‹ De l'électrisation localisée et de son application a la pathologie et a la thérapeutiqueChapitre 38 sur 73 · VALEUR DE LA FARADISATION LOCALISÉE · texte numérisé non relu

VALEUR DE LA FARADISATION LOCALISÉE

Observation LXXV. — Charité, salle Sainl-Marlhe, n" 31, service do M. Briquet. — Hyulerir, paraplihiie incomplèU' et (iffaibUssement musculaire du hh le membre supérieur gauche ; awslliésie culauée, musculaire et osseuse ; perte de la sensibilité de la conjonctive, de la muqueuse nasale, buccale et linguale du calé gauche ; perte des sens du loucher, de l'odorat et du goùl, du même côté ; aincnorrhce. — Guérison par Ut ftiradisation localisée.

Marie Roussel, trente-deux ans, murcliande des qualre-saisons, née d'une mère qui avait de fréquentes attaques d'hystérie, fut prise brusquement, à l'occasion d'une contestation qu'elle eut avec ses maîtres, d'un accès hystérique très fort, avec convulsions, grincement de dents et perte de connaissance. Depuis ce moment, elle est devenue sujette à ces accès, qui ont lieu tous les deux ou trois mois. — Entrée à la (lliarité le 23 septembre

État actuel. — Céphalalgie pulsative et lancinante, même dans lélat de repos; sentiment presque continu de strangulation à la gorge; douleur à la pression de la région épigastrique, des parois abdominales du côté gauche, des muscles de la région sus-pubienne, du rachis, de la sixièae à la douzième vertèbre dorsale, de la région scapulaire des muscles de la portion lombaire de la gouttière vertébrale gauche; insensibilité presque complète de la peau du côté gauche du dos, depuis le haut jusqu'en bas; l'insensibilité de la peau s'étend au côté gauche de la face, de la tête et des membres. La malade dit qu'avant l'anesthésie la peau était très sensible au toucher dans les mêmes régions, et qu'en même temps elle éprouvait des douleurs profondes dans les membres ; insensibilité de la muqueuse conjonctivale, nasale et buccale du côté gauche; du niéme côté, léger trouble dans la vue, [)erte de l'odorat et du goût; perle du sens du toucher de la main gauche, perte de la sensibilité de la plante du pied gauche ; affaiblissement musculaire dans le membre supérieur gauche et da7is les membres inférieurs, datant de six à sept mois ; la paraplégie est arrivée au point de rendre la marche presque impossible sans l'aide d'un bras ; la malade traîne les membres inférieurs, satis pouvoir les lever.

Après l'emploi des divers moyens usités, l'état de la malade ne changeant pas, M. Briquet me permet d'étudier l'influence thérapeutique de la faradisation, que j'applique pour la première fois le 11 octobre 1848.

Le ^20. Kn une seule séance de cinq minutes, la sensibilité de la face est revenue sous l'mfluence de l'excitation cutanée par la main électrique. En deux séances, les sens de l'odorat et du goût ont reparu au moyen des procédés de faradisaiion que j'ai exposés dans le chapitre II (p. 95).

Excitation électro-cutanée du membre supérieur. — Les balais métalliques, excitateurs, placés sur la peau, n'éveillent aucune sensation pendant les premières minutes, l'appareil étant au maximum et niarchant avec des

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inlermiUenfo.s rjipidcs ; iiuiis luciilôl ;iprùs cipparais^rnl, dans Ic-^ p(»inl> (pii sont en rapport avec ces rliôophoros, los pliénomcnos suivaiils: rougeur, chaleur, It'gcr cliatouillumenl rapidement suivi d'une sensaliou de brûlure, de piqûre intolérable, ce qui me force de remplacer los balais métalliques par les rliéopliores métalliques pleins, et do diminuer rinlms-iié du courant do moitié. Dans le point où l'excitateur est placé, la sensibilité de la peau e>t revenue, mais l'insunï-ibililé persiste dans les autres points. Taule la surface ciitanéo du membre supérieur, eivcilé par le VK^nie prurede, recouvre ainsi sa sensibilité normale.

Faradisatinn de la pulpe desdoigls, desnerfs collatéraux de la main gaucho et de la peau de la main. — L'épiderme de la main étant épais et sec, les rhéophores n'exercent aucune action physiologique, môme avec un courant des plus intenses. La peau est alors légèrement humectée, et lexcitalion électrique devient à l'instant très vive lorsqu'on promène les balais métalliques sur la face dorsale do la main surtout sur la pulpe des doigts. £"71 dix minutes, le sens du toucher est presque normal; la malade distinguo les ditTérentes parties d'un crayon, la tête d'une épingle qu'ello attache à son mouchoir, ce qu'elle n'a pu faire depuis longtemps.

Le i2. Retour de la menstruation, absente depuis trois mois. Les muscles sont faradisés, au maximum de lappareil, et bien que les excitations soient très énergiques, la malade n'en a pas la conscience dans les points où existe l'anesthésie. Si l'excitation électro-musculaire est prolongée dans un muscle et que les intermittences soient un pou rapprochées, la sensibilité électro-musculaire reparaît, et la malade ne peut supporter un courant, même très modéré. Quoique le muscle ait recouvré sa sensibilité normale, la peau qui lui est superposée, reste insensible. Si l'excitation électro-cutanée rappelle la sensibilité dans un point de la peau, le muscle subjacent devient sensible lui-même. Ces expériences, répétées à plusieurs reprises sur différents points du corps, ont toujours donné les mêmes résultats.

La faradisation a été suspendue pendant plusieurs jours, et cependant les résultats acquis précédemment ont été conservés.

Excitation électro-cutanée du pied gauche. — Retour rapide de la sensibilité. Après l'opération, la malade sent la résistance du sol, mais elle ne peut marcher seule ; il lui semble que ses jambes pèsent énormément ; elle ne peut soulever le membre inférieur gauche.

