‹ De l'égliseChapitre 65 sur 76 · DU BAPTÉME · texte numérisé non relu

DU BAPTÉME

ORIGINE, SENS ET DURÉE DE L'INSTITUTION. — Lustrations dans pres-

que tous les cultes; Ablutions juives ; Baptême des prosélytes ;

Baptême de Jean. — Le baptême chrétien cérémonie d'initiation et symbole de régénération. — Baptême d’ «eau » et baptême d’ « Esprit ». — Rapport avec la circoncision. — Est-il une ins-

titution perpétuelle ? Les Sociniens et les Quakers l’ont nié ou

mis en question.

Les lustrations existaient dans presque tous les anciens cultes et formaient une des cérémonies d'initiation à la plupart des mystères, la purification extérieure étant un emblème naturel de la purification intérieure exigée par la Divinité et promise par les néophytes. La loi mosaïque prescrivait des ablutions nombreuses (Ex. XIX, 10.14; XXIX, 4; Lév. XV, 5.6, elc; Nomb. XXXI, 23. 24 ; II Rois V, 14; Jean 11, 6). Les grâces évangéliques sont souvent annoncées sous l’image d’eaux pures et vivifiantes (Ezéch. XXX VI, 25; Es. XLIV, 3 ; Zach. XIIT, 1; Jean VII, 37.38). Déjà avant le Christianisme, le baptème était usité chez les Juifs. 1ls baptisaient leurs prosélytes (1), comme

(1) Ce fait paraît certain, quoiqu'il ait été contesté. Il se prouve : {°par.

le témoignage unanime des rabbins (de même le Talmud) qui disent que « dans tous les âges, quand un païen a voulu être recu comme prosélyte, il a dû être circoncis, baptisé et offrir un sacrifice (Maimonides) car, ajoutent-ils, Israël lui-même entra dans alliance par ces trois choses ». Ils trouvent le baptême dans Ex. XIX, 10 ie 20 par l'existence positive de cette pratique et son universalité au n° siècle. Il n'est certes pas probable que

les Esséniens leurs disciples (1). Jean baptisait, de la part de Dieu, (Jean 1,33 ; Matt. LIL, 14; XXI, 25; Marc XI, 29; Luc VII, 29) ceux qui venaient à lui pour les prédisposer au Royaume des Cieux, dont il annonçait l'approche (Act. XIX, 4). Jésus se présenta lui-même au baptême de Jean (Matt. III, 13-17; etc.), et il le remplaça ensuite par le baptème chrétien (2). On ne connaît pas l’époque précise où il l’instilua, mais tout indique qu'il le fit dès les premiers temps de son ministère (Jean IIE, 26; IV,1);etil en donna ou renouvela le précepte avarit de monter au Ciel (Marc XVI, 16). (Il n’est pas dit que les apôtres, à l'exception de saint Paul, aient été baptisés).

dans la lutte des deux cultes, les Juifs l’aient alors empruntée des chrétiens. Les purifications légales les conduisaient là, surtout à l’égard des Gentils considérés par eux comme impurs.

(1) Josèphe, Guerre des Juifs. Liv. II, chap. VIIT.

(2) On a beaucoup discuté sur les rapports de ressemblance et de différence du baptême de Jean avec le baptême chrétien. On a souvent considéré ces baptêmes comme étant essentiellement les mêmes (point de vue . général de la Réformation). Il ÿ a pourtant entre eux des diversités nombreuses et graves. Le baptême de Jean n’était que préparatoire et par cela même que temporaire ; ii n'avait pour objet que le Messie à venir; il ne s’administrait point au nom de la Trinité. Jean-Baptiste en marque la vraie nature et le distingue profondément du baptême chrétien (Matt. III, 11), Son baptême avait le même sens et le même but que sa prédication (Matt. III, 2), il supposait seulement cette conviction du péché, ce désir du pardon, cette faim et cette soif de la justice qui ouvrent les portes du Christianisme où la foi introduit ensuite, selon cette parole par laquelle saint Paul résume son ministère : « J’ai préché... la repentance envers Dieu et la foi en Jésus-Christ. » (Act. XX, 21 ; cf. Luc XXIV, 47). Aussi l’Apôtre rebaptisait-il les disciples de Jean-Baptiste (Act. XIX, 5).

Tandis que l’ancienne dogmatique protestante, et en particulier la dogmatique luthérienne, effacait toute distinction réelle entre le baptême de Jean et le baptême chrétien, la nouvelle écolè allemande y voit une difrérence radicale, par suite de sa tendance à a tacher la véritable vie spirituelle à l’incarnation de Christ (0lshausen et autres), de telle sorte que les anciens justes, étrangers, suivant elle, au Saint-Esprit et à son œuvre de régénération, restèrent en dehors du Royaume des Cieux.

Le Concile de Trente établit une différence profonde entre les deux baptêmes, |

Nous trouvons dans le Nouveau Testament deux formules du baptème, l’une complète : « .. baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » (Matt. XX VIIL, 19), l’autre abrégée : « … ts furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. » (Act. XIX, 5), qui est au fond la même, car être baptisé en Christ ou au nom de Christ, c’est admettre par le fait toute la doctrine évangélique.

Les Pères parlent de cinq baptèmes : 1° le baptème d’eau; 2° d'Esprit ; 3° de sang (ou le martyre) (Matt. XX, 22) ; 4° de lu-

mière (Apollus qui connaissait et prêchait l'Evangile, sans avoir reçu le baptême chrétien (Act. XVIII, 25); 5° de larmes (la pénitence).

