‹ De l'égliseChapitre 68 sur 76 · LA TR · texte numérisé non relu

LA TR

mérites de Christ à ceux qui viennent à la table sainte avec foi, tandis que les sociniens ne reconnaissent à la Cène, comme à la prière et aux autres actes du culte, qu'une action morale, une influence psychologique ; ce n’est, à leurs yeux, qu’une commémoration, qui n’a d'effet salutaire que l'impression religieuse qu’elle produit. Cette opinion, déjà indiquée dans les considérations générales sur les sacremexts, a sa racine dans la dogmatique socinienne (ou pélagienne) qui tend à effacer du Christia- ‘ nisme le surhumain, le divin.

4° Opinion Calviniste. — Elle a été accusée de manquer de précision et de clarté. Il est, en effet, difficile de la saisir exactement. Elle retient et le principe zwinglien et le principe luthérien, car elle est, ou paraît être essentiellement conciliatrice. On y parle tout à la fois de figure et de réalité. Les éléments eucharisliques ne sont que des symboles, mais au moment où l’âme fidèle les reçoit, Jésus-Christ la fait participer, par son Esprit, à la substance même de son corps et de son sang. « Je dis donc « qu’en la Cène, Jésus-Christ nous est vraiment donné sous les « signes du pain et du vin, voire son corps et son sang » (1). « Nous confessons que la Sainte-Cène nous est un témoignage

« de l'union que nous avons avec Jésus-Christ, d'autant qu'il

en

« n’est pas seulement une fois mort et ressuscité pour nous, « mais aussi nous repait el nourrit vraiment de sa chair et de « son sang... Bien qu'il soit au Ciel jusqu’à ce qu'il vienne pour « juger le monde, Loutefois nous croyons que par la vertu secrète « et incompréhensible de son Esprit, il nous nourrit et vivifie de « la substance de son corps et de son sang. Nous tenons bien qué « cela se fait spirituellement, non pas pour mettre au lieu de « l'effet et de la vérité, imagination ni pensée, mais d'autant « que ce mystère surmonte en sa hautesse la mesure de notre sens et Lout ordre de nature. Bref, parce qu’il est céleste, il ne

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peut être appréhendé que par la foi (2).»

(4) Calvin. Instit. Liv. 1V, ch. 17, en partic. $ 11 et 24. (2) Conf. de La Rochelle, art. 36 et 37.

La participation est en même temps réelle et spirituelle. Au premier abord, et en ne la prenant qu’à la superficie, cette opinion semble aboutir à l'opinion luthérienne où, avec la présence réelle, on ne pose qu'une manducation sacramentelle et surna-, turelle, qui s’accomplit aussi spirituellement. Mais les luthériens ne peuvent consentir à voir uniquement dans le pain et le vin de la Cène des signes et des symboles; ils croient littéralement à la présence réelle, ils enseignent que le corps et le sang de Christ sont dans les éléments eucharistiques et pris oralement par {ous les communiants; ce qué les calvinistes n’admettent pas.

Si les calvinistes n’entendent par «participer spirituellement au corps et au sang de Jésus-Christ », autre chose que participer aux fruits de sa mort, alors ils paraissent d’accord avec les zwingliens, qui reconnaissent aussi que les vrais fidèles reçoivent en effet dans la communion les grâces évangéliques dont elle est la figure et le gage, que les éléments eucharistiques ne sont plus du pain et du vin ordinaires, qu'ils deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ par la foi et pour la foi, qui contemple dans le signela chose signifiée; mais les zwingliens ne peuvent admettre ce que les calvinistes disent de la participation de l’âme à la substance méme du corps et du sang de Christ.

En dernière analyse, le calvinisme en touchant aux deux autres opinions prolestantes par sa doctrine d'une participation réelle et spirituelle tout ensemble, se sépare pourtant au fond de l’une et de l’autre ; aussi, loin de les rapprocher et de les concilier, comme il l'avait espéré probablement, il a peu à peu fini par se fondre lui-même dans le zwinglianisme. Mais il se relève aujourd’hui, comme le Iluthéranisme, et par les mêmes causes (1).

