‹ De l'égliseChapitre 66 sur 76 · AZ DAT VE · texte numérisé non relu

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l'évêque ou le prêtre qui néglige la tripie immersion soit déposé. Cette triple immersion est mentionnée aussi par Jérome, Basile, Chrysostôme, etc.. D’autres permettaient et pratiquaient l’immersion simple, en se fondant aussi sur des idées dogmatiques. « Avec une foi identique, dit Grégoire le Grand, des usages « différents dans l'Eglise ne blessent pas. Ainsi, comme il nya

En

« qu’une seule essence divine en trois personnes, on n’est point « blämable de plonger l’enfant dans l'eau une seule fois ou « trois fois; car de même que par les trois immersions on repré- « sente les trois personnes, de même par l'immersion simple on « représente l’unité de l’essence..». L'auteur le plus ancien qui parle du baptème par effusion comme d’une pratique commune, est Gennade de Marseille, au v°siècle, qui dit que de son temps, dans la Gaule, on employait indifféremment l’effusion ou l’immersion. Au vin‘ siècle l’effusion fut généralement adoptée dans PEglise occidentale, sans l'être pourtant universellement. Erasme nous apprend qu'à l’époque où il vivait tandis qu’on aspergeait en Hollande, on immergeait en Angleterre, comme continue à le faire l'Eglise d'Orient. Pendant longtemps l’effusion se répétait aussi trois fois (concile d'Angers au rm siècle). Mais peut-on conclure de là que lPimmersion soit la forme primitive absolue et, par suite, la forme obligatoire du baplème, la seule que les fondateurs du Christianisme aient employée et

la seule légitime? On a nié qu’elle ait été pratiquée dans aucun

des cas du Nouveau Testament. Et s’il est difficile de ne pas la voir dans quelques passages comme Matt. III, 6. 16; Jean II, 23 ; Act. VIIL 36, il est tout aussi difficile, pour dire le moins, de la supposer dans d’autres, comme Act. IL, 41 (les 3.000) et X. 48 (Corneille) et XVI, 30-33 (geûlier de Philippes). Il est plus’

que probable qu’attachant peu d'importance au mode extérieur

du rite, on le modifiait alors selon la nécessité des circonstances; les faits semblent l'indiquer, et l’on peut d’ailleurs le

conclure du principe de ‘spiritualité qui domina la conduite,

aussi bien que la doctrine des premiers prédicateurs de la foi, et

qui frappait jusqu'aux apparences de formalisme et de cérémonialisme (Jean IV, 2; I Cor. I, 17). Ce n’était pas Jésus-Christ qui baptisait, c'étaient ses disciples. « Ce n’est pas pour baptiser « que j'ai été envoyé, dit saint Paul, mais pour précher l'Evan- « gule. » Evidemment, dans l'esprit du Christianisme, ce n'est pas à la vertu ou à la forme du rite qu'il faut regarder, c'est à la puissance de la Parole et de la grâce, par conséquent aux dispositions d'esprit et de cœur. On comprend aisément qu’on ait peu à peu supposé à l’immersion une vertu particulière, à mesure que le pur esprit de l'Evangile s’altère dans l'Eglise et qu'on cherche une mystérieuse efficacité à toutes les pratiques religieuses. Cependant, à l’époque même où l'immersion était environnée du respect le plus profond et le plus général, elle souffrait encore des exceptions. On en dispensait, par exemple, les prisonniers, les malades (xhtwx0:) et autres. Constantin fut baptisé par aspersion, Clovis par effusion. Ce baptême était universellement tenu pour valide (1). Toutefois, on lui attribua pendant un temps moins d'efficacité et de sainteté qu'au baptème où l’on « était lavé en entier de l’eau du salut (2) ». On distinguait par le nom de « xAtvimot » ceux qui l’avaient reçu et on les excluait des ordres sacrés. Cela s'explique par les idées de l’époque. Mais le fait reste toujours, en preuve que l'immersion n'avait pas été posée dès le principe comme nécessaire et obligaloire, puisqu'on s’en écartait en certains cas. En outre, aux époques mêmes où elle était le plus exaltée, le caractère dominant et constitutif du rite, dans la doctrine ecclésiastique, est celui de purification, ainsi que dans le Nouveau Testament. Quelque attaché qu'on soit à la forme extérieure, c’est de la signification mystique qu'on se préoccupe surtout. Le baptème est appelé ÂouTooy, xafaptsuos, ayvusuos, elc., purgatio, lavatio, etc. C’est

par là que les Pères expliquent le baptème du Saint-Esprit, le

(1) Cyprien. Ep. 69.