La veille, deux accès hystériques très forts ont été suivis d'un engourdissement et d'un fourmillement dans tout le côté gauche. Ce matin, tous les points du corps auxquels la sensibilité avait été rendue sont de nouveau frappés d'anesthésie, à l'exception de la peau du pied, qui a été faradisée la veille. Il suffit de passer rapidement les rhéophores métalliques pleins, et à un degré élevé au graduateur, pour rjppeler la sensibilité perdue. Depuis l'accès hystérique, douleurs vives dans la tête et à l'épigaslre.

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La douleur frontale a persisté depuis le dernier accès, et comme elle devient intolérable, j'essaye de l'enlever par la faradisalion cutanée, au moyen de la main électrique; ce moyen a réussi complètement. (Four ôtre certain que i'imagitialion seule n'avait pas influencé cette action de la faradisalion sur la céphalalgie, j'avais longtemps frictionné le front sans fermer le courant, Qt je n'avais pas modifié la céphalalgie.) Les douleurs épigaslriques ont été enlevées par la fustigation électrique, pratiquée sur l'épigastre.

Le l'"'' novembre. Faradisation musculaire pendant cinq à dix minules. Pour fixer la sensibilité dans les points autrefois aneslhésiés , l'excitation électro-cutanée est pratiquée de temps en temps.

Le 10. Plusieurs accès hystériques ont eu lieu, et n'ont pas fait disparaître la sensibilité dans les lieux où la faradisation a été souvent ajipliquée; mais l'ancsthésie reparaît là où l'excitation éloctro-cnlanée a été appliquée une seule fois.

Le 24. Sensibilité de la peau partout normale. La force musculaire est complètement revenue depuis longtemps dans le membre supérieur. Dans le membre inférieur, la motililé n'a reparu que progressivement, et aujourd'hui la marche et la force musculaire paraissent intactes. La menstruation a reparu une seconde fois, mais peu abondante. L'excitateur utérin (voyez sa description, p. 89), appliqué sur le col de l'utérus, ne donne lieu à une sensation spéciale qu'à un courant très intense. Cette sensation consiste en une douleur sourde dans l'hypogastre et dans les reins. D'abord légère, elle devient assez forte, si l'opération est prolongée. Elle a été suivie do coliques utérines qui ont duré plusieurs jours. L'écoulement menstruel, arrêté depuis deux jours, a reparu immédiatement, mais peu abondant et pour quelques heures. Cet écoulement a été suivi d'un peu de leucorrhée, qui a disparu complètement aujourd'hui. Plus de céphalalgie, de douleurs intercostales, abdominales et des fausses côtes; plus de douleurs dans les membres. Malgré celte amélioration, les attaques hystériques ont lieu comme de coutume et sans cause appréciable, seulement elles sont moins forles que d'habitude. Peu de jours après, la malade est sortie complètement guérie de sa paralysie musculaire et cutanée. Deux mois après sa sortie, j'ai revu cette femme, dont la guérison paraissait solidement établie, malgré plusieurs accès d'hystérie.

On a vu que, dans le cas précédent, il m'a fallu porter l'excitation sur cliacun des organes dont la fonction était lroul)lée et (juc partout l'action de la faradisalion a éW' innnédiale. Mais pour (pic reflet thérapeutique obtenu fût conserve, les excitations faradiques ont dû (Mre renouvelées après la guérison. Cette règle de conduite, dans la piali([ue de la faradisation, est déduite d'ailleurs de la connaissance de ce fait important, mis en lumière par M. Ceiidrin, à

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savoii, «|iie les iioiivcaiix a((r> liy^tt'i'Kjiics Icndciil il luirt' rcloiiilxM' U'S iii;il;i(l('s dans Iciii- «-lat de |)iii;il\Mc on d'illl(■^lllt■^i(•. l/exprriciicc IM il dcmoiilrc (iiiu les oij^mik s ainsi riiciijjCfs d'une rrclinte résistaient d'autant mieux (ju'ils avaient été plus souvent laradisés. Aussi, ina-t-on souvent entendu dire, au lit des malades, (|u'il fallait continuel' le trailemeiit iaiidiijue après le retoui- des mouvements ou de la sensibilité pour fixer la ^MU'rison. (î'est souvent ainsi que j'ai dû a^ir dans les cas de paralysies liysl«''ri(pies où j'ai expérimenté rinlhieiice de la laradisation localisée.

III. — ('epnif/dii/ il iit'd quelfjuefi/is suffi d'une seule excitation électro-cutanée pour (juérir la iiarnlysiv lnistérique.

En voici un exemple bien remar(pial)le. Cette observation est trop importante |)()ur nélrc; pas exposée avec (|uel(pies détail.s.

Obskrvation LXXVl. — Paruhjsie fnjslériquc daUinl (hideux ans ^ avec aneslhésie cutanée. — Guérison par luie smlc excitation èleclro-culanée.

Marie Picard, ôgée de quaranle-deux ans, chapelière, rue Grande, n" 49. Entrée à la Charité, salle Sainle-Marlhe, n" 2 2, le 23 mai 1851.

D'une bonne santé el d'un caractère cahne, non sujette à des accidents nerveux; bien portante jusques il y a quatre ans.

A celle époque, elle a eu de fortes préoccupations d'esprit (jalousie) qui ont duré un an. C'esl à la suite de ces contrariétés qu'elle a eu sa [)renHèr8 attaque d'hystérie.

Dans les premiers temps, les attaques avaient lieu trois ou quatre fois par jour; il en fut de môme pendant cinq à six mois ; puis peu à peu elles se sont éloignées, et acluellemenl il n'y en a plus guère que deux ou trois fois par an.

Elle a ressenti, il y a dix-huil mois environ, de la douleur dans les reins, puis peu à peu des fourmillements à la plante des pieds et des roidissemeiits dans les membres inférieurs ; vers la même époque, elle a éprouvé de la difficulté à aller à la garderobe, et une paralysie de la vessie.