Note postérieure. — On représente en général l'opinion calvinisie comme absolument propre au Réformateur de Genève, qui l’aurait formulée dans Ia vue spéciale de rapprocher les

(4) Voy. M. de Rougemont dans ses « Notes au Commentaire de saint Jean, par Olshausen », et dans « Le Christ et ses témoins ».

luthériens et les zwingliens. Ce n’est pas parfaitement exact. Le côté mystique de la doctrine de Calvin se montre dans des écrits qui lui sont antérieurs. Martin Bucer, Myconius, elc., avaient .déjà parlé d'une participation sptrituelle au corps et au sang de Christ dans le sens calviniste. La même assertion se Le dans la Confession Tetrapolitaine et dans la première Confession de Bâle, auxquelles Calvin fut étranger. Zwingle lui-même, quoique poussé par la controverse à se préoccuper presque uni quement du symbolisme de la Cène, touche pourtant en divers endroits à la pensée de Calvin. Sa « Ratio fidei » adressée à Charles-Quint, renferme cette remarquable déclaration : « Credo « quod in sacrà Cænà verum corpus Christ adsit fider contem- « platione. » |

La différence entre les deux A onel es n’était donc pas aussi radicale qu’on la fait communément; cependant elle est réelle; elle tient surtout à ce fait que l’un relève davantage le côté historique ou externe du sacrement, l’autre le côté interne : ou mystique. Cette différence reparaîtra sans cesse dans nos Eglises selon les oscillations de la pensée chrétienne que le mouvement des doctrines et des choses rend tantôt plus objective, tantôt plus subjective. Le courant du dernier siècle inclinait vers Zwingle, le courant actuel incline vers Calvin. Du reste, pour la foi, qui fait voir l’invisible (Héb. XI. 1), le symbole disparaît en quelque sorte, remplacé par la réalité qu'il représente. Le pain et le vin de la Cène ne sont plus du pain et du vin ordinaires; ils ne le sont pas plus pour le zwinglien que pour le calviniste, ou le luthérien, ou le catholique ; ils sont Ze corps et le sang de Jésus-Christ qu'ils figurent à l'œil extérieur. A travers et par delà le signe, la foi contemple la chose signifiée, c'est à elle qu’elle regarde et s'attache.

NOTION SYMBOLIQUE de la Cène, donnée par les enseignements et par les faits bibliques. — Exégèse des principaux textes.

Plaçons-nous maintenant en présence des enseignements et des faits bibliques, et voyons à quelle de ces opinions ils conduisent. Nous trouverons, je pense, que le sens figuré est ici le sens nalurel et, pour ainsi parler, le sens propre.

Rien dans la parole ni dans la vie antérieure du Seigneur n'avait préparé les apôtres à entendre littéralement sa déclaralion : Ceci est mon corps ; et quand elle fut prononcée tout les portait à la prendre métaphoriquement., ,Comment auraient-ils cru que Jésus, qui était là, toujours le mème, devant eux, leur donnait réellement son corps et son sang dans le pain et le vin qu'il leur‘offrait ? Et si cette pensée, de prime abord si étrange, si inconcevable, si repoussante, s'était, en effet, présentée à leur esprit, comment l’auraient-ils reçue sans observations d'aucune espèce, sans répugnance ni surprise, eux qui ne peuvent admettre une foule d’autres choses beaucoup moins extraordinaires? eux qui s’étonnent et se scandalisent si facilement? eux qui sont si lents à comprendre et à croire, si prompts à élever des questions, des difficuités, des doutes, lorsque la parole de leur Maître les sort du cercle de leurs idées? — Voyez par exemple leur conduite, quand il leur annonce’sa mort et sa résurrection : MattXVI, 22; Marc IX, 9. 10. 32; Luc XVIII, 34; Jean XIV, 5-8, etc. — Comment des hommes si profondément imbus des principes et des préjugés judaïques n’auraient-ils éprouvé aucun scrupule à faire ce qui devait leur paraitre en opposition avec la loi ? La déclaration du Seigneur, entendue littéralement, a contre elle la raison et le cœur, partout où l'influence de l'éducation religieuse et le respect de la foi ne Pont pas environnée des ombres du mystère ; elle soulève par elle-même une

sorte de répulsion instinctive, dont il semble presque impossible

Là

de se défendre. — Voyez Jean VI, 52, 60, ce qu’éprouvèrent les Capernaïtes et plusieurs des disciples qui prirent à la lettre des expressions analogues : « Comment cet homme peut-il nous

donner sa chair à manger ? (v. 52). Cette parole est dure; qui peut

l'écouter ? (v. 60).— Et pourtant il n’y avait qu’une assertion générale, idéale, lointaine, il ne s’agissait pas encore de lacte même, qui aurait frappé bien autrement. Et chez des Juifs cette impression naturelle devait s’accroître encore de leurs préventions légales ; aux répugnances de la raison et du cœur, se joignaient pour eux celles de la conscience religieuse : « Vous ne mangerez le sang d'aucune chair, leur était-il dit, quiconque en mangera sera retranché. » (Lév. XVII, 14; Gen. IX, 4; I Sam. XIV, 32, etc.). On sait combien ils étaient scrupuleux sur tout ce qui concernait les observances mosaïques et avec quelle longue obstination ils résistèrent, jusqu’au sein de l'Eglise, aux grands principes du Christianisme qui venaient les en affranchir. Il fallut que le Concile de Jérusalem leur donnût satisfaction à cet égard, et qu’il interdisitle sang et les viandes étouffées pour qu'ils pussent entrer en communion religieuse avec les Ethno-Chréliens. Saint Pierre lui-même, longtemps après la Pentecôte et lorsque le Saint-Esprit l'avait élevé à des idées et à des vues plus hautes, répond à la voix du Ciel qui lui

