ÉLECTRICITÉ STATIQUE. — THÉRAPEUTIQUE
L'électrisation par les étincelles, même par celles qui proviennent d'une forte machine électrique et de l'emploi des excitateurs sphériques, ne réussit qu'à faire contracter quelques muscles superiiciels ou très excitables, comme les peauciers, la moitié supérieure des sterno-mastoïdiens, le bord du trapèze et quelques muscles de la face. Pour que l'électricité statique atteigne les muscles en général, surtout quand ils sont protégés par un tissu cellulaire abondant, il est nécessaire d'agir à forte tension, au moyen de la bouteille de Leyde. Mais alors la commotion qui en résulte, et qui peut étendre son action sur les centres nerveux, rend souvent cette opération dangereuse, sinon impraticable.
La connaissance des phénomènes organiques locaux produits par la décharge de la bouteille de Leyde permet d'en mieux apprécier le mode d'action thérapeutique. 11 a été démontré précédemment qu'un organe soumis à l'électrisation par la bouteille de Leyde no peut arriver à la période d'excitation qu'après avoir subi quelquefois pendant un temps assez long tous les effets de la stupeur. On conçoit très bien que si cet organe est exposé à des décharges trop répétées et trop fortes, ou que si sa vitalité est déjà très affaiblie, cette stupeur électrique pourra se prolonger indéfiniment.
Quelque favorables que soient les conditions dans lesquelles on pratique l'électrisation musculaire par la bouteille de Leyde, il serait toujours imprudent d'exposer le sujet à un grand nombre de décharges. Il s'ensuit qu'il est impossible d'électriser tous les muscles, quand la paralysie atteint un ou plusieurs membres.
Enfin, cette opération est toujours douloureuse, car l'excitation cutanée, inséparable de l'électrisation statique, croît en raison de l'augmentation de la tension électrique.
En somme, l'excitation musculaire par l'électricité statique doit en général être exclue de la pratique, d'autant plus qu'elle peut être remplacée par un autre agent électrique, dont il sera question dans l'article suivant (l'électricité d'induction) et qui excite plus énergiquement et plus efficacement la contractilité et la sensibilité musculaires, sans offrir aucun des inconvénients que je viens de signaler. Je me réserve d'indiquer par la suite les cas dans lesquels son intervention peut être utile et même nécessaire.
11 est cependant incontestable que l'électricité statique, qui, pendant de longues aimées, a été presque exclusivement en usage dans la pratique médicale, a produit quelques succès tenant un peu du merveilleux. Ces résultats prouvent seulement que certaines paralysies guérissent toujours sous l'influence de l'électricité, de quelque manière et sous quelque forme qu'on l'administre. Malheureusement
8 i;t(idk imjki.iminaihk.
ces f»ut'/ibf)ns rapides ont <'t»' Icllcmciit rar<'s, i\[\(' f-a nicwlc d'adminislralioii ^\^' l'clccti'iriU* n'a |m siipjjoilcr 1'»'|»in'iiv(' du Iciiips, et i|u'ollcMi cli; i)lusi(Mirs l'ois ahandoimcc [)ai' la ^«MK-ralilc i\t':^ môdeciiLs apiMîs avoir ùtc de leur [)art Toi)]»! d'une sorte d'engouenient.
ARTICLE IL
KLECTnicm': de contact (calvamsme).
On a donné le nom d'élentricitf} di/nnmique, c'est-à-dire d'j'lcotricité à l'état de mouvement et de courant, à l'électricité de contact et à rélectricité d'induction. Cette électricité, engendrée par les piles voltaïques on par les appareils électro-dynamiqnes ou magnéticpies, possède des propriétés physiologiques et thérapeutiques essenliellement différentes de celles qui appartiennent à l'électricité statique.
La propriété la plus iuqiortante, au point de vue physiologique ou thérapeutique, de l'électricité dynamique, c'est de pouvoir être dirigée et limitée dans presque tous les organes. 11 ressort, en etlet, de mes expériences, que l'on arrête à volonté cet agent dans la peau, ou que, sans incision ni piqûre, on peut traverser celle-ci et limiter l'action électrique dans les organes qu'elle recouvre, c'est-à-dire dans les nerfs, dans les muscles et même dans les os. C'est ce que je démontrerai par la suite.
La sensation cutanée développée par l'électricité dynamique peut aller du simple chatouillement à la douleur la plus aiguë, ou passer par tous les degrés intermédiaires à ces deux extrêmes. L'excitation produite par cette sensation peut toujours être concentrée dans l'enveloppe cutanée à l'aide de moyens spéciaux, sans dépasser les limites de la peau, quelle que soit la force du courant.
Cette même force électro-dynamique, dirigée dans un muscle, dans un tronc nerveux, peut provoquer les contractions les plus énergiques, sansproduire ces phénomènes decommotiori qui caractérisent l'action de l'électricité statique, et qui en contre-indiquent souvent l'emploi.