Il y avait déjà quelque temps que la paralysie s'était déclarée dans les membres inférieurs, quand les supérieurs sont devenus lourds, avec impossibilité de mouvennents. Cette paralysie a duré cinq ou six mois. La paralysie a été bien plus forte du côié gauche que du côté droit. Il paraît y avoir eu une forte aneslhésie de tout le côté gauche du corps; la sensibilité était en partie conservée, mais un peu obtuse dans le côté droit. Depuis dix mois, les membres supérieurs ont repris leurs mouvements. — Depuis cinq mois, Ij |)ariily.-«ie a diniinué un peu dans les membres inférieurs. — En un mot, la santé de celle malade allait en s'amélioranl, quand depuis six semaines à deux mois, l'affaiblissement des membres inférieurs a augmenté

Vai.ecu de i.a fahadisation localisée. 583

(le nouveau. 11 y a un(î quinzaine de jours qu'elle a eu ?a dernière attaque.

KUit actuel. — A son entrée à la Charité, coloration assez aninnée de la face; un peu d agitation d espiit. f)oint de réplialal^ie. Du côté gauche, diminution notable de la vue, de la sensibilité de la conjonctive et de la peau de toute la face, ainsi (pie de? la main. Du même côté perle de l'odorat , du goût et de la sensibilité l;iclile dans la bouche et dans la langue; diminution très notable do louii". du même côlé, mais sans bourdonnement d oreille ; insensibilité complète du côté gauche du corps (tronc et muscles). L'anesthésie piiniîl n'atteindre (jue la peau; elle est bornée exactement par la ligne médiane. Faible diminution dans la force musculaire du membre supérieur gauche. Un peu d affaiblissement du membre inférieur droit, beaucoup plus prononcé dans le membre inférieur gauche. Point de douleur à la région précordiale ; douleur en arc au contour du bassin en avant. Point de douleur au côté gauche; douleur du rachis entre les deux épaules.

Au moment de l'entrée, on a constaté que le membre inférieur droit était faible et ne supportait le poids du corps qu'en tremblant. Le membre inférieur gauche était beaucoup plus faible ; la malade ne pouvait marcher que lentement et en s'appuyant sur les objets environnants. La paralysie a dû être assez prononcée avant son entrée à la Charité, puisqu'il la maison de santé du faubourg Saint- Denis, on lui a fait appliquer deux cautères sur les côtés du rachis, et des vésicatoires dans la région lombaire. Elle a, à cette époque, gardé le lit pendant cinq mois, sans éprouver d'autres symptômes morbides que la faiblesse des membres inférieurs. Elle est sortie de la maison de santé sans être améliorée.

Le 9 juin, j'ai faradisé une seule fois la peau des membres supérieurs et inférieurs. Au bout de quelques secondes, la malade a senti \ivement l'excitation électrique. Un instant après, elle a marché comme s'il n'y avait plus de paralysie. Quelques instants auparavant, j'avais constaté que les muscles se contractaient vigoureusement sous l'intluence de l'électricité, et il est remarquable qu'il n'y avait pas eu d'amendement produit dans la paralysie par cette excitation électro-musculaire. Le 10 juin, la .sensibilité est presque normale partout, peut-être un peu moins vive à gauche (pi'à droite ; les mouvements se sont conservés comme la veille. — Il juin. La malade est sortie. La marche s'exécutait très bien.

J'ai observé à la Cliaril('\ dans le service de M. Briquet, un a^ssez grand nombre d'byslériiiues dont les nienibres du coté gauclie étaient plus ou moins aneslhésiés, et surtout le membre supérieur. Ordinairement «elle anesthésie était accompagnée d'alVaiblissement musculaire. 11 me sullisait prescpie toujours, dans ces cas, de rappeler la sensibilité cutanée pour voir reparaître la force nmsculaire normale.

38,^1 l'MUI,VSIi:s lIVSTKHIunKS.

IV. — C'rsl sn)is (U)Ut(' en nlhmt r.iyitrr les reutrrs iicrvcux par une sorte d'action rr/îi\ic (jac la faj'at/isndon cuttuira rappelle les mouvements dans CCS paralysies hijstériques. Il est même des cas oh. elle semble mieux réussir que la faradisatuni musculaire.

J'en ai rapporte"; un cxcmpkMians la pn'ccdenlc ('(lilion (obs. CLI,

V. — J.cs faits qne fai recueillis ne dl ont pas poi/iis fie reconnaître les siynes qui annoncent si lu faradisation (juérira on non la [xiralysie fujstérique.

Quand on a ôU; toinoin de ces guérisons obtenues par la taradisalion localisée clie/. des liyst(''ri(pies dont la pai-alysie a ri''sist«'' jus- (ju'alors, et quehiuel'ois depuis longtemps, aux ni(;dieations les plus énergiques, on se sent pris d'une sorte d'admiration pour la puissance tliérapeuti(pie de l'électricité. Ainsi, dans un des cas i)récédenls (obs. LWVl], on a vu une paralysie évidennnent bystérique rebelle à toutes les médications; la malade qui possédait une certaine aisance, s'était l'ait l()ngtein[)s soigner i)ar un médecin liabile, sans obtenir d'amélioration. Elle s'était t'ait ensuite transporter dans la maison de santé de la rue Saint-Denis, où elle avait été traitée énergicjuement pendant cinq mois par M. Vigla (par des cautères placés de chaque côté du rachis, la strychnine, etc.), et d'où elle était sortie exactement, disait-elle, dans le môme état qu'avant son entrée. Elle se fait alors transporter à la Charité, où on lui avait dit qu'elle trouverait des soins spéciaux. Je la soumets une seule fois à la faradisation localisée, et la voilà qui guérit de cette paralysie jusqu'alors si rebelle! Ici point de doute sur la réalité des phénomènes accusés par la malade, car elle n'avait évidemment aucun intérêt à simuler, comme le font quelques hystériques, et elle avait fait des sacrifices d'argent pour obtenir sa guérison ; enfin elle est sortie avec une grande joie de l'hôpital, aussitôt qu'elle a été guérie.