Le baptême est : 1° une cérémonie d'initiation au Christianisme (Matt. XX VIII, 19 : « Faîtes des disciples de tous les peuples (ualnrebsare) (1), les baptisant, etc. » ; Mare XVI, 15.16; Jean IV, 1; Act. Il, 41; VIII, 12.36: XVI, 15.33; ICor. XIT, 13), emportant une profession de foi et de consécration à Dieu ou à Jésus-Christ, comme l'indique la proposition êvs, « êtç T0 ovoux 700 Iazpôs, xat, etc. » (Matt. XX VIIT 19); :« ekc' vo Owoua mou. Kuptou Incoÿ » (Act. XIX, 5); « ets Xpuotoy », (Rom. VI, 3-10) et la déclaration de saint Paul, Gal. IT, 27 : « Vous tous, qui avez été baptisés, vous avez été revétus de Christ »; ainsi que celle de saint Pierre, I Pier. IT, 21. Le baptême est : 20 un symbole de la régénération évangélique (Jean IIL, 5.6 ; Rom. VI, 3.6; Col. II, 12 ; Héb. X, 22; I Jean V, 6). C'était aussi le double sens de la circoncision. Elle était la marque du Mosaïsme, et, de

(1) Cf, Matt. XX VII, 57, où il est dit que Joseph d’Arimathée était aussi disciple de Jésus (os at adrèc éuabrTeuce tw Incoû), et Act. XIV, 21, où, pour annoncer que Paul et Barnabas avaient fait beaucoup de disciples à Derbe,. l'historien sacré se sert de cette expression : 2œi palnreioavrec iravous. Ce verbe n'est pas employé ailleurs dans le Nouveau Testament. La traduction ordinaire de Matt. XXVIII, 19: « Instruisez toutes les nations, etc. », ne rend donc pas exactement le grec. Le terme qui exprimerait le mieux la pensée du texte est celui de «convertissez», dans l’acception extérieure que Jûi a faite le langage actuel.

à » PA LR MERS 27,1, .… de "7 e LS he "A Bien “] "+ » ax. TT dr 2 dif ee MR : | AT De... CM +, à pit FURCNTEEiR fie nov E ST PINS, RTC CET re LE 26 be. : vas. * 4 a | ? LA L d «i

plus, un emblème de la purification du cœur (Deut. XXX, 6; Jér. IV, 4; Rom. II, 28.29) et un sceau de la justification par la foi (Rom. IV, 11). Aussi saint Paul la confond-il avec le baptème (Col. II, 11-13), se servant également des deux rites pour représenter la destruction du vieil homme et la formation de l’homme nouveau en Jésus-Christ. |

Il faut distinguer dans le baptème, comme en tout sacrement, le signe et la chose signifiée, l'emblème de la grâce et la grâce elle-même, en d'autres termes le baptème extérieur et le baptème intérieur, ou le baptème d’eau et le baptème d’Esprit. L'un nous fait membres de l'Eglise visible et nous place à la source des grâces évangéliques, qu’ilouvre en quelque sorte devantnous ;

d FT TS PES) APT ST PP. ON TS IV IT FE FU LR di-d"s

l’autre nous fait membres de l'Eglise invisible et nous confère ces grâces, dont le premier n’est que le signe et le gage ; l’un nous rend chrétiens devant les hommes, l’autre devant Dieu. Ils peuvent être l’un sans l’autre ; on peut avoir reçu le baptème d'Esprit sans le baptème d’eau, et vice versa.

| Le baptème est-il une institution perpétuelle ? — C’est l'opinion commune. L'Eglise l’a toujours cru et enseigné. On l’a pourtant plus ou moins contesté presque à toutes les époques.

Dans les premiers siècles, quelques gnostiques rejetèrent sur ce point la croyance et la pratique générale (Irénée, Théodoret, Tertullien). Ainsi firent, au 1v° siècle, les Massaliens ; dans le Moyen Age, les Cathares; quelques personnes à la Réformalion ; et depuis lors les Quakers, de même que des théologiens isolés et quelques petites communautés religieuses qu’on a désignées sous le nom d’antibaptistes (en Irlande particulièrement).

Ces adversaires du baptème se divisent en deux classes; ils arrivent à une conclusion semblable en partant de principes opposés, chaque* parti exagérant l’un des caractères du rite chrétien (interne, externe) au point d’anéantir l’autre.

Les premiers, ceux qui partent de l’externe, disent que le baptème étant simplement une cérémonie destinée à marquer le

passage du judaïsme ou du paganisme à la religion de l’Evan-.

-gile, il cesse naturellement à mesure que le Christianisme s'empare du monde ; signe et sceau du prosélytisme, il n’a plus son sens primitif si on l’applique à des personnes nées et élevées dans l'Eglise, il ne devrait aujourd’hui être pratiqué que par les missionnaires. — La plupart des sociniens, des rationalistes, des unitaires ont plus ou moins professé cette opinion; ils ne conservent le rite baptismal que parce qu'il est établi, et par respect pour l'usage. Ë

« Ils l’aboliraient facilement dans les familles chrétiennes, « dit Priestley, mais comme c’est un acte fout à fait indifférent,

« ils ne pensent pas qu'il y ait des raisons suffisantes pour « abandonner l’ancienne coutume. ». Cette opinion est parfaitement logique chez eux; car si le baptème n’est qu’un acle symbolique d'adhésion au Christianisme et de profession extérieure, il devient inutile, et doit tomber, par conséquent, là où tout le monde étant censé chrétien personne n’a besoin de déclarer qu'il l’est. — Mais, pour naître dans une contrée ou dans une Eglise chrétienne, on ne naît pas chrétien, au sens propre du mot. Le baptème n’est pas seulement une cérémonie d'initiation, il est encore l’emblème de la régénération, le sceau des promesses et des grâces évangéliques ; il symbolise et la conversion extérieure qui ouvre l'Eglise visible, et la conversion intérieure, le renouvellement du cœur qui ouvre l'Eglise invisible en formant au dedans de nous le Royaume de Dieu ; sous ce rapport, il est aujourd'hui et il sera toujours ce qu’il fut au commencement. [l conserve sa place et sa valeur, parce qu'il conserve sa signification intime. On ne met en question sa perpétuité que parce qu’on se méprend sur sa pleine destination, méconnaissant un de ses caractères et de ses buts essentiels. : A La seconde classe d’antibaptistes comprend ceux qui, dans leur opposition au formalisme, cette lèpre des Eglises, ont poussé le principe de la spiritualité jusqu’à renverser plus ou moins les observances religieuses, les pratiques du culte et les moyens