(2) Id. Ibid.

baptème des larmes, le baptème de sang, et une foule de textes de l’Ecriture. Et c'est de cette vue fondamentale, restée tou-:

jours dans l'Eglise, qu'est venue la pratique générale de FOccident, où l’effusion a remplacé peu à peu l'immersion: car, dès qu'on fait de la purification le point essentiel et central, la forme perd son importance ; elle peut se modifier sans inconvénient, selon les temps, les lieux, les personnes. La seule chose nécessaire est le caractère sacramentel de la cérémonie, et, dans le monde occidental, elle le conserve pour ceux-là mêmes qui y altachent les plus hautes influences salutaires (catholiques).

3° Argument dogmatique. — Les baptistes insistent en s'atta-

chant à des passages tels que Rom. VI, 3. 4. et Col. IE, 42. Là,

disent-ils, le mode du baptème est formellement donné, en

. mème temps que son sens intérieur et son but spirituel : le bap=

tisé est représenté comme enseveli avec Christ et ressuscité avec lui; cela ne pouvant s'entendre que de limmersion, prouve, sans réplique, qu’elle était alors universellement pratiquée et, par cela mème, divinement établie. « J’apprécie si fort la preuve « fournie par ces textes, dit Carson (1), que je les regarde « comme pleinement décisifs. Dieu nous y donne lui-même « l'explication de son ordonnance. »

Quand il serait positif (et 1l ne l’est pas) que le fait de l’immersion est là attesté, lout ce qui en résulterait c’est que saint Paul a pris, parmi les pratiques alors usitées, celle qui rendait plus sensible cette mort du vieil homme et cette naissance de l’homme nouveau, effet nécessaire de l'union avec Christ par la foi; 1] ne s’ensuivrait nullement qu'il la déclare indispensable et obligatoire, en la faisant seule légitime. 11 ne dit pas un mot de cela. Et l'esprit des passages cités, comme l'esprit général de l'Evangile, ne permet pas de lui supposer une telle doctrine. Que veut-il établir Rom. VI. 3.4? C’est l'incompatibilité de la justification avec la persévérance dans le mal. Et il le fait en

(1) Théolog. des Etats-Unis. .

rh

montrant que la foi justifie et régénère tout ensemble, parce qu'en faisant participer spirituellement à la mort de Christ, élle fait participer aussi à la résurrection et jette dans l'âme les racines de la vie céleste. Voilà le fond de sa pensée et le fort de son argument, qui revient chez lui à des points de vue très divers (Eph. IE, 1-7; Col. TILL, 1-4). L’allusion au baptème n'est qu'accessoire ; c’est une simple image.

L'interprétation baptiste fait porter toute la force de la déclaration sur le rite extérieur ou même sur la forme. Il est inutile de dire combien de telles vues sont peu en harmonie avec l'esprit du Christianisme. Elles auraient quelque couleur dans l'opinion que les sacrements possèdent une vertu intrinsèque et qu'ils versent d'eux-mêmes la grâce dans les âmes; car alors la forme pourrait emporter le fond. Mais les baptistes professent hautement à cet égard les principes de la Réformation.

En dernier résultat, le Nouveau Testament ne prescrit rien, ni directement ni indirectement, sur le mode du baptème; ainsi qu'on pouvait s'y attendre d’après la nature toute spirituelle du Christianisme. Le sens et le but de l'acte sont l'essentiel, la forme est en soi indifférente (Jean XIII, 9; Rom. XIV, 17). L'Evangile étant destiné à conquérir le monde entier, ses rites obligatoires ont dû être établis de manière à pouvoir s’accomplir dans tous les temps et dans tous les lieux. Que l'immersion ait élé pratiquée dès l’âge apostolique, nous l’accordons sans peine; mais plusieurs faits indiquent que l’effusion le fut également, et c’est à cause de cela qu’elle s’est toujours conservée, malgré les opinions superstitieuses des âges suivants.

Il est triste que, par des scrupules excessifs, on introduise ainsi le cérémonialisme dans l'Eglise en rompant la communion des disciples. On s'appuie sur un principe infiniment recommandable en soi : le respect des coutumes primitives, limitation des temps apostoliques; mais 1° il est plus que douteux, nous l'avons vu, que ce principe soit applicable ici, puisque tout semble démontrer que le baptème s’administra, au commence-

ment, des deux manières; 2 quand il n’en serait point ainsi, c’est l'esprit de l’exemple des apôtres, comme de l’exemple de Jésus-Christ, qu'il faut suivre, ce n'est pas la lettre ou la forme extérieure. L'imitation servile est en désharmonie avec les tendances du Nouveau Testament, qui prescrit à la fois la liberté et la fidélité. La plupart des baptistes le reconnaissent, en dehors des préoccupations de la controverse. Ils s'écartent de linstitution primitive de l’eucharistie (les apôtres la reçurent après le repas, assis ou couchés); ils négligent l’ablution des pieds (Jean XIII, 15), l’onction des malades (Jacq. V, 14), les agapes, le baiser fraternel (Rom. XVI, 16). Ils ne se font pas scrupule de manger du sang ou des viandes étouffées (Act. XV), de porter les cheveux longs ou courts (I Cor. IT, 10), etc., etc., quoiqu'on ait sur ces points des préceptes et des exemples tout ensemble (1).