Ce fait et d'autres analogues ont vivement impressionné les personnes qui les ont observés. Si le hasard ne leur faisait rencontrer que des cas semblables, on conçoit qu'il y aurait de quoi leur inspirer une foi bien grande dans cette médication ; mais la confiance qui peut naître de pareils faits, diminue singulièrement quand on voit cette même médication échouer complètement dans des paralysies identiques, en apparence, avec celle dont on vient de la voir triompher si facilement.

Observation LXXVIÎ.—En 1852, jevis, en consultation avec MM. Blache et Rayer, une jeune personne demeurant rue Joubert, à Paris, et qui, de-

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puis une uniiéo, était entièrement privée des mouvements des membres inférieurs. Sa paralysie était survenue à lu suite d un saisissement, et était compliquée de phénomènes hystériques. On avait eu recours à des moyens très variés et très énergiques qui n'avaient point amélioré son état. On luj avait même applitjué des moxas sur le trajet de la colonne vertébrale, d'après le conseil d'un médecin qui attribuait la paralysie à une myélite. Lorsque je fus appelé par M. Blache à essayer l'inlluence thérapeuticpie de la faradisation localisée, je constatai que les muscles paralysés possédaient leur contractilité électrique normale, et que les excitations les plus fortes de la peau et des muscles n'occasionnaient pas la plus légère sensation. Il existait de plus une hyperosthésie au niveau des gouttières vertébrales. Il était impossible, en présence de ces symptômes joints à l'histoire de la maladie de méconnaître l'existence d'une paraplégie hystérique. J'espérais que cette paralysie guérirait facilement, m'appuyant sur des faits semblables où la guérison avait été obtenue par la faradisation localisée. Eh bien, cette médication, appliquée pendant un mois, n'exerça pas la moindre induenco sur l'état de la paralysie; l'excitation électro-cutanée avait seulement rappelé légèrement la sensibilité de la peau. La résistance opposée par celte paralysie à toutes les médications semblaitjustifier le diagnostic de myélite porté par l'un des médecins appelés à donner des soins à cette demoiselle, lorsque l'obstacle à l'action nerveuse motrice que n'avait pu vaincre la faradisation localisée disparut tout à coup et complètement, bien qu'on n'eût rien fait de nouveau pour combattre la maladie. Depuis lors, cette guérison spontanée s'est parfaitement maintenue.

Observation LXXVIII. — ■ A côté de cet insuccès de la faradisation localisée, j'en pourrais placer un autre parfaitement identique, et que j'ai observé chez une demoiselle (mademoiselle F...) atteinte de paralysie hystérique depuis un an, et qui m'avait été adressée par M. Kicord. Des cautères placés sur la colonne vertébrale, la strychnine, etc., avaient été employés sans résultats ; trente séances de faradisation localisée n'avaient pas modifié la paralysie, qui, peu do temps après, guérit spontanément et complètement.

Dans le i)i'emier des deux faits ([lie je viens de rapporter (obs. LXVVII), la guérison etit lieu peu de temps après l'ilppliration de ia faradisation, de sorte ([ue l'on pourrait à la rigueur faire honneur de cette guérison h l'action tardive de la faradisation, de même ([u'on attribue souvent à l'action des eaux minérales des guérisons (pii n'ont lieu (]ue (juelque.s mois après qu'on les a prises. Il serait intéressant d'exauiiner si rc^'llement les effets tliera[)euli(jues de certaines médications qui n'impriment aucune modilicalion à la maladie pendant qu'on les applique, ne se manifestent que tardivoinont.

385 PAHAI.YSIKS IIYSTKUIQUKS.

(jiiiMit à iiMii, j'alliiim' iivoir vu des i névroses et des névralgies longtemps ichrilcs ù tous les rciiicdcs, disparnltrc senleniont (piin/e jours a un mois après i'a|)pli<'alioM de la lanidisation localisée, bien (piCllcs n'eussent snl)i aucun*' modilication a|ij)i(''cial)l(; |)endaiit U". trailcnicnl.

Cependant, les deux cas eil<''s ci-dessus sont jxiur moi des insueeès; s'ils étaient interprétés autrement par (pielques personnes, je pourrais rapporter d'autres faits de paralysies liysléiicpies (pii ont persisté plusieurs années, l)ien (|ue je les eusse traitées pai* la faradisation loealisée.

VI. — /ai f)(nuiii/sie Itystérique (juéi'it cependant fréquaniirient par la farad isntitm localisée. — La forme par api é y i que est celle dans laquelle les chances de succès paraissent le 77ioins grandes.

Sur plus d'une centaine de paralysies liystéricjues que j'ai traitées par la faradisalion localisée, j'ai obtenu la guérison dans la moitié des cas; mais j't)bserv(M-ai (pie souvent je n'ai été appelé à agir que dans les circonstances les plus défavorables, c'est-à-dire lorsque les autres médications avaient échoué. On sait, en effet, qu'on songe engént'îral a recourir au traitement électrique seulement comme à une dernière ressource. Il est donc permis d'espérer que la pi-oportiou d(îs guérisons augmentera quand la t'aradisation sera placée dans les mêmes conditions (jue toutes les autres médications, et qu'on ne lui livrera plus seulement les cas diftîciles.