dit: Tue et mange (Act. X, 13.14), « Non, Seigneur, car je n'ai

jamais rien mangé d'impur ni de souillé. ». Cependant l'acte qui lui était miraculeusement prescrit et auquel il se refuse n’était pas de nature à blesser ses sentiments, comme celui que suppose le sens littéral des paroles de la Sainte-Cène. D'où vient done qu'en entendant ces paroles et au moment d'accomplir l'acte qu’elles prescrivaient, ni lui ni les autres apôtres n’ont témoigné aucune répugnance, aucun scrupule, aucun étonnement? Evidemment il n’y a qu’une explication d’admissible, c'est ques ne les prirent pas à la lettre. Si Marie communia avec eux, comme l'ont cru plusieurs Pères, — el dans tous les cas elle dut

communier en d’aulres occasions, puisque l’Eucharistie semble

avoir fait partie intégrante du culte chrétien dès les premiers temps (Act. IT, 42) — elle réalisa (selon les opinions catholique et luthérienne) l'impossibilité que Nicodème opposait à une autre

parole du Seigneur, en la faisant également descendre de l’or-

dre spirituel dans l’ordre matériel : Comment un homme déjà âgé peut-1l rentrer dans le sein de sa mère ? (Jean HE, 4) (4). Et si Jésus-Christ communia aussi, comme le donne à entendre le Nouveau Testament et comme le porte l’ancienne tradition ecclésiastique, il prit lui-même son corps tout entier. Or, peut-on supposer que les apôlres aient cru et vu tout cela, sans en marquer la moindre surprise ? Ou plutôt, tout cela n’empêchait-il pas qu'ils s’arrêtassent à l'interprétation littérale? Parmi les nombreuses expressions métaphoriques dont se servit Jésus- Christ, et qui sont universellement reconnues, il n’en est peutêtre pas une sur laquelle il fut moins possible de se méprendre.

Le Seigneur avait employé mille fois des figures tout aussi fortes. Ainsi il avait dit : Je suis /a porte ; je suis le chemin; je suis le cep et vous êtes les sarments ; je suis /e pain descendu du ciel; celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive découleront de Jui ; nul s’il ne naît de nouveau, n’entrera dans le Royaume des Cieux (locution qu’il répète malgré l'erreur et l’objection de Nicodème). Le langage métaphorique caractérise d’ailleurs le genre parabolique et proverbial dont Jésus-Christ fit un si fréquent usage ; les apôtres y étaient donc préparés et accoulumés, Saint Paul dit (1 Cor. X, 3. 4) que les Israélites sous la conduite de Moïse mangèrent tous de la même viande spirituelle, qu'ils burent tous du même breuvage spirituel, qui est Christ. Expressions tout aussi fortes que celles dont se sert Jésus-Christ dans l'institution de la Cène ; cependant il n’est venu, Je crois, à la

(4) Ce sont de bien petits détails qu’on traite volontiers d’insignifiants par le temps qui court; mais ils constituent la base réelle de l’interprétation grammatico-historique, à laquelle il faut surtout s'attacher ici ; car ce sont les circonstances sous lesquelles se produit un fait qui en déterminent ou en révèlent la nature,

pensée de personne de les prendre littéralement? Mais ce texte donne une autre instruction : comme il renferme une allusion’ manifeste à l’Eucharistie, 1l nous révèle en quel sens saint Paul

et les premiers chrétiens entendaient les paroles du Seigneur ; car, certes, l’Apôtre n'a pas voulu dire, et les Corinthiens n’ont pas pu comprendre, que les fsraélites avaient participé réellement et substantiellement au corps et au sang de .Christ, quinze cents ans avant l’incarnalion.