La forme du baptème, comme celles de la Sainte Cène et du Culte, tombent sous la juridiction de l'Eglise. Ce sont là des. points qu’elle doit régler par son pouvoir disciplinaire, et c’est une obligation pour les fidèles de se soumettre à ses ordonnances, aussi longtemps qu’elles ne blessent pas la corscience chrétienne et qu'elles ne compromettent nullement la foi et la vie spirituelle. Car il y a une limite, et nous l’avons posée ailleurs, au delà de laquelle la tolérance deviendrait une infidélité, . et la soumission aux hommes une révolte contre Dieu. Ainsi, par exemple, je puis prendre indifféremment dans la Sainte Cène du pain sans levain ou du pain levé; je puis la recevoir debout dans une église presbytérienne, ou à genoux dans une église anglicane, tandis que je ne pourrais consentir à adorer le sacrement avec les catholiques. On a, sans doute, le droit de combat-

(1) Du reste, quelques petites sectes ont cru obligatoire de rétablir ces anciens usages (Sardemaniens, Baptistes écossais, etc.). C’est là, en effet, que conduit le principe de l'imitation rigoureuse des pratiques apostoliques; mais c'est par là aussi qu’il se jugerait lui-même, s’il n’était jugé déjà par l'esprit général du Nouveau Testament.

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tre les ordonnances ecclésiastiques qu’on juge mauvaises pour les faire modifier ou changer, mais tant que l'Eglise les mainüent et qu'elles ne touchent point aux choses essentielles, on doit les observer. C’est, je crois, le vrai principe chrétien en celte matière. — On pourrait, du reste, en faveur des consciences faibles, suivre ici la règle prescrite par saint Paul relativement aux viandes et aux fêtes (Rom. XIV et XV). Pourquoi nos Eglises, dans l'intérêt de la paix et de l'union, n’accorderaient-elles pas l’immersion à ceux qui tiennent à cette forme, s'ils consentaient, comme ils le devraient, à ne la demander que pour eux et à ne point condamner ceux qui la considèrent comme indifférente, s'ils la pratiquaient sans vouloir l’imposer, usant envers les autres du support qu’on aurait à leur égard ?

PÉDOBAPTISME. — Autorisé par le même principe qui autorise le multitudinisme : 14’ argument dogmatique ; 2° argument historique : a) pris des circonstances et des indications apostoliques (Textes) ; b) pris de la tradition (Tertullien, Cyprien, Origène, Augustin, etc.). — Réponse aux objections. — L'importance attachée à cette question tient aux discussions sur la constitution de l'Eglise. — Autres questions se rattachant au baptême.

Doit-on, ou peut-on baptiser les enfants ? Cette question, que les préoccupations ecclésiastiques de nos jours rendent si grave, est déjà résolue pour nous, d’après l’un des caractères ou des éléments constitutifs de l'Eglise. Nous avons vu que, par sa base supramondaine, l'Eglise peut être mulfhtudiniste, et que, par sa destination, elle doit l’ètre. Elle l’est dans les paraboles qui la prophétisent : elle le fut dans sa formation, s'ouvrant à qui voulutentrer (Act. Il); elle le fut dans sa composition première (Epiîtres). Or, du multitudinisme, le pédobaptisme. Aussi les adversaires de ce dernier le sont-ils également du premier.

Mais examinons la question au point de vue sous lequel elle est ordinairement envisagée et discutée. — Le Nouveau Testament n’a non plus rien de formel sur ce point; et ce silence même était un enseignement si l’on avait su le comprendre. — Tertullien condamne le pédobaptisme ; ainsi firent plus tard les Manichéens ; dans le Moyen Age, les Pétrobussiens et certains Albigeois ; et à la Réformation, les Anabaptistes ; ainsi font aujourd’hui les Baptistes, dans leurs diverses directions théologiques et ecclésiastiques. — L'opinion contraire a universellement prévalu, Parmi les arguments sur lesquels on la légitime, nous en indiquerons seulement deux, l’un dogmatique, l’autre historique.