On sait que la paralysie hystérique revêt des formes variées. M. Bricjuet a démontré par des faits (1) que la plupart de ses manifestations morbides, les paralysies du mouvement, les hyperesthésies ou anesthésies cutanées, les paralysies des sens, de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût, siègent presque toujours du côté gauche. Celte règle, qui a été formulée dans les thèses publiées par ses élèves, découle des nombreuses recherches de ce savant observateur sur l'hystérie, .l'ai vu, en effet, ces phénomènes souvent limités dans le côté gauche, aux membres, au tronc et à la face, et quelquefois dans le membre supérieur gauche. Tantôt la paralysie se généralise, et tantôt elle se tixe dans les membres inférieurs. (Uuand, dans ces derniers cas, elle prédomine dans un côté, c'est presque toujours dans le côté gauche. Je signale ce fait en passant, car il peut éclairer certains cas de diagnostic difticile.) Eh bien, il ressort des faits que j'ai observés^ que c'est le plus ordinairement lorsque la paralysie hystérique s'est fixée dans les membres inférieurs, que la t'aradisation localisée a échoué.

(1) Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie. Paris, 1859, p. 441 et suiv.

Valeur de î.a faradisation locai.iske. 387

B. — CommcDl on doit pratiquor la faradisalioii lorsciu'on rappliqin' au Iraitemciil de la paralysie liysl(''ri(Hi('.

La sensation provoquée par l'excitalion rk'clricjiic, alors inénie qu'elle n'est pas douloureuse, est tellement étranj^'C, anoiniale, qu'elle peut provoquer une attaque d'hystérie chez les persoin)es(|ui n'y sont pas habituées. Cette sensation les iinpressioinie d'autant plus que leur imagination leur fait redouter i)res(]ue toujours ces applications. Dans les premiers temps de mes recherches, il m'arrivait fréquemment de provoquei' des accès hystéri(]ues que j'attribuais uni(iuement à l'influence de l'électrisation, et qui ne faisaient qu'augmenter les préventions que les malades et même les persoimes (jui les entouraient, avaient conçues déjà contre son application. Ayant eu le soin d'habituer graduellement les malades à la sensation électrique, en commençant par des doses très faibles, et en dissipant ainsi leurs préventions, je n'ai plus vu survenir ces crises nerveuses produites évidemment par une influence morale. Je conseille donc de consacrer la première séance à habituer ainsi les hystériques aux sensations électriques. Kn agissant de la sorte, on ne tarde pas à pouvoir administrer les doses les plus intenses.

La diminution de la sensibilité musculaire, qui complique la paralysie hystérique, indique l'emploi du courant de la première hélice et des intermittences rapides qui agissent énergicpiement sur la sensibilité musculaire, en même temps (ju'elles provo(pient le retour des mouvements. Mais la t'aradisation musculaire à intermittences rapides n'est pas toujours applicable chez les hystériques. Ainsi, j'en ai vu un l)on nombre (|ui pouvaient supj)orter les excitations musculaires les plus fortes, les plus douloureuses, pourvu que les intermittences du courant fuï^^ent assez éloignées les unes des autres, et chez lesquelles les contractions produites par un courant rapide ne manquaient jamais de produire une attaque d'hystérie. Ce n'était pas que ces malades trouvassent ce modedelaradisation musculaire plus douloureux, car j'avais le soin tl'agir avec un courant peu intense ; mais la sensation toute spéciale (pi'il produisait occasionnait des tournoiements, des éblouissements, un malaise général bientôt suivi d'une cri.se nerveuse. Je n'en ai pas moins continué d'employer ce mode de faradisation chez quehjues-unes de ces malades, qui, loin de s'y habituer, en conservaient une impression si désagréable, que l'idée qu'elles allaient être faradisées de la même manière suffisait pour les faire tomber en convulsions. Mais à l'instant où je recommençais à taire contracter leurs muscles avec un courant à

388 PAUALYSIES IIYSTHUIOIIES.

intriMiiilteii('('>>('l()ii^nr('S,lc'sacci'S(l'li\sl(''iiu(:essai(MUlc'S<jrei)i()(luirc pciulaiil I oitcralioii. Je signalerai encoK; nii pliéiiofuène curieux ciiez ces hk^iucs malades, que la farad i.NatiuM muscidairc à (•(jurant rapide laisail loiuber en .s[)asin(' nerveux : je pouvais |)i()(luire les sensations eulan(''es les plus douloureuses par la laradisation de la peau à un eourant rapide, sans piovotpier le moindre a.c.C('s n(;rveux. En r(}sum(3, bien que la laradisalion musculaire ii iiilermiUen(jes rapides soit \c, meilleur mode d'électrisation quil convienne d'appli(|uer au traitement de la paralysie liyst<'i'i(pie, il rc^ssort des consid(h"ations préc(Hlenles , que l'on doit y renoncer lorscpi'il provoque des crises nerveuses, et le remplacer par la laradisalion musculaire à rares intermittences.

11 taut en g('neral diriger l'excitation musculaire sur chacun des muscles paralysés, sans négliger de stinuUer les troncs nerveux. J'ai dit, et j'en ai donné la })reuve dans les faits (pie j'ai i'apport(''S, qu'il suflit (pieKiuefois d'exciter la sensibilité cutanée pour guérir la paralysie hystérique; c'est ce qu'on aura plus de chance d'obtenir quand la sensibilité cutanée sera considérablement diminuée dans la paralysie hystérique qu'on aura à traiter. On devra donc ne pratiquer, dans ce cas, que la i'aratlisation électro-cutanée pendant les deux ou trois premières séances, afin déjuger du degré d'influence que ce mode d'excitation exerce sur la paralysie musculaire. Si cette dernière était ainsi notablement améliorée, on y joindrait la faradisation musculaire localisée, en insistant moins sur celle-ci que sur la laradisalion cutanée. Mais, si l'on n'obtenait aucun amendement dans l'état de la paralysie, on n'emploierait plus l'excitation électro-cutanée qu'autant que cela serait nécessaire au rétablissement de la sensibilité de la peau, et l'on aurait recours seulement à la faradisation musculaire localisée.

Le traitement est beaucoup plus douloureux par l'excitation électro-cutanée : aussi rencontre-t-on quelques malades qui refusent de s'y soumettre- Je n'ai pas besoin de dire que dans ce cas on doit essayer de guérir la paralysie par la faradisation musculaire à rares intermittences, et ne recourir à l'excitation électro-cutanée qu'après avoir vu éciiouer le premier mode d'excitation.