, De plus, dans tous les systèmes, la figure reste toujours attachée à l'institution de la Cène; et s’il faut l’y reconnaître néces- Sairement à certains égards, pourquoi pas à d’autres, quand rien ne distingue les différentes expressions ? — En même temps que Jésus-Christ appelait le pain son corps, il nommait la coupe

la nouvelle alliance (Luc XXII, 20; I Cor. XI, 233). Que l’on: - rémarque aussi qu’il disait, non pas seulement : « Ceci est mon:

corps et mon sang », mais « Ceci est mon corps rompu et mon ?

sang répandu », quoique sa mort n'eût pas encore eu lieu; les:

disciples ne pouvaient donc y voir qu’un emblème de l’événement qui approchait; et le sens figuré se révélait, s'imposait forcément à eux. |

La terminologie de la Cène s’expliquait encore par la termi-

nologie judaïque de la Pâque. Les Juifs disaient en prenant le: pain sans levain : « C’est ici le pain de misère que nos pères ont: mangé en Egypte ». Ils disaient de l'agneau pascal : « C’est ici la päque (ou le passage) du Seigneur ». Ainsi Dieu, en imsti-

tuant la circoncision, avait dit à Abraham (Gen. XVII, 43) : « Mon alliance sera dans votre chair », parce que la circoncision

en devait être le signe (v. 11).

L'ensemble des circonstances de l'institution écarte donc l’in-:

terprétation littérale et conduit naturellement et nécessairement

à l'interprétation figurée ; de même que le précepte : « Faites ceci

en mémotre de moi», car le mémorial suppose l'absence.

Une autre considération viendrait confirmer le résultat de:

cette recherche exégétique ou historique. Dans le Nouveau Tes-

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tament, rien n'indique que la Sainte-Cène soit une cérémonie

aussi mystérieuse que la font les catholiques et les luthériens. » Elle est prise avac les agapes (I Cor. XI; Act. Il, 42. 46); elle

est appelée la fraction du pain ; les éléments en sont nommés

« pain » et «vin » après la consécration (1 Cor. XI, 26-29 ; Matt.

XX VI, 29). Les disciples la reçoivent avec respect saps doute,

mais sans que rien manifeste de leur part cette sorte d’impres-

sion religieuse qu'inspire la présence réelle. Elle est uniquement. pour eux un souvenir de la mort de Christ et un gage de sa

seconde venue (1 Cor. XI, 26) (1). À part la terminologie sacra-

mentelle, qu'il s’agit d'expliquer, tout est parfaitement simple

dans la doctrine évangélique relativement à ce rite sacré; on

n'y sent nulle part le caractère ultra-miraculeux qui respire par-

tout dans l’enseignement et dans le culte catholique et qui se

fait sentir à des degrés divers dans le sacramentalisme protestant. Cette différence de langage n'implique-t-elle pas une différence correspondante d'idée ?

De plus, Ecriture se lait complètement sur tous les points distinctifs du dogme romain, tels que la disparition du pain et du vin, dont il ne resterait que lès apparences, leur #ansmulation en la propre substance du corps et du sang de Jésus-Christ, l’existence de /« personne entière du Sauveur, de sa nature humaine et de sa nature divine, dans chacun des éléments eucharistiques et dans chaque partie de ces éléments. Elle ne dit nulle part, etrne donne à entendre en aucune manière que l’Eucharistie'soit

un sacrifice propitiatoire pour les vivants et pour lés morts.

(4) IL faut remarquer et peser l'expression de saint Paul, qui veut mon-. trer la nature et le but du sacrement afin de le faire respecter : « Toutes les fois que vous mangerez, etc., vous, etc. ». Dit-il : Vous mangerez le corps de Christ : tout votre être sera pénétré de sa substance divine; les germes de la résurrection, les principes de la vie spirituelle et éternelle se.répandront. au dedans de vous? — Rien de semblable. Il dit simplement : « Vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne »; parole qui, jointe à celle, de Jésus-Christ : « Faites ceci en mémoire de moi», ne semble pas laisser de; doute sur ce qu'était la Sainte-Cène pour les premiers disciples.

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Bien loin de parler d’adoration, l’Ecriture nous montre les apôtres communiant, dans le repas de la Pâque, et les disciples dans leurs agapes, sans aucun changement de position qui marque le sentiment qu’on réclame aujourd’hui. Concoit-on, avec le dogme catholique, l'espèce d'irrévérence que saint Paul reproche aux Corinthiens, et qui allait jusqu’à ne point distinguer la Cène du repas commun dont elle était accompagnée ? (E Cor. XL.) — Enfin, en tant qu'homme, Jésus-Christ est au Ciel, où 1l doit rester jusqu’au temps du rétablissement de toutes choses (Act. [, 11 ; IE, 21; Héb. IX, 28; I Cor. XI, 26); aussi Ja Sainte-Cène (qui le représente dans son humanité, comme notre viclime propitiatoire, en offrant aux regards de la foi son corps et son sang), a-t-elle lieu en mémoire de lui (Luc XXII,

19; I Cor. XI, 26), ce qui serait peu intelligible s’il y était aussi. réellement présent pour nous qu'il l'était pour ses disciples, car,

encore une fois, la commémoration suppose l’absence (1).