10 Argument dogmatique. — La circoncision, signe d’admission chez le peuple ancien, sceau de la justice qui vient de la foi (Rom. IV, 11: Gal. LIL, 17. 18), symbole de la régénération (Deut. XXX, 6; Jér. IV, 4; IX, 26; Rom. IT, 28. 29), dont le sens spirituel était à lous ces égards le même que celui du baptôme, qui l’a remplacée (Col. If, 11), la circoncision était donnée aux enfants ; n’est-il pas naturel d’en conclure que les enfants peuvent et doivent recevoir aussi le baptême ? Le raisonnement analogique conduit là manifestement. — On dit, 1l est vrai, que le Nouveau Testament lie la foi au baptème (Marc XVI, 16; Matt. XX VII, 19) (1). Mais, pour les adultes, il en était

(1) Les Baptistes insistent particulièrement sur ce dernier texte où ils font remarquer que le Seigneur prescrit d’abord d'enseigner et ensuite de baptiser. Mais, nous l'avons vu, pafnreücate, qu'on traduit par enseignez, signifie proprement : faites de toutes les nations des disciples, en d’autres termes, appelez-les au Christianisme, convertissez-les. Nous pouvons distinguer ces trois préceptes, dans l’ordre du Seigneur : 10 attirez les hommes à la foi ou, selon l'expression de saint Marc, prêchez l’Evangile, la Bonne nouvelle, à toute créature ; 20 introduisez-les dans l'Eglise par le rite d'initiation; 3° instruisez-les ensuite plus en détail des doctrines chrétiennes (v. 20). « Convertissez (uxônr...) toutes les nations les baptisant.… et leur enseignant à garder tout ce que je vous ai commandé. » — Ce texte n’a rien, au fond, de ce qu’en tirent les Baptistes.

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de même de la circoncision. Cela n’en excluait pourtant pas les enfants. — Ce qu'on ajoute, que le baptème administré aux enfants n’a ni sens, ni but, ni effet, pouvait se dire également de la circoncision, et cependant la circoncision des enfants était ordonnée. — Si l’on insiste, en s'appuyant sur ce qu'il n'existe pas de pareil précepte pour le baptème, nous répondrons que c’est assez que cet ordre n’ait point été formellement révoqué pour légitimer l'induction qu’en a tirée l'Église universelle; il demeure comme preuve que les enfants peuvent être admis dans lAIlance ou dans l'Eglise de Dieu par de rite nouveau, comme ils l’'étaient par le rile ancien, et que leur âge ne crée pas les empêchements dirimants dont on parle.

2° Argument historique. — Mais plaçcons-nous au centre des idées ‘et des coutumes au milieu desquelles vivaient les apôtres pour essayer de comprendre comment ilsentendaient le commandement ; « A/lez... amenez à mot toutes les nations, etc. » (Matt. XX VIII, 19). Les apôtres étaient Juifs; les enfants des Juifs étaient circoncis; ceux des prosélytes, alors très nombreux, l'étaient en même temps que leurs pères, et non seulement ces prosélytes étaient circoncis avec leurs enfants en entrant dans le Judaïsme, mais ils étaient de plus baptisés les uns et les autres. Ces faits, universellement connus et respectés, ne conduisaientils pas les premiers évangélistes et les premiers croyants, tous judéo-chrétiens, à considérer le sacrement de la Nouvelle Alliance comme appartenant aussi aux enfants, lorsqu'aucune explication contraire n’était donnée, lorsque surtout divers traits de l’enseignement du Sauveur indiquaient qu'il voulait ouvrir à l'enfance son Royaume ou son Eglise (Matt. XIX, 13.14; Marc X, 13.14; Luc XVII, 15.16). Ces petits enfants (Épéon, selon saint Luc), que Jésus appelle à lui, ne pouvaient certes comprendre sa parole (ce qui fait tomber l’objection principale dirigée contre le pédobaptisme); il veut cependant qu’on les lui conduise, et il leur impose les mains, et il prie pour eux, et il les bénit. Ces traits, si touchants, n’autorisent-ils pas, ou, pour mieux

dire, n'obligent-ils pas les parents chrétiens à lui consacrer leur jeune famille? Est-il possible que le cœur d’un père et d’une mère fidèles ne trouve pas là nn devoir sacré? C’est à tel point que beaucoup de baptistes présentent leurs enfants au Seigneur immédiatement après leur naissance, c’est-à-dire qu’à part l’effusion de l’eau, ils font ce que nous faisons et qu’ils nous reprochent. L'esprit de ces passages est certes tout en faveur du pédobaptisme ; s'ils n’en parlent pas, ils y portent et y poussent, par cette logique du cœur ou de la conscience, plus forte et plus sûre que celle de la science:

D’après leurs idées et des analogies toutes naturelles, les apôtres devaient donc prendre en ce sens la parole de Jésus. Voyons s'il n’y a rien dans leurs écrits qui nous montre qu'ils l'ont ainsi entendue. — Le jour de la Pentecôte, saint Pierre, en exhortant ceux qui l'écoutent à se faire baptiser au nom de Jésus-Christ, leur annonce que la promesse est pour eux ef pour leurs enfants (Act. IE, 38.39). Comment interpréter cette déclaration, adressée par un Juif à des Juifs, quand on la rapproche de celle du Seigneur à Abraham (Gen. XVII, 7-10)? La parité des termes dans les deux promesses, ou, pour parler plus exactement, dans les deux promulgations de la promesse, ne devaitelle pas faire supposer la parilé des privilèges sous les deux Alliances, et, par conséquent, le droit des enfants à recevoir sous l’une comme sous l’autre le sceau de la justice de la foi (Rom. IV, 11)? Cette induction était d'autant plus naturelle que luniversalisme chrélien ne permettait certes pas de croire que le privilège accordé sous le parlicularisme juif, eût été restreint dans l'Eglise. Si donc le texte ne donne pas formellement le pédobaptisme (puisque le terme d’ « enfants » peut s’y entendre dans le sens général de postérité), il semble pourtant l’impliquer et l’autoriser. — Saint Paul déclare (1 Cor. VIT, 14) que les enfants des chrétiens sont saints, et qu'ils le sont là même où l’un des parents est païen, parce que le mari fidèle sanchfie la femme infidèle, et la femme fidèle le mari infidèle : expressions qu'on

ne peut appliquer qu’à cette sorte de pureté légale, de sainteté extérieure qui dislinguait le peuple de Dieu de tous les autres, suivant le sens judaïque des mots &y106 et äxäfuoros (Act. X, 28; II Cor. VI, 17). Or, l'Eglise est, au point de vue chrétien, ce peuple de Dieu, cette nation sainte (I Pier. II, 8) séparée du monde. Et si les enfants appartiennent à l'Eglise, ils ont évidemment droit au baptème qui en ouvre les portes.

Ces paroles des apôtres s'expliquent encore et se confirment par leurs actes, quoique les actes restent indéterminés comme les paroles. Ils baptisaient les familles entières des convertis : Lydie fut baptisée avec sa maison (Act. XVI, 15), le geôlier de Philippes avec tous les siens (v. 33), de mème Stéphanas (1 Cor. I, 16). — IL est possible, dit-on, qu'il n’y eût pas là d'enfants. Oui, mais il est possible qu'il y en eût, et il reste toujours que les auteurs sacrés ont choisi l'expression la plus large et qu'ils l’ont employée sans limitation ni correctif, ce qui serait certes fort extraordinaire si dans leur pensée le pédobaptisme eût été illicite. Supposez des missionnaires, dont nous voudrions connaître l'opinion au sujet du baptême, d’après une courte relation de leurs travaux où ce point ne serait pas directement traité. Si nous y trouvions ces deux ou trois traits, qu'ici ils ont baptisé la maison d'un chef, là une personne avec toute sa famille, ailleurs une autre avec tous les siens; qu’en conclurions-nous ? rangerions-nous Ces missionnaires parmi les baptistes ? (1) — Or, c’est exactement le cas du Nouveau Testament, avec cette circonstance capitale qu'il importait d'autant plus de s'expliquer alors sur le baptème des enfants, si on l’eüt rejeté, que les principes et les usages juifs conduisaient à l’admettre, d’après le rapport manifeste, et plusieurs fois marqué d’ailleurs (Col. II, 12) entre le rite ancien et le rite nouveau.

Passons à un autre ordre de considérations.

L'histoire nous montre de bonne heure la pratique du pédo-

(4) Voy. Wood : Lectures on infant’s baptism.

baptisme dans l'Eglise, et quoique, sur ce point comme sur tant d'autres, nous n’ayons pas pour les premiers temps des docu-

ments précis, des attestations directes et formelles, tout conduit

à croire que celte pratique remonte jusqu'à l’âge apostolique. Justin et Irénée semblent y faire allusion (1). Tertullien la révèle en la combattant (2). |