Les procédés de faradisation que l'on doit appliquer au traitement (les autres paralysies hystériques, de la vessie, des intestins, de la voix, de l'ouïe, do la vue, de l'odorat et du goût, dont il a été (iéjà question, page 9^ et suivantes, seront exposés, par la suite, avec plus de détails, en traitant spécialement de ces espèces de paralysies locales.

PAllVLYSin DE LA SliNSlHir.lTf: MrSCULAlUC. 389

ClIAPlTUi: XII.

I»AUAL^sl^: di: la sK>siniMTK .musculaire.

Je comprends sous ce titre la paralijsie de la semihilitr électromusculaire et la paralysie du sens inusruluire de Ck. Ihdl, parce quelles me paraissent inséparables l'une de l'autre, ou, en d'autres termes, parce qu'elles sont [Ji-oduites par une lésion identique de la sensibilité musculaire.

La paralysie de la sensibilité musculaire ne constitue pas, par ellemême, une esi)èce morbide distincte; elle est symptomatique d'all'ections diverses; ce qui sera démontré par la suite.

J'expose son étude dans ce chapitre, car. jusqu'à ce jour, je l'ai plus fréquemment observée dans l'affection hystérique, isolée de toute paralysie des mouvements volontaires, ou compliquée seulement d'un affaiblissement de ces mouvements, de manière qu'il m'a été possible d'analyser tous les troubles fonctionnels qu'elle porte dans la locomotion.

Je me propose : 1° de mettre en lumière l'existence de la sensibilité électro-musculaire, niée par certains observateurs; 2° de montrer l'identité ou l'union inlime de la sensibilité électro-musculaire et du sens musculaire de Cli. Bell, qui constituent ce que j'appelle la sensibilité musculaire; 5° enfm d'exposer rapidement la symptomatologie, le diagnostic différentiel, le pronostic et le traitement de la paralysie de la sensibilité musculaire.

§ I. — Preuves do l'existence de la sensiliilité électromusculaire.

H a été souvent question de la sensibilité électro-musculaire dans ce livre. Je me suis d'abord appliqué à démontrer expérimentalement l'existence de cette propriété musculaire. J'ai prouvé ensuite qu'elle joue un rôle important au point de vue du diagnostic et du pronostic des nombreuses paralysies, dont j'ai eu à exposeï' l'étude électro-pathologique.

Nier donc aujourd'hui que les muscles sont doués de sensibilité, c'est montrer qu'on veut résister au mouvement scientifique, c'est contester un fait établi aussi solidement par l'expérimentation sur le muscle à nu que par l'observation pathologique.

Et cependant, un physiologiste allemand, M. Remak, dont j'ai déjà dû combattre l'espèce d'hérésie sur l'irritabilité hallérienne,

200 l'AUM'kSIK |»K I,\ .sKNSIHIMIIi MUSCULAIRE.

«liiiis 11' ciMiis (In (liMi)!!!*' Il, ;i ni<'' aussi dans ces (iLTiiiors l(;iTipS roxistriKM» (le la scnsihilili' clccli-o-riHisriilaifC'. Je lie crois pas pouvoir lue (lispcnscr de (Iclcndic ce point de docIriiH' atta(juc par rc savant contiadictcuf.

Vnr seule expérience sullirait pour <leuioiilrer r.i^^oureuseineut (pie le muscle est sensible, c'est celle; {pi(! j'ai l'aile sur la libre musculaire dénudée et excitée directement par un courant d'induc'lion (ell(! a él('' rapi)ortée à la paj^e '29 de ce livre^ et (jue j'ai prati(piéo sur un blesse, à ril(')lel-Dieu de Paris. J'ai dit cpae ce sujet accusait une sensation sourde pendant la laradisation de la libre nmsculaire, — et M. Remalv en a conclu (pie le muscle n'est pas sensible ; comme si une sensation sourde siyniliait absence de sensation.

En vérité! cette manière de lire; ou (rinter|)réier un auteur est désespérante. J'ai écrit, en elïet, et prouvé, par des faits disséminés dans mon livni, que la sensation musculaire est sourde, quand les intermittences du courant sont très éloignées et qu'alors on peut agir à dose moyenne sans produire de douleurs, mais que la sensation augmente d'autant plus que ces intermittences sont plus rapides, au point de devenir tétaniques. Eli bien, M. Remak n'y a rien compris ; il me fait dire que l'excitation directe du muscle est toujours sourde et indolente : d'où il conclut que le muscle n'est pas sensible.

Pour que M. Remak ne puisse plus, à l'avenir, interpréter l'expérience ({ue j'ai faite sur le muscle dénudé, d'une manière aussi étrange et en faveur de sa doctrine de l'insensibilité musculaire, j'ai répété publiquement, à l'Hôtel-Dieu, sous les yeux de M. Adolphe Richard, chargé provisoirement du service chirurgical de M. le professeur Laugier, cette même expérience sur une portion du grand pectoral dénudé d'un sujet chez lequel la peau et les nerfs sous-cutanés avaient été enlevés par une opération chirurgicale. Dans ce cas, le rhéophore étant appliqué sur le tissu musculaire, loin du point d'émergence et d'immersion du nerf du grand pectoral, les sensations qui accompagnaient la contraction limitée au point excité, ont été sourdes avec des intermittences éloignées d'une seconde et à une intensité modérée; puis ces sensations ont augmenté en raison du rapprochement de ces intermittences, au point de devenir très douloureuses, quand la rapidité des intermittences était assez grande pour produire la contraction tétanique de la portion du muscle excité.

