‹ De l'électrisation localisée et de son application a la pathologie et a la thérapeutiqueChapitre 39 sur 73 · IDENTITÉ DE LA SENSIBILITÉ ÉLECTRO-MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

IDENTITÉ DE LA SENSIBILITÉ ÉLECTRO-MUSCULAIRE

doigts, et le sciilifneut rie L\iclion (1) des muscles en produisant co inouveiDciit, doivent ètn; (!onil)inés ww.v. la serhSîilion de contact de l'objet. A cette consci(;ii(!e de l'effort, je donne le non» de i^ens mvsculai7'i\ l appelant un sixième sens. »

Ce sixième sens, de môme que la d('iiotniiialion elioi^ieparCh. Bell, furent rejetés par les physiologistes, ([ui ne virent, avec raison, selon moi, dans les faits exposés par (^li. Bell (ju'un phénomène de sensibilité générale. Si, en effet, l'on avait accepté les principes du |)hysiol()giste anglais, il n'y auriiit plus eu de raison |)onr ne point diviser la sensibilité générale en autant de sens qu'il y a d'organes. On aurait créé, par exemple, un sens rectal, vésical. (Je rapporterai par la suite un fait qui démontre la grave perturbation musculaire apportée dans les fonctions de la vessie par le seul fait de l'insensibilité de cet organe.)

Il est donc à regretter que Ch. Bell ne se soit pas contenté d'appeler sensiOilité musculaire cette propriété, dont il avait si bien démontré l'existence par la théorie et par l'observation pathologi(|ue. Celte dénomination eût passé d'emblée dans la science, et un autre physiologiste d'un grand talent (Gerdy que nous avons tous admiré et aimé) n'aurait pas, après Ch. Bell, embarrassé le langage physiologique d'un nouveau nom, pour désigner cette nouvelle propriété musculaire ; il ne l'aurait pas appelée sentiment d'activité musculaiî^e. Cette dénomination, (jui n'est qu'une superfétation ou une explication du phénomène de la sensibilité musculaire, n'a pas même le mérite de lui appartenir, puisqu'on a vu plus haut (\\ie Ch. Bell explique ce phénomène dans les mêpiies termes (1). Loin de moi la pensée de déprécier les beaux travaux de notre savant compatriote; mais on peut dire, sans être injuste envers lui, ou plutôt Gerdy luimême dont la probité scientifi(iue nous était connue, déclarerait aujourd'hui, dans l'intérêt de la vérité, (ju'il n'a rien ajouté aux faits découverts et si jutlicieusement conunentés par l'illustre physiologiste étranger.

Les physiologistes, ceux du moins que j'ai consultés, tout en admettant le rôle important de la sensation d'activité musculaire dans la locomotion, semblent avoir ignoré, jusqu'en ces derniers temps, (pie c'est a Ch. Bell (jue revient l'honneur d'avoir démontré le premier l'existence de cette propriét*'; musculaire, et cela par l'observation pathologi([ue. C'est que le chapitre admirable qui traite du sens musculaire est perdu dans un livre peu connu où

(1) On a vu ^w elTel ci-dessus (p. 391, ligne 20) que Cli. IJcll appelle aussi le sens musculaire senlimenl de Vaclion des muscles.

30') p\u\i.v>ii; d;: i.\ si:n>>iiui itI'; mi^^ci'i.miu:.

l'on ne (li'Viiil ^iicrc s';it(cii(lr(' à l'y li'oiivcr. Tn loi'd (jui avait jx-rdii l'usa^M' (le la main avait pi'oinis ini |ni\ de /.(), ()()() francs à C(3lui ({iii pnbitciait le nicilUnu' Iraitc sur la main. Cli. Ui-ll, dont lo nom «'lait déjà illusln» dans la sciencL', envoya à rc concours son livre sur la m<''cani(pie (h* la main. Ce livn;, dans lequel on trouve beau- (îoupd'analomie ri de physioloj>ic compan'-e, n'ajonlf.' vraiment rien h ce (\\w. l'on savait alors sur l'usage de la main, mais on y d«;couvre un tout petit chapitre (la perle de ce livre) qui traite du aens imif^culdirc [Of tlie muscular sensé). Ce livre, illustr<* par un grand nombni de figures (dessinées par l'auteur, (pjî était aussi un grand artiste), n'a pas été ti'aduit en français, ce qui ex|)lique })our(|uoi il est si peu connu parmi nous. Si je n'avais dû le consulter avant de publier mes recherches sur la main, j'ignorerais encore l'existence du curieux cha[)itre dont j'ai traduit précédemment un extrait.

Faut-il s'étonner maintenant (|n'un jeune auteur, M. Landry, ait publié en 4853 des faits de physiologie pathologique (1) qui ne sont que la reproduction de ceux de Ch. Hell, sans citer même le nom de cet illustre physiologiste, et qu'il ait remplacé la dénomination de sens mvsculaire, donnée primitivement par Ch. lîell au nouveau phénomène mu.<culaire dont il avait fait la découverte, par celle de sentiment d'activité ynusculaire, de telle sorte qu'il semble rapporter tout l'honneur de cette découverte à Gerdy, l'auteur de cette dernière dénomination. Faut-il s'étonner aussi qu'il ait pu se croire le premier qui soit venu nous démontrer par la pathologie l'existence du sens musculaire de Ch. Bell! Il a écrit en effet, après avoir relaté des observations identiques avec celles deCh. Bell : « Je ne pense pas que rien de semblable aux faits précédents ait été consigné dans aucun écrit (2). »

En 1853, j'ai eu soin de protester, dans une note à l'Académie des sciences (3), contre cette ignorance des recherches de Ch. Bell sur cette propriété musculaire, en rappelant que le phénomène appelé sentiment d'activité musculaire par Gerdy et qu'il ne fallait pas confondre avec ce que j'appelais conscience musculaire, avait été découvert par le grand physiologiste anglais et dénominéjpar lui sens musculaire. Aussi ai-je été étrangement surpris de voir encore, en 1858, le même auteur auquel j'avais eu l'intention de reprocher

(1) Becherches physiologiques et pathologiques sur les sensations tactiles [Arch. ^gén. de médecine. 1853, i" série, t. IX, de la page 268 à la page 275).

(2) Loc. cit., p. 270.

(3j Recherchos électro-physiologiques et pathologiques sur la conscience musculaire.

IDENTITÉ DE Lk SENSIBILITÉ KI.ECTRO- MUSCULAIRE. 397

iudii'cctcinciit de n'avoir pas suriisannneiit coniiii ce point de littéralurc médicale, exposer de la niaiiièie suiva(it(i i'liistori(|ue des reclierches sur le sculiuwMit d'adivilé musculaire : « Le sentiment d'activité musculaii'c (dit-il) eMtf*;vu par Darwin, neltement in(li([ué par Gerdy et recomui i)ar tous les physiologistes, n'était admis ([ue par induction, sans preuves exix'rimcnlalrs ou pnt/iolofjit/ia's^ lors(jue je publiai en 1852 trois t'ails i)atli()loj^i(pies cpji démontrent son origine et son rôle précis. » [Moniteur des fin/jitaux, 18.')8, page 117'i.) — Cet auteur, ou le voit, ne se contente pas de taire ici le nom de celui qui a découvert le phénomène de sentiment de l'action des muscles, mais il va jusqu'à s'approprier la démonstration (pie cet homme de génie en avait fait par l'observation pathologicjue !

En somme, l'existence de la sensibilité musculaire et de la paralysie de cette propriété me paraît sulfisamment démontrée par les laits observés et si admirablement commentés par (^h. Bell. Peut-être cette démonstration avait-elle besoin d'être élayée par les laits électro-physiologiques et pathologiques que j'ai exposés dans ce paragraphe, et descpiels il ressort, d'une manière incontestable, (jue le muscle est doué de sensibilité et que cette sensibilité peut èlre paralysée ou isolément ou conjointement avec les autres propriétés musculaires.

De même que, pour la sensibilité de la peau, l'observation pa* thologique a mis en lumière différentes espèces de sensibilité (la sensibilité à la douleur qui appartient à la sensibilité générale et la sensibilité au toucher, et conséquemment la paralysie de ces propriétés : l'analgésie et l'ancsthésie cutanée), de même n'est-il pas possible d'admettre aussi l'existence de différentes espèces de sensibilité musculaire? Les faits seuls auraient pu juger cette question. Or jus(ju'à C(î jour, je n'en connais aucun qui donne quekjue apparence de vérité à l'hypothèse ((ue je viens de t'ornmler. Toujours, en effet, j'ai vu la paralysie de la sensibilité électro-musculaire marcher de pair et parallèlement avec la paralysie du sens musculaire de Cil. Bell (et avec la paralysie de la sensibilité à la pression), tandis que l'indépendance mutuelle de l'analgésie et de l'ancsthésie est aujourd'hui parfaitement établie. C'est sur cette indépendance mutuelle de ces deux espèces de paralysie de la sensibilité de la peau, qu'est fondée l'existence réelle des deux sortes de sensibilité de la peau : la sensibilité générale et la sensibilité tactile.

Consé(juennnent le sentiment de l'activité musculaire, comme l'appelait Gerdy, ne constitue pas plus une sensibilité spéciale (un sens musculaire spécial, sixième sens deCh. Bell) pas plus ([ue la sensi-

lift l'AUAl.VSIH I)K I.A SKNSimi.lTK MI'Sr.ri,AII\K.

lulitr ('Irctro-iiiusciilairo et la sensation dépression mnsciiliure n'apparlirnneiit à d'aulrj's espèces de sensibilité.

Voici tni des laits les plus curieux parmi ceux que j'ai recueilli-; et qui prouve l'indépendance absolue de l'analgésie et de l'anestliésie.

Observation LXXX. — J'ai observé, avec mon honorable confrère, M. Géry père, une nuilacJc, coloriste, dont les mains étaient complélenient privées de sensibilité, myis d'une manière difl'érente de chaque côté ; sa main droite avait perdu la sensibilité tactile et avait conservé la sensibilité douloureuse; à gauche, c'était l'inverse. Ni l'excitation électro-cutanée au maximum, ni le feu ne produisaient, de ce dernier côté, la moindre sensation; cependant elle percevait le plus léger frottement du derme et reconnaissait les objets qu'on lui présentait, bien qu elle ne les regardât point. De la niain droite au contraire, qui était sensible aux excitations douloureuses de la peau, mais où elle avait perdu la sensibilité musculaire, elle ne distinguait aucun des objets qu'on lui mettait dans la main, et si sa vue était masquée, elle les laissait tomber. Ces phénomènes d'anesthésie et d'analgésie, parfaitement isolés dans chaque main et chez la même personne, sont très remarquables. La nature de cette affection nous est restée inconnue. Cette femme n'était pas hystérique; elle avait, sans cause connue, éprouvé, pendant plusieurs années, des douleurs dans l'avant-bras. Eh bien, malgré l'abolition de la sensibilité musculaire, tous les mouvements de sa main et de ses doigts étaient parfaitement normaux et étaient exécutés sagement et sans brusquerie, quand on ne l'empêchait pas de voir.

