EXAMEN MICROSCOPIQUE
« La tumeur, examinée au microscope par notre habile, savant et trop modeste confrère, M. Ordonnes, fournit les résultats suivants : Fendue au milieu , dans toute son épaisseur, son tissu propre présente un aspect blanc, demi- transparent, en tout semblable aux polypes des fosses nasales et et du col de l’utérus, appelés polypes muqueux.
« La peau qui la recouvre partout est hypertrophiée, trèsrugueuse ; cette lésion frappe spécialement les papilles du derme.
« La couche épidermique présente une épaisseur trois ou quatre fois plus considérable qu’à l’état normal.
.« Les papilles dermiques sont proportionnellement beau-
coup plus volumineuses ; on voit dans leur centre une anse capillaire multiple très-injectée de sang.
« La couche du tissu dartoïque existe bien à peu près à 2 ou 3 millimètres de la surface papillaire du derme, enveloppant partout la masse du polype, mais il faut remarquer que la production pathologique est une véritable dépendance de la peau qui la recouvre, avec laquelle elle fait corps partout, depuis le centre du polype jusqu’à la surface papillaire du derme.
« La couche épidermique est la seule partie qui a pu être enlevée par macération.
« Le tissu propre de la masse pathologique est constitué par une trame de faisceaux de tissu fibreux, très-infiltrée de matière amorphe (ou lymphe plastique), par des fibres du tissu élastique dartoïque et par des capillaires sanguins de nouvelle formation.
« Cette observation, si simple en apparence, jette un certain jour sur les tumeurs appartenant aux grandes lèvres.
« Depuis 1850, nous nous sommes occupé des différentes affections génito-vulvaires, surtout au point de vue de l’anatomie pathologique de cette région. Le cas présent nous offre une de ces variétés rares de dégénérescence de la peau des grandes lèvres, confondues bien à tort avec l’éléphanthiasis, sur lequel nous reviendrons un jour. Car, comme on a pu le voir, l’altération principale portait sur les papilles du derme. L’affection était limitée à un seul point de la grande lèvre ; ce point s’est pour ainsi dire élongé, a pris une vie propre, en entraînant avec lui tous les éléments constitutifs de la grande lèvre.
« Ainsi , nous retrouvons dans la tumeur les éléments du sac dartoïque, dont nous avons le premier décrit, d’après les études de M. Broca, la constitution anatomique.
« Ce n’est que l’examen microscopique de ces tumeurs
qui peut nous révéler leur nature histologique. Car, jusqu’à ce jour, ces sortes de tumeurs ont été désignées sous le nom de tumeurs fibreuses des grandes lèvres ; nous préférons les appeler, jusqu’à plus ample informé, tumeurs néoplasmatiques,, parce que, dans leur évolution, le tissu fibreux s’infiltre de matière amorphe, qui devient pour ainsi dire le centre de nouvelles formations. »
(Extrait de la France médicale, 1865.)
Evreux, A. Hémssey, imp. — 1066.