SIMPLICITÉ DU CULTE ÉVANGÉLIQUE
Le culte évangélique est extrêmement simple parce qu'il est spirituel : « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l’adorent en esprit et en vérité. » (Jean IV, 24). La pompe des cérémonies ne lui est point essentielle; il ne lui faut que la foi, qui rend présentes les choses qu’on espère et visibles celles qu'on ne voit point; il se nourrit de repentir et d'amour; il a sa racine et sa vie dans la communion de l’âme avec Dieu par Jésus-Christ. Il se célébra durant les premiers siècles partout où la persécution lui laissait une place, c’est-à-dire sans éclat ni appareil d'aucune espèce, et c’est alors qu’il fut surtout puissant. Il se compose de la lecture et de la méditation des Ecri-
tures, de la prière, de l’exhortation, du chant sacré, de la célébration de la Sainte Cène. La forme n’en est nulle part prescrite dans le Nouveau Testament; mais c'est avec les éléments et les caractères qui viennent d’être indiqués qu'il se montre dans les Actes et dans les Epiîtres. (Act. II, 42; XX, 7; I Cor. XI; XIV; Col. If, 16). C’est encore sous ces traits généraux qu'il nous est décrit, après l’âge apostolique, par Pline le Jeune dans sa lettre à Trajan (111) (1), par Justin Martyr (150) (2), par
(1) « Ils s’assemblent à un jour déterminé (stato die), avant le lever du soleil ; ils chantent en commun des hymnes à Jésus-Christ comme à un
Dieu, et s'engagent par serment (sacramento) non à consommer quelque
crime, mais à ne commettre ni vol, ni adultère, ni larcin, ni mensonge, à
ne nier aucun dépôt. Après cela, ils se séparent et se rassemblent de nouveau pour rhanger en commun, mais sans excès. » (Epist., X, 97).
(2) « Nous adorons Dieu, non par des sacrifices, mais par des prières, des cantiques et des actions de grâce : c’est Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui nous à enseigné sa doctrine... Tous ceux qui sont persuadés de la vérité
de l’Evangile, et qui s'engagent à vivre selon ses lois, demandent avec.
jeûne à leur Dieu la rémission de leurs péchés et l'assemblée unit avec
eux ses prières. Alors ils sont lavés dans l’eau régénératrice, et baptisés.
au nom de Dieu, le Père de toutes choses, au nom de notre Seigneur et
Sauveur Jésus-Christ et au nom de l'Esprit Saint. Celui qui s’est ainsi lié à.
nous par le baptême est amené avec les frères dans le lieu où tous présentent leurs prières et leurs supplications. Ensuite on présente du pain et une coupe remplie de vin et d’eau à celui qui préside : il bénit et glorifie le Père de tous, au nom du Fils et du Saint-Esprit, et il lui rend grâces
de ses bienfaits ; tout le peuple se joint à lui, en disant : Amen. Les diacres .
donnent à chacun des assistants du pain, du vin mélé avec de l’eau, et ils en portent aux absents. Cette nourriture, que nous appelons Eucharistie, n’est donnée qu'à ceux qui croient à notre doctrine, qui ont été baptisés et qui vivent selon les lois de Christ. Nous ne recevons pas ce pain et ce vin comme une. nourriture et un breuvage ordinaires, car les Apôtres, dans leurs Commentaires qu’on appelle Evangiles, nous enseignent que Jésus, ayant pris du pain, l’ayant béni et ayant rendu grâces, dit : Faites ceci en mémoire de moi, ceci est mon corps; et, après avoir pris la coupe, il dit : Ceci est mon sang; et il ne donna l’Eucharistie qu’à ses disciples. Nous nous rappelons ces choses ; les riches secourent les pauses et nous nous entretenons ensemble. »
« Le jour du soleil, c'est-à-dire le dimanche, les habitants des villes et des campagnes s’assemblent dans un même lieu, où se lisent les Commen-
Tertullien (1), Origène, Arnobe, Lactance, etc., quoiqu'il s'éloignât peu à peu de sa simplicité en s’éloignant de son origine, et qu'il tendit à s’adresser à l'imagination plus qu’à la conscience et au cœur ; à mesure que le Christianisme lui-même se sécularisait, le rituel, auquel on attachait des propriétés mystiques, s'élevait insensiblement au rang duspirituel ; et le Christianisme passait sous le joug de la forme, qu'il était venu briser. La grandeur du culle évangélique, comme sa vertu, est toute intérieure. Cependant il ne fait pas abstraction complète des moyens externes d’édification; car nous ne sommes point de purs esprits ; 1l requiert les réunions religieuses ; 1l emploie la prière commune, le chant sacré, la prédication ; il a des rites symboliques ou des sacrements. (2)
taires des Apôtres et les Livres des Prophètes. Puis quand la lecture a cessé, celui qui préside instruit les assistants et les excite par son discours à l’imitation de ce qu'ils viennent d'entendre. Quand il a fini de parler, nous nous levons tous ensemble pour prier; immédiatement après on présente, comme nous l'avons dit, du pain, du vin mêlé avec de l’eau; le pasteur prie et loue Dieu; le peuple répond à haute voix : Amen. — Les aumônes sont remises entre les mains du président pour assister les orphelins, les veuves, les malades, les pauvres, les prisonniers, les étrangers, en un mot tous ceux qui sont dans le besoin. » (II° Apologie) .