En résumé, bien que j'eusse désiré conserver à l'espèce d'affection morbide dont il a été question dans ce paragraphe, la dénomination de paralysies du sens musculaire, afin d'en rappeler l'inventeur illustre qui a mis à toutes ses découvertes le cachet du génie, j'ai préféré à cette dénomination celle de paralysie de la sensibilité musculaire ,^?iVCQ (\\xq, exprimant l'ensemble des phénomènes morbides (la paralysie de la sensibilité électrique, de la sensation de pression musculaire et du sentiment de l'activité musculaire) occasionnés par la maladie dans l'éiat des muscles, elle ne peut donner lieu, comme la dénomination précédente (la paralysie du sens musculaire) à aucune fausse interprétation physiologique ou pathologique.

§ III. — Description de la paral^rsie de la sensibilité musculaire.

La paralysie de la sensibililé musculaire (du sens musculaire du sentiment d'activité musculaire) avait été observée seulement dans

DESCRIPTION. èil

un but pliysiologi(iiie. Mais s<jii ('tudc, au poiut do vue pathologi(iu(', avait été ué^li^M'c. (Juello «'tait la valeur (lia^uiosti(|ue et pronosti«jue(le ce trouble louetiounel? C'est ce (pi'il importait de rechercher, ainsi que l'a parfaitement compris Lan(h y (|ui, le premier, a essayé de décrire ctittc (espèce de paralysie, sous le nom de paralysie du sentiment d'activité inuscN/aii'e.

Mais hélas! je regrette d'avoir à le diie, il a ddiguré la paralysie du sens musculaire de Gli. Hcll, en l.i conrondiint avec un état patliologicpie qui fera le sujet du prochain paragraphe, que j'ai appelé de la conscience musculaire, et avec une espèce morbide qui s'en distingue par ses symptômes, sa marclu; et son pronostic;, et (pie je décrirai dans le chapitre XVI, sous le nom iVataxie locomotrice progressive.

Je vais essayer d'exposer aussi rapidement que possible les symptômes principaux, le diagnostic ditlerentiel et le pronostic de la paralysie de la sensibilité musculaire.

A. — Symptômes.

La paralysie de la sensibilité nmsculaire s'observe sous trois formes différentes : elle peut exister ou avec conservation des mouvements volontaires, ou avec un affaiblissement des mouvements volontaires ou avec la perte complète des mouvements volontaires. Sous la première forme, la paralysie de la sensibilité présente l'ensemble de tous les symptômes qui la caractérisent. Je me bornerai à en relater un cas, choisi de préférence parmi les faits nombreux de paralysies, de la sensibilité musculaire que j'ai eu l'occasion d'observer, et de cause hystérique, pour me renfermer plus spécialement dans le sujet de ce chapitre consacré à l'étude de la paralysie hystérique. Je l'ai rapporté avec détails dans mon mémoire sur Vataxie locomotrice progressive, je n'en donnerai ici que le rvsumé.

Observation LXXXI. — Madame 1)..., âgéo d'une cinquantaine d'années, à la suite d'une violente émotion (elle avait été trompée dans ses affections), est prise de sufTocalion et tombe dans une véritable attaque de nerfs. A partir de ce moment, elle perd le sommeil et l'appétit, devient chloro-anémique (souffle continu très fort dans les carotides) ; elle éprouve des engourdis.^ements dans les pieds et dans les mains. Ces accidents suivent une marche croissante et bientôt madame D..., se voit dans limpossibililé de continuer son travail. Elle marchait diflicilement. elle laissait tomber les objets qu'elle tenait à la main, quand elle ne les regardait pas.

/lOO r\U\I.V>Ii; F)K l.\ SKN.sIlMLITK Ml scri.AiRi:.

Ses membres inféiieuis ('luieul insensibles aux |)ii|ûres el aux pincemenls, si ce n'est la partie moyenne ol interne des cuisses où il existait un peu d'hyperesthésie. Aux membres supérieurs la piilpo des doigts était seulement atieslhésiée. Un traitement a été institué en vue d une alîection do la moelle (ventouses scariliées et vésieatoircs nombreux sur le racliis, purgatifs, etc.) ; mais les troubles fonelionmds, au lieu di; s amendei', se sont aggravés ot le médecin de la malade, mon ami, M. Lemaire, ancien elief de clinique de la faculté, la soumet à mon examen, après nmif mois de maladie. Voici, en résumé, les phénomènes principaux (jue je constate alors.

La force des mouvements partiels du pied sur la jambe, de celle-ci sur la cuisse, el de celle dernière sur le bassin, est normale. Aux membres supérieurs, la force des mouvements de la main esl à peu près normale; la contraclililé électro-musculaire est intacte de chaque côté , mais la sensibilité électro-musculaire est perdue aux pieds, aux jambes, aux cuisses, aux mains et aux avant-bras. Dans ces mômes légions, l'excitation électrocutanée ou osseuse ne provoque aucune sensation, excepté à la partie interne de la cuisse, où la sensibilité de la peau est seulement aiïaiblie. Quand ses yeux sont fermés, la malade ne perçoit pas les mouvements imprimés mécanitjuement ou électriciuement du pied sur la jambe, de la jambe sur la cuisse, des doigts et de la main. Quand elle ne voit pas, elle meut sefi pieds, ses jambes, ses mains, mais elle ne perçoit pas la contraction musculaire ; alors elle ne peut se tenir debout ou marcher, et elle laisse tomber ce quelle tient à la main. Si au contraire elle s'aide de la vue, elle remplit assez bien ces fondions, sans faire aucun mouvement désordonné.

C'était évidemment la paralysie simple de la sensibilité musculaire et de la sensibilité tactile qui était ici la cause des désordres de la locomotion. Cette paralysie de la sensibilité ne pouvait être rapportée, d'après l'ensemble des symptômes et la marche de la maladie, qu'à un état hystérique. J'en déduisis un pronostic favorable et j'annonçai à mon confrère, en m'appuyant sur mes expériences antérieures, la guérison rapide, probable, de ces troubles fonctionnels, par la faradisation cutanée, guérison qui, en effet, a été obtenue en quelques séances, ainsi que 31. Lemaire le dit dans son observation, guérison qui s'est maintenue jusqu'à ce jour.

On peut résumer en quelques lignes les symptr'imes de la paralysie de la sensibilité musculaire, lorsque la motilité est intacte.

Les muscles frappés d'aneslhésie ne sont sensibles ni à l'excitation électrique ni à la pression (1,. — Les mouvements imprimés

(l) Il me faut rappeler ici comment j'ai constaté ce phéuomène chez quelquesuns de ces sujets dont la peau, les muscles, les troncs nerveux et ciiGu les os n'étaient pas excitables par la faradisation localisée. J'ai rappelé isolément la

DhSCIUl'ilO.N. AOl

aiix arliciilaliuiis dont U*s iiium:Ic'S inoloms sont inscMisiljles, ne sont pas perçus. Le sujet, par exemple, dont les niuscles moteurs du pied sur la jambe sont inseiisdjles, n(; perçoit pas les mouvements de ses articulations tibio-tarsienne et calcanéo-astragalienne, qu'ils soient produits mécaniciuemcnt ou volontairement, et ainsi de suite pour les autres mouvements arlieulaires; (piand il ne voit pas ses membres, il ne sait pas s'ils ont été ou non exécutés. Il en résulte ([u'il ne peut marcher dans l'obscurité ou sans suivre des yeux les mouvements des membres intérieurs, si leurs muscles nioteurs sont frappés d'insensibilité, bien qu'il ait conservé le pouvoir de mouvoir ces membres avec force, même sans J'aide de la vue. Il a seulenient perdu, selon l'explication textuelle de Ch. Bell, le sentiment de l'action de ses muvscles en mouvement, et selon l'expression d(i Gerdy, le sentiment d'activité musculaire. L'usage des membres supérieurs sera également perdu dans l'obscurité ou sans l'aide de la vue, quand l'anestliésie musculaire y régnera ; le malade laissera tomber les objets qu'il tiendra dans la main, s'il ne les regarde pas, il ne distinguera pas un corps léger d'un corps pesant; il brisera entre ses doigts les objets fragiles, s'il ne les regarde pas, parce (ju'il ne pourra pas mesurer sa force. La vue vient heureusement suppléer, quoique incomplètement, dans les cas précédents, l'absence du sentiment de l'activité musculaire, en rectifiant les mouvements qui sont alors exécutés avec précision : la marclie devient possible; les sujets exécutent des ouvrages manuels qui exigent une certaine habileté; je les ai vus alors coudre ou broder assez facilement. — Lorscjue la paralysie de la sensibilité musculaire est compliquée de la paralysie complète des mouvements volontaires, le seul symptôme qui puisse en signaler l'existence, (''est l'absence de sensibilité électro-nmsculaire et de sensation de pression. — Mais il arrive fré([uemment que la paralysie de la sensibilité nuisculaire coexiste avec un alfaiblissement, à des degrés divers, de la loree nuisculaire ; alors on observe, outre un aiîaiblissement de la force musculaire, les troubles fonctioimels occasionnés, pendant

scusibilllé de la peau par l'excitation élcctro-culance ; alors la peau était sensible au loucher, à la piqûre, au pincement, à l'excilalion électrique, limitée dans son tissu. Mais quand, mouillant largement la peau et les rl»eoi)liores, je localisais les recompositions dans les muscles situés au-dessous d'elle, les sujets n'y percevaient plus les excitations électriques, ni la pression exercée sur ces points. Chez les sujets qui, au contraire, ont seulement une insensibilité de la peau (ce que l'on observe fréquemment chez les hystériques), la sensibilité électro-musculaire et la sensation îi la pression restent normales au-dessous des points où la i)eau est anesthésiée.

DUCHFNNK. 26

602 i'\ii\n>ii lu; \\ ^i \siiui ni. mi s( i i mui;.

rcxcrcicc (It'.s iii(HiV('m('iil> \(tl(>iil;nf«'.->, \k\v l';ll)^(•ll(•(' simiill.iiuT

(lu sciilifiiciit (l'aclivitc imiscuhiirc ri de la vue, fl que j'.ii dt-ciits

ci-dessus.

I.a paiidysit'dtî la sciisibililcuiusculairi,' peut être coiironduc avec la paialysio de la c.ouseieuee luusciilaire et avec l'alaxie locornotiice pru^'ressive. .l'eu renvoie le dia;^uoslic ilillereuliel à l'étude spéciale de ces dernières atfeetiuus.

D. — Pronostic.

I.a paralysie; d(» la sensibilité niusculaiic ne constitue [)a>, par elle-même, une espèce morbide spéciale, car elle est symptomaticpie de plusieurs affections diverses Je l'ai rencontrée, en eH'et, dans l'hyslerie, dans certaines atfections rhumatismales, etc. On la voit aussi associée à l'ataxie locomotrice progressive. Conséquemment son pronostic doit varier selon l'espèce morbide dont elle n'est qu'un symptôme plus ou moins important.