Origène la représente comme générale et comme venant des

(4) Justin parle de gens de 60 et de 70 ans qui avaient été faits disciples dès leur première enfance, ex rœdov euxOnteuOnoxv. (Apologie). — Irénée dit : « Omnes venit per semetipsum salvare, qui per eum in Deum renas- « cuntur, infantes et parvulos et pueros, infantibus infans factus, parvulis « parvulus. » (Hwres. Liv. Il, ch. 39). Il est difficile de ne pas voir sous de telles déclarations le baptême des enfants, quand on se rappelle les idées exagérées de régénération et de salut attachées déjà alors à ce rite. La nouvelle naissance représentée comme le partage des petits enfants (infantes), indique, selon toute apparence, ce qu’on nomme la régénération baptismale. Nous reconnaissons du reste que ce témoignage est trop indirect, trop indéfini, et par là trop incertain, pour qu'on puisse s'y appuyer avec quelque assurance. Remarquons pourtant que la croyance, répandue de si bonne heure, à la vertu mystique du baptême prouve que l’ancienne Eglise était loin de pencher vers l'opinion baptiste qui veut que l’œuvre de la foi et de la grâce précède le sacrement. « Une Eglise qui en principe « n'administrerait le baptême qu’à des régénérés ne pourrait pas tomber « dans l’idée de la régénération baptismale, et si l'Eglise primitive y est si « promptement arrivée, c’est que sans doute son point de départ était « autre que celui des baptistes modernes » (M. Clément : Etudes bibl. sur le baptême, p. 111.) | (2) « Suivant la condition des personnes, leurs dispositions ou leur âge, «il est plus utile de renvoyer le baptême, surtout en ce qui concerne les « enfants. Qu'est-il nécessaire, en effet, d'exposer les parrains (sponsores) « au danger ou d’être empêchés par la mort de tenir leurs promesses, ou « d’être décus par le développement de mauvaises inclinations ? Mais le

« Seigneur a dit : Ne les empéchez pas de venir à moi. Qu'ils viennent donc

« à mesure qu'ils grandissent, qu'ils viennent à mesure qu'ils sont ensei- « gnés et qu'ils savent mieux où ils vont; qu'ils deviennent chrétiens « lorsqu'ils seront en état de connaître Ghrist. Qu’y a-t-il qui presse cet « âge innocent de recevoir la rémission des péchés ?.. Les motifs de « renvoyer ne sont pas moins considérables pour les personnes non « mariées, à cause de la tentation. Qu'ils attendent donc (jeunes gens et « veufs) jusqu’à ce qu'ils soient ou mariés ou fortifiés par la continence. « Si l’on savait combien le baptême est chose grave, on redouterait bien

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apôtres (1). Elle est mentionnée en termes tout aussi exprès par Cyprien (2), Optat, Grégoire de Nysse, Grégoire de Na-

« plus de le hâter que de le différer. » (De baptismo, Cap. 18. — Traduct. du Professeur Jalaguier). — Ce passage a été souvent allégué contre le baptême des enfants, parce qu’il le condamne, mais ce n’est pas l'opinion personnelle de Tertullien qui importe ici, c’est le fait, c’est l'usage qu'il atteste. Or ce fait est positif, on baptisait les petits enfants (parvulos), C'était la règle qu'ils fussent présentés par des parrains (sponsores) ; on légitimait l’usage établi par cette parole du Seigneur : Laissez venir, ete. Si Tertullien l'attaque, ce n'est pas par des arguments historiques ; il ne l'accuse ni d'innovation ni d’illégitimité ; il n’en appelle pas pour le renverser aux traditions et aux coutumes apostoliques, sur lesquelles, de même que tous les anciens Pères, il aimait tant à s'appuyer. Il ne raisonne que sur des considérations morales. Aussi les mêmes motifs qui lui font déconseiller le baptême des petits enfants, lui font-ils déconseiller également celui des jeunes gens et des jeunes personnes, des veufs et des veuves. Sa maxime fondamentale est que le retard du baptême est salutaire à tous. « Pro cujusque personnæ conditione ac dispositione, etiam « ætate, cunctatio baptismi utilior est. » Evidemment ce ne sont pas les principes de lPantipédobaptisme de nos jours qu'il pose et qu'il défend, ce sont des principes tout autrés ; on sent dans ses paroles la croyance, déjà répandue et bientôt universelle, de l'efficacité intrinsèque du baptême ; il craint qu'on n'en perde les fruits salutaires en le recevant trop tôtet qu'on ne puisse plus les recouvrer. D'ailleurs, répétons-le, il faut distinguer deux choses dans ce passage fameux, l'opinion particulière de Tertullien et son témoignage ; son opinion s'explique aisément, et son témoignage reste comme preuve décisive de l'existence de notre pratique dans les temps primitifs, l'institution des parrains montre qu’elle était déjà ancienne, puisqu'elle était réglementée.

(1) Origène, né en 185, connaissait parfaitement l'Eglise. (I avait vécu à Alexandrie, à Rome, en Grèce, en Cappadoce, en Arabie, en Syrie, en Palestine. Il parle à diverses reprises du baptême des enfants, et toujours incidemment, comme d’un fait reconnu, incontesté, qu'il ne se donne pas la peine d'établir, quoiqu'il y appuie très souvent son argumentation et sa doctrine. Il suffira de citer une ou deux de ses paroles : « Quia per bap- « tismi sacramentum nativitatis sordes deponantur, propterea baptizantur « et parvuli » (Hom. sur Luc XIV). « Pro hoc et ecclesia ab apostolis tra- « ditionem suscepit, etiam parvulis baptismum dare » (In Roma) (Voy. aussi Hom. 8° sur Lév. XIT).