À ces considérations, et à mille autres qui mènent toutes au sens figuré, on oppose d’abord la déclaration du Sauveur : Ceci est..., elc. « ToUro Éort 70 sou Lou » et ensuite quelques textes, tels que Jean VI, 50-58 ; I Cor. X, 16 et XI, 27. 29, qui, dit-on, obligent à prendre cette déclaration au sens propre et littéral,

(1) On pourrait demander aux réalistes si c’est le corps que Jésus-Christ avait reçu de Marie ou son corps glorifié, qui est présent dans la Cène? Si Fon dit : «le premier » (Paschase Radbert), nous pouvons répondre qu’il

wexiste plus depuis 1800 ans; car le corps de Christ fut transmué à sa.

résurrection (Phil. III, 21) comme le seront un jour ceux des fidèles {I Cor. XV, 52); ce n’est plus un corps assujetti aux lois de la matière (appa-

ritionu, ascension, etc.), c’est ce corps glorieux, céleste, spirituel dont il est …

parlé I Cor. XV et ailleurs. Si l'on dit : « le second », nous pouvons répondre

que le point capital du dogme, la manducation de la chair et du sang de Jésus Christ, n’a plus de fondement réel; car qu'est-ce que la chair et le. sang d'un corps spirituel? (si nous pouvons presser cette expression remar-.

quable de saint Paul). Et puis, l’Apôtre déclare expressément, en traitant de la nature des corps ressuscités (1 Cor. XV, 50), que « la chair et le sangne peuvent posséder le Royaume de Dieu. » dre

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parce qu'ils prouvent que c’est bien celui qu'y attachèrent Jésus- Christ et les apôtres.

D'abord on insiste sur l’asserlion de Jésus-Christ et, en particulier, sur la force du verbe : ceci est, (<00+0 £or1.) — Une simple observation fait tomber cet argument. Dans la langue que parlait le Seigneur (le Syro-Chaldaïque, l’'Araméen), l’idée de représentation, .de signe, de symbole, se rend par le verbe substantif, exprimé ou sous-entendu. La Bible en fournit mille exemples. (Voy. Gen. XL, 12.18; XLI, 26. 27: Dan. VII, 23. 2%; VIIL, 21; Es. V, 7.) Cette locution hébraïque est passée, comme tant d’autres, dans le Nouveau Testament. (Voy. Matt. XIII, 38. 39; Luc VIII, 9. 12; I Cor. X, 4; Gal. IV, 24; Apoc. I, 20; V, 8.) La comparaison, la ressemblance est aussi rendue de la même manière : exemples sans nombre dans le livre des Proverbes et ailleurs. (Voy. cela est (roùr ésrtv), pour cela signifie, cela veut dire, dans Matt. XX VII, 46 ; XII, 7; Jean XVI, 17; Act. I, 149; etc.) (1).

Mais, observe-t-on, Jésus-Christ n'ayant point expliqué ses paroles, il paraît par cela même qu'il leur a laissé leur signification naturelle : comme il fait ce qu'il veut, 1l opère aussi ce qu'il dit; rien n'autorise à prendre sa déclaration dans un sens figuré et purement symbolique, quand 1l ne marque en aucune manière qu’on doit ‘l'entendre dans ce sens-là. — En réponse à ce raisonnement, il suffit encore de remarquer que les discours de Jésus-Christ renferment une foule de paroles du mème genre, qu'il n’explique pas davantage et que tout le monde s'accorde à interpréter figurément. Ainsi, quand il dit : « Jesuis le cep, et vous êtes les sarments», qui est-ce qui prend cette déclaration à la lettre, d’après le principe qu’il n’a pas averti ses disciples de * (4) Un passage sur lequel Zwingle s’appuya beaucoup et qui lui avait été, disait-il, indiqué en songe, c'est Ex. XII, 11: Ceci est la Püque {le passage) de l'Eternel. L'importance qu'il attachait à ce texte vient de son rapport direct avec la Sainte-Cène, puisqu'il nous montre la figure dans le sacre-

ment de l’Ancienne Alliance auquel la Sainte-Cène correspond, et à l’occasion duquel elle à été établie.

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: l'entendre autrement? Où mènerait ce prétendu principe, qu'en ne pose ici que dans l'intérêt de la controverse? et quelle est . lPEglise et l’école, quel est le théologien et le commentateur qui voulüt l’admettre, le généraliser et l'appliquer rigoureusement ?