Le profiostic de la' paralysie de la sensibilité nmsculaire hystérique est le même (juc celui de la paralysie des mouvements volontaires, c'est-à-dire (lue sans être grave, en ce sens que la terminaison de cette paralysie n'est jamais fatale, elle peut guérir rapidement sous l'influence de la laradisation ou spontanément, et quelquefois, mais cela rarement, résister très longtemps à toute espèce de médication. Le fait de la paralysie de la sensibilité musculaire hystérique, rapporté ci-dessus (obs. LXXlX),est un exemple frappant de guérison rapide obtenue par la faradisation. Elle donne une idée du peu de gravité du pronostic de cette affection.

J'ai observé trois cas de paralysie de la sensibilité musculaire, consécutive à l'angùie couenneuse et survenue pendant que j'obtenais par la faradisation la guérison de la paralysie du voile du palais. Dans ces cas, les malades privés, dans les membres supérieurs, de la sensibilité musculaire, de la sensibilité cutanée et du sentiment d'activité musculaire, ne m'ont pas paru éprouver un affaiblissement très notable de la force musculaire. Dans l'obscurité ou privés de voir, ils présentaient l'ensemble des troubles musculaires que j'ai déjà décrits. Je les ai vus tous guérir; l'excitation faradique m'a paru avoir exercé une influence notable sur cette guérison.

On verra combien, au contraire, le pronostic est grave dans l'ataxie locomotrice progressive, où la paralysie de la sensibilité musculaire est ordinairement un des symptômes de cette espèce morbide.

PARALYSIES HDIÎMATISMALES I)tS MEMBRES. M)'*)

Eiiliii j'ai (I(;)à démontré dans un des cliapilics précédents (chapitre V) la valeur du si^Mie pr()nosli<pie lin'; de l'état de la sensibilité inusculaii(! dans les paralysies trauniatupies des nerfs, caractérisés on le sait par l'abolition ou la dirnimitioii de la sensibilité et de la conlracliliU'éleclro-nnisculaire.

CllAPlTP.K XlII.

PARALYSIRS ML'SCL'LAII'.KS l'.lll MATISMALKS DIS MI.MRP.KS.

J'ai (jbservé très tVéciuennnent des paralysies localisi-cs dans les muscles animes par le nerf radial ou dans les niusclt;s inotems du bras sur l'épaule, cpii ne ieconnaissai(^nt pas d'autres cause:^ (jne l'exposition à un courant d'air, Tiniprcssion du l'roid, une habitation humide, etc. , et (pii, pour cette raison, doivent être lanjices dans la classe des paralysies rlmmatismales. L'imprrssion du froid produit aussi dans les membr(,'s inférieurs des paralysies analof^ues.

L'intégrité de la conlractilité électro-musculaire est un caractère commun à toutes les paralysies rhumatismales des membres (ce qui les distingue d'une autre espèce de |)aralysie rhumatismale; la paralysie rhumatismale de la septième paire, dont l'étude .>era exposée par la suite, et dans laquelle l'irritabilité est toujours diminuée ou perdue).

AJITICLE PREMIER.

PARALYSIK UIIUMATFSMALE DU NKPF RADIAL.

La paralysie rhumatismale du nerf radial est assez fréquente. Elle compromet considérablement les usages de la main. Ses caraclèi'cs propres la distinguent des autres espèces de paralysies ; ce[)en(iant on l'a confondue trop souvent avec ces dernières, et surtout avec la l)aralysie saturriine. Eniin, elle exige, en général, un traitement spécial. Toutes ces considérations font ressortir rimportance de l'étude de la paralysie rhumatismale du nerf radial.

§ I. — Électropalliologie.

Depuis longtemps déjà j'ai appelé l'attention des observateurs sur la paralysie rhumatismale du nerf radial (1), en établissant ses

(1) Ik'clicrches sur ictat de la conlracUUtc et de la sensibilité éleclro-inusculairc dans les paralysies du membre supérieur {Archives générales de »ie(/eci/ic, janvier 1850, 4' série, t. XXII, p. 34).

'\(\h pvum.ysiI'S hiiumatismaies di- nkhk hadiai..

« aiMclfic^ (lisliiK'lil's lires dt; l'étal de la cuiiti'.irdiili' ♦'•It'uliiijuc d-'S

iimscics |)aialys(''s.

A. — Syinplôiiios, mardic, cniLscs.

IA\ paralysie rliuiuatisniale du ii(;rf radial n'est amioncéo par aucun syinplùnu' pr<''('.iii's(Mir. (^(îst ()i'dinair(MTi(;nt après s'«''lr(j (endormi, l'avant-hras ayant cl*' expos*'; à un courant d'air ou a|)puyé sui- le sol huinidt! et froid, <pu; les malades (''prouvent, ;i leur réveil, un eni;ouidisseineut ou un rourinillenjcnl juscju'ii rcxlrémilt'' des doigts, ils ne peuvîMit alors ni i-elever le poitiiicl ni (''Inidrc les doigts.

l/exploration i>liysiologi(jue d«.'s mouvenients volontaires démontre que tous les muscles animés par le nerf radial sont frappés de paralysie, et (|ue celle-ci est parfaitement limitée à ces muscles. On ne |)eut constater ces faits (jue de la manière suivante . 1" le malade ayant placé son avant-bras dans la demi-flexion et dans la demi-pronation, si on l'engage à le fléchir davantage, pendant que Ton s'oppose à ce mouvement, on ne voit ni l'on ne sent le long supinateur se durcir. C'est le signe de la paralysie de ce muscle (jui, comme je l'ai établi expérimentalement, e.'^t pronateuret iléchisseur de l'avant-bras. 2° Le bras étant dans l'extension et dans la pronation, la supination ne peut être obtenue sans que le biceps se contracte énergiquement et mette l'avant-bras dans la demi-flexion (ce qui n'aurait pas lieu, si le court supinateur pouvait agir, car il est le seul muscle supinateur indépendant, tandis ([uele biceps produit à la fois la supination et la flexion. C'est donc un signe de la paralysie du court supinateur que je n'ai jamais trouvé aff'ecté dans la i)aralysie saturnine. 3° Le poignet, constamment infléchi à angle droit, ne peut être relève'' par le malade ni être mû latéralement quand il est posé sur un plan horizontal : signes de la paralysie des muscles radiaux et du cubital, h" Le malade ne peut étendre ses premières phalanges infléchies sur les métacarpiens par le fait de la paralysie des extenseurs communs des doigts. 5° Les doigts étant ainsi infléchis dans la paume de la main, il ne peut les écarter les uns des autres : on serait autorisé à en conclure que ses interosseux sont paralysés ou affaiblis ; mais si la main est placée sur un plan horizontal, on voit qu'il peut éloigner ou rapprocher ses doigts les uns des autres. Il est d'ailleurs facile de démontrer l'intégrité des hiterosseux par cet autre moyen : on maintient les premières phalanges relevées sur les métacarpiens, et l'on voit que le malade peut étendre ses deux dernières phalanges sur les pre-

sYMPTOMK-i, MAKCIIK, CAl'SKS. ^0.'»

micri's. (INjiircoinprerHlrelapossihiliti' (rcHciidro les (Jeux (Icniicios phalanges, nialj,Mé la paralvsie des extenseurs des d()ii,'ts, il faut se rappcicrcpie j'ai dcinoutr»' (pie les interosseiix sont les extenseurs des d»!ux dernières |)lialanges. ) 0" Lors(jue l'on se l'ait serrer la main par le malade, on sent <jue les fléchisseurs des doigts ont très peu (le lorce. Cependant ces muselés ne sont [»as paralysés. Pour le constater, il suffit de maintenir alors son [)oi{j;net solidement relevé, et l'on voit ((ue les fléchisseurs des doigts se contractent avecénergie. La faiblesse de ces muscles n'est d(jnc (ju'apparentf; ; elle était seulement produite par l'état de raccourcissement dans hu^uel ils se trouvent par la flexion du poignet, consécutivement a la paralysie de ses muscles extenseurs.

A l'exploration électricjue, on trouve (juc les nmscles paralysés ont conservé leur contractilité électro- musculaire intacte, et en général, (jue lasensil)ilit('' musculaire a augmenté dans les muscles paralysés.

La plupart des usages de la main sont à })eu près anéantis par la paralysie du nerf radial. Une seule fois, sur les trente cas (jue j'ai observés, la sensibilité de la peau était affaiblie a l'avant-bras et à la main, bien que la sensibilité musculaire fût augmentée.

Tel est l'ensemble des symptômes qui caractérisent, au début, cette paralysie.

Les muscles paralysés s'amaigrissent progressivement. Cette atrophie peut être considérable à la longue, mais jamais je n'ai vu la fibre musculaire disparaître et être remplacée par de la graisse, comme on l'observe dans certaines affections musculaires (pic j'ai décrites.

A la longue aussi, les autres muscles de l'avant-bras et de la main tombent dans un état de semi-paralysie, surtout les fléchisseurs des doigts et les inlerosseux. Ainsi, le malade terme la main avec ir(>s peu de force, alors même que l'on maintient son poignet relevé, et il étend difficilement ses deux dernières phalanges (piand on relève ses premièies phalanges dans l'extension. Cet affaiblissement des fléchisseurs des doigts et des interosseux est produit par l'inaction et le raccourcissement continus de ces muscles, car il suffit de faciliter leur exercice, à l'aide d'un appareil (pii soutienne le poignet et les premières phalanges dans l'extension, pour voir leur force revenir rapidement.

La paralysie rhumatismale du nerf radial est par elhî-m<"Mne indolente; cependant il arrive fréquenmient (jue la flexion continue du poignet finit par provoquer une grande fatigue dans ies articula-

'lOli |•M^\I.^ ^1|> milMAVIsMAl.K.s |)i; NKIlh H\I)I.M.

li(tii> tilt cAi'iu' et une liiiiicrMclioii (IoiiIoiiicmsc de la l'.icf dorsale (II* ct'lui-ci, liiiiicr:u'li(Hi «|iii mk; paraiLdiic a la (lislcnsioii (1rs tcMidoiis t'Xltiistuirs des (l»)i};ls oji d<! leur ('(ndis^c svfx^viaU!.

l/espccc d(î pai'alysie (jiic je dcci'is, c^t prodiiilc, ai-)(3 di-ja dit, |»ai' riiiii)rt'SsioM du ï'nùd imniidc, d'un coui'aut d'air, (îtc, agissant spécialement >ui' l'avaiit-hras. L(!n()ud)r(; des faits <|ue j'ai recueillis est d'au moins trente. Dans tous e(îs cas, l'action prolon^'/'c d'un relVoidisseuKMit sur l'avant-bras a produit iunn<'diatemeiit la paralysie complèle du nerl radial, et chose singulière, pres(pie toujours après le sommeil. Il importe donc d(î savoir comment c(;tto paralysie peut se produire. Des ouvriers se sont endormis par exemple sous un liani^ar, exposés à un courant d'air; l'un des bras, ordinairement nu, soutenant la tête et appuyé sur le sol frais ou humide ; ils ont dormi ainsi xnw heure ou deux. C'est à leur réveil (pi'ils se sont vus paralysés de ce bras. J'ai observé plusieurs individus (jui, après s'être endormis de la même manière sur l'herbe et à l'ombre, avaient contracté immédiatement une paralysie semblable. Il n'est pas moins dangereux de s'endormir les bras nus, hors du lit, et placés sur la tête, car il suffit alors d'un courant d'air arrivant sur un des bras en moiteur pour produire cette même paralysie; j'en possède plusieurs exemples. Dans deux cas, enfin, j'ai vu cette paralysie se produire de la manière suivante : deux sujets s'endorment les bras nus et croisés sur la poitrine auprès d'un poêle et dans une pièce peu spacieuse, la croisée ou la porte étant entr'ouverte (dans un cas, c'était une portière qui s'était endormie le soir dans sa loge, après avoir fait une petite lessive, et les bras encore hmnides ; dans l'autre, c'était un coiffeur ({ui faisait sa sieste en manches de chemise). A leur réveil, les voilà paralysés comme les sujets précédents, et le bras atteint est justement celui sur lequel était tombé le courant d'air.