(2) Voici ce qu’il écrit à l’évêque Fidus en lui transmettant l'avis du Synode de Carthage (an 253) : « Quantum vero ad causam infantium perti-

ziance (1), Ambroise, Chrysostôme, Augustin, etc., elc., ne sont pas moins formels. Ce dernier, comme Origène, appelle le pédobaptisme une «tradilion apostolique », une « coutume univer-

selle » ; il s’en sert constamment dans ses controverses, surtout

avec les Pélagiens, dont la conduite mérite d’être remarquée. Le baptème des enfants les gènait beaucoup d’après les idées qu'on se formait alors de ce rite et la vertu mystique qu'on y

attachait universellement. On s’en servait depuis longtemps

pour prouver le dogme ecclésiastique auquel ils étaient le plus hostiles, le péché originel (Origène, Cyprien, etc.). Cependant, au lieu de s'attaquer au pédobaptisme, ils l’admirent au contraire, malgré la nécessité où il les plaçait de se jeter dans des hypothèses étranges pour en rendre compte dans leur théorie. Ainsi, distinguant entre la vie éternelle et le Royaume des Cieux, ils disaient que l'enfant obtient bien la vie éternelle par sa pureté native, mais qu'il n'obtient le Royaume des Cieux que par le baptème qui élève l'homme à une existence morale plus haute que celle qu'il possède naturellement; ou bien ils disaient que le baptème administré dans la première enfance était comme une provision de grâce, qui s’appliquait aux péchés commis plus

« net, quos dixisti intra secundum vel tertium diem quo nati sunt, cons- « titutos baptizari non opportere; et considerandum esse legem circum- « cisionis antiquæ, ut intra octavum diem, eum qui natus est baptizandum « et sanctificandum putares, longè aliud in concilio nostro visum est. In « hoc enim quod tu putabas esse faciendum nemo consentit, sed universi « potius judicavimus nulli hominum nato misericordiam et gratiam dene- « gandum, etc. » Ainsi, dans les lieux mêmes où Tertullien avait enseigné, son opinion était loin d’avoir prévalu. Tout ce qu’un des évêques d'Afrique demande, c’est que le baptême soit renvoyé au huitième jour après la naissance, et le concile de Carthage repousse unanimement cette propo-

sition.

(1) Il veut, à la vérité, qu'on diffère le baptême des enfants jusqu’à l’âge de trois ans, se fondant sur le danger de le leur administrer plus tôt. (Considération hygiénique). Autre opinion particulière, étrangère à la question du pédobaptisme. — Cette coutume est pourtant restée en Orient, chez les Georgiens qui ne baptisent pas avant l’âge de trois ou quatre ans.

tard. N'’était-il pas plus simple de nier l'ancienneté et l’apostolicité de cette pratique, si c'eût été possible? Ils ne le firent pas, et personne ne paraît l'avoir fait dans les premiers siècles. L'argument historique est donc aussi formel qu'on puisse le désirer.

On a dit, il est vrai, que le pédobaptisme était né des opinions sur l'efficacité du baptème et de sa nécessité pour le salut. Mais peut-être serait-il plus exact de dire qu'il contribua luimême à développer ces opinions. Dès qu’on supposait, et on le fit de bonne heure (Origène), qu'il purifiait les nouveau - nés de la souillure originelle, on devait en conclure aussi qu'il effaçait tous les péchés. Du reste, ces idées, dont les germes se montrent dès les premiers temps de lEglise, portèrent tantôt à hâter le baptème (Cyprien), tantôt à le retarder (Tertullien). Le principe une fois posé, on en inféra, ici qu'il fallait recevoir l’eau régénératrice au plus tôt, de peur de s’exposer à perdre le salut, là qu'il fallait remettre le plus possible, de peur de s’exposer à perdre la grâce qu’elle confère.

En résumé, le baptème des enfants a pour lui des données scripluraires et historiques qui le légitiment; il est une des cérémonies les plus touchantes, quand l'esprit chrétien y préside; il symbolise, aussi bien que celui des adultes, les vérités et les gràces évangéliques ; il rend l’éducation religieuse de l'enfance en quelque sorte plus obligatoire et plus'sainte; l'Eglise ne l'accorde que sous la responsabilité des chefs de famille et des parrains; et elle en fait renouveler le vœu à la première communion.

Nous sommes donc pleinement autorisés à le retenir.

L'Ecriture n'ayant rien déterminé sur l’époque, non plus que sur la forme de ce rite religieux, on ne peut que s'étonner et gémir des divisions auxquelles ces points secondaires ont donné lieu.