A ce principe, qu’on ne suppose que pour le besoin qu'on en a,

nous en substituons un que l’exégèse et le bons sens ont toujours posé, savoir qu’en thèse générale une expression qui dit, d'un. objet ou d’un être, qu'il est un autre être ou un autre objet, doit

être entendue métaphoriquement. Ainsi, quand il est dit de Dieu

qu'il est /umière

, qu'il est an feu consumant, qu’il est notre "4

rocher, ete. On sait que l’Écriture est remplie d'expressions de ce genre, et qu’elle les emploie généralement sans explication. Or, les personnes qui se montrent si absolues pour le séns littéral dans la question de la Cène, et qui sont si promptes à accuser d'incrédulité et d’impiété les opinions contraires à la | leur, ne font nulle difficulté d'admettre et de maintenir ailleurs À le sens figuré. Elles s'élèvent avec autant de force que nous, par LÀ exemple, contre quiconque essaie de légitimer l’anthropomorphisme en s'appuyant sur ce qu'il est dit que l'homme est l'image de Dieu et qu'il la porte en lui, ou sur cette partie du langage biblique qui attribue à Dieu les organes humains, des yeux, des oreilles, des bras, etc., et les passions humaines, la * colère, la haine, la vengeance, le repentir, etc. Elles ne prennent pas non plus à Ja lettre les descriptions sous forme terrestre du , royaume de Jésus-Christ, non plus qu'une foule d'expressions du Sauveur lui-même ou de ses apôtres (Matt. V, 27.28; [ Cor. X, 4). Il est clair que le littéralisme absolu ne saurait être posé comme règle d'interprétation des Ecritures, et personne ne le pose ainsi. C’est donc à l’exégèse à décider pour chaque cas spécial, pour celui de la Cène comme pour tous les autres, et nous avons vu que l’ensemble des circonstances historiques et des données herméneutiques rend la figure manifeste. C'est à tel point, que les littéralistes les plus décidés sont obligés de [a reconnaître jusque dans les paroles de l’institu-

ton; car, si le Seigneur a dit : « Ceci est mon corps », il a dit aussi : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. » |

Venons aux textes où l’on prétend trouver la preuve que, dans les paroles de la Cène, c’est bien au sens liltéral que s’arrêtèrent Jésus-Christ, les apôtres el les premiers chrétiens.

— Jean VI, et particulièrement les versets 50-58: — A première vue, il semble, en effet, qu'il ne puisse rien y avoir de plus positif et de plus fort que ces déclarations, répétées en termes si exprès et sous tant de formes, surtout après la question des Juifs : & Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? (v. 52) : Ma chair est véritablement une nourriture et mon sang est véritablement un breuvage. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, etc...»

Mais cette impression s’affaiblit et s’efface quand on examine avec quelque soin et sans prévention.

1° On se demande si ce chapitre a réellement trait à la Sainte- Cène. — La plupart des modernes, et beaucoup d’anciens (tels que Tertullien, Clément d'Alexandrie, Origène, Cyrille, Chrysostôme, Augustin, etc.), Calvin et Luther lui-même, aussi bien que Zwingle, se sont déclarés pour la négative; et plusieurs de ceux qui se prononcent pour l’affirmative, (catholiques, luthériens, calvinistes), reconnaissent assez généralement que la Sainte-Cène n’est là qu'indirectement, secondairement, par implication ou par allusion prophétique, l’idée dominante et véritable du ‘discours de Jésus-Christétant la rédemption par sa mort, par son œuvre de-gràce, par sa doctrine de vie. Ses auditeurs, et même ses disciples intimes, ne pouvaient, en effet, y voir un rite qui n'était pas encore institué et sur lequel il ne leur avait donné ‘aucune instruction.

2H /Le passage doit, ce semble, s'entendre figurément, puisqu'il doit s'entendre spirituellement, selon l'explication de Jésus-Christ lui-même (v. 63) : « C’est l'esprit qui vivifie : la chair ne sert de rien. ». Evidemment cette parole ne permet pas de

prendre à la lettre ce qui précède, puisque c’est le littéralisme qu’elle a pour but de repousser.

30 Si l'on s'arrête au sens littéral, en appliquant.le discours à la Sainte-Cène, on arrive à une doctrine contraire aux principes de l'Evangile, et que n1 les luthériens ni les catholiques ne

veulent admettre; savoir que quiconque participe à l'Eucha-

ristie a la vie éternelle, et que quiconque ne la reçoit pas n’aura point la vie (vv. 51, 53, 54).