En voilà certes assez pour démontrer cpie la cause de cette espèce de paralysie est rhumatismale.

La lésion qui produit cette paralysie siége-t-elle dans le nerf ou bien est-elle périphérique? Si la cause rhumatismale (le courant d'air, le contact du sol humide et froid) avait réellement agi, dans ces cas, périphériquement, c'est-à-dire directement sur les muscles, ceux de la couche superficielle, de la face postérieure de l'avantbras, seraient plutôt atteints que ceux de la couche profonde. Or, tous les muscles animés par le nerf radial sont toujours également paralysés. Et puis, on ne voit pas pourquoi les muscles voisins de ceux qui sont animés par le nerf radial et qui sont également expo-

DIAC.NOSTIC iJUKKilK.Vni'.l. \i WVA. l\ l'\UAI,YSIK SAillUNIM':. M)7

S(''S à ce rf'tVoidisscmPMt, n'ont pas rlo c^'iiUMiiont frappôs do [);ii;ilysic.

Mais si la W'suin cxistu n'clloinciit dans lo ikm'I' radial, pouifinoi (Ioik; les mnsclcs paralysôs n'ont-ils pas i)tîr(ln leur irritabilit»'; commo dans la paialysio d(! la scpti^nie paire? On pourrait, je cnjis, oxpIi([ucr la différence cpii e\isl<' entre ces deux paralysies, dont la cause rliunialisniale est identicpie, pai' la dilîerence de leurs conditions anatonii(iues. En etlet, s'il est vrai que sous l'inlluence rhumatismale, les nerfs au^iuientent de volume, le canal osseux (aiiueduc de Kallope) parcouru par la septième paire doit s'opposer à cette augmentation de volume, et conséciuemment comprimer ce nerf de manière à diminuer l'irritabilité des nmscles auxquels il se distribue. Cetti; cause de compression n'existant pas pour le nerf radial, on comprend (|ue la paralysie de ce nerf puisse exister, :5ans que la contractilité électro-nuisculaire soit affaiblie.

B. — Diagnostic différentiel do la paralysie rliumalisniale, du nerf radial et de la paralysie saturnine.

On se rappelb,' que j'ai renvoyé l'étude du diagnostic différentiel de la paralysie saturnine, limitée à l'avant-bras, au chapitre qui traite du diagnostic de la paralysie rhumatismale de ce membre. C'est que ces deux diagnostics sont inséparables l'un de l'autre. En effet, la paralysie rhumatismale et la paralysie saturnine de l'avantbras présentant presque toujours les mêmes signes extérieurs, sont caractérisées par les mêmes troubles fonctionnels; dans certains cas, enfin, rien n'est })lus facile que de les confondre si l'on ne procède pas méthodiquement.

La question de diagno>tic différentiel (pje je professe ici est, on le voit, une des plus importantes à 'jgiier ; elle ne peut être résolue, en général, que par l'exploration électro-musculaire.

Quoi de plus facile cependant que de distinguer une paralysie dans lacpielle la contractilité électro-musculaire est intacte de celle dans laquelle elle est affaiblie ofi abolie. Et c'est justement lecaractère (jui distingue la paralysie rhumatismale du nerf Vadial de la paralysie saturnine de l'avant-bras.

Il est très vrai (pie le signe diagnostiipie de la paralysie saturnine (la lésion de la contractilité électro-musculaire) est en général facile à reconnaître, car, dans la très grande majorité des cas, cette propriété nnisculaire est considérablement aff'aiblie, sinon complètement abolie ; mais dans les autres cas très rares où la contractilité électro-nuisculaire n'est que légèrement diminuée, ce signe dia-

/iOS i'\nM.N>iis iniiM\ris\iM.Ks im nkuk uadim..

^Miostiiiiic peut <cli:i|»i)i'i' a l'oh^t'i-valioii, si l'nii iir sail |»as (|ii('l (Iditt'hc le (It'^i'f d'cxcilahililf (lu iiiusclc pai alysi' a Iftat normal, ou si l'appairil dont on se siM't uc. joiiil |>as (i'iiiic ^Mandc piv'cisioii ot (rime ^nadiiation rxarto. Pour appiw'cicM', dans ce cas, 1»; (legré (ralfaiblissemont de la contractilité électrique du muscle paralysé, il faut le faradisci- d'abord avec un coui'ant très faible, et augmenter graduellement le courant jusciu'à ce (jue le muscle commence à se contracter, puis comparer ce degré (rexcitabiliti* avec celui du côté sain, lorsipuî la paralysie est limitée dans un seul meud)re.

C'est pour n'avoir j^as agi de ccîtte manière (pie plusieurs observateurs ont dit avoir quelquefois trouvé la contraclilité électromusculaire normale dans la paralysie saturnine. On conçoit (pi'ayant employé un courant un peu troj) fort, ils n'aient pas pvi constater une faible diminution de la contraclilité électro-musculaire. Ces erreurs de diagno«;lic deviennent (encore plus faciles lorsqu'on ne localise pas avec soin la fadarisalion. Ainsi la paralysie saturnine est-elle limitée dans (luebjues faisceaux musculaires, dans ceux du médius et de l'annulaire, par exemple, ce pbénomène doit passer inaperçu si, au lieu d'exciter individuellement cliacun de ces faisceaux, on provocjuc des contractions d'ensemble. Quant à moi, je déclare n'avoir pas rencontré, jusqu'à présent, une seule exception à cette loi (jue j'ai formulée, à savoir que dans la paralysie saturnine lacontractilité électrique diminue dans certains muscles d'élection. J'ai examiné les faits exceptionnels qui m'ont été signalés, et j'ai constaté que ces prétendues exceptions étaient des erreurs de diagnostic, dont j'ai exposé précédemment les causes diverses.

Je vais exposer quelques-uns des faits (lue j'ai recueillis et en discuter le diagnostic différentiel pour faire mieux ressortir les difficultés et en même temps l'importance de ce diagnostic.

Observation LXXXII. — En 1852, deux individus alteinls d'une paralysie rhumatismale de l'avant-bras étaient entrés en même temps à la Charité, dans le service de M. Briquet. L'un d'eux, artilleur, couché au n° 1 \ de la salle Saint-Louis, avait une paralysie de lavant-bras gauche ; il n'y éprouvait aucune douleur. Son poignet était lléchi sur son avant-bras, sans qu'il pût le relever ; il en avait aussi perdu les mouvement de latéralité. Les premières phalanges de sa main gauche étaient inclinées sur les métacarpiens, et il lui était impossible d'en opérer l'extension. Les muscles long et court extenseur et long abducteur du pouce du même côté avaient perdu leurs mouvements ; le pouce entraîné en dedans par les muscles de l'éminence thénar, restait constanment dans l.i paumo de la miin. Si l'on écar-

DIK.NOSTIC DlKl'ÉHENTIlil, d'aVKC LA l'AUAI.YSMî SATlJflNINE. /|09

tail ce pouce, on voyiiit que les inusclos (Ui rétniiionce n'élaient f)as paralysés, car le malade pouvait le ramoner volontairement et éner^iquement en dedans. Lui maintenait- on les [)remières [)lialanges étendues, il étendait ou fléchissait facilement les deux dernières, et écartait ou rapprochait les doigts les uns des autres. Fnfin, il serrait la main avec force quand on lui soutenait le poignet dans l'extension.

Les phénomènes présentés par le second malade, eoucliéaii n" lo, et qui étaitcoclier de fiacre, étaient absolument les mêmes (jue dans le cas précédent, c'est pourquoi je ne ra[)porterai pas son ()l>servation .

Un troisième malade, se trouvant a lamême épotjuedans la même salle (n" 1, salle Saint-Félix), avait une paralysie double de l'avantbras. 11 eût été difficile d'établir la moindre différence entre ce cas et les deux précédents, (piant à la paralysie des mouvements et à l'attitude de la main et du poignet. lAïais, comme ce malade était peintre et ([ue sa paralysie lui était survenue après une colique de plomb, il nous était venu naturellement ta l'esprit que sa paralysie devait être saturnine, tandis que chez les deux autres qui, par leur profession, n'avaient pas été exposés à l'intoxication par le plomb, et qui d'ailleurs n'avaient pas éprouvé de douleurs d'entrailles, avec constipation opiniâtre, la paralysie devait être attribuée à une cause rhumatismale, et cela avec d'autant plus d'apparence de raison que ces deux malades avaient été paralysés à la suite de l'impression d'un air froid et humide. En effet, l'artilleur avait dormi pendant plusieurs heures sur le sol humide, et s'était réveillé paralysé justement du bras cjui était resté appuyé sur le sol. Le cocher, ayant été, d'après son dire, mouillé jus(iu'aux os, avait été frappé de paralysie du côté exposé à un courant d'air.

Mais un tel diagnostic eût été peu certain, et je me suis assuré : V que chez le malade du n" 1 les signes électro-musculaires étaient bien ceux qui caractérisent la paralysie saturnine, c'est-à-dire (|ue ses muscles paralysés ne se contractaient pas par la faradisalion localisée, et que les supinateurs jouissaient de leur fmmunité contre la paralysie saturnine, 2" que les malades des n"* 11 et 13 possédaient leur contractilité électrique normale dans les muscles paralysés, et que de plus, ces derniers muscles étaient plus sensibles à l'excitation électrique (jueceux du côté sain (ce dernier signe uni à l'intégrité de la contractilité électro-musculaire, appartient, on le sait, à la paralysie rhumatismale).

On a remanjué sans doute que, dans les faits de paralysie rhumatismale ci-dessus relatés, la paralysie n'existait (pie d'im côté.

hlO l'Ml Vl.^,s||;.s lUll \l\l l->M\l,Ks 1)1 .M'UI IIAIMM..