Tels sont les effets principaux que l'on peut tirer de l'électricité dynamique, qui comprend Velectriaté de contact et Yélectricitê d'induction.
Mais chacune de ces sources électro-dynamiques possède, en outre, des propriétés physiques, chimiques et physiologiques spéciales, qui ne permettent pas de les appliquer indiiféremment à la thérapeutique; ces propriétés spéciales peuvent même répondre à des indications déterminées: il est donc nécessaire de les étudier séparément.
ELECTIUCITE CALVANIQUK. — rBYSlOIOGIE,
§ I. — Froprié^é<4 |ili,TMiol<»;;Iquei«.
A (|uaiUit<'; et à tension égales, tons les appareils éleetronjotenrs (le eontaet jouissent des mêmes proj^riétes ph\siologi([n('S (1), ((ueileque soit la nature des éléments qui entrent dans leur eoniposition.
On peut construire des électromoteurs qui fournissent ou plus d'électricité de quantité, ou plus d'électricité de tension, selon les effets que l'on veut obtenir; mais quoi qu'on lasse, ces dit'lérents eHéts se produisent toujours simultanément, ou ne peuvent être complètement isolés les uns des autres.
JiC courant galvanique intermittent exerce une triple action physiologique à chaque intermittence : l'une à la fermeture du courant, l'autre à l'ouverture, et la troisième dans l'intervalle de ces deux temps. L'action pliysiologicpie qui se produit à l'instant où l'on interrompt le circuit est plus faible que lorsqu'on le ferme. Ainsi, avec une pile de 30 couples de Bunsen, on n'éveille pas, à l'ouveiture du courant, la contraclilité musculaire cbcz l'homme, quand on applique des rhéophores humides sur un point de la peau correspondant à la surface d'un muscle ; tandis que, par le même procédé, ce phénomène électro-physiologique est déjà très manifeste à la fermeture du courant. Mais la puissance de l'interruption du courant s'accmît proportionnellement à l'augmentation du nombre des éléments qui composent la batterie galvanique. Il m'a paru que 120 piles de Bunsen donnaient, à l'instant de l'hiterruption, une contraction à peu près égale à celle qui était produite par l'entrée du courant de 20 couples.
L'action physiologique intermédiaire entre la fermeture et l'ouverture du courant est d'autant plus manifeste, que l'intervalle qui sépare les deux autres temps est plus prolongé. On a donné le nom de courant continu à ce courant intermédiaire.
L'électricité galvanique peut être appliquée par courants continus ou par courants interrompus.
Le courant continu, limité dans la peau, y excite, outre les phénomènes de sensibilité décrits plus haut, un travail organique l)lus ou moins considérable, depuis le simple érytlième jusqu'à l'escharification. Ce travail organique, dû à l'action calorifique cl
(I) La quaulito d'électricité qu'une pile peut fournir est en raison directe de la surface des éléments. La tension galvanique dépend du nombre des éiémenis qui composent une batterie galvanique.
10 ÉTUDE PRÉLIMINAIHK.
('locti'olyliqiio du ^alvanisino, s'opri'c assez lentement, a moins
(ju'ou 110 se serve d'une batterie voltaùjuo très puissante.
Le ('(nn'aTit rontinu constant et le pins intense, li'avei'sant loii^itudinalemont un membre, m'a paru n'y produire que des eontractions librillaires ou oscillatoires, et irréguiières, si l'on procède de manière que la contraction de fermetnrr; soit très faible, le courant étant ensuite au^^menté lapidement jusqu'à son maximum. C'est, du moins, le résultat d'une expérience que j'ai faite sur moi-même avec une pile de 120 couples de Bunsen. Ce courant continu produit en outre des phénomènes de calorification dans les profondeurs de l'organisme. En effet, la sensation que j'éprouvai pendant cette expérience était analogue à celle qu'aurait pu occasionner un liquide très chaud circulant dans le membre soumis à l'expérimentation. Après un certain temps, ces courants continus, profonds, développèrent une sensation de chaleur insupportable dans le membre galvanisé : il ne me parut pas alors que ce membre eût augmenté de température (1). En diminuant le
(1) Quand j'ai rapporté pour la première fois cette expérience, j'ai eu le tort de ne pas dire comment je l'avais pratiquée, car elle a pu paraître à certaines gens difflcile, sinon impossible. Voici dans quelle circonstance et comment elle a été faite. A l'époque où M. le professeur Despretz, membre de l'Institut de France, faisait à la Sorbonne ses belles recherches sur la simplicité des corps élémentaires, je trouvai dans son laboratoire une pile de Bunsen de 120 éléments de grandeur ordinaire, et dont les charbons occupaient le centre. C'est avec cette pile que j'ai fait l'expérience dont il est question ci-dessus. 