4° Ce qui annonce encore que le Seigneur n'avait en vue rien de semblable au dogme traditionnel, c’est le verset 62 : « Cela vous scandalise-t-il ? Que sera-ce donc si vous voyez le Fils de l’homme monter où il était auparavant? » Il représente là sa rentrée dans les Cieux comme un fait beaucoup plus étonnant que celui dont il parle, et qui soulève tant d'incrédulité et de murmures. Or, certes, l'ascension de Jésus-Christ, quelque merveilleuse qu’elle füt, était loin de heurter la raison naturelle comme le fait la transsubstantiation, avec la série de mystères et de miracles qu’elle suppose. ve

Mais examinons le passage lui-même afin d’en mieux constater le véritable sens, et pour cela, embrassons le discours de Jésus-Christ dans son ensemble. |

Ce chapitre est fortement figuré depuis le verset 26, où commence l'entretien du Seigneur avec les Juifs, et d’où part l’image, ia métaphore, l'espèce de parabole qui le traverse tout eptier. Les Juifs, qu'il avait, la veille, nourris miraculeusement (5-16), s'étaient de nouveau réunis autour de lui. Il leur reproche de ne chercher qu'une nourriture terrestre, en négligeant la nourriture spirituelle et céleste, qu’il leur donnera s'ils croient en lui sur le témoignage et l’ordre, de. Dieu (26-29). En cet endroit la métaphore est manifeste, et toutes les opinions la reconnaissent et l’avouent. Jésus-Christ, par allusion à la multiplication des ‘pans, présente sa doctrine, sa grâce, sa rédemption, les biens du salut, le don de Dieu, comme ne viande qui vivifie les âmes. Mais ce trait est important ; tout ce qui suit y

a sa base et sa raison. Quand on demande au Seigneur : « Quel signe fais-tu, afin que nous croyions en toi? » on ajoute, en restant dans l’ordre d'idées et d’expressions qu'il a employées : « Moïse s'est légitimé auprès de nos pères en leur donnant la manne, le pain du Ciel ». Jésus répond que Moïse n'avait pas donné le vrai pain du Ciel, le vrai pain de vie, puisque ceux qui en avaient mangé étaient morts ; il déclare qu’il est, lui, Le vrai pain descendu du Ciel qui donne la vie au monde, et que celui qui en mangera ne mourra point. Cette figure une fois introduite, il la suit, conformément à sa manière accoutumée, (Jean X et XV), et il présente l'entrée en communion avec lui, par la foi, comme l'acte de manger sa chair et de boire son sang. C'est la suite et l'application naturelle de ce style parabolique où il offre sa doctrine et son œuvre, où il s'offre lui-même sous emblème d’un aliment: «Je suis le pain de vie descendu du Ciel.» Cependant, quoique la métaphore se prolonge el domine dans tout cet entretien, elle s'ouvre en quelque sorte en plusieurs endroits, pour laisser voir à découvert l’idée qu’elle recèle, par exemple au v. 40 : « Celui qui contemple le Fils el qui croit en lui a la vie éternelle » ; là, ce qui est attribué à la manducation de sa chair et de son sang dans la partie figurée du discours se lie à la simple foi, comme partout ailleurs dans le Nouveau Testament ; ilen est de même aux versets 35 et 47: «Je suis le pain de vie; celui qui vient à moi, n'aura plus de faim, et celui qui croit en moi n'aura plus de soif »; c’est en allant à lui, c'est en croyant en lui que l'âme recoit l'aliment et le breuvage spirituels qui apaisent à jamais sa faim et sa soif. Là se trouve, par conséquent, la clef de cette allégorie, fort semblable du reste, quant au fond, à celle de Jean XV, 1-10 et IV, 5-14 et X, 1-16. ‘Tout, alors, dans ce chapitre s’éclaircit, se simplifie,et s’harmonise avec l’enseignement général de l'Evangile. Si manger la chair du Fils de l'homme et boire son sang, c’est accepter et s'approprier par la foi son sacrifice, sa parole et sa grâce, le

chrétien comprend aisément que l’âme qui a participé à cette

nourriture et à ce breuvage mystiques n'ait plus ni faim ni soif (35), car elle a la vérité, la paix, le salut ; qu’elle demeure en Christ et que Christ demeure en elle (56), car Christ habite

dans les cœurs par la foi (Eph.:IIT, 17); qu’elle ait la vie éter- | ; nelle et qu’elle l'ait seule, car il est écrit : «Celui qui croit au Fils, 4 etc.» (Jean ILE, 36 ; 1 Jean V, 11. 12). Tous les traits de ce passage À

controversé sont alors d'accord entre eux comme avec la doctrine générale du Nouveau Testament ; car c’est le grand principe de l'Evangile que « /e Royaume de Dieu ne consiste pas dans le manger ou dans le boire», mais qu'il «est justice, paix et joie par le Saint-Esprit »; que la vie vient, non de la vertu des rites religieux, mais de la vérité sainte, reçue par la foi et appliquée à l'âme par la grâce ; que, dans l’ordre spirituel, ce sont les puissances spirituelles qui agissent, quoiqu’à l’aide de moyens extérieurs. Ce grand principe évangélique est celui que le Seigneur rappelle manifestement au v. 63 de notre chapitre : « La chair ne sert de rien ; les paroles que je vous dis sont esprit et vie », et qui, par conséquent, nous fournit la clef de tout son discours.