CiV.slci' (|ii(: l'ai loiijours ohscrvc ius<|ira picsciil. Kii .i(liiicilaiil(|ii< ce phi'noinriicsoit constant (on conçoit ccpendaMl (|iic la paralysie rliuni.ilisnialc puisse cxishir (k-s deux côt(''sa la loisy, on poiiri'ail avoii- lapcnscod'en l'aire un sij^nc (lia;;iiosti(pi(! dilIVi-entiel d'avec la paralysie saturnine (pii, suivant (piehpus auteurs, existe toujours des deux ('(Mj's. Celte derni«M;' o[)inion li'eslcuîrtainctnient |)as fondée, il n'est i)as i-are, au contraire, de voir l'intoxication s.auriiine n'exercer son action que sur un seul bras. En voici inie preuv<; : pendant (pu^ les deux sujets dojii il vient d'être question, étaient a la Cliarilé, i'ohscrvai au n ;"> de la salle Saint-Ferdinand, service de M. Ca'uveilluer, une pîiralysie liuùtée a l'avant-hras droit clie/. un jeune i)euitre, (pu était entré à la Charité pour s'y faire traiter d'une colique de plomb. J'ai rencontré plusieurs cas semblables à la Charité, entre autres cliez un nommé Doré, peintre, (|ui était en 1850 dans la salle Saint Charles, service de M. Fouquier. Sa paralysie, rebelle aux vésicatoires et à la strychnine, a été guérie par la faradisation localisée (son histoire a été rapportée à la page 32'2). La localisation de la paralysie des muscles de la région antibrachiale j)ostérieure de l 'avant-bras, dans un seul côte, ne saurait donc être considérée comme un signe distinctif de la paralysie rhumatismale de l'avant-bras.

L'absence de coliques, de douleurs intestinales, ne peut faire distinguer la paralysie rhumatismale de la paralysie saturnine, car il est très avéré qu'il existe des cas de paralysies saturnines qui n'ont été précédés d'aucune colique ni d'aucun troubledans les fonctions de l'intestin. J'ai noté ce phénumèiie assez rare, il est vrai, chez plusieurs malades.

Enfin, ce n'est pas sur la profession du malade ou sur les circonstances dans lesquelles il s'e^t trouvé, et qui peuvent l'avoir exposé à l'intoxication saturnine, que l'on peut appuyer le diagnostic différentiel de la paralysie rhumatismale et de la paralysie saturnine de l'avant-bras. En effet, si l'un des malades dont je viens de rapporter l'observation, avait ressenti des coliques de plomb antérieurement au moment où il a éprouvé les premières atteintes de paralysie rhumatismale de l'avant-bras, le jui;ement porté sur ce genre d'affection eût été certainement différent. On n'aurait pas manqué d'attribuer alors la paralysie à l'intoxication saturnine. Cetteerreur de diagnostic etit été inévitable sans l'exploration électro-musculaire, car, on se le rappelle, l'attitude de la main et des doigts est la même dans la paralysie rhumatismale et dans la paralysie saturnine, tandis que ces affections se distinguent l'une de l'autre par l'état de la contractilité et delà sensibilité électriques des muscles paralysés.

DIACNOSTIC DIFFKIlKNilEL d'aVEC I,A I'AHAI.YSIK SATHHNINK. ^l 1 1

Supposons iiiaiDlcnaiit (prinui paralysi(; saturnine vumiik; a IVai)pcr les niusclos de la ri'^ion [)Ostéric*un! de ravant-l)ras, eliez une p(-is()iiii(' dont la prole-sioii, la position ou les iiabitudes éloi- {^nent toute idée; d'intoxication saturnin*;. On pr<;voit ce (jui arrivera inlaillihleinent, si rex[)loration ehîctro-inuseulaire ne met pas le nM'decin sur la voie de la vérité. L'intoxieation sera rnéeoiniueet la paralysie sera mise sur le (compte d'une iniluene" l'Inimatismalo. On conipiHMid la gravit»' dune teik; erreur de diagnostic.

La (piestion de diagnostic (pie je soulève ici est d(; la plus haute importance, car rien n'est rré(pieiit comme ces intoxications saturnines latentes. L'eau, le vin, la hicre, le thé, le tabac, etc. , peuvent contenir dil'iéi'ents sels onde la [)oussière de plomb et produire des ejupoisonnements (pi(; l'on n'aurait pas soupçoimés ou reconnus, sans l'exploration électro-musculaire. Je vais le démontrer par des t'aiis.

OusERVATioN LXXXIU. — Un charretier qui avait été guéri d'une paralysie rlunnalismale de l'avant-bras par la faradisation localisée, me présente un jour un de ses camarades atteint, disait-il, do la même paralysie que la sienne; et, en effet, chez cet homme le poignet tombait, les doigts étaient fléchis sur les mélacarpions, en un mot, je reconnus que les mêmes muscles étaient paralysés. Cet homme était cultivateur, il n'avait jamais été exposé, d'après son dire, aux causes d'intoxications saturnines, et ayant eu seulement quelques douleurs d'entrailles qui avaient été traitées comme une inflammation des intestins par des applications de sangsues, je crus que sa paralysie était de même nature que celle de son camarade, c'est-à-dire rhumatismale. Mais pour a'^surer mon diagnostic, j'examinai 1 état de la contractilité et de la sensibilité électro-musculaires, et à ma grande surprise, je trouvai chez lui tous les signes pathognomoniques de la paralysie saturnine. Le malade niait toujours qu'il eût pu être empoisonné par le plomb ; le vin des environs de Paris, le seul qu'il but, disait-il, coûte trop peu pour être falsifié. Je n'en fus pas moins convaincu, cependant, d'après cette exploration, que sa paralysie était saturnine. Je le fis entrer à la Charité, dans le service de M. Fouquier (salle Saint-Charles, n" 15), où deux jours après son entrée il eut une colique de plomb des mieux caractérisées. Enlin, les bains sulfqreux firent déposer sur sa peau une grande quantité de sulfure de plomb.

Maigre ces preuves irrécusables, ce malade n*a jamais (Tu qu'il eût été nullement empoisonné par le plomb, et je nai pu découvrir la voie [)ar hupielle cet agent toxique avait pu s'introduii-e dans son économie.

'i\'l l' vu M, ^ sus inii:M\ii>\i\i.i,> ix; Nhui r. \i)Ui..

( >iisi:n\ ATioN l.\\\l\'. — !,(• ciiisiiiicr de l;i pritu <■>-(! M,ilhil(i(« me fui adresse^ pjir s< m inédocin ordinaire, au comninnrpmonl de l'annéo IS.'i.'), pour une paralysio double dos avaul-bras. Je constatai chez lui l'absonce de la coniraclilité éloclriquo que l'on roneontre liabiluelleruont dans la [)aralysie saturnine. Je basai mon diaj^nostic sur ce son! signe, et remontant dans l'historique do sa maladie, j'appris que depuis plusieurs années il étail sujet à des douleurs intestinales (jui revenaient fré.'inemnient, et (lar intervalles, avec constipation ; (ju'on les avait considérées comme le i)roduil d'une intlammalion d'intestins, et qu'elles avaient été traitées en conséquence par de nombreuses sangsues. C'était la i)remicre fois (|ue l'attention était portée sur la possibilité d'une intoxicalion. Le n-.alado offrait rependant le liséré caractéristique. Il était arrivé aux dernières limites de lanémio saturnine à laquelle il ne tarda pas à succomber.

Depuis que j'ai coninioncé ces recherches spéciales, j'ai reucoulré un si grand nombre de paralysies saturnines chez des personnes (jui, par leur position, semblaient devoir en être à l'abri, ([u'il m'est resté la conviction que nous sommes fréquemment exposés à l'intoxication par le plomb. Ordinairement, il m'a été impossible de retrouver le corps du délit. Toutefois, j'ai quehiuefois été assez heureux pour être mis sur la voie de la cause qui avait produit la paralysie, par la connaissance de l'état de la contraclilité et de la sensibilité électro-musculaires.

Voici maintenant la preuve de ce que j'avance :

Observation LXXXV. — Dans le mois de décembre. M..., valet de chambre, m'est adressé par un confrère, M. Monod, pour déterminer la nature d'une paralysie de l'avanl-bras droit dont il était affecté. Los extenseurs du poignet, les extenseurs des doigts et du pouce étaient paralysés et avaient perdu leur contraclilité électrique. Sur ce dernier signe, je lui dis qu'il avait dû éprouver antérieurement de vives coliques avec constipation, ce quil dit être parfaitement vrai : les douleurs d'entrailles, ajouta-t-il, sont atroces; elles se sont déclarées pour la première fois au mois d'avril de l'année I 853, ont duré trois mois avec une constipation opiniâtre, et sont revenues chaque année à peu près à la même époque, au retour des chaleurs, toujours accompagnées de constipation, et durant, chaque fois, le même espace de temps. De plus, il présentait le liséré caractéristique des gencives. Je lui déclarai alors qu il était empoisonné par le plomb, ce qu'il repoussa comme chose impossible, puisqu'il n'avait bu, disait-il, que du bon vin (celui de son maître) et qu'il n'allait jamais au cabaret. Cependant le cas n'était pas niable, et il finit par se rendre à mon jugement. Mais par où le plomb avait-il pénétré? Cette idée le tourmenta (à bon droit), et après avoir

DIACNOSTIC Dlll-ÉKKNTIEL d'aVEC LA l'AUALYSIE SATIIUNINK. h\'\

scruté bien altenlivcMiient toutes ses habitudes, il vint rnaiiprendre (\un dejmis troix ans eldniii, il s'rUnl inuKjiné ih; casser du sucre sur une Uinjr plitquc de }>l()uib ; qu d en réservait les gros morceauT pour sesvuiitres, mats conservait la poussière et les petits morceaux pour son usage particulier ; enfin ^ (jue de})uis plus de trois ans il n'avait jamais consommé d autre sucre (fue celui-là. Puis il remarqua que les coliques s'étaient déclarées six mois après avoir commencé à faire usage de cette poussière de sucre, qui était la cause probable de cette intoxication.

Si rox[)lorali()n musculaire n'avait pas établi aussi nelteniont le (liaj»n()stic de cette intoxication saturnine, il ne serait venu à l'esprit (le ])orsoiHie que ce valet de clianjbre eut pu s'empoisonner de cette manière. 11 aurait continué de l'ain; usage de cette poudre i\(i sucie, et aurait pu Ihiir (comme le cuisinier de la princesse Mathilde, (jui ])eut-ètre s'(''tait (Miipoisonné par quelque moyen analogue) sans (pron ait jamais pu le découvrir.