11 est probable que cette pile ne possédait pas toute sa puissance, car elle était depuis assez longtemps en action et avait déjà servi à de nombreuses expériences; cependant sa puissance était encore telle, que, tenant un rhéophore métallique recouvert d'une peau largement humectée dans la paume de chaque main, je supportais difficilement la commotion produite par la fermeture du courant de 40 à 50 de ses éléments. Afin de ne pas m'exposer à l'action foudroyante des 120 éléments, j'ai opposé au courant la résistance d'une colonne d'eau distillée de 10 centimètres d'épaisseur, en plaçant dans le circuit un tube rempli de ce liquide, que je décrirai plus tard (chap. IV) sous le nom de tuhe modérateur. Alors, après avoir reçu la secousse de la fermeture de ce courant, qui ainsi était très affaibli, j'ai augmenté la puissance de ce dernier en diminuant graduellement l'épaisseur de la couche du liquide à traverser, jusqu'à ce que le courant continu m'arrivàt dans toute sa force. Je fus surpris d'en pouvoir supporter le passage assez longtemps pour terminer les expériences dont je viens d'exposer les résultats. Mon derme n'a point été altéré, parce que mes mains et le rhéophore avaient été largement humectés, parce que l'épiderme de la paume de la main est assez épais, et surtout parce que l'expérience a duré peu de temps. La peau des autres régions exposées à un tel courant aurait sans aucun doute été brûlée plus ou moins profondément et aurait occasionné des douleurs intolérables. Ce procédé a justement l'avantage, en évi-
KLECTRICITÉ GALVANIQUK. — PHYSIOLOGIE. 11
Dombrc clos éléments, les pliriioiiiènes que je viens d'exposer allèrent en décroissant; et, à 15 ou 20 couples, ils furent inappréciables.
Le courant continu est-il réellement un hyposthénisant de la force nerveuse? Si l'on conclut des vivisections à l'honrune, la réponse doit être affirmative. On sait, en effei, (ju'un courant contant ces douleurs cutanées, de permettre d'analyser les sensations profondes produites par le passage du courant à travers les organes (nerfs et muscles) des raemhres supérieurs dans le sens longitudinal. Il ne m'a pas été possible de prolonger au delà de trente à quarante secondes cette expérience faite avec 120 éléments de Bunsen, tandis que j'ai toléré jusqu'à dix à vingt minutes un courant de 20 à 30 éiéments. Depuis six mois, j'expérimente une pile de 40 éléments au protosulfate do mercure, que je décrirai bientôt (un de ces éléments vaut presque deux éléments de Daniel). J'ai plongé chacune de mes mains dans un bassin mis en communication avec un des électrodes ; et dans ces conditions j'ai laissé passer le courant d'ii iir manière continue pendant dix minutes ù peu près, et j'aurais pu le supporter plus longtemps. La première fois que j'ai expérimenté l'action de cette pile, j'ai senti, après deux minutes de cette action du courant continu, des contractions comme fîbrillaires, oscillatoires dans les fléchisseurs des doigts et du poignel. La sensation de roideur un peu douloureuse que j'éprouvais dans cette région pouvait me faire croire à l'existence d'un spasme continu, mais je ne pus le constater par les mouvements du poignet ou des doigts. Cette opération a été suivie d'un sentiment de fatigue dans les membres supérieurs. Le lendemain, celle expérience, répétée de la même manière et dans des conditions semblables, a donné des résultats à peu près identiques. La sensation que j'ai éprouvée dans les régions antérieures de l'avaut-bras et du bras n'était pas précisément douloureuse, c'était plutôt un sentiment de fatigue assez pénible. Bien des fois j'a fait cette expérience sur moi-même, et je l'ai renouvelée sur d'autres personnes ; j'ai alors toujours observé, pendant le passage du courant continu, tantôt les contractions fîbrillaires, tantôt seulement une sensation de roideur dans les muscles de l'avant-bras et quelquefois «lu bras, mais cela d'une manière irrégulière. Celte même expérience, faite assez souvent sur les membres inférieurs de quelques sujets dont les pieds plongeaient dans des bassins mis en communication avec les pôles de la pile, n'a pas produit autre chose que de l'engourdissement et de la fatigue; j'ai vu aussi des conlraclions fibrillaires se produire. Chaque opération durait ordinairement dix à vingt minutes (je reviendrai sur ce sujet dans le chapitre III).
Je dois ajouter que, dans toutes ces expériences faites sur les membres supérieurs et inférieurs, on sent à la peau de la face dorsale des mains et des pieds plongés dans l'eau des bassins électrodes des picolemenls, qui augmentent progressivement, et sont bientôt remplacés par une sensation analogue ù celle d'un fort sinapisme, et que cependant on n'y observe point de vésicalion, alors même que l'opération a duré une demi-heure (je ferai ressortir plus lard l'imporlance de ce fait au point de vue pratique). Enfin la sensibilité a toujours été plus fortement excitée dans les points correspondants au pôle néjinlif.