(1) « Nous nous réunissons pour offrir à Dieu nos prières. Nous lisons les divines Ecritures; nous fortifions notre foi par des chants sacrés; nous affermissons notre confiance en inculquant dans nos cœurs les préceptes de notre loi. Si quelqu'un commet une faute, il est éloigné du lieu de nos prières et de la société des chrétiens. Ceux qui président sont les plus âgés, êt ceux qui méritent cette distinction; cet honneur n’est point mis à prix, on l’obtient par la voix de tous. Aucune des choses saintes ne s’acquiert avec de l'argent. On recueille dans une cassette ce que chacun peut donner; on s’en sert pour inhumer les pauvres, pour nourrir les indigents, les orphelins, etc. Aussi l’on dit : Voyez commeils s'aiment, ils sont prêts à mourir les uns pour les autres. — Les lieux où s'exerce notre culte sont simples et sans ornement. »
(2) Voir dans l'Encyclopédie des Sciences religieuses, le bel article de M. Bersier sur Le Culte. (Edit.)
er,
SENS DU MOT « Sacrement ». — NOMBRE des sacrements. — Grande diversité d'opinions à cet égard. — EFFICACITÉ des sacrements : — Opinions « Catholique », « Grecque », « Anglicane », « Luthérienne », « Calviniste », « Zwinglienne », « Socinienne ».— Deux classes générales : 1° « Canaux de la grâce » ; 2° « Signes de la grâce », SA
Le mot sacrement n’est point scripturaire ; il n’est nulle part appliqué dans le Nouveau Testament aux cérémonies qu'il désigne aujourd’hui. C’est un terme purement ecclésiastique, et d’origine latine. L'expression sacramentum avait diverses significations, dont la plus commune était celle de serment ; elle marquait spécialement l'engagement ou le vœu d'obéissance absolue des soldats romains envers leurs chefs : et l’on a cru généralement que c’est de là qu’elle a passé aux cérémonies où se prononcent les engagements et les vœux du Christianisme. Les Pères ont fait, en effet, des allusions à ce serment militaire en exposant les devoirs du baptème et de la Cène. Mais l’expression prit de bonne heure dans l'Eglise latine une signification spéciale qui fut plus probablement la raison de son application à nos rites sacrés ; elle devint synonyme de mystère. La Vulgate traduit fréquemment uustñetoy, dans sa double acception dé chose cachée et d’emblème, de type, par sacramentum ; aïnsi Eph: IIL, 9: :N, 32; Col. 1,275 T'Tim: TT, 165 Apocpens
X VIT, 7. Or, nous savons que les Grecs aimaient à appeler du nom de mystères les cérémonies comme les doctrines chrétiennes,
et qu'ils le faisaient en particulier pour le baptême et l’Eucharistie ; les Latins durent employer et employèrent en effet dans le même sens le terme de sacrement, dès qu’ils lui eurent donné une signification identique. Ils font de tous les dogmes de la foi comme de tous les actes du culte, des sacrements; ils parlent du sacrement de l’unité, du salut, de la rémission des péchés, de
Le
la croix, etc., etc.; c’est-à-dire qu’ils font de ce terme un usage analogue à celui que les Grecs faisaient du mot mystère.
Carlstadt (1) rejeta ce terme comme ambigu et non biblique; Zwingle l’improuva sans le rejeter; toutes les Eglises l'ont retenu, On peut, on doit même le conserver, puisqu'il est consacré par l'usage. Il suffit de le bien définir.
On a donné des sacrements des définitions nombreuses, et certains théologiens, Bellarmin par exemple, en ont voulu conclure qu'il était impossible de les définir exactement. D’après saint Augustin (qu'ont suivi la plupart des scolastiques), les sacrements sont : « les signes des choses sacrées, ou des formes « visibles de grâces invisibles; Signum rei sacræ aut invisibulis « graliæ visibilis forma. ». — Hugues de Saint-Viclor accuse cette définition d’être insuffisante, et y substitue celle-ci : « Le « sacrement est un élément matériel et sensible, représentant € par sa similitude, signifiant par son institution, contenant par « Sa consécration une grâce invisible et spirituelle. ». La définition d'Augustin, quoique retenue par l’Eglise catholique, est en effet plus d'accord avec le dogme protestant qu'avec le dogme romain. — D’après le Concile de Trente et le Catéchisme romain: « des actes joints à des paroles solennelles où nous est marqué « et conféré un effet de la grâce; actio verbis juncta solennibus, « qu& significatur et exhibitur effectus grahosus. » — D'après Mœhler (2) : « des choses sensibles qui, par l'institution divine, « possèdent la vertu de signifier et de produire la sainteté et la « justicé. » — D’après les luthériens : «des actions solennelles,
(1; Réformateur aventureux et fantasque, fougueux adversaire de Luther. Il mourut paisible partisan de Zwingle en 1551. — M. Ed. Cunitz s'exprime ainsi à son sujet dans l'Encycl. des sciences relig. : « Homme honnête et ne manquant pas de science, mais emporté, extravagant et ne gardant aucune mesure, il eut le malheur d’entrer en collision avec Luther et d’allumer, en soulevant les premières discussions sur la Sainte Cène, le funeste brandon de discorde qui sépara les deux Eglises confessionnelles issues de la Réformation. » (Edit.).
(2) Symb., T. [, p. 283.