Observation LXXXVI. — M. X..., marchand de thés, place Vendôme, affeclé d'une paralysie double des membres supérieurs depuis deux ans, me fut présenté en 1847 par son médecin pour être traité par la far.idisalion localisée. Sa paralysie, attribuée par les médecins qu'il avait successivement consultés à une cause rhumatismale, avait été traitée sans succès jusqu'alors par les bains sulfureux, les vésicatoires et la strychnine. Ses bras tombaient le long du corps, sans qu'il lui fût possible de les remuer ; la flexion de lavant-bras sur le bras était impossible. Les poignets (léchis à angle droit sur l'avant-bras et les doigts fléchis dans la paume de la main ne i)Ouvaient être étendus. L'atrophie était considérable, surtout à la région postérieure de l'avant-bras. A la vue de cette paralysie des deux avantbras, ma première pensée fut que la cause de la maladie pouvait être une intoxication salnrnine. Mais, ne trouvant dans la profession de ce malade rien qui pût légitimer un tel diagnostic, et ne pouvant être éclairé d'ailleurs par l'examen de ses gencives (il avait perdu toutes ses dents, et il portait un double râtelier), j'attribuai, comme mes confrères, la paralysie à une cause rhumatismale. Eh bien, ce diagnostic, basé seulement sur l'apparence extérieure de la paralysie et sur la recherche des causes qui avaient pu la produire, fut démontré erroné par l'exploration électro-musculaire; car je découvris que les muscles de la région postérieure de l'avant-bras étaient lésés dans leur contractilité électrique, ainsi que les deltoïdes. Je déclarai alors que la paralysie ne devait être attribuée qu'à un empoisonnement saturnin ; ce qui fut repoussé par le malade, qui affirmait n'avoir jamais été exposé à un pareil empoisonnement. Cependant il m'apprit que pendant une (juinzaine d'années il avait fait, dans ses moments perdus, de petits sacs avec les

U\U P,\UM.Vsll,> mil MAll^MM l> 1>I M;HK IIAI»IAI..

leuilU'^ (le |il()iiil»(l(nil -ont doiiblrcs !«•> misses de lliés, et (\\w, la i)Ou>aiero iiu'I.iIIkiui' donl tes louillcs soiil couvorles, avait pu s'inlrcjrJuiic diins I Trononiio par les xoies rcspiraloires. Alors il >(î ruppela (jue < lui(|uc f()isi|ud Iraviiillait a ces petits sacs su salive était sucrée, et il m a|i|)rit (|u il ;ivait ete traite plusieurs lois j)Our une ^aslro-enlérite, dont le prnicij)al caractère elaitune constipation accompagnée de coliquesviolentes.

Ou voit (lune que rien ne manquait pour caractériser cette paralysie saturnine, et que c'est l'exploration éiectro-niusculairequiui'a mis sur la voie de la cause qui l'avait produite. J'ajouterai que ce malade guérit assez vite, par la tadarisation localisée, pour reprendre la direction de sa maison de connnerce. 11 s'est bien gardé, dcjjuis sa guérison, de remuer les l'euilles de plondj (\m gainissc;nt les caisses de tlio, et il n'a plus épi'ouve ces douleurs intestinales et ces constipations opiniâtres qui lavaient fait tant soullrir pendant de longues aimées. On verra encore dans l'observation suivante (|ue, sans l'exploration électro-musculaire, la semeiologie est ([ueNjuel'ois impuissante dans le diagnostic de la paralysie .saturnine, elcjue l'erreur, dans ce cas, a coûté la vie au malade.

Observation LXXX Vil. — En 1 848, je fus appelé par mon honorable confrère, M. Tanquerel-Desplanches, auprès d'un malade arrivé au dernier degré de l'anémie saturnine. Ce malade, praticien distingué de Paris, après avoir éprouvéde longues souffrances intestinales, fut atteint d'une paralysie des membres supérieurs, malgré les conseils les plus éclairés. Sa maladie intestinale l'ut considérée comme une entéralgie, et sa paralysie fut attribuée à une cause rhumatismale. Ce ne l'ut que longtemps après le début de la paralysie, et après avoir vu échouer successivement tous les traitements, qu on admit, mais, hélas! trop lard, la possibilité d'un empoisonnement saturnin. On chercha donc par quelle voie et sous quelle forme le poison avait exercé son influence délétère, et l'on trouva la présence d'un sel de plomb dans le même vin qu'il buvait depuis plus de vingt ans, et qui était fourni [de con- (iancvj par un de ses clients. Depuis le début de la paralysie, il n'avait cessé d'en boire; l'anémie générale exigeait qu'il en prît même une plus grande quantité. Je ne vis ce malheureux confrère que peu de semaines avant sa mort , et je pus constater, en présence de M. Tanquerel-Desplanches, l'absence complète de conlractilité électrique dans les muscles des régions postérieures de l'avant-bras, excepté dans les supinateurs. Bien que les autres muscles des membres supérieurs fussent réduits à l'état rudimenlaire, la contractilité y était très développée. Ces signes étaient donc plus que suffisants pour caractériser la paralysie saturnine.

niAt.No.vnc Diii'KUKMiEr. [)'avi:(: l\ pahai.vsh: satihmm. /il") Dans un cas pareil, où les silènes loniiiis pai' lu scméioloj^MC ne peuvent ('('lairer le diat^niostie. la laradisation ap[)li(iuée au (h'hut. eoninie moyen de diaj^iioslu; de la i)ai'alysie, niellrait à temps le uM'decin sur la voie de la'vérité, et pourraitsauver lavie du malade. En 185/i, M. Chevallier, inenibro du (conseil d'iiy^^iène, a publié plusieuis cas de coli(pies de plomb produites par le tabac à priser. Les paralysies produites pai' ce mode d'intoxication saturnine ne sont peut-être pas rares. Mais comment les reconnaître? Pour ma part, je n'ai pas eu l'occasion d'en observer, bien (pie j'aie vu plusieurs grands priseurs atteints de paralysie saturnine, sans pouvoir retrouver le corps du délit (ni dans leur tabac, ni dans leurs boissons (jue j'ai fait analyser). L'intoxication remontait d'ailleurs aune éiHxpie déjà trop ancienne, et peut-être n'avons-nous pu mettre la main sur le tabac ou sur le vin sophistiqué. Un médecin de Berlin, qui prati(pie la ladarisation localisée avec talent, M. le docteur 3fayer, a été plus heureux que moi. Il a recueilli trois observations de paralysie saturnine produite; par du tabac à priser dans le(piel la présence d'une gn-nde proportion de sel de plomb a été décelée par l'analyse (1). Il a établi son diagnostic sur les signes tirés de l'état de la contractilité électro-musculaire; ce sont eux qui l'ont mis sur la voie de cette espèce d'intoxication.

Lorsque le plomb ou ses préparations se trouvent mêlés aux boissons, dans de fortes proportions, les phénomènes d'empoisonnement sont tellement rapides et violents ((ue l'on est bien vite mis sur sa trace. C'est ainsi qu'en 18/i2, le plomb a trahi sa présence dans le cidre fabri(pié à Paris, par les nombreux et rapides accidents qu'il a occasionnés. Mais lorsque les proportions de sels de ploml) dissous ou suspendus dans les boissons sont beaucoup })lus faibles, les phénomènes toxiques (ju'ils peuvent provoquer se manifestent très tardivement, et seulement chez un certain nombre d'individus qui présenteijt sans doute moins de l'ésistance à l'intoxication. Alors, on voit apparaître de temps à autre des douleurs d'entrailles, que l'on prend facilement pour des entéralgies, ou pour des paralysies dont on est loin de soupçonner la cause, en raison de la profession ou des habitudes des malades. C'est dans des cas analogues (jue j'ai tiré un parti heureux de l'exploration électro-musculaire. J'en vais rap})orter un exemple.

(I) M. Mayer avait <onimuiii(iué ros faits inlt'rcssanls au congrès des uaturalistes (1« Vienne, auquel j'ai eu rhonneur d'assister en 1856. Je me suis empressé de les faire publier dans la Ga:eUe des hôpilauœ, d'après le désir que m'en avait exprime ee savant confrère.

/| l(> rAllAl.Vs||> mil MAll.sMAl l-s DU M'UI' UADlAl..

Odskryation LWWII I . — M. I)..., j^cdcquaraiile-sixang, contre-inatlru assorié d'une maison de lilalurc de colon, dcnjcunint à Lille, est venu me consulter sur la cause d une paralysie double des avanl-hras. En 1845, il a coinmenié à éprouver, dans ses mouvements, de la faiblesse qui disparaissait de temps à autre. Mais depuis le mois d'août 185.'^, I extension despoignelsel des doigts est entièrement perdue, et les poi^^Miels restent constamment fléchis sur les avant-bras. A l'exploration éleclro- musculaire, je constate qu'à droite, les extenseurs des doigts ont perdu hnir contractilité électrique, que leur sensibilité est considérablement diminuée, que les radiaux se conlraclenlencoro, maistrè.s faibienjent, par l'excitation électrique, et que les supinaleurs sont dans leur état normal. A >auciie, les extenseurs des doigts et du pouce ont également perdu leur contractilité électrique. A ces signes éleclro-musculaircs, il est impossible de méconnaître la paralysie saturnine. De plus, je retrouve dans les antécédents du malade les phénomènes suivants : en 1847, il a ressenti, sans causeconnue, des douleurs assez vives au niveau de l'ombilic, avec constipation. Du laudanum futadministré parla bouche, par le rectum, et deux saignées abondantes furent pratiquées; un purgatif salin fut ordonné après douze jours de constipation. Trois jours après, les lavements purgatifs ayant été renouvelés, M. D fut entièrement guéri de ses coliques. Huit mois plus lard, nouvelles coliques traitées par deux saignées et des lavements purgatifs. Guérison après quinze jours

de traitement. Depuis lors, M. D a éprouvé chaque année les mêmes

accidents intestinaux. Enfin, pour compléter l'ensemble des signes qui ne laissent pas de doute sur la cause de la paralysie, je dirai que M. D. . . offrait le liséré grisfUre des gencives. M. D... ne parut croire à son empoisonnement par le plomb que lorsque, sans l'interroger sur ses antécédents, et par la seule exploration électrique de ses muscles, je lui déclarai que sa paralysie ne pouvait être attribuée qu'à cet empoisonnement. Mais par quelle voie le plomb pouvait-il avoir pénétré dans son économie? En rinlerrogeanl sur ses habitudes, il me déclara qu'étant grand amateur de bière, c'est à lestaminet qu'il en a fait la plus grande consommation, selon l'usage général de la ville qu'il habite (Lille). Or, dans cette ville comme dans la plupart des villes du Nord, la bière consommée dans les estaminets se conserve en tonneaux dans les caves, et on la conduit par des tuyaux de plomb dans les salles où elle est distribuée aux consommateurs.

Est-il possible que la bière, qui est toujours plus ou moins acide, se trouve en contact avec les tuyaux de plorab, sans attaquer ce métal et sans en entraîner une certaine quantité à l'état de sel? Le hasard a-t-il \oulu que M. D... ait bu de la bière qui tenait une plus grande quantité de sel de plomb en dissolution? D'autres faits analogues donnent quelque apparence de vérité à l'affirmative. En

PAUALVSIES lUIU.MATISMALKS DU M.IIF HAl^UI,. 617

effet, l'iiiloxicalioii do M. [).. n'est iiiiillieiu«'ii:i('meiit pas un cas isolé et exeeplioniiel à Lille, cai- j'ai t'-lé consulte par d'autres habitants (le cette ville, dont l'histoire est à p(;u près la mênjeque celle (jue je viensde rapporter, (pii ont les ni»';nies hahitudes d'estaminet, et qui par leur profession devraient être à l'abri d(! l'intoxication saturnine. Il résulte enfin des renseignements (pie j'ai fait prendre, (pj'il (existe à Lille un asse/.^rand nond)rede paralysies de l'avantbras, (jui sans doute ont la inthne ori^'ine.