extérieurs de grâce. Tels furent autrefois les Massaliens, les Cathares, etc., chez les catholiques; tels sont aujourd'hui les Quakers chez les protestants, et, chez les grecs, les Duhobortsi, vrais Quakers de l'Eglise Russe (1). Ce n’est pas seulement le baptême que rejettent ces ultra-spiritualistes chrétiens, c'est aussi la Sainte Cène et presque toutes les ordonnances et les formes ecclésiastiques. Ils disent qu’en attachant au rite extérieur une sorte de sainteté, en le considérant comme un canal ou comme un gage de la grâce, en le rendant obligatoire et perpétuel, on méconnait le vrai caractère du Christianisme, et l’on ramène la loi cérémonielle ; suivant eux, le seul baptème réel et perpétuel est le baptème du Saint-Esprit, dont le baptème d’eau fut pour un temps le garant et le symbole. Ils font remarquer que, d’après saint Pierre (I Pier. LIL, 21), la purification du corps n'est rien et que la purification de l’âme est tout. Ils rappellent que, selon saint Paul (Eph. IV, 5), il n’y a qu’un seul baptême, comme il n’y a qu’un seul Seigneur et une seule foi, et ils soutiennent que ce ne peut être que le baptème intérieur, dans lequel nous mourons avec Christ pour renaître avec lui à une vie nouvelle. [ls ajoutent que Jean-Baptiste annonce (Matt. IT, 11) que le baptème d’eau cesserait quand viendrait le baptème d’Esprit, ou le vrai baptème chrétien. Ils insistent sur ce que l'auteur de l’Epître aux Hébreux place les bapltèmes parmi les ordonnances charnelles qui devaient prendre fin, etc. (H6b, IX, 10) (2).

Ce dernier passage est évidemment relatif aux ablutions ou purifications mosaïques. Le contexte le prouve et l'emploi du pluriel (Barrisuo:), ne permet pas non plus d’en douter. On ne peut supposer que saint Paul ait rangé le baptème, institué par

(1) Dict. of all religions. — Vie de W. Allen.

(2) Voy. Barcklay, 4pol. — Toutes les tendances spiritualistes ou mystiques accusent celles qui le sont moins de légalisme et de judaisme. — . Cette accusation est dirigée en bien des sens par la théologie actuelle contre l’ancienne dogmatique.

EAP RE RO RE TES ONE EE RS ON MT OR RES CAN ETAT CARTE ; bn A de RL RON DENT LUS Lo DOME DA .

Jésus-Christ, qu'il avait reçu, qu’il administrait, parmi ces

ordonnances et ces pratiques charnelles et temporaires dont il parle là; il le représente au contraire, dans son enseignement général, comme partie essentielle de l’économie évangélique, il réunit le baptème extérieur au baptème intérieur et fait de l’un le signe et le gage de l’autre, à l'exemple du Seigneur (Jean IT, 5). Dans l’Epiître aux Hébreux elle-même (X, 22.23), 1l fait une allusion manifeste au baptème en l’opposant aux cérémonies

légales : « Ayant les cœurs purifiés d'une mauvaise conscience, et le .

«corps lavé d’eau pure. » Les termes «£avrisuévot » et «'Aelouuéyot » étaient affectés au service lévitique ; ils désignaient, l’un la purification par le sang, l’autre la purification par l’eau. Les Juifs étaient nettoyés des souillures légales par l’aspersion du sang

des victimes et ils pouvaient se présenter alors devant Dieu; les.

chrétiens participent à l’aspersion du sang de Christ (es pavriouoy aiuaros Inso Xotsrod) ([ Pier. I, 2) et 1ls sont faits ainsi sacrificateurs de Dieu le Père (Apoc. I, 6). Les Juifs se préparaient par des ablutions à entrer dans le Temple ou dans le Tabernacle, les chrétiens ont reçu le baptème pour être introduits dans

l'Eglise. L'allusion est manifeste, et comme ces pratiques juives

durèrent autant que l’économie ancienne, dont elles. étaient une des lois constitutives, les pratiques chrétiennes doivent, ce semble,

par analogie, durer autant que l’économie nouvelle. C’est bien

le sens de ce passage et la doctrine générale de saint Paul (Voy. Rom. VI, 3; 1 Cor. XIE, 13; Gal. II, 27; Col. I, 42). — I Pier." II, 21 suppose l'observance du baptême et veut prévenir les fausses idées qu'on pouvait attacher,'ou qu’on attachait peutêtre déjà à l’acte extérieur. — Matt. IIT, 11 annonce seulement la grande différence du baptême de Jean et de celui de Christ. Loin d'avoir aboli le baptème d’eau, Jésus-Christ l’a pratiqué (Jean IV, 1) et ordonné (Matt. XX VIII, 19). Le principe sur lequel on argumente ici contre la croyance et la coutume uni-

verselle est si peu fondé, que nous voyons saint Pierre baptiser

‘Corneille et sa famille, en suite et à cause de l’effusion du Saint

Esprit sur eux (Act. X, 48). Nous ne devons pas spirilualiser le Christianisme plus que ne l'ont fait Jésus-Christ et les apôtres.