Passons maintenant à l'observation pathologique. Que l'on se rappelle ces cas dans lesquels le nerf radial est lésé traumatiquement. Si l'on pose alors les rhéophores humides sur les points où la peau

PREUVES DE l'existence DE LA SENSIBILITÉ ÉLECTRO-MDSCULAIRE. 391

a conservé sa soiisiI)ilit('', et au niveau des muscles an'unés par le iieri'lésé, on observe (|ue U; sujet n'accuse aueuiK; sensation. — Mais lorsqu'au conti'aii(; les nerfs cutanés sont lésés et (jue les nerfs nnUsculaires ont conservé leur innervation intacte, les rln'opliores humides provoquent, en même temjis cpie la (îontraction nmseulairo, des sensations qui ne peuvent être attribuées (|u'a la sensibilité des muscles. — Ces faits parlent assez d'eux-mêmes pour (pie je sois dispensé d'en tirer une conclusion.

Les maladies int(;rues mOnl oiïert quekiuelois l'cxîcasion d'observer l'abolition soit de la sensibilité et de la contra(;liliti' musculaires, soit seulement de la sensihiiiti') nmsculaire, aloi's ([ue la sensibilité de la peau était restée intacte; mais le plus ordinairement ces affections abolissent ou anaibliss(înt seulement la sensibilité de la peau. Dans ce dernier cas, on constate aussi que les nerfs cutanés ont également perdu leur excitabilité, et cependant les contractions musculaires, provocjnées par la faradisation localisée sont accoujpagnées de la sensation nmsculaire spéciale que j'ai signalée plus haut. — Rien n'est plus facile (pie d'observer par l'exploration électromusculaire ces phénomènes (|ui prouvent l'existence de la sensibilité des muscles. On connaît les longues recherches (jue j'ai faites sur ces faits pathologiques. On a apprécié l'importance des déductions que j'en ai tirées, au point de vue du diagnostic et du pronostic des affections musculaires. L'exactitude d'un grand nombre de ces faits pathologiques a été constatée par d'autres observateurs.

Eh bien, d'un trait de plume, M. Remak supprime tous ces travaux, en disant que les niuscles ne sont pas sensibles... ! Et sur (juoi fonde-t-il une pareille opinion? Ce n'est pas sur de n(unbreuses recherches pathologicpies (il n'en a fait aucune), ni sur de longues méditations; mais seulement sur (pielques expérieiu^es, dont j'ai donné précédemment un spécinien, en rapportant celle qu'il a faite sur le trapèze, expérienc(;s sur les(pielles on ne peut discuter sérieusement.

4e ne puis me dispenser de faire une prompte justice de plusieurs autres assertions inexactes (pi'il a déduites de ces expériences.

Suivant cet observateur, la contraction d'un muscle produite par l'excitation de son rameau nerveux n'est i)as acconq)agn(''e de sensation (c'est de ce fait (pi'il a aussi conclu que les muscles ne sont pas sensibles!). — Ici M. Remak commet une erreur matérielle. En voici la preuve expérimentale: (piancl on faradise un rameau musculaire avec un courant d'une inten^ité modérée, on obtient une

302 PAlwr.YSIF DK IK SENSIBU.ITK MUSCCI^AinF.

roiiliMcfion :i->^(7. (ortc avec, iiix' scaisalioii sourde^ indalanta ; si la forct^ (lu (iMiiiiiit est auf^Miiontrc ot (jiuî ses iulf.'rmillcnros soient pins rapich'S, /<'•"»' Sinisdtions mifjincnfcnt itroijortuniiinllcincnt, nu point (if di'vniir doulourvunes. (les sensations donlourcniscs piMivent in<^in(; so prolonger apns l'opération et se transt'oimer m douleurs névrali^icpics.

Il 1-essorl in('onteslai)leniont de rcnseiiihle des considérations précédemment exposées, que les nerfs musculaires, et conséqnemment les muscles, sont dou('*s de sensibilité ; ce (pii concorde avec l'anatomie, puis(|ue les nerfs musculaires sont mixtes; mais cette sensibilité, qu'elle soit ou ue soit pas douloureuse, est spéciale et difficilement excitable par d'autres agents ([ue les courants électriques.

Après avoir nié rcxistence de la sensibilité musculaire, M. Remak attribue la sensation produite par la faradisation musculaire directe (par les rbéopliores humides, appli(jués sur la peau, au niveau du tissu musculaire) uniquement à l'excitation des nerfs cutanés.

J'ai fait connaître les précautions qu'il faut prendre dans ce genre d'expérience, pour éviter une telle confusion, je n'ai donc pas à revenir sur ce sujet (1).

^ II. — Identité de la paral^^sic de la sensibilité électro-maseulaire et de la paralysie du sens musculaire de Ch. Bell.

La paralysie de la sensibilité élech^o-muscnlaire et la paralysie du sens musculaire de Ch. Bell [sentiment d^ activité musculaire de Gerdy) aont s)/mptoma.tiques d'une lésion identique de la sensibilité musculaire; elles constituent l'affection morbide que Von doit désigner sous le nom de paralysie de la sensibilité musculaire.

Dans toutes les paralysies musculaires dont j'ai eu à exposer l'étude électro-pathologique, nous avons vu jusqu'ici la sensibilité électromusculaire abolie ou diminuée parallèlement avec les mouvements volontaires, (pie la contractilité électro-musculaire fût ou non conservée. 11 était donc impossible d'observer, dans ces cas, les troubles fonctionnels, produits par la paralysie de la sensibilité électro-nmsculaire, pendant l'exercice des mouvements volontaires. Mais s'il est

(1) La pathologie démontre aussi que les muscles possèdent, en outre, la sensation de pression. Combien de fois nai-je pas vu des sujets qui avaient perdu complètement la sensibilité de la peau percevoir la pression que l'on exerçait au niveau des muscles sous-cutanés ? Cette sensation de pression n'existe jamais lorsque les muscles sont insensibles à l'excitation électrique.