\'l I.niDi: l'HKLI.MINAlUi;.
tiini, pr.t'.oMi;.' iiii ccilaiii tciiijis dans 1rs iici'ls on dans les incmljres i\'[i\\ animal, nnn-si'iilcniml m diniiinic la loi'c»! des monvcîiiH'nls, mais (îiicor»; <jn'ii «n |)i'(>(lnil. la paiaiy.sic. .k; dcnHUitrcrai par la suite, (txpc'i'imcntalcnicnt , ([ua cette espèce d'action ljy[)()slliéiiisanle n'es! pas appn''ciai)le clie/ l'Iionnne (voy. cliai). III]. Quanta l'ai'tion dn courant continu sui' la sensibilitf';, l)ieii (pi'ai)i'ès un certiiin temps il i)roduiso un (Miyoïirdissement au inend)re dans la contiimit<'' desquels on le fait cinuder, je ne crois pas que l'on puisse le considérer connue un liypostliénisant de la sensibilité, ou, en d'autres termes, comme un anesthésique.
J.a sensibilité de la peau m'a paru plus vivement excitée par le courant galvanique intermittent rapide que par le courant continu, ('/est tout l'oppose i)()ur l'action organique exercée par ces courants. Ainsi, la sensation cutanée est plus douloureusement réveillée par un courant intermittent rapide que par un courant continu. Celuici, au contraire, produit plus rapidement l'érythème, la vésication, on la destruction de la peau. L'érection de papilles nerveuses, l'action désorgauisatrice qu'éprouvent les tissus doivent être rapportées à l'influence du courant continu, l'entrée et la sortie de ce courant n'y contribuent que très faiblement. C'est pour cette raison, sans doute, que le courant intermittent rapide désorganise beaucoup moins la peau que le courant continu. Mais, comme on ne peut éviter, ainsi que je l'ai démontré plus haut, l'action continue qui se trouve entre lecomn;encement et la fm de chaque intermittence, il ne sera jamais possible d'exciter la peau par le galvanisme, sans y produire un travail organique plus ou moins considérable. L'action calorifique au pôle zinc est plus grande qu'au pôle cuivre ou charbon (l).
De toutes les espèces d'électricités, c'est l'électricité galvanique qui agit le plus vivement sur la rétine, lorsqu'on l'applique à la face avec des rhéophores humides. Le courant galvanique dirigé sur les nerfs de la cinquième paire et même sur leurs dernières ramifications exerce une action spéciale sur la rétine en produisant trois sensations lumineuses (le phosphène) à chaque intermittence. Ces sensations se manifestent, l'une, très forte, à la fermeture du courant, l'autre, beaucoup moins forte, à l'ouverture de ce courant, et la troisième, tellement faible, qu'elle n'est appréciable que dans l'obscurité, dans l'intervalle des deux précédentes. La connaissance de cette propriété spéciale du galvanisme, que l'on ne
(l) On sail égaleraeut depuis lougtemps que les autres phéuoraèues chimiques . (électrolytiques; et physiologiques sont plus prononcés au pôle zinc.
KLKCTUICITK (iAIA'ANlUlJK. -- IHKUM'EUTKjUK. 1 li
nîtmuvo qu'il un de^n'' iuliuinicut in(Mns développe; dans les autres espèces d'élecliicitésest de la plus haute iujportance pour le médecin, comme on le verra par la suite (1). Dans (juehjue point de la lace ou du cuir chevelu qu'on appli(iue les rhéophores f;alvani(|ues humides, on produit toujours une succession de sensations lumineuses très éblouissantes, même avec un courant très faible, pourvu (jue la légion excitée se trouve animée par la cinciuième paire. La tlanmie (pii se produit alors n'impressionne la rétine que du côté où a lieu l'excitation {galvanique; elle est d'autant plus jurande et plus élincelantequeles excitateurs sont plus rapprochés de la ligne médiane; enfin, cette flanmie est perçue de chaque côté, (juand les excitateurs galvaniques sont placés tout à tait sur la ligne médiane, c'est-à-dire dans les points où les ramifications de la cinquième paire de chaque côté semblent se confondre. On provoque même lephosphène électri(pie en galvanisant la corde du tympan; ce que je ne puis produire avec l'électricité d'uiduclion (je reviendrai sur ce sujet en temps opportun).
C'est surtout sur la contractilité musculaire que le courant intermittent galvanique manifeste une puissance physiologique infiniment plus grande ([ue le courant continu.
La galvanisation musculaire par intermittences provo([ue des sensations plus fortes que l'électrisation musculaire par les courants d'induction.
§ II. — Proprîctés (liérapeutïqucs.
L'excitation galvanique qui, limitée dans la peau, peut y produire, outre une sensation très vive, un travail organique plus considérable, soit l'érythème, soit la vésication, soit même l'escharificalion, répond à certaines indications spéciales. Elle convient, par cxcm[)le, dans les cas où il est nécessaire d'obtenir à la fois une vive i)e!turbation instantanée et une action durable, analogue à celle du moxa ou de la cautérisation par le fer rouge.