Il convient de rappeler ici que l'importance attachée aujourd'hui à cette question tient généralement à d'autres causes que

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sa valeur propre. Elle a son origine et sa base réelle dans les

discussions relatives à la constitution de l'Eglise. Le puritanisme, ou l’individualisme conséquent, conduit, par une nécessité logique, à l’antipédobaptisme en conduisant à l’anlimultitudinisme. Les anabaptistes du xvi° siècle sentirent qu'il fallait aller jusque-là et ils n'hésitèrent point. Les indépendants y sont arrivés peu à peu; et tous les systèmes séparalistes y tendent. Si l'Eglise n’est que la communion des saints ou la libre association des croyants, si l’on n’en devient membre que par une adhésion volontaire et réfléchie, le baptème des enfants estune grossière anomalie, un véritable non-sens. Les principes individualistes mènent nécessairement à cette conclusion. Mais en face des croyances si anciennes et si universelles qu’elle heurte, cette conclusion ne semble-t-elle pas indiquer que les principes dont elle sort recèlent quelque erreur? D’an autre côté, les partisans et les promoteurs de ces principes ne devraientils pas éprouver certains scrupules? car ils font généralement leur fort de la conscience chrétienne, et s’il est une pratique que la conscience chrétienne ait inspirée, légitimée, consacrée, c’est bien celle qu'ils sont conduits à révoquer en doute et à battre en ruine. Récuser la conscience sur certains points, c’est infirmer son autorité sur lous.

Bien d’autres questions se rattachent au baptème. On a demandé :

1° S'il peut être administré par un laïque ? — L'opinion commune est qu'il peut l’être dans les cas de nécessité. Cette opinion, qui remonte à Tertullien, fut générale aux époques où l'on considéra le baptème comme absolument essentiel au salut. Elle est restée dans l'Eglise romaine qui accorde le droit de baptiser, en ces cas-là, même aux sages-femmes et aux infidèles (hérétiques, Juifs, etc.), pourvu qu'en le faisant, ils aient l'intention de faire ce que fait l'Eglise (1). Elle a été admise à quelque degré

(1) Catéch. de Trente, Il° partie, & 22.

Ca

* par les Lüthériens et lés Anglicans.;Les presbytériens (Calvinistes) l'ont rejetée, et parce qu’elle tend à nourrir de fausses notions sur la vertu intrinsèque du baptême, et parce qu’elle peut porter atteinte à l'ordre de l'Eglise en empiétant sur les attributions du clergé; car il y a toujours eu des personnes, comme les Marcionites, les Montanistes, les Anabaptistes, etc., et aujourd’hui les Plymouthistes, qui ont contesté sous.ce rapport ou même à tous égards les droits et les privilèges des pasteurs. |

2° Le baptême doit-il être réitéré ? — Les Mendéens {chrétiens de saint Jean, hemerobaptistes) ont un baptème quotidien. On dit que Marcion baptisait deux et trois fois. Dans les premiers siècles, on discuta vivement sur le baptème des hérétiques. Les Africains et les Donatistes, en particulier, rebaptisaient(1). Les Ariens le firent aussi. Les Anabaptistes le firent plus tard; les Baptistes le font aujourd’hui. Depuis le v° siècle, l'opinion générale est que le baptème est valide, et qu'il ne doit point être renouvelé dès qu'il a été administré selon la formule évangélique. Act. XIX, 5 n’est point contre cette opinion.

30 Que penser de l'institution des parrains? — Quoiqu'elle n'ait aucun fondement scripturaire, elle est fort ancienne (Tertullien) ; elle est bonne en elle-même, et il convient de la conserver. |

4° Quel est le rapport des enfants baptisés avec l'Eglise ? — On peut dire qu’ils appartiennent à l'Eglise extérieure générale, qu'après leur première communion ils appartiennent à l'Eglise particulière où ils ont prononcé leurs vœux, et que soit avant leur première communion, soit après, ils appartiennent à l'Eglise intérieure dès que la foi et la vie spirituelle ont pénétré dans leur âme.

(4) Cyprien se fondait sur ce que la parole des hérétiques, de même que des impies, ne pouvait conférer à l’eau, dans l'acte de consécration, sa vertu mystique.

| etc ne Réformation Va ramené à sa S tiapliené) Di |

cependant l'Eglise luthérienne a retenu /’ exorcisme et l'Eglise + anglicane le signe de la croix. Dans l'Eglise romaine, on bap- ce tise des choses inanimées, les cloches, les vaisseaux par. ; exemple; toutes les autres Eglises ont rejeté cette pratique superstitieuse où elles ont vu une profanation du rite chrétien. à

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