Je puis, à rap[)ui de ro[)ini(»n <piej<; viens d'tMnettre m\v la probabilité des (jualités toxi([ues (bî la bière ([ui traverse les tuyaux de plomb, rapporter une obsei'valion (\m a été publiée en IS.Vi dans le /bulletin de thérapeutique (1).

Observation LXXXIX. — Le sujet de cette observation était un charcutier de Bergues, qui. ayant été frappé de paralysie des deux main?, était venu chercher sa guérison à Paris. Il était entré dans le service de M. Cruveilhier (Charité, salle Saint-l>rdinand, n" 15], où je l'observai. Sa paralysie avait été précédée de coliques et de constipation, et de plus il présentait le liséré caractéristique des gencives. M. Cruveilhier entrevoyait une paralysie saturnine, mais en présence des protestations du malade qui niait s'être jamais exposé à un pareil empoisonnement, et dans l'impossibilité de trouver la voie par laquelle le plomb avait pu pénétrer chez lui, il lui restait encore quelques doutes. Ces doutes furent dissipés par l'exploration électro-musculaire que je pratiquai, en présence de M. Cruveilhier, et qui nous fit voir chez ce malade tous les signes palhognomoniques de la paralysie saturnine. J'appris alors de lui qu'il consommait journellement une grande quantité de bière à l'estaminet, où elle est conduite des caves dans les salles de consommation par des tuyaux de plomb. Des renseignements que l'on fit prendre dans ce pays nous ont appris aussi que la paralysie des avant-bras n'y est pas rare.

Il appartient à la chimie de déierminer s'il est vrai que la bière qui passe dans des tuyaux de plomb pour être livrée à la consommation, peut décomposer ce métal et en contenir une quantité sutlisanle pour produire rempoisonnement saturnin, et si le plomb ou quelques-unes de ses compositions ne sont pas employés dans certains proc(''dés de fabrication de la bière, de manière à conqn'omettrela santé des consommateurs.

Entin, l'exploration électro-musculaire m'a mis sur la voie d'in-

(I) Voyez surtout divers mémoires de M. Chas aW'xQv [Annales d' hygiène publique. Paris, 1853, t. XLIX, p. G9 ; 1854, t. I, p. 314; t. l, p. 335).

DUCHENNE. ^"^

h\% i'\nM,v.Mi> iiiirMvii>\i\i i;s.

loxicalioiis saliiriiiiics diiiis di-cas dtî i):iiMlysie ou il m'a l'I»'' impossible de ne piis.idincllrf, coinmc cause pi'ol):» hic de ceUcîiuloxicnlion, le passage des eaux dont les malades iaisai(îiit habilueilcFiicnt usage, dans des tuyaux de plomb, ou leur s(''jour dans des réservoirs (h; înt>?ne uK'tal. Mais je craindrais, en insistant davantaf;e sur ces laits, (hMlouiier li'op d'oxtiMision à l'examen de (jueslions (pii intéressent plus |)artieulièrement l'IiygièiKî (pin l'élenlropatlioloiiie. Si j'en ai parle incidemment et avec (pieUpies flévelop[)ements, c'est pour faire miiMix ressortir l'importance de l'exploration électro-musculaire, comme moyen de diaj^Miostic de la paralysie rhumalisujale de l'avant-bras et de la paralysie saturnine.

En résumé, il ressort des faits et des considérations précédentes : 1" que la paralysie; rhumatismale du nerf radial et la paralysie saturnine de l'avant-bras sont facilement confondues entre elles, et que l'on ne peut, en général, les distinguer l'une de l'autre sans l'exploration électro-musculaire ; 2" (pie rap[)lication de l'exploration électro-musculaire a déjà fait reconnaître un grand nombre de paralysies (pii avaient été ou auraient {)u être attrihu(';es à d'autres espèces de paralysies, et particulièrement à la paralysie rliumatisïuale du nerf radial ; 3° entin, que cette méthode d'exploration a mis sur la voie de j»lusieurs intoxications saturnines (par la poussière des ieuilles de plomb qui recouvrent la face interne des caisses de thé, par la poudre du sucre mis en morceaux sur une plaque de plomb, parla poudre de tabac, par certaines boissons sophistiquées, entre autres la bière, enfin par l'eau qui coulent dans des conduits de plomb).

§ 11. — De plusieurs autres variétés de paral;^sic8 rliuiuafisoiales.

Les paralysies rhumatismales partielles dont il a été question jusqu'ici, sont très fréquentes ; mais on conçoit que le nerf médian ou le nerf cubital puisse être aussi paralysé isolément et de la même manière; je n'ai pas eu encore l'occasion d'en observer. H n'existe aucune raison pour que la conlractilité eiectro-musculah'e ne soit pas normale, et la sensibilité electro- musculaire augmentée dans ces paralysies comme dans les précédentes.

J'ai recueilli quelques faits de paralysies du membre inférieur qui étaient survenues chez des individus qui, pai' leur profession, ont habituellement les pieds dans l'eau, comme les débardeurs, les jardiniers. Ces paralysies sont précédées ou accompagnées de dou-

h'AHALVSIt'S UII[JMATISMALES. /4I9

leurs locales ; les paralysies rliuinatoïdes du (Itîltoide en sont un exemple. — Le nerfpoplité externe paraît plus exposé à cette esp( ce de paralysie. Les inuscWis atteetés dans ces cas conservent aussi leur contractilité électri(jue.

Je vais rapporter brièvement un cas de [)aralysie rliunialismale du membre intérieur droit.

Obskrvation XC. — Pardhjsic rhum(iliHin<ile du membre inférieur droit, de cause rhumalismale, dutanl de deux ans, rebelh' à lûmes lr.% médications, guérie par la (aradisation localisée.

M. G...., chef de service des contributions indirectes, âgé de Irenle-dL-ux ans, a été dans l'obligation, pendant quatre aiuiées conséculivcs, d'entrer l'iéqueninient dans des appartements souterrains, dans des caves liuinides, alors (lu'il était en transpiration, ot après des marches longues et foicées. C'est à celte cause qu il attribue la paralysie du membre inlérieur pour la- ([uelie il est venu me demander des soins. ~ H y a deux ans, après avoir éprouvé, pendant plusieurs jours, des douli'urs générales dans ce nieaibre, douleurs augmentant par les mouvements, il s'est trouvé incai)able(le se mouvoir ni de se tenir appuyé sur lui dans la station debout. Il n'a point eu de fièvre. Depuis lors, \\ a dû faire usiige de béquilles. Une médication assez énergique a cependant été employée (onctions elcataplasmeshiudanisésconlie les douleurs, vésicatoires, purgatifs, bains et douches sulfureuses, bains de vapeur). Quand ce malade m'a été présenté, j'ai constaté (lue le membre inférieur droit était complètement paralysé, qu'il était un peu moins volumineux que du eôlé opposé, que la contractilité électrique des muscles paralysés était normale, mais que leur .sensibilité à l'excitation électrique était augmentée. La pcLui de ce niembre était moins sensible que du côté sain. — i.a faradisation localisée à intermittences ra[)ides a guéri rapidement cette paralysie rebelle aux autres médications. Après la première séance, le malade pouvait mouvoir les orteils; puis les autres mouvements du pied sur la jambe, de celle-ci sur la cuisse, et de la cuisse sur le bassin, sont revenus progressivement et dans toute leur force, en une vingtaine de séances. Un an après, le malade m'a informé que sa guérison s'était maintenue.

L'histoire de la maladie et les signes tires de l'état de la contractilité électro-musculaire m'avaient démontré que cette paralysie du membre intérieur droit était rhumatismale et périphérique. Aussi en avais-je tiré un [ironostic favorable, en présence de son parent, \v. docteur **\ qui n)e l'avait présenté, ,1e lui avais donné l'espoir très probable d'une prompte guérison par la faradisation localisée. Le résultai de ce traitement a confirme complètement mon jugment.

/rJO l'MUIVSIKS lUirMATlSMAI.ES.

J'ai vu l'iiclitm (iiirclu cl prolongée du IVoid lninii(l(;, coiniFic \(* s«'j()iir(l;ms Icimii mio température lr«'s basse, IVappci- de paralysie, en masse, les neiTs d'un membre ou d'une partie d Un membic Dans ces espèces de paralysie, la eoutriiclilit»'* ('leelio-innseidairc est normale.

Kn voici nn exemple \nm\' l'avant-bras et lu main.

.l'ai obsei'vé, en 18r)8, à la Charité, salle Saint-F<''lix (service de M. Andral, l'ail provisoirement par M. (Charles Hernnrd , un l)el (exemple de paralysie rhumatismale de tous les muscles moteurs de la main et des doigts, survenue immédiatement après (jue la main et l'avant-bras avaient été longtenips inunei'j,'és dans l'eau glacée. La contractilité électro-musculaire était normale. Le sujet a guéri rapidement par la t'aradisation. L'observation a été recueillie avec soin par un interne distingué, M. ftlillard, qui avait eu l'obligeance (le me signaler ce l'ait important.

Un bain de siège froid, pris à une température trop basse, peut produire une paraplégie. J'en ai observé plusieurs cas dont je regrette de ne pas avoir recueilli l'observation détaillée. Je n'en puis parler que de souvenir.

Observation XCL — Paraplégie rhumatismale produile par un bain de siège à la glace. — Je me rappelle une paraplégie rhumatismale qui m'a élé adressée en I 858 par le docteur Cramoisie, et qui s'était déclarée après nn bain de siège pris, pour ainsi dire, à la glace. J'ignore la raison qui avait fait prescrire ce bain, mais je sais qu'en le prenant le malade fut saisi immédiatement d'un refroidissement général, avec claquement de dents, qu'il tomba en syncope, et que lorsqu'il en revint (après une demi-heure de soins), les membres inférieurs restèrent paralysés ainsi que la vessie et le rectum. Cet état dura longtemps, et quand je fus consulté par ce malade (deux ans après le début), les mouvements du pied sur la jambe n'étaient pas encore revenus et ceux de la cuisse sur le bassin étaient extrêmement faibles. Les membres inférieurs étaient très amaigris, cependant je constatai que la contractilité électro-musculaire était normale, même dans les muscles qui, depuis deux ans, étaient complètement paralysés. Je ne me rappelle pas si la sensibilité électro-musculaire était ou non augmentée. Je n'ai plus revu ce malade ; ce qui explique pourquoi son observation n'a pas élé recueillie.