Cette interprétation, qui se recommande ainsi d'elle-même, qui paraît positivement donnée par le Seigneur, se confirme encore par la remarque qu'il était fort ordinaire chez les Juifs de représenter l'acquisition de la science, de la sagesse et des divers biens spirituels sous l’image du manger et du boire. — Cette image se rencontre souvent dans l’Ancien Testament et Jésus- Christ lui-mème en a fait un fréquent usage, (Matt. V, 6; Jean IV, 34), et dans notre chapitre même, au v. 27: « Travaillez, 3 non pour l'aliment qui périt, etc.»

Aussi ce passage fut-1l celui qui contribua le plus à former ke l'opinion de Zwingle et sur lequel il s’appuyait de préférence. —— 4 Fait intéressant à noter. 3 1

Plusieurs des anciens Pères l’ont entendu de la même manière ; il suffira de citer Origène et Augustin. « Entendre litté- i « ralement ce que Jésus-Christ dit de manger sa chair et de « boire son sang, dit le premier, c’est s’arrêter à la lettre qui 4

dt EE ee 7 Nos DO D Ne 5 RE ue LE émane ASS et LE à : Li er Te Le GEL r | a à f 4 de de

tue (1). » Saint Augustin se sert de Jean VI pour établir et expliquer une des règles d’herméneutique d'après lesquelles nous pouvons juger de ce qui est figuré dans l’'Ecriture. « Si un « passage paraît prescrire une action criminelle ou horrible, dit- « 11, là est la figure. Ainsi quand Jésus-Christ dit : Si vous ne man- « gez ma chaïr, êtc. cela semble ordonner un acte criminel et « affreux ; c’est donc une figure, sous laquelle il nous est com- « mandé de nous mettre en communion avec le Seigneur et «de nous souvenir qu'il a élé crucifié pour nous (2). » C’est exactement l'interprétation zwinglienne (3).

Un mot seulement sur les deux autres textes de cette classe.

(1) Hom. VII: sur le Lévit.

(2) De doct. christianä, Lib, IIT, Cap. 16.

(3) Les commentateurs actuels de l'Allemagne se partagent sur Jean VI. Les uns l’entendent de la mort expiatoire du Seigneur. par conséquent dans un sens spirituel et figuré, et nient qu’il ait trait à la Sainte-Cène (Tholuck). Les autres le prennent dans un sens plus ou moins littéral et y voient un rapport formel avec l’Eucharistie. Cette dernière opinion est celle d'Olshausen. Il distingue l’idée du sacrement, du sacrement lui-même. Selon lui, c’est l’idée qui est ici; et cette idée, c’est que Jésus-Christ est le principe qui vivifie le nouvel homme, non seulement son âme et son esprit, mais son corps glorifié. « La mort de Jésus-Christ, dit-il, est la vie « du monde et la Sainte-Cène, qui nous la rappelle, porte la vivification du « monde à sa plus haute puissance. Elle est l'arbre de vie, qui nous rend « ce que l'arbre de la connaissance nous avait enlevé. Ainsi qu’en Adam « la mort est venue par la nourriture, c’est la nourriture qui nous donne « en Christ la vie éternelle. »

Olshausen accorde que le v. 63 semble favoriser l'interprétation figurée. Mais il se rabat sur ce que Jésus-Christ dit : la chair, et non ma chair. Défaite mamifeste, car c’est du corps seul de Jésus-Christ qu'il est question, c'est donc à ce qu'il en avait affirmé, et qui était mal compris, qu'il regarde. Quand Olshausen dit ensuite, en repoussant les vues grossières des Capernaites, qu'il s’agit du corps glorifié par l'Esprit, il oublie que la chair dont parle le Seigneur est celle qu’il devait donner pour la vie du monde, et que jusqu'à sa résurrection il fut homme semblable à nous en toutes choses.

L'opinion d’Olshausen se rapproche à certains égards de l’opinion calviniste, car il affirme que nous ne recevons Jésus-Christ que par la bouche de la foi. |

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