M. Matteucci(2), tirant de ses vivisections i\os dt'ductions thérapci!ti(pies, a conseillé l'emj^loi d'un courant continu ascendant, connnc
(1) Tout le monde sait que l'action de l'élcctriritr de contact sur l;i rclinc ;i été découverte par Volta. M. Uemak a écrit que je m'en attribue la d('couverlc {Ga£vanolhérapie, ou de l'applicalion du courant galvanique constant au traitement des maladies nerveuses et jnusculaires, traduit de l'allcinaiid par le doclcm Morpaiii, Paris, 18(i(), in-8, p. 44). J'ai dit seulement (jue personne, avant moi, n'avait observé que cette action des courants yahaiiiques sur la reline es( beati coup plus puissante ([ue les courants d'induction.
(2) Traite des phénomènes éieclro-phijsiulo(ji<iucs da ainnuiui. l'aii?, IbJl, in -S, p. 110.
\U KTllDIÎ niÉLIMINAIHE.
liypostluMiisant du systèrno nerveux dans le tétanos. Il ditciiTil est iialuicl (II' penser (juo le passaj^^cî d'un eouiant continu dans un niciiihrt! lelanisé détruit e(!t état, en amenant la paralysie;. A l'ap- [)ui de sa tliéiuie, le célèbre physicien cite un cas de gU(';rison de tétanos sous l'inlluence d'un courant continu. Le tait est irnportiint, mais il a besoin d'être confirmé par de nouvelles expériences. Il a également essayé d'établir sur les données électro-[)liysioloî,Mfiues une méthode de galvanisation, par courants continus, pour le traitement des paralysies de la sensibilité et du mouvement. .le me reserve d'étudier la valeur de ces déductions éhîctro-thérapeutiqnes dans le chapitre III, consacré à ['(examen cri(i([ae de dilTerentes méthodes d'électrisation.
i^a galvanisation musculaire par courants intermittents pourrait certainement être employée avec avantage dans le traitement des paralysies du mouvement, mais les inconvénients irdiérents à cette eiipèce d'électricité (son action calorifique, le volume et l'incommodité des électromoteurs qui nécessitent son emploi) lui feront toujours préférer l'électricité d'hiduction.
Les propriétés chimiques de l'électricité de contact peuvent être avantageusement appliquées à la thérapeutique. On sait, en effet, quel heureux parti la chirurgie peut tirer de l'action coagulante du galvanisme sur le sang dans le traitement des anévrysmes (1).
La galvanisation de la peau n'est pas applicable au traitement de l'anesthésie cutanée, parce qu'elle y produit des vésications ou des eschares. Mais l'action calorifique du galvanisme peut être employée ({uelquefois avec avantage chirurgicalement à la destruction de certaines tumeurs, à la cautérisation de certaines plaies; mais on
( I ) Bien que cette application de l'électricité galvanique au traitement des anévrysmes soit abandonnée depuis quelque temps, il n'est pas impossible qu'elle soit un jour reprise avec plus de succès. Je crois qu'il faut avant tout rechercher dans quelles conditions doivent être combinés la grandeur des surfaces et le nombre des éléments, pour obtenir plus d'action électrolylique, eu dissimulant le plus possible l'action caloriflque.
Le polc positif de la pile exerce une action coagulante, le pôle négatif possède au contraire une propriété dissolvante. On a eu l'idée d'appliquer cette propriété toute spéciale du pôle positif au traitement de certains dépôts de matières fibroplastiques qui se forment entre les lames de la cornée, et qui sont connues sous le nom de cornée. Les premiers essais faits dans cette voie paraissent avoir été couronnés de succès.
11 serait aussi très important d'examiner si, daus toutes les applications des courants galvaniques, soit comme coagulants, soit comme dissolvants, l'excitation produite par l'agent électrique ne joue pas le plus grand rôle.
ÉLECTRICITÉ GALVANIQUE. — TUÉUAPEUTIQLE. 15
aurait tort d'y voir une action spéciale. Le galvanisme n'agit pas alors autrement que le leu (1). H n'est pas douteux (jue, dans ces cas, c'est l'action calorifique du galvanisme (jui détruit les tissus.