En somme, rien n'indique dans le Nouveau Testament que le baptème ne dût être qu’une institution temporaire; tout conduit au contraire à la considérer comme perpétuelle, et les premiers disciples, dépositaires de la pensée des fondateurs de l'Eglise, l’entendirent ainsi; tous les monuments historiques démontrent qu’on baptisa dès les premiers temps les personnes

nées de parents chrétiens, aussi bien que les prosélytes (1).

IT EFFICACITÉ et NÉCESSITÉ du Baptême. -- Régénération baptismale chez les Pères. — Doutes à ce sujet, relativement aux enfants,

jusqu’à Thomas d'Aquin. — Vertu intrinsèque « opere operato »

ou « opere operantis ». Textes sur lesquels s’appuie cette opi-

nion. Vue inverse de celle des « Quakers ». Inspirée par les

tendances panthéistes. Opposée à l’esprit du Christianisme.

Démentie par l’expérience. — Le Baptême est-il de nécessité , absolue ?

Quelle est l'efficacité du baptème ?

On vit se former de très bonne heure, et se répandre de plus en plus l'opinion que le baptème justifie et régénère par lui-même, qu’il ôte le péché et communique la vie de la grâce. On l’appela

(1) Il est digne de remarque que les spiritualistes extrêmes, qui réduisent à des figures les institutions sacramentelles du Nouveau Testament, aient en général voulu prendre à la lettre bien des textes où l’expression est évidemment métaphorique ou hyperbolique, comme Matt. V, 34. 39, etc. (serment, défense personnelle). Cela est spécialement vrai des Quakers. On sait eombien de passages ils tirent à leurs idées propres, par un littéralisme qui en change le véritable sens. Ainsi Luc X, 4: « Ne saluez personne en chemin. — N'appelez personne Seigneur. » — Les Anabaptistes présentèrent la même singularité. Zwingle en faisait déjà la remarque : « Tantôt, dit-il, ils insistent pour qu’on prenne la lettre dans le sens le . «plusrigoureux, tantôt ils la rejettent entièrement. » — Union remarquable et instructive de deux extrêmes qui semblent s’exclure. :

le sceau divin, l’illumination (cru), la régénération, la nouvelle naissance (radiyyevesis), l’eau vivifiante, l’onction sainte, le salut, le vêtement d’immortalité, ete., ete. On n'’exalta pas moins ce mystère après le Concile de Nicée; on représentait généralement l’efficace du sang de Christ et la vertu du Saint- Esprit comme unies à l’eau mystique. Cette opinion s’étendit ou grandit encore dans la controverse pélagienne. Il fut universellement admis que le baptème efface entièrement le péché, avec ses suites, et donne à tous ceux qui le reçoivent la grâce opérante et coopérante. De Ïlà la doctrine catholique que ce rite

sacré détruit la coulpe et la peine, et qu'il justifie opere operato,

contenant en lui-même la grâce comme un vaisseau et l’infusant comme le feu fait la chaleur. Cette doctrine, admise de bonne heure pour les adultes, resta longtemps exposée à des doutes quant aux enfants. On ne contestait point que le baptème les purifiât du péché originel; mais on demandait s’il leur communiquait le don de la justice qui consiste dans la charité et dans la foi. — A cette question, plusieurs répondaient négativement (ainsi Pierre Lombard). D’autres disaient que ce don supérieur leur était communiqué en puissance, ou en germe. Thomas d'Aquin enseigna qu'ils le recevaient comme les

adultes. « Quia pueri, sicut adullti, in baptismo efficiuntur

« membra Christi, inde necesse est quod a capite recipiant « influxum gratiæ et virtutis. » Cette opinion fut confirmée par le Concile de Vienne (1311). Nous avons Vu que ces croyances étaient tellement générales et enracinées au xvi siècle que l'Eglise anglicane et même l'Eglise luthérienne ne surent pas s’en affranchir complètement. Cependant lopinion dominante

des protestants a élé que le baptème n’est, comme la Cène, que Ë

le signe, le gage, le sceau des grâces évangéliques.

Ceux qui lui croient une efficacité intrinsèque et propre, s’appuient ordinairement sur Marc XVI, 16 : « Celui qui aura cru et qui aura été baptisé sera sauvé, mais celui qui n'aura pas cru

sera condamné. », sur Jean IIE, 5 : « Si un homme ne natt d'eau

ai PL

et d'Esprit, ne etc. », et sur Tite LIT, 5 : « 17 nous a sauvés. par le baptéme de la régénération (Gi. Xourso0 radeyevesias), et par le renouvellement du Saint Esprit. » — Dans le premier de ces textes le baptême est joint à la foi comme gage de l’introduction dans l'Eglise et dans la voie du salut, mais c’est sur la foi que porte essentiellement la promesse, selon la doctrine générale du Nouveau Testament ; et la dernière partie du passage le prouverait à elle seule. Le deuxième texte s'explique de la même manière; le baptème d’eau y est joint au baptème d'’esprit dont il est la figure, mais c'est sur le baptème d’Esprit ou sur la régénération que le Seigneur fonde l'entrée dans le Royaume des Cieux, comme le montre l’ensemble de son discours (v. 3. 6. 7. 8); le fait externe n’est mentionné que comme une image connue du fait interne (1). Ces passages n’ont de valeur que pour établir l'obligation générale, la nécessité ecclésiastique du baptème comme institution symbolique et divine. — Quant au troisième texte, il est douteux que lexpression sur laquelle on insiste, (hourcoy ralryyevesiax), désigne le baptème d’eau; dans tous les cas le signe serait là pour la chose signifiée, d'après la loi commune du langage, ainsi que le démontre la phrase explicative ou complémentaire « /e renouvellement du Saint-Esprit ».

L'opinion qui attache aux rites sacrés une efficacité intrinsèque mérite de nous arrêter un peu plus, car elle se relève au milieu de nous de divers côtés et en divers sens.

