralement ce mot : « EF vous êtes aussi en lui, après avoir entendu les paroles de la vérité qua est l'Evangile de votre salut. » (ph: [, 43). (CE. IT Thes. IE, 10. 12; 1 Tir. IL, 4; IT Tim. II, 15; Tite 1,1). Dès lors, il ne saurait plus être question dans ce passage de tribunal visible, d’oracle vivant, d’arbitre et de juge des controverses, en un mot de ce qui constitue le dogme de l'infaillibilité tel qu'on le pose, c’est-à-dire comme garant d'une des doctrines ecclésiastiques entre loutes : ce n'est pas d’une forme particulière du Christianisme, d’une conception spéciale de l'Evangile qu'il s’agit, c’est du Christianisme et de l'Evangile même. |

3° L'Eglise est « la colonne et l’appui de la vérité » en tant surtout qu’elle conserve le dépôt des révélations divines ; et cet immense service rendu à l'humanité est dû, non à une église parliculière, mais à toutes, non à l'Eglise d'Ephèse ou à celle de Rome, mais à l'Eglise générale, contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront point (Matt. XVI, 18) et qui, jusqu’à la fin des temps, présentera aux hommes la Parole de grâce et de vie. L'Eglise chrétienne, ainsi envisagée, est dépositaire et gardienne de la vérité chrétienne; elle l’est au travers mème de ses aberrations, puisqu'elle l’est du Livre divin où cette vérité sainte se conserve loujours pure, comme Israël conserva les a/liances et les promesses au sein de ses infidélités (1). |

Ce fameux passage est donc le plus simple du monde, et l’on n'a pu y chercher et y trouver tant de mystères que parce qu’on a désiré les y voir dans un intérêt de système.

(1) À ce point de vue, il n’est pas jusqu’à la critique rationaliste, en tant qu’elle a contribué pour sa part à rétablir le texte sacré dans son intégrité primitive et dans sa véritable interprétation, qui n'entre en quelque manière dans la déclaration de saint Paul.

Passons à Matt. XVI, 18-19, (qu’on pourrait nommer le texte

constitutif ou classique) : « Æf moi je te dis que tu es Pierre et. ®

que sur cette pierre je bätirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux ; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans. les cieux. » — Les catholiques prétendent prouver par ce passage : 4° Que Jésus-Christ établit saint Pierre chef suprême du collège apostolique et de l'Eglise universelle, érigeant la société chrétienne en une sorte de monarchie théocratique.. 20 Que l'autorité souveraine dont saint Pierre fut revêtu, est descendue de Jui au Saint-Siège, comme les prérogatives générales des apôtres ont passé au corps épiscopal. 3° Et que le Pape possède, par conséquent, avec les clefs du Royaume des Cieux, le droit de lier et de délier, le pouvoir de décider, en dernier ressort et sans danger d'erreur, toutes les questions de doctrine et de discipline.

Ce Lexte déclare-t-il bien les deux faits ou principes qu'on veut y trouver? car il faut qu'il /es déclare formellement V'un et l’autre pour que la déduction qu’on en tire soit légitime et valide. S'il n'y est dit, en réalité, ni que Jésus-Christ a fait saint Pierre chef de l'Eglise, ni que les prérogatives de cet apôtre ont élé transmises aux évèques de Rome, le Pape ne possède point, du moins par ce texte, le pouvoir des clefs qu’on lui attribue,

Nous pourrions invoquer lout d’abord quelqu'une des inter prétations où, conformément à la doctrine générale de, PEcriture qui représente le Seignéur comme /a pierre de l'angle et le seul fondement (1 Pier. If, 6; I Cor. IE, 44; Matt. XXI, 42), on entend par la pierre sur laquelle doit s'élever l'Eglise, non l’Apôlre, mais Jésus-Christ que saint Pierre venait de confesser. Ces interprétations, qui font disparaître du texte la base du système romain, sont d'autant plus embarrassantes pour les catholiques qu’elles s'appuient sur l'autorité d'un grand nombre

de Pères, tels que Grégoire de Nice, Cyrille, Chrysostôme, Augustin. Mais nous nous plaçons encore ici sur le lerrain qui leur est le plus favorable, parce qu'il est à nos yeux le seul vrai, et nous admetlons que ce passage renferme une promesse spéciale faite à saint Pierre. La forme de l'expression le prouve, ce nous semble; cet apôtre venait de dire : « Twes le Christ» (v. 17), Jésus lui répond : « Ef mor je te dis (ot ko) que lu es Pierre, etc... »; cela limite bien positivement à saint Pierre Ja déclaration qui va suivre; et ce qui achève de le démontrer, c'est qu'elle est liée à son nom: «Tues Pierre et sur cette pierre, ele... ». D'ailleurs, le v. 19 dissiperait au besoin tous les doutes : « et je te donnerai, etc... ». Cette deuxième promesse s'adresse bien directement et personnellement à saint Pierre ; or, elle suit la première et la suppose, ou, pour mieux dire, ce deuxième privilège n’est que le premier sous une autre forme ; cest la continuation de l’image précédente où l'Eglise est comparée à un édifice; être la base de cet édifice ou le fonder, en avoir les clefs ou l'ouvrir, est une seule et mème prérogative. Le sens de cette déclaration prophétique et symbolique, comme de toutes les déclarations semblables, doit se chercher surtout

dans l'événement qui l’a réalisée.Or, cet événement, nous l'avons

à l'entrée de l'histoire apostolique, où nous trouvons par conséquent l'explication la plus naturelle et la plus positive qui

se puisse désirer de la parole du Seigneur. Saint Pierre fut

choisi de Dieu pour ouvrir l'Eglise aux deux peuples parmi

lesquels elle devait se former, aux Juifs (Act. Il, 14-41) et aux

Gentils (Act. X, 9 etc.; XV, 7). Ainsi s’accomplit la promesse

qu'il en serait /e fondement et qu'il en aurait /es clefs.

Cette interprétation, qui remonte à Tertullien, et qui s'impose d'elle-même, n’a élé négligée qu'à cause de ce qui la recommande : sa simplicité, sa clarté, son évidence immédiate. Les catholiques ne pouvaient l’admettre, puisqu'elle ruine la prineipale ou même l'unique base scripturaire de leur système ; et les protestants ont craint, en l’adoptant, de porter atteinte à la

grande doctrine évangélique que Jésus-Christ seul est « /4 pierre de l'angle » sur laquelle l'Eglise repose. Mais l’exégèse doit se soustraire à toutes les préventions dogmatiques et confessionnelles (1). Quoique, en un sens, Jésus-Christ soit seu/ le fondement de l’Eglise et de la foi (I Cor. ITT, 11), les apôtres le sont aussi en un sens secondaire (Eph. IT, 20 ; Apoc. XXI, 14). Quant à la promesse qui suit: «ef ce que tu auras lié sur, ele. », elle s'adresse bien ici à saint Pierre, mais elle ne lui est pourtant pas particulière et exclusivement personnelle, car elle est faite ailleurs aux autres apôtres sous des termes différents, par exemple Jean XX, 23 : « Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés ; etc... » et aux chrétiens en

général Matt. X VIE, 18 : « Je vous dis en vérité que lout ce que

vous lierez, etc...». Pour les apôtres, elle est absolue ; pour les autres disciples, simples fidèles ou pasteurs, elle n’est que conditionnelle. | :

Par l'Esprit saint qui parlait en eux, les apôtres donnaient à l'Eglise les révélations et les lois divines qui doivent la régir

jusqu’à la fin des temps ; leurs décisions, en tant que dispensa-

teurs des mystères évangéliques, élaient toutes ratifiées dans le Ciel, tandis que celles des chrétiens ordinaires ne le sont qu’en tant que conformes à la parole des apôtres, qui est la parole de Dieu (1 Thes. IT, 13). Cette distinction est fondamentale et s'étend à la plupart des déclarations et des promesses du Seigneur; elle sort nécessairement de la différence entre la

dispensation exlranaturelle, qui fonda le Royaume de Christ, et la

dispensation naturelle à laquelle il est maintenant soumis. Sans

doute, le Saint-Esprit est toujours la lumière et la vie de.

(1) Se servir d’un dogme établi pour déterminer d'avance les résultats de l’exégèse et employer ensuite ces résultats pour démontrer la vérité du dogme, c’est rouler dans un cercle où l’on court continuellement le risque

de substituer une doctrine humaine à la pensée du Saint-Esprit. Cela se.

concoit chez le catholique qui recoit de l'Eglise le sens des Ecritures. Chez les protestants, c’est un paralogisme et une flagrante infidélité à leur principe fondamental.

E nn

Ke

Page 1