IDENTITÉ DF \.\ SFNSIBII.ITK Kl I-XTRO-MIISCCrAlRE. 393

vrai (|ik;, dans la [)aralysi(; liystrriquc, l«*s mouvornoiits voloiitairf.s soient ordinaireMM'iit [ifjrdnson allaiblis on mémo temps (juc la sensibilité éleetro-musculaire, il arriv(! ('('[jcndant (jU('l(juer()is(iiie celte dernière propriété (!st paralysée isolénuMil.

Dés I8/18, j'observais un lait analofiue à l'iiopital de la (>liarité; c'est en taisant allusion à ctî fait (jue j écrivais dans un mémoire pul)lié on l<sr)0 : « Une fois nous avons observé l'anestlK-sie nmsculaire spontanée cliez une liysl(''ri(pie, bien que les mouvements tussent conservés (1). » Depuis lors, j'ai eu l'occasion de recueillir un certain nombre de faits analogues au précédent.

Les sujets atteints de cette espèce de paralysie éprouvent dans la locomotion des troubles fonctionnels dont les principaux ont été parfaitement, quoique très succinctement décrits par (>li. Bell, (jui en a conclu à l'existence d'une propriété musculaire qu'il a appelée sens 7nusculaire .

Ce grand pbysiologiste, qui déjà avait enricbi la science en se livrant spécialement à des vivisections, a dû cependant la découverte de cette propriété musculaire nouvelle uniquement à l'observation pathologique. Tl est vrai que, faisant allusion à ses recherches sur les propriétés différentielles des racines antérieures et postérieures de la moelle, il dit avoir déjà démontré, par des expériences, l'existence de cette propriété musculaire. Mais quelles sont ces expériences? Ch. Dell ne les ayant pas rapportées, ne sommes-nous pas autorisé à en conclure que très probablement ce n'était alors chez lui qu'une simple vue de l'esprit? L'honneur d'avoir exécuté le premier et d'avoir interprété avec un talent admirable les expériences indiquées par Ch. Bell reviendrait donc tout entier à M. Cl. Bernard. Tout le monde comprend que je veux parler ici des belles leçons (pie le célèbre professeur du (Collège de France a faites en 1857 sur l'influence du sentiment sur les mouvements (2).

Voici l'un des faits qui forment la base des ingénieuses déductions de Ch. Bell.

Observation LXXIX.^ — Paralysie du sens musculaire d'un côté elparabjsic des mouvement de l'autre. — « Une mère (dit Ch. Bell) nourrissant son enfant, atteinte de paralysie, perd la puissance musculaire d'un cùlé du corps, et, on môme temps, la sensibilité de l'autre. Circonstance extraordinaire et

(1) nechcrchcs sur Vclat de la conlraclilUc et de la sensibilité électro-musculaires dans los paralysies des viembres supérieurs {Archives générales de médecine, IV* série, 1850).

(2) Leçons sur la phyHologie et la pathologie du système nerveux. Paris, 18j8, 2 vol. in-8.

'M)(l l'AUAI.YSIK DK l.A sKNSIRII.ITR MllSCULAlTlE.

fûrlu'iisc ! ;ius.si lonfzlrrnps (ju'ilhî n'î^iird.nl son tMifaiit, elle pouvi»it le présoiilcr a SOI) ^cin, du l>ras (]iii iivail coiiscm-x' hi puissance musculaire; mais, si les objets onvironuants voïKiient ii (iislr.iirc! son atlenlion de la posilion de son bras, los niiiscics llécliissenrs du en dernier se rclAchaienl pou à peu, cl renfiinl ('oiiraiL le iis(|iu!(l(î lonilxîr.

» Nous voyons d'abord dans ce cas (ajoulo-Uil) (pic hjs nerfs du bras jouissent de deux propriétés distinctes, (pii dis|)arai>s(;nt ou sont conservées selon la porte dos uns et l'intégrité do> aiitrcîs; ensuite, (}ue ces deux propiiétés doivent l'exislonce à un ordro spécial de nerfs, et enfin que la puissance musculaire est insuffisante pour régler les mouvements des niembrtis, si la sensibilité [uusculairo n'est là [tour raccompagner (I). »

Ch. Bell rapporte cette observation « comme une dernière preuve concluante de la nécessité de l'association du sens musculaire et du sens du toucher, » dans l'exercice des fonctions nmsculaires. Mais il ressort de l'ensemble de son travail que, dans son esprit, sens musculaire et sensil>ilité musculaire étaient choses identi(jues; il va même jusqu'à dcterminer les conditions anatomi(|ues (|ui président à celte propriété musculaire. « Ce fut, dit cet observateur, la conviction que nous percevons l\œtion des muscles, qui m'engagea à porter l'investigation dans leurs nerfs, d'abord par Vanatomie, puis par 1 observation. Je fus à même de démontrer que les muscles sont pourvus de deux ordres de nerfs; qu'en excitant l'un, le muscle se. contracte; qu'en excitant l'autre, aucun mouvement n'a lieu , et que le nerf qui na pas d'action directe sur le muscle est destiné à produire la sensation. 11 était ainsi prouvé que les muscles sont en communication avec le cerveau par l'intermédiaire d'un cercle nerveux; qu'un même nerf ne peut transmettre ce qu'on peut appeler influence nerveuse dans deux directions à la fois; en d'autres termes, qu'un nerf ne peut simultanément, et par lui-même, porter la volonté aux muscles, et la sensation au cerveau ; mais que, pour la régularité de l'action musculaire, deux nerfs distincts sont nécessaires : d'abord un nerf de sensibilité, pour porter au sensorium la connaissance de la condition des muscles, et puis un nerf de mouvement, pour porter au muscle le message de la volonté.... Dans mes lectures (cours), dit-il ailleurs, j'ai toujours exposé les mêmes vues. Je me suis attaché à prouver que pour l'exercice parfait du sens du toucher, le mouvement de la main et des

(1) The hani; Us mechanism and vital endowments, acevincing design, by sir Charles Bell, fi ftb édition; 1852. Gh. IX, Of Ihe muscular sensé, p. 244.

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