(1) Quelques commentateurs entendent ici par le Royaume des Cieux, l’économie chrétienne, l'Eglise, dont le baptême ouvre en effet la porte; interprétation trop étroite qui ne lève la difficulté d’un côté que pour la porter sur un autre, car elle rendrait la nouvelle naissance nécessaire même pour entrer dans l'Eglise extérieure. L'opinion d'Olshausen mérite d’être mentionnée par sa singularité; selon lui, l’eau désigne l’âme pénitente. «De même, dit-il, que, dans la création, l'Esprit est le principe for- « mant et l’eau le principe formé, de même dans la nouvelle naissance, « l'Esprit est le principe créateur et l’eau le principe réceptif, c’est-à-dire « l’âme pénitente et purifiée, qui est en quelque sorte la mère de l’homme « nouveau. » (Comm. sur Saint Jean).

Nous pouvons dire d'emblée qu’elle est peu en harmonie avec la doctrine générale et l’essence même de l'Evangile. Le Nouveau Testament rapporte directement le salut à la foi et à la conversion, et la foi, la conversion, la création nouvelle à Esprit de Dieu ou à sa parole; frappant à ses racines le formalisme pratique comme le formalisme dogmatique, il va droit aux dispositions intérieures et dépouille de toute efficacité propre les ordonnances et les observances les plus saintes. Les

bénédictions attachées à la prière, par exemple, le sont non à l'acte, mais au sentiment qui l’inspire ou qu'il respire ; et ce qui est vrai de la prière, l’est certainement de tout le culte. Sans doute, le sacramentalisme protestant, quel quil soit, fait toujours profession de repousser l’opus operatum. Ainsi, la vertu salutaire du baptême, il la fait résider moins dans le rite lui-même que dans le rapport où il place avec l'Eglise mystique, corps de Christ, sanctuaire du Saint-Esprit, tabernacle de Dieu au milieu des hommes. Mais ce point de vue, outre qu'il est difficile de le justifier, a encore quelque chose de trop formel, et par conséquent de trop formaliste. Quand on regarde à

l'esprit vital de l'Evangile, à son fond réel et essentiel, on ne peut croire que le don de Dieu en Jésus-Chrit soit ainsi solidaire d’une institution et d’une pratique extérieure, toute véné-

rable qu’elle est. On sent là une erreur du même genre que celle

qui lie les attributions et les vertus du ministère à l'imposition

des mains ou à la succession apostolique.

Saint Pierre dit à peu près du baptème ([ Pier. II, 21) ce que saint Paul dit de la circoncision (Gal. V, 6; I Cor. VII, 19, etc. ); et, ce semble, à bon droit, car si le baptème symbolise la conversion, la circoncision avait le même sens (Deut. XXX, 6; Rom. Il, 28.29); si le baplème est le sceau de la promesse (Act. X, 47), la circoncision l'était aussi (Rom. IV, 16). Saint Paul fait tout à la fois de la circoncision et du baptème une figure de l’œuvre de Christ en nous. « C'est en lui,

dit- ne que vous avez éLE circoncis, d'une circoncision faite sans

= PPS ER TE A OR NS DRE LR DE 0 PVR où PP MP UNTE CRC Re CS ET TR PRESS. Lun : u4 CT «fl: ts PEL F L . x , > Le N » N PUS 5 , y € ñ LAS Le J , : L , à be

main et qui consiste à dépouiller le corps des péchés de la chair, ce qui est la circoncision de Christ; ayant été ensevelis avec lui par le baptéme, dans lequel vous êtes aussi ressuscités avec lui » (Col. II, 11. 12). Cette sorte d'identification des deux sacrements dit tout à elle seule, personne n’attribuant au premier les effets mystérieux qu’on cherche dans le second ; le symbolisme de J’un constate celui de l’autre. Par delà toutes les distinctions qu'on peut faire, le rapport établi par saint Paul reste significatif et décisif. Et puis l'expérience montre que les grâces évangéliques ne sont pas sous la dépendance qu’on suppose; car elles font fréquemment défaut chez les baptisés et elles agissent en bien des cas chez les non-baptisés (Quakers, Baptistes). Je sais qu'on pare par divers moyens aux conséquences de ce fait; mais 1l ne me paraît pas qu’on y échappe complètement.

Il en est un autre auquel on regarde trop peu. Jésus-Christ trouva le baptême établi (prosélytes, Jean-Baptiste) el considéré universellement comme un simple symbole de purification ou d'initiation. Tout indique qu'il lui laissa sa signification et sa fin convenues, en en élendant la portée. Il baptisait ou l’on baptisait en son nom (Jean III, 26; IV, 1); lorsque l’œuvre de la rédemption n'étant pas accomplie, l'Esprit n'était pas encore (Jean VIT, 39), suivant une expression sur laquelle s'appuie l’opinion que nous avous devant nous, lorsque n'étaient pas ouvertes, par conséquent, ces sources de la grâce et de la vie où elle fait communiquer par le baptème chrétien. Eh bien! il n'est dit nulle part que ce baptème différait essentiellement de celui qui suivit la constitution définitive de l'Eglise après la passion et l'ascension du Sauveur, ni que ceux qui l'avaient reçu aient dû recevoir l’autre et qu'aucun d’eux l'ait reçu en effet, A Ja Pentecôte, les seuls baptisés sont les convertis de ce jour. Or; si le vrai baptème chrétien tirait son efficacité interne de cette grande effusion du Saint-Esprit d’où naquitJe Royaume de Dieu ,

ici-bas, avec ses puissances restauratrices, avec ses saintes el

célestes prérogatives, il semble que les anciens croyants,

ceux du moins qui n'avaient point participé aux dons de ce jour, auraient dû être appelés ou recourir d'eux-mêmes à ce baptème nouveau, auquel serait suspendu le trésor des charismes spirituels. Mais non’; le premier leur suffit. Le seul baptême qui ait été renouvelé est celui de Jean, parce qu’il n’était que préparatoire (Act. XIX, 1-7).