La paralysie consécutive à la névralgie d'un nerf mixte se rapproche de la paralysie rhumatismale, en ce sens que cette sciatique est souvent produite par l'impression du froid humide ou trop longtemps prolongé sur un point du corps. La contractilité électro-

ACTION TIlKHM'KCTini K |)K ],\ F ARADISAÏION I.( (C \I.ISi;i: . fl2\

niusciilairo est-elle ou non diiniiiuée dans eetie espèce de paralysie? (Vost (;e (pi'il s(;ra plus opportun d'examiner à l'article rpii traitera

de la névralgie.

Aurici.K ir.

ACTION TIIKRAPEL'TIOIK DE LA l'AR ADISATION LOCALISÉE SUR LA l'ARALVSIF

IUn;MATISMALE.

§ II. — Pjiriil^<>»ic «lu nerf radial.

Une paralysie des muscles animés par le nerf radial ((ui ik; ;^Miérirait pas, serait une affection grave, car elle annule la |}lu[)art des usages de la main. Mais je m'(!mpresse de dire ((ue jus(pi';i [)résent (dans tous les faits (|ue j'ai recueillis) je l'ai toujours vue céder à la faradisation localisée, alors même qu'elle avait résisté longtemps aux autres médications. Que serait-il advenu dans ces cas rebelles sans l'intervention de la faradisation? La [)aralysie eùt-elle été incurable? c'est ce ([ue j'ignore. Quoi qu'il en soit, il est permis de dire aujourd'lmi, en s'appuyant sur mes recherches, que la paralysie rhumatismale du nerf radial n'est pas grave, puisqu'elle guérit toujours par la faradisation localisée. Arrivons maintenant à la preuve des assertions précédentes.

Bien que les muscles souffrent peu, en général, dans leur nutrition et que leur irritabilité, comme je l'ai dit, ne soit point diminuée, la plupart de ces paralysies n'en sont pas moins rebelles aux médications ordinaires (aux vésicatoires, à la strychnine), tandis qu'elles guérissent par la faradisation musculaire. J'en rapporterai plusieurs exemples.

Observation XCII. — Charité, salle Saint-Michel, n" M. — Brivard, charretier, Agé 'Je vingt-huit ans, demeurant rue du Faubourg-Saint- Denis, n° 100, d'une constitution athlétique, n'ayant jamais été exposé à des émanations mercurielles ni saturnines, n'ayant jamais eu de paralysie. En mai 4 819, cet homme passe une nuit exposée à un courant d'air alors qu'il était dans un état de transpiration ; en se réveillant, il sent sa main et son avant-bras engourdis et paralysés ; il n'éprouve cependant aucune douleur. Cet état persistant malgré des onctions excitantes et deux vésicatoires, le membre paralysé diminuant de volume, il se dc.M'Ie à entrer à la Chante le \ I août I 849 (trois mois après le début de la paralysie;. Il y est soumis à l'élecirisation delà manière suivante : un rhéophore était placé dans la maitj ou surje dos de la main, et un second rhéophore humide e>t posé ii la partie supérieure du bras. N'ayant obtenu aucune amélioration après neul applications avec cette [uéthode d'électrisation, il demande sa sortie. Le malade se

\'\\\\\.\>\\:^ iiiir\i\TisM\i.Hs.

j)rcsiMiln (jiicl.nKs joiirsaprrs a ma consiillalion ; j(î ronjilatn alors que tous 1rs inu-rlos iunmi's |)iir le iiorf radial sont paralysés. Los musrles paralysés joiiissjMit (!(» {(Mirronlracliiilô ('lo('lri(|uo ; la siMisibilitô était aiif^mentée, cepondaiil lis cHaicMil notablcriuml atrophif's. Jo localisai loxcilalion faradifpic d.ius ( hat-iiii dos iiiiiscl(»s paralysés, et comme h; malado ('tait, tros sensible, a elle excitation, j(; n'agis (iii'avec des roiiranls à rans iiilermittenoes, à lorle intensité, pour pénétrer l'épaisseur du muscle, et je renouvelai ces applications tous les deux jour>>. Après la deuxième séance, Brivard relevait le poi:,Miet, auquel il faisait exécuter des mouvements latéraux. Après la cinquième séance, les premières phalan^^es et le pouce avaient recouvré une partie de leurs mouvements Après trois semaines de faradisalion localisée, la guérison était complète.

Chez ce malade, riiifliiL'iice tliérapeuti([ue de la faradisalion localisée est des plus évidentes, car elle a été immédiate, et cela après trois on quatre mois d'un état stationnaire. On a remarqué qu'une pretnièro application de INdectricité avait échoué et l'on en comprend la raison : on avait placé les rhéopliores très éloignés l'un de l'autre, de manière (jue le courant parcourait le membre dans le sens de sa longueur. Ce mode de fai'adisation avait produit des contractions irrégulières, et par action réflexe. Le malade dit cependant avoir beaucoup souffert de ce mode d'électrisation qui est, ou le sait, très douloureux. Ce fait prouve donc une fois de plus combien il importe de diriger l'excitation électrique sur chacun des muscles paralysés.

Ohservation XCIII. — Madame Marshall, blanchisseuse et concierge, demeurant rue Saint-Antoine, n" 160, âgée do quarante-sept ans, n'a jamais eu de douleurs névralgiques dans les membres, n'a pas été exposée à l'in- Loxicaiion saturnine, n'a pas eu de coliques. Klle n'est pas sujette à des attaques d'hystérie. Elle habitait un logement humide depuis trois mois, quand, s'étant endormie un soir, sur sa chaise, les bras nus et croisés, elle se réveilla avec un engourdissement des doigts de la main droite ; sa main tombait sans qu'il lui fût possible de la relever. Les doigts étaient aussi paralysés. Elle n'avait aucune douleur, mais elle éprouvait des fourmillements et des engourdissements dans les doigts du côté paralysé ; la sensibilité de la peau était diminuée à l'avant-bras et le sens du toucher perdu. Un médecin fit appliquer sur la face postérieure de l'avant-bras malade des vésicatoires volants dont le dernier fut pansé à la strychnine. Ce traitement n'amena aucune amélioration. Au commencement du mois de juin 1850 (deux mois et demi après le début), elle réclama mes soins, et je constatai que les muscles qui sont sous la dépendance du nerf radial étaient paralysés, et que

ACTION illi;ii.\l'l.lllOI K 1)K I.A lAllADI.sATIO.N I.oCA I.I> Ki;. ^|d";

ceux do i'av,ml-l)ras ol (Jo !a in.iiii ('Maionl, seulement aiïiiiblis. I.a conlraction ùleclro-musculaire était partout normale, mais la sensibilité musculaire paraissait un peu au;,Miienléo dans les muscles paralysés, bien que la sensibilité cutanée fût diminuée à la région [postérieure de ra\anl-bras. Sous l'influence de la faradisation localisée pratiquée tous hs deux jours, la guérison fut complète après trois semaines de traitement J'ai revu cette malade longtemps après; sa guérison s'était maintenue.

Je pouri'iiis rapporter encore un ^raud nombre d autres L;xein[)les (le ces paralysies rhumatismales ilo l'avant-bras, ({ui ont guéri par la faradisation localisée, après avoir résisté aux Vf'sicatoires et à la strychnine. Il ne faudrait pas on conclure qu'elles ne guéris.sent que par la faradisation; j'en ai vu plusieurs qui ont cédé à l'application de (juelques vésicatoires.

Observation XCIV. — J'ai observé le 22 juin 1834 un malade nommé Ouinquet, âgé de dix-neuf ans, coiffeur, demeurant rue de la Calandre, n"1,l, couché au n" I 8 de la salle Saint-Ferdinand (Charité), qui, s'étant endormi sur l'herbe par un temps froid et humide, se réveilla au bout d'une heure avec une paralysie de lavant-bras droit (c'était le côté appuyé sur Iherbe), bien qu'il n'yéprouvât aucune douleur. Le lendemain, 30 mai 1854, il entra à la Charité où je constatai que tous les muscles qui sont sous la dépendance du nerf radial étaient paralysés; les muscles de la région antérieure de l'avant-bras et ceux de la main jouissaient de leurs mouvements. La contractililé électrique des muscles paralysés était intacte ; leur sensibilité paraissait augmentée. M. Cruveilhier me proposa de le traiter par l'électricité, mais je le priai de vouloir auparavant essayer l'action des vésicatoires, pour expérimenter l'intluence de cette médication. Cinq vésicatoires ont été promenés sur la région postérieure de l'avant-bras ; l'un d'eux fut placé sur le cou, au niveau de l'origine du plexus brachial. Vers le dixiemejour du traitement, il y eut un commencement d'action sur les radiaux, dont les mouvements et la force revinrent graduellement. Les extenseurs des doigts et le long supinatenr montrèrent plus de résistance. Enlin, ce malade guérit après un mois de ce traitement.

Ce l'ail prouve donc cpie la médicaticui par (\t'>, vésicatoires peut guérir ces paralysies rhumatismales de l'avant-bras, mais n'obtiendrait-on pas une guérison plus rapide en les traitant au tlébut par la faradisation localisée? C'est ce que je n'ai pas encore suffisamment expérimente. Cependant voici en résume un premier fait (pio j'ai recueilli à ce point de vue.

Irlfl l'MVU.YSIK DM l.\ CONSCIENCK MISCI 1, AlUK.

Oiisi nvAFioN \(!V. — MadniiKs I.ok», conciorj^e, A^^ôn (h; ciiujiijinlt; ;ins, demetiniiil ;i P.iris, ([uai do HrllHitic, ii" 3(), ayant fait un lavage dans lu joiitrK^odii il mai ISo.}, sundort 1(5 soir sur sa chaise, p.ir un temps froid ot humide. En se réveillant, elle sent sa main et son avaiit-bras du côlé droit froids et engourdis. Elle ne peut plus s'en servir, son poignet tombe, ses doigts sont fléchis, et son pouce a perdu ses mouvements. Un vésicaloire est immédiatement appliqué sur la face postérieure de l'avant-hras ; mais huit jours après la paralysie est dans le môme état. Elle se présente à la consullalion de M. lîriquet, (jui me l'adnïsse. J(; conslale alors que les muscles qui sont sous la dépendance du nerf radial sont seuls [)aralysés, qu'ils jouissent de leur contractilité électrique normale, mais qu'ils sont plus sensibles à l'excitation que ceux du côlé sain. Elle est à l'instant faradisée jour à autre, et en dix séances elle a recouvré ses mouvements.

Cv tlernier cas est le peiulaiit de C(;lui (lui a été rapport»' plus haut (obs. XCIIl), et dans lequel les vésicatoires ont été seuls employés. Ou voit que la guérison n'a pas été ])eauc()up plus rapide par la f'aradisation localisée. Toutefois, je le répète, ces laits sont à r«Hude, et l'on ne peut encore rien en conclure.

Il ressort, (Ml résumé, der> faits (jue j'ai observés, (pie la faradisation localisée peut triompher des paralysies rhumatismales de l'a vaut-bras dans lesquelles les médications ordinaires ont échoué. Ce sont les cas où j'ai été le plus souvent appelé à intervenir.

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