En raison de la propriété qu'il possède d'exciter vivement la rétine, le galvanisme doit être applicpié à la l'ace avec circonspectiun. La llamme qu'il produit alors est tellement éblouissante, ((u'elle pourrait compromettre la vue, si l'opération était trop prolongée, les intermittences du courant trop rapides, et le courant trop intense. En voici un exemple :
Observation I. — Depuis un mois environ, j'électrisais à l'aide de mon appareil électro- dynamique (appareil d'induction marchant avec la pile) un malade afiFecté de paralysie d'un côté des muscles de la face. De l'amélioration se produisait graduellement ; chaque jour les excitateurs étaient mis en contact avec les muscles paralysés, sans inconvénient, quoique l'appareil fonctionnât à un degré assez élevé de puissance. La vue n'en avait éprouvé aucun effet appréciable ; le malade ne percevait aucune sensation lumineuse pendant les opérations. Un jour, l'inventeur d'un nouvel appareil galvanique vint me prier de vouloir bien expérimenter sa machine. N'ayant, à ma connaissancC) aucun fait qui donnât lieu de craindre ce qui allait arriver, je dirigeai le courant de cet appareil à un degré moindre sur les muscles paralysés, qui se contractèrent, mais beaucoup plus faiblement que sous l'intluence ordinaire de l'appareil d'induction. A l'instant même, le malade vit une flamme considérable dans l'œil du côté correspondant, et s'écria : « Je Vois votre appartement tout en feu! » Il me pria de suspendre toute appli-
(1) C'est en France que l'action calorifique du galvanisme a été appliquée pour la première fois, comme moyen de cautérisation. Récaraier et Pravaz ont essayé de détruire les cancers du col de Putérus à l'aide d'un courant galvanique, en 1841. Cette application du galvanisme était abandonnée depuis longtemps, lorsqu'elle fut reprise par le docteur Crusel, de Saint-Pétersbourg, qui, en 1842, adressa sur ce sujet un mémoire à l'Académie de médecine de Paris. M. Nélaton a fait aussi en 1850 des applications très heureuses de cette propriété calorifique du galvanisme, et il a été secondé dans ses opérations par M. Heguauld, alors pharmacien en chef de la Clinique, qui a imaginé une batterie galvanique d'un petit volume, d'un usage facile et d'une puissance calorifique très grande. M. Nélaton pense que ce mode de cautérisation peut être employé avec avantage dans les cas où le point à cautériser est situé profondémeut, dans le pharynx, par exemple. Il l'a aussi employé avec succès pour détruire les tumeurs ercctiles en conservant la peau (je laisse à cet habile chirurgien le soiu d'entrer dans les détails de ces ingénieuses applications du galvanisme). Après M. Neinton, M. Alph. Amussat, et eu Allemagne M. Middeldorf, de Breslau, ont employé, dana des cas analogues, et avec uon moins de bonheur que M. Nélatou, la puissance cautérisante des courants galvaniques.
16 KiUDK PRKI,IMIN\IKK.
calioi). Lors(iii'il vvwul do son tb'.oiiisist meut, il so pI.n-niL fl'uii Irouhlo cunsidiVahlo do la vuo, oL suporrul (jiùl no voyait plus du c'6lé ou l'opcralion avait étô l'aile. L'œil du côté opjjosù no |)araissaiL pas avoir î^oufferl. Jo lui lis preiKiro iinmédiateniont un h.iin do pioiU ; des (pi'il lui ronlrô chez lui, uno sai^niôe lui fut praticpioe. La vuo ik; s'amôliora p:is; malgrô remploi d'une série de moyens excitants et un trailemont rationnel, on ne put obtenir qu'un léger amendement : la vue est restée considérablement affaiblie.
C'est à cet accident que je dois la découverte de cette action du {galvanisme sur la rétine infiniment plus puissante que celle de l'électricité d'induction; découverte qui m'a conduit, à son tour, à faire des rechercliessur les proprif'tés différentielles des diverses sources électriques pour la production du phospliène.
Ce fait malheureux, d'ailleurs impossible à prévoir, ne devait pas être ])erdu pour la science. Au contraire, il eri est ressorti des applications thérapeutiques éminemment utiles aux malades , car il démontrait d'une part que l'électricité d'induction, fournie [)ar l'appareil électro-dynamique, môme avec une grande puissance, ji'aj^itpas sensiblement sur la rétine; d'autre part, que l'électricité galvanique, à dose très faible^ exerce une action très énergique sur cet organe. On était donc en droit d'espérer (jue l'emploi bien réglé de l'électricité de contact produirait des modifications thérapeutiques utiles dans les affections purement nerveuses de l'œil. Ces prévisions ont été confirmées par l'expérience. En résumé : 1" Lélectricité (jdvaniqac exerce une action très vive sur la rétine, lorsque l'excitation est dirigée sur un des points où se ramifie la cinquième paire. 2" Cette espèce d'électricité peut être un excellent agent thérapeutique dans les affections purement dynamiques de la vue. 3^ Au contraire, l'électricité d'induction provenant de l'appareil électro-dynamique agit très faiblement sur la rétine, ix" Or, précisément par la raison que l'électricité d'induction est insuthsanle lorsqu'il est nécessaire de stimuler la rétine, elle convient exclusivement quand il faut provoquer la contractilité musculaire a la face, sans exposer cette même rétine aux dangers d'une surexcitation.
ARTICLE m.
ÉLtCTRIClTÉ D'IXDUCTIOX.