C'est une donnée tout à la fois historique et : dogmatiques qui mérite d’être notée. Elle prouve que si, lorsque out fut accompli, le baptême prit, avec tout le reste, une signification plus profonde et plus haute, il n’en demeura pas moins ce qu’il était déjà, c'est-à-dire foncièrement symbolique. N’en ôtons rien de ce qu'y mettent les Livres, mais n'y ajoutons rien. Ne faisons ni du baptème ni de la Cène « des cérémonies vaines et sans effet » ; Dieu y est avec ses miséricordes, Jésus-Christ yest avec ses grâces; mais n’en faisons pas non plus des énergies occultes, espèces de médiateurs dont dépendraient les dons divins. Tenons-nous à égale distance de ces théories extrèmes, dont les unes les évident jusqu'à les réduire à de pures formes, qu'elles feraient volontiers disparaître de l'Eglise, tandis que les autres les divinisent et les idolâtrent, par un réalisme plein d'illusions. Prenons-les tels que les fait la révélation, avec les bénédictions qu'ils nous portent comme avec les obligations qu'ils nous imposent; mais ne dépassons pas l’altestation biblique sous prétexte d’en pénétrer ou d’en rehausser le mystère, car rien n’est sûr au delà de ce qu’elle donne formellement. ;

Dans ce fait divin du Royaume des Cieux reconquérant la Terre par les puissances rédemptrices émanées de l'incarnation, de la passion et de LSERAOE du Seigneur, dans ce fait qui touche à l'éternel et à l'infini, il y a mille aspects qu’on peut exprimer par mille images, et chaque direction théologique

relevant le côté auquel correspond son idée propre, il naît de là

des conceptions différentes, toutes appuyées originairement sur un fond vrai, mais susceptibles de s’égarer en se Gste ES et en substituant au réel un pur idéal.

L ETS S |- lé : de &. è is Lt Da EL dogs s 5 ml ab TT" coder ER hd de |

Le sacramentalisme, objet de ces remarques, est l’antipode du quakerisme. Quoique mystiques l’un et l’autre, ils le sont en sens inverse. L'erreur vient de ce qu’on s’attache trop exclusivement ici aux passages qui relèvent le signe, là à ceux qui l’abaissent, pour faire ressortir la chose signifiée. C’est la misère de l'esprit humain de ne pas savoir embrasser l’ensemble des faits ou des principes, d'exagérer en isolant et de fausser en exagérant.

La tendance réaliste a communément son origine dans la confusion des deux fins du baptème, ou de son effet subjectif et de son effet objectif. Comme il ouvre 2pso facto l'Eglise visible, le Royaume des Cieux sur la terre, on en est venu à croire qu’il ouvre de la même manière l'Eglise invisible, le Ciel proprement dit; oubliant que le baptème administré par l’homme à l’homme n'est jamais que le baptème d'eau. Toujours, le cœur naturel incline à remplacer le fond par la forme. Aïnsi les Israélites ramenaient partout l’opus operatum (Voy. pour les sacrifices Es. I et LXVI, pour la circoncision Rom. Il, 28.29). C'est la disposition que les prophètes, le Seigneur, les apôtres leur ont lé plus vivement reprochée. Elle s’est reproduite, sous d’autres apparences et dans d’autres conditions, au sein du Christianisme.

Mais aujourd'hui, il importe de le redire, la tendance réaliste dérive de causes plus hautes, et par cela mème plus redoutables. Elle a sa racine ou sa raison principale dans les idées que sème de toutes parts l’idéalisme panthéistique des successeurs de Kant : idées, ici conscientes, là inconscientes, respirées, pour ainsi parler, dans l’atmosphère intellectuelle de l’époque et circulant comme des principes axiomatiques, que chacun étend ou restreint à son gré, mais dont presque tout le monde subit plus ou moins l’empire. Le réalisme sacramentel et le réalisme ecclésiastique, à la fois facteurs et produits l’un de l’autre, vont se greffer sur cette « humanisation du divin », formule magique qui a paru un moment tout expliquer. Sous ce prisme, à travers

lequel tout s’envisage, on se représente l'Eglise comme un

organisme que l’Esprit de Dieu ou l'Esprit de Christ se crée sur la terre, où le baptème incorpore et rend participant de la nature et de la vie divine. Ces vues, indéfinies mais attrayantes par la lumière qu’elles semblent jeter sur ces sujets mystérieux, par l'appui que leur prête l'esprit du temps, et par celui qu’elles croient trouver dans certaines expressions scripturaires, se rencontrent à peu près partout, à des degrés et en des sens divers. Le haut-supranaturalisme s’en pare ou s’en couvre aussi bien que Île haut-rationalisme. Il est clair qu'elles ne valent qu'autant que la métaphysique dont elles dérivent. Or, cette métaphysique, qui perd son prestige dans le domaine de la philosophie, se maintiendrait-elle dans le domaine de la théologie, avec la lueur factice qu'elle paraît répandre sur les mystères chrétiens ? |

Quoi qu'il en soit, on ne saurait trop surveiller ce nouveau sacramentalisme, dans lequel trempe la pensée du jour, et qui peut entraîner des conséquences sérieuses. S'il cherche à se faire

un fort du caractère d'institution divine que nous avons vu res-.

sortir de la notion scripturaire de l’Eglise, ce n’est qu’en outrepassant la donnée de la révélation et en la changeant par cela même, La distance est grande entre le fait biblique dans son indétermination, et ces hypothèses de l’immanence de Dieu, de l’incarnation continue de Christ, de l’effusion éternelle de son ètre et de sa vie dans la communauté chrétienne, où l'Esprit est

en quelque sorte contenu comme dans un vase et d’où 1l s’épanche

par le canal des sacrements. Encore une fois, du fait biblique à

ces interprétations ou à ces images qu'on s’en forme, 1l y à loin -et fort loin. Nous devons nous tenir au fait, sans plus ni moins, sans le rendre solidaire ni de la conception déistique, ni de la conception panthéistique, visiblement inspirées l’une et l’autre par des doctrines étrangères. |

