PRE PPS SO ET PER PC EN OT
avec « son éternelle durée ». Pour eux, ces deux dogmes n'en font qu'un ; ils les établissent l’un par l’autre, en les appuyant sur les mêmes textes (Matt. XVI, 18 et XX VIII, 20). Nos observalions précédentes démontrent que ces textes se rapportent à l'Eglise universelle, au Royaume des Cieux ici-bas, à la Chrélienté. C’est par conséquent en abuser que de les appliquer à telle ou telle église particulière, pour en inférer qu’elle ne peut ni périr, ni faillir, ni cesser d’être visible au monde. Il n'y a là qu'une promesse générale dans laquelle on ne peut trouver le dogme romain qu'après l'y avoir mis, par des interprétations arbitraires.
Aussi, à défaut de titres bibliques, clairs et formels, a-t-on encore recours ici à des raisonnements. Voici celui de Bossuet (1) :
« La doctrine de l'Eglise catholique consiste en quatre points, « dont l’enchaînement est inviolable : l’un, que l'Eglise est « visible ; l’autre, qu’elle est toujours; le troisième, que la vérité
« de l'Evangile y est toujours professée par toute la société; le
« quatrième, qu'il n’est pas permis de s'éloigner de sa doctrine, « ce qui veut dire en d’autres termes, qu’elle est infaillible.
« Le premier point est fondé sur un fait constant, c’est que « le terme église signifie toujours dans l’Écriture, et ensuite dans « le langage commun des fidèles, une société visible. Les catho- « liques le posent ainsi, et il a fallu que les protestants en con- « vinssent.
« Le deuxième point, que l'Eglise est toujours, n’est pas « moins constant, puisqu'il est fondé sur les promesses de Jésus- « Christ, dont on convient dans les deux parts.
« De là on infère clairement le troisième point, que la vérité « est toujours professée par la société de l’Église; car l'Eglise « n'étant visible que par la profession de la vérité, il s'ensuit « que si elle est toujours et qu’elle soit toujours visible, il ne se
(1) Hist. des variations, art. Eglise.
« peut qu’elle n’enseigne et ne professe toujours la vérité de :
« l'Eva ngile.
« D'où suit aussi clairement É quatrième point, qu jl n’est « pas permis de dire que l'Eglise soit dans l'erreur ou de
« s’écarter de sa doctrine. | « Et tout cela est fondé sur la promesse qui est avouée dans
« tousles partis ; puisqu’enfin la même promesse qui fait que
« l'Eglise est toujours, fait qu’elle est toujours dans l’état qu'em- « porte le terme d'église, par DATeUE toujours vo et
« toujours enseignant la vérité. »
Voilà certes un argument serré et spécieux. Mais il croule si
la première proposition est niée ou contestée ; car c’est sur cette proposition que reposent toutes les autres. Or, nous avons
prouvé (1) que quand l’Ecriture parle de l’Eglise en général, elle désigne fréquemment par là l'Eglise intérieure, l’ensemble
des vrais disciples, inconnus du monde et connus de Dieu seul, les âmes justifiées et régénérées par la foi, les saints, les élus, le corps mystique de Christ; distinction d'autant plus impor-
tante ici que c’est à cette Eglise intérieure que se rapportent la
plupart des promesses. Lorsque Bossuet affirme que les protestants ont élé forcés de convenir que le mot éghse signifie toujours dans l’Ecriture une société visible, 1l avance un fait
manifestement erroné. Ce peut être l'opinion de quelques théo-
logiens protestants, ce n’est pas et ce n’a jamais été l'opinion
protestante. Mais celte proposition fondamentale une fois recon- .
nue fausse, toute l'argumentation lombe, puisque sa base lui manque. de Du reste l'existence et la perpétuité de l'Eglise extérieure
elle-même, n’emporte pas nécessairement qu’elle soit toujours visible au monde comme société, Les membres dont elle se
compose, les personnes, converties ou inconverlies, qui tiennent au Christianisme par un lien quelconque, peuvent en certaines
(1) re Partie, ch. III : Egl. invisible.
circonstances vivre les uns à côté des autres sans se connaîilre, ils peuvent se connaître plus ou moins sans se réunir en une association distincte, ils peuvent avoir une organisation et un culte sans être remarqués, parce qu’ils peuvent avoir besoin de s envelopper de mystère. Ainsi, au temps d'Elie, l'Eglise mosaïque subsistait en Israël, inconnue au monde et à elle-même, chaque fidèle se croyant, comme le Prophète, le seul adorateur du vrai Dieu qui fût demeuré de reste ([ Rois XVII, 19). Ainsi l'Eglise chrétienne, après la crucifixion du Sauveur, se lenait cachée (Jean XX, 19, 26; Act. I, 12, 15), et passait pour anéantie. Ainsi l'Eglise orthodoxe sous certains empereurs, lorsque lunivers s'étonna de se trouver arien; ainsi l'Eglise protestante, en France, après la révocation de l’Edit de Nantes ; ainsi, pendant la Révolution, cette même église et l'Eglise catholique qui, privées l’une et l’autre de temples, de culte publie, de tout moyen de manifester leur foi, furent censées ne plus exister. Or, ce qui a
lieu pour les églises particulières peut avoir lieu également pour
l'Eglise universelle.
De plus, la visibilité de l'Eglise et son infaillibilité, au sens romain, sont choses si différentes, qu'on ne saurait conclure de l’une à l’autre que par un abus logique. L'Eglise peut se maintenir, et conserver le dépôt de la vérité en conservant les Saintes Ecritures, ct remplir ainsi sa mission, sans le privilège ou le don surnaturel qu'on lui attribue : son existence perpétuelle n’emporte donc pas cette haute prérogalive.
Enfin, en accordant le fait de la perpétuelle visibilité, et celui de l’infaillibilité ou de l’indéfectibilité comme sa conséquence, ce double caractère ne prouve rien encore jusqu'à ce qu'on ait démontré qu’il appartient à Rome seule.
L'argument de Bossuet, ainsi que bien d'autres, porte plus loin que ne le veulent les catholiques. S'il prouve pour l'Eglise latine, il prouve tout autant pour l'Eglise grecque et pour l'Eglise orientale, qui sont plus anciennes, et auxquelles il faut bien
reconnaître aussi la perpétuité et la visibilité. Les déclarera-t-on
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également infaillibles, d'après le principe de l’argumentation ? Mais alors, que deviennent les prétentions romaines? Réservera-t-on la prérogative d’infaillibilité à l’Eglise d'Occident en
restreignant arbitrairement les conséquences du principe? Mais
alors, que devient le principe lui-même? que vaut-il ici, s’'ilne .
vaut pas là ?
Répétons que les promesses du Nouveau Testament, où l’ar-
gument prend son point d'appui, se rapportent à l'Eglise générale, et encore, pour la plupart, à l'Eglise intérieure ou mystique plus qu'à l'Eglise extérieure. Aucune église particulière n’est autorisée à se les appliquer-spécialement et surtout exclusivement, parce qu'aucune n'est à l'abri de la menace adressée à celle d'Eplèse (Apoc. IT, 5). Tout ce que ces promesses annoncent d’ailleurs, c’est la perpétuité du Royaume de Jésus-Christ
et, par son moyen, la conservation de l'Evangile. Mais de là à.
l’indéfectibilité de telle ou telle communauté, à l’infaillibilité de tel corps de pasteurs ou de leur chef, il y a loin. L'Eglise, dans sa généralité, peut durer et remplir son but, (le maintien de la
vérité sur la terre), quoiqu'’elle tombe à certains égards ou à
certaines époques dans des erreurs plus ou moins graves; il
suffit à l’accomplissement de sa mission qu’elle garde avec inté-
grilé le dépôt des Saintes Ecritures (1). Il en fut ainsi de l'Eglise
judaïque qui, à travers ses égarements, ne nous en a pas moins
transmis pures les révélalions anciennes. L'Eglise chrétienne n’a pas reçu sous ce rapport de privilège spécial. Bien des déclarations bibliques lui ont prédit, au contraire, des temps d’aberration et de corruption profonde : — « Quand le Fils de l’homme viendra, pensez-vous qu'il trouve de la foi sur la terre? » (Luc X VIII, 8). — «Ce jour-là ne viendra point que la révolte ne soit arrivée auparavant, et qu'on n'ait vu paraitre l’homme
de péché, le fils de perdition : qui s'oppose et qui s'élève au-dessus
de tout ce qu'on appelle Dieu, ou qu'on adore, jusqu'à s'asseoir
(4) Voir notre explication de 1 Tim. IT, 15, p. 25.
comme un Dieu dans le temple de Dieu, voulant passer pour un SAS
Dieu... Le mystère d'iniquité se forme déjà... Alors parattra ce
méchant, que le Seigneur détruira par le souffle de sa bouche, et r
qu'il abolira par l'éclat de son avènement. Ce méchant viendra avec la force de Satan, avec toute sorte de puissance, avec des