Bien qu'il n'entre pas dans mon sujet d'exposer ici les principe., qui président au développement des courants d'mduction (ce qee 1 on trouve dans tous ks traites de physique), je crois ncces.>aire
KLKCTIUCITK l/iNDUCTION. — PlIYSIOLOfilE. 17
(le consacrer (jiiel(|ii('s coiisidéralioiis générales à rétude de ces principes, qui doivent toujours être présents à l'esprit de celui qui s'occupe de l'application de celt(; espèce d'électricité aux sciences on à la pratique médicales.
Les appareils d'induction prennent leur source, on le sait, soit dans une pile, soit dans un aimant artificiel. Ces appareils sont connus dans la science, les premiers sous la dénomination d'appareils électro-dynamiques, les seconds sous celle (V appareils électromagnétiques. Les uns et les autres se composent d'un (il de cuivre rouge, recouvert de soie, d'un diamètre et d'une longueur variables, et enroulé en spires serrées de manière à former une hélice, au centre de lacjuelle on place ou un fer doux ou un aimant. Dans la plupart des appareils électro-dynamiques, un second fil de cuivre plus fin et plus long, est enroulé sur le premier et forme une seconde hélice. Les appareils électro - magnétiques usuels n'ont jamais qu'un seul hl, enroulé sur l'électro-aimant ou sur chaque bras de l'aimant.
On sait que pour mettre en action un appareil électro-dynamique composé de deux hélices, on établit une communication entie les extrémités d'un circuit formé par un électromoteur et par le fil enroulé sur le ter doux central (fil de la première hélice). A l'instant où ce circuit est fermé, il s'opère une modification électrique dans l'état du fil et aussi dans l'état du fer doux, qui s'aimante temporairement. Si ensuite le circuit est ouvert, il en résulte une nouvelle modification électrique et magnétique, car l'électricité naturelle du fil reprend son état normal, et le fer doux perd son aimantation. C'est seulement au moment où ces modifications sont produites (jue se manifestent dans la première hélice les phénomènes d'induction, par rinUuence mutuelle des spires et de l'aimant temporaire sur les spires elles-mêmes, tandis qu'on n'observe aucun phénomène physique ou physioiogi(iue dans leur intervalle. En ettet, place-l-on dans le circuit de son courant un organe contractile vivant, un muscle de grenouille, par exemple, à l'instant où ce circuit est fermé, ce muscle se contracte et rentre dans son état de repos. Vient-on alors à ouvrir le courant, le muscle entre encore en contraction; mais alors la contraction est beaucoup plus forte que la première. On produit les mêmes pluinomènes électrophysiologiques avec le courant provenant du fil fin enroulé sur la première hélice et induit par elle. De plus, si, au lieu d'un muscle, on place un galvanomètre dans le circuit du lil fin, on voit l'aiguille du galvanomètre se dévier à la fermeture et à l'ouverture du courant, mais chaque fois en sens contraire.
Diicnr.NNK. 2
1*S Kri!l>K l'UKI.lMINAlHK.
Le coiiraiil iiisliiiiliiiK' (|ui se dévolopix; dans la (IciixiciiH' ln'lic(;, an indiiiciil on l'on l'crmc! U) ciHinnit Inniic pai- la pile cl le (il de la jMcniicrc luîlicc, inarclic en sens contrairi; iïu (omant d<' la pik;. C'est pour (X'tte raison sans donto (pi'il a (]U\ app(.'l('' courant induit inverse (ou négatil"). Au contraire, U; courant instantané cn^endié dans la deuxième liélice au moment où l'on interrompt celui de la pile, suit la même direction que son courant géncraleui', d'où lui vient 1(3 nom de courant induit direct (ou positil).
(^iKujue inlermitten(;e du courant se compose (lon(' (h; deux phénomènes d'induction : l'un au monient où le contact a lieu, et l'autre (juand il cesse.
Le courant qui se développe dans le premier iil est appelé par les auteurs exti a-courant ou courant inducteur ; celui du fil qui lui est superposé est connu sous le nom de courant induit de premier ordre. Je les avais appelés primitivement courant de premier ordre et courant de second ordre. Je renonce aujourd'hui à ces dénominations pour ne pas jeter la confusion dans le langa^^e scientifique usuel, bien que la nouvelle nomenclature que je proposais fût plus rationnelle et plus physiologique. Toutefois je ne me servirai pas des termes en usage pour designer ces différents courants, parce qu'ils seraient mal interprétés par la généralité des médecins qui ne sont pas familiarisés avec l'historique de l'ancienne nomenclature. Je désignerai, à l'avenir, l'extra-courant sous le nom de courant de la première hélice, et le courant de piemier ordre des auteurs sous celui de courant de la deuxième hélice. J'espère que ces dénominations, parfaitement claires pour tout le monde et qui ne contrarient en rien les théories plus ou moins exactes des physiciens, seront généralement acceptées par les médecins (1).
(1 ) Des recherches expériineotales que j'ai publiées déjà depuis plusieurs années, et que je vais bientôt exposer, recherches dont personne ne conteste l'exactitude, bien que quelques observateurs les aient interprétées diversement, ont démontré d'une manière incontestable que les deux courants d'induction dont il est ici question possèdent des propriétés spéciales, et qui dépendent non-seulement de la longueur et de la section de leurs fils , mais aussi de leur mode d'induction. Il était donc nécessaire de désigner ces courants p;ir des dénominations parfaitement claires et précises; mais il me fallut pour cela modifier la nomenclature des courants d'induction. C'est toujours une chose grave que de porter atteinte au langage usuel, sans absolue nécessité. Aussi ai-je à me justifier d'avoir essayé de désigner d'une manière plus claire le courant dont nous nous occupons. Je dois peut-être rappeler comment s'est formée la nomenclature des courants d'induction.
Il est arrivé, à l'égard des faits d'iiîduclion électrique, ce qui arrive dans beaucoup d'autres circonstances : la nomenclature s'est formée successivement en
KLECTIUCIÏK d'induction. — PHYSIOLOGIE. 19
Examinons maintenant cv. qni s(î passe quand on mot on action nn ap[)areil él(;('tro-m{ignéti(|ue. Un fer doux est placé à une petit(; distance des [)ùles de l'aimant, de manière à pouvoir s'en éloi{^ner ou s'en rapprocher par un mouvement rolatoire. Mettons d'al)ord ce ter doux en croix avec l'aimant, ei fermons le circuit lormé par
raison de la marche pr()j,'ressivc de la science. La prorniére découverlc de M. Vnraday a|)prctKiit seiileincnl aux physiciens qu'un lil nidalliquc fin, enroulé sur un premier fil parcouru |)ar un courant, devenait lui-mnnt; le siège d'un courant instantané, quand on ferinait ou que l'on ouvrait le premier circuit lormé par le premier fil également métallique. On eut dès lors les expressions de courant induit, — c'est celui du fil fin, — et de courant inducteur, — c'est celui qtii vient de la pile. Mais il se trouva ensuite que les spires du fil inducteur luiniéme agissaient les unes sur les autres, de telle sorte qu'il s'y développait aussi un courant spécial induit au moment de la clôture ou de rouverture du circuit. On désigna ce courant distinct de celui qui provient de la pile, quoique se produisant dans le même lieu, par le nom d'exlra-courant. Puis ou découvrit que des hélices séparées, superposées à une première spirale que traverse le courantd'une pile, s'induisaient l'une l'autre, et que l'on avait ainsi une suite de courants secondaires induits. Il fallut distinguer ces courants par des noms particuliers, MM. Henry de Princeton, Becquerel, Abria, de La Rive, Pouillct, etc., adoptèrent ceux de courante du deuxième ordre, du troisième, du quatrième, du cinquième ordre, etc., pour les courants de la deuxième hélice, de la troisième, de la quatrième, etc. Mais, par une coutradiction singulière, ils conservent le nom ù' extra-courant, déjà usuel, pour le courant induit de la première spirale, ou hélice, et ils appelèrent courant du, premier ordre le courant de. la pile, le [)remier courant inducteur. Ils reconnurent d'ailleurs que l'extra-courant, produit, conmie on dit, par I induction du courant inducteur sur lui-même, se comportait, à tous égard», comme les autres courants induits, auxquels il devait être assimilé. J'ai jugé, en conséquence, plus rationnel de donner à cet extra-courant, a ce premier courant induit, le nom de courant d'induction du premier ordre, d'après le principe même de la nomenclature établie par les physiciens que j'ai cites. Voilà comment on trouve des courants induits de premier et de second ordre, dans mes appareils électro-dynamique et électro-magnétique, dont les deux fils jouent le môme rôle que la première et la deuxiècnc des spirales, ou hélices super[)Osées, dont il vient d'èire question.
Ce court aperçu historique fait ressortir l'insuffisance ou plutôt la confusion de la nomenclature des auteurs. Pour tout houune qui n'est pas familiarisé avec ce langage de convention (et la généralité des médecins est dans ce cas), les uoms de courant de premier ordre, de second ordre, de troisième ordre, etc., désigneront des courants de même espèce, mais classés d'une manière diiïéronle, selon leurs caractères distinctifs ou selon leur superposition, et le iwm û\'xlra-courant semblera indiquer un courant d'une autre nature.
Bien plus, la confusion règne déjà dans le langage classique, car les uns appellent, comme on la vu plus haut, courant de prenner ordre le courant de la pile, et il en est d'autres qui lui conservent !e nom do courant inducleur, réservant au
20 KTIIDR PHÉLIMINAIHR.
le til (Mirouli', on sur U; ter doux (cofiiriic dans r{i|)i)ar(îil d(! IMxiiou (leCJark), ou sni* raiinaiit (comme dans ra|)j)areil de