Un mot encore. Nous avons maintenu l'efficacité mystique du baptême; nous avons parlé de grâces, de bénédictions spirituelles qui y sont attachées, en rejetant comme antiévangélique

« DE Cia» fe RS | étés © ch É PAS SU PE 22 Te DEP LE ad de nb N Ja = | * F- "#4 r 1 L * À S "

PC

opinion socinienne. Si l’on nous demandait quelles peuvent être ces bénédictions et ces grâces en dehors d’un certain degré de sacramentalisme, nous répondrions par les promesses de l'institution, sans prétendre déterminer la manière dont elles se réalisent, la révélation ni l’observation ne donnant rien de positif à cet égard. Il en est du baptème des adultes comme de la Cène, où les opérations de l'Esprit, quoique positives et presque sensibles, nous demeurent cachées. Quant au baptème des enfants, nous ne comprenons pas quelle en peut être l’action. Mais comprenons-nous mieux la bénédiction de Jésus-Christ quand il leur imposait les mains, ou celles qu’attire la prière que nous faisons en leur faveur ? Et à cause de cela, nous abstenons-nous de cette intercession ou doutons-nous qu’elle soit exaucée. par Celui qui l’a prescrite ?

Sur ces mystères du Royaume des Cieux, allons jusqu'où va la révélation et arrêtons-nous où elle s'arrête. Sachons laisser à Dieu quelques-uns de ses secrets. À cet égard, et à mille autres, la science, comme la piété, a besoin d’apprendre à marcher par la for. |

Le baptème est-il de nécessité absolue ?

Cette question dépend de la précédente. Si les grâces de la justification et de la régénération sont attachées au baptême, s’il en est le canal ou linstrument, s’il les communique par une vertu qui lui soit propre, alors il est d'une nécessité absolue; si au contraire il n’est que le signe, le sceau, le gage de ces grâces, alors il n’est nécessaire que d’une nécessité de précepte et de moyen, toute son importance vient de l’institution divine. Il est obligatoire pour l'Eglise; mais comme on n'est pas sauvé par lui, on peut aussi être sauvé sans lui.

La croyance de la nécessité du baptème pour le salut s’étendit avec celle de son efficacité intrinsèque. On considéra ceux qui mouraient sans le recevoir comme restant sous la condamnation, ou du moins comme privés à jamais des félicités célestes ; seulement on apportait à cette doctrine des restrictions plus ou

moins étendues, des exceptions plus ou moins nombreuses. On inventa les /imbes des enfants; on supposa que le martyre, ou baptème de sang, tenait la place du baptême d’eau; on fit entrer

en ligne de compte le cas d’impossibilité matérielle, etc., ete...

La foi à la vertu salutaire de ce rite fut cause, tantôt qu'on regarda comme un crime de le retarder, tantôt qu'on le renvoya jusqu’à l’heure de la mort. La plupart de ces idées, avec la doctrine qui leur sert de base, sont restées dans l’Église romaine; à peu près universellement tombées dans les Eglises protestantes, elles s’y relèvent çà et là, avec une sorte de sacramentalisme et de traditionalisme mystique.

FORMES pu BAPTÈME. — (Question du Baptisme). — Doit-on baptiser par « immersion » ou par « effusion » ? — Importance attachée à la question par les Baptistes, qui pourtant ne voient dans le sacrement qu’un symbole. Leurs arguments : 1° exégétique ; 2° historique ; 3° dogmatique.

Doit-on baptiser par immersion ou par effusion? De nos jours, les baptistes (antipédobaptistes, autrefois ana-

baptistes) ont donné beaucoup d'importance à cette question,

qui devrait en avoir si peu au sein du Christianisme, religion de

l'esprit, non de la lettre, et dans des Eglises où l’on ne considère les sacrements que comme des symboles. On concevrait encore cet attachement servile à la forme du rite et à son mode d'administration chez les personnes qui font du baptême le canal de la grâce, l’instrument du Saint-Esprit, car elles devraient craindre de fermer ou d’obstruer cette source du salut en alté-

rant l'institution primitive. Mais ce n’est pas de ce côté que

viennent les scrupules, c’est de la part de ceux qui élèvent le

plus le principe de la liberté et de la spiritualité chrétienne. Ce ne sont pas les catholiques, les puseystes, les confessionalistes que nous rencontrons 1ci, ce sont des hommes qui sous tous les

rapports, à part celui-là, se montrent les adversaires les plus prononcés du cérémonialisme. Les baptistes sont au nombre des chrétiens qui ont banni avec le plus de rigidité le rituel du culte (1).

Les baptistes posent l'immersion comme essentielle et obligatoire. Elle est à leurs yeux la forme divinement établie et absolument nécessaire ; là où elle manque, là n’est pas le vrai baptème, de la même manière que dans les principes du catholicisme et du haut anglicanisme, il n’y a pas de véritable ordination là où n'existe pas la succession apostolique des pasteurs : c'est-à-dire que des deux parts on arrive à faire dépendre le Christianisme tout entier d’une pure formalité extérieure ; ces deux tendances extrêmes, si opposées à tant d'égards, ne se-doivent rien sous ce rapport-là. — Le principe des baptistes sur ce point, si secondaire en apparence, les a conduits à des conséquences d’une infinie gravité : 1° Les baptistes rigides considèrent les membres des autres communions chrétiennes comme n étant pas réellement baptisés, par cela seul qu’ils n’ont pas été immergés. 2° Ils les regardent comme en dehors de l'Eglise de Christ et ne croient pas pouvoir communier avec eux. 3° Ils accusent toutes les versions de la Bible, autres que les leurs,

(1) Du reste, on peut remarquer ailleurs de pareilles anomalies. Ainsi, par exemple, nous avons en France deux Sociétés bibliques, dont l’une (la Société biblique de Paris) retient les Apocryphes, tandis que l’autre (la Société biblique de France) les rejette. Il semblerait que de ces deux associations, c’est la première qui doit s'occuper spécialement de la dissémination des Ecritures parmi les catholiques, puisque les catholiques considèrent les Apocryphes comme faisant partie du Canon. Or, il arrive précisément le contraire. La Société qui admet les Apocryphes s'interdit toute action directe sur les catholiques, et celle qui s’adresse surtout aux catholiques s’interdit absolument la propagation des Apocryphes, soulevant elle-même l'accusation de ne répandre que des Bibles falsifiées ou tronquées. — Rien de plus inconséquent qu'une certaine logique; rien de plus contraire aux vrais principes que certaines exagérations de scrupules. (Là s'applique la maxime que « la petite morale tue la grande », et cette autre, que « la forme emporte le fond ».)

EE CT al

d’être inexactes, au moins dans l’article du baptème, et c’est une des principales raisons pour lesquelles ils ont formé des Sociétés bibliques distinctes. À eux seuls, disent-ils, de répandre la pure parole de Dieu! Aïnsi, un fait sans importance réelle quant au fond vital du Christianisme, a pris peu à peu d'immenses proportions, au point de vue dogmatique comme au point de vue ecclésiastique et pratique. Il faut se rappeler sa relation avec d’autres questions pour comprendre le zèle extrème que les baptistes mettent à le défendre et l'esprit de séparatisme et de prosélytisme qu'il leur inspire. |

Les baptistes s'appuient sur les raisons suivantes : — 1° Le verbe Bar=iw, dans sa signification propre et son acception commune, marque l'immersion (argument exégétique).— 2° Jean baptisait par immersion, ainsi firent les apôtres, ainsi fit l'Eglise des premiers siècles, ainsi font les Grecs actuels (argument /1storique). — 3° Les allusions au baptème que nous trouvons dans le Nouveau Testament (Rom. VI, 3-5; Col. II, 12), ne permettent pas de douter qu'il ne s’administrât alors de cette manière (argument dogmatique).

Il serait trop long d'entrer dans les détails d’une discussion que les controverses modernes ont faite si vaste et si compliquée, surtout en Angleterre et aux Etats-Unis, j'en indiquerai seulement les traits et les résultats généraux.

1° Argument exégéhique.

| Sur le premier point, l'erreur des baptistes consiste à conclure de ce que BarziCw a quelquefois le sens auquel ils tiennent (IT Rois V, 14), qu'il l’a nécessairement et toujours. — Or, il est des cas où il ne l’a pas; ainsi Marc VII, 4: « Et quand ils reviennent de la place publique, ils ne mangent point sans s'être lavés (£4v un Banriswyear) » ; Luc XI, 38 : « Mans le pharisien le voyant s'étonnait de ce qu'il ne s'était pas lavé avant le repas (071 où rowroy Barton) »; (cf. I Cor. X, 1. 2). Dans ces textes, l'effet de l’immersion ne se montre pas ou n'existe pas. La pensée saillante est celle d’ablution, de lustration; de purification, de quelque manière et sous quelque forme

nr re 4 Ÿ è 0 e | ae ee ne Cd LA ru nf à - A, ES LUS Que À ME.

quelle s'accomplisse. Aussi l’auteur de l'Epiître aux Hébreux désigne-t-il sous la dénomination générale de Barrisuo. les diverses ablutions légales (Héb. IX, 10).

Cette acception large et spirituelle du terme en est l’acception religieuse, et spécialement l’acception chrétienne. Dès lors, l’idée dominante qu’il exprime, l’idée essentielle et fondamentale, l’idée propre est celle de purification, celle d'immersion, quand elle s’y rencontre, n’est qu’accessoire et accidentelle. (De même chez les Pères, le baptème de sang et de larmes, où la purification est la seule chose qu’on pût avoir en vue). L'important, c’est l’acte symbolique, ce n’est pas sa forme, parce que tout dépend, en réalité, non de la cérémonie elle-même et de la manière dont elle s’administre, mais de la disposition intérieure qu’on y porte et de la grâce qui y est attachée. Les mots BarziCw et Barrioua sont employés dans le Nouveau Testament en un sens très étendu. L'envoi du Saint-Esprit est appelé un baptème Matt. II, A1 : « Il vous bapthisera du Saint-Esprit et de feu. » Or, le Saint- Esprit est partout représenté comme répandu, versé (éxyouevos) (Act. IT, 17. 23) (Cf. Joël IT, 28; Ezéch. XXXV, 25), ce qui conduit à l’effusion et non à l’immersion. Et si l'effusion carac-

térise le baptème d’Esprit, il semble qu'il doit ou qu'il peut du moins en être de même pour le baptème d’eau, qui est le symboie du premier.

Le premier argument des baptistes n’a donc pas la valeur qu'ils lui attribuent.

2° Argument historique. — Sur le déuxième point, nôus reconnaissons que l'immersion (et la triple immersion) a été la forme ordinaire du baptème dans les premiers siècles. « Notre Sauveur, « dit Tertullien, commande aux Apôtres de baptser au nom du « Père et du Fils et du Saint-Esprit, non pas au nom d'une « seule personne, car nous ne sommes pas plongés une fois « dans l’eau, mais trois fois, une fois à la prononcialion de «e chaque nom (1). ». Un des Canons apostoliques ordonne que

(1) Adv. Praxeas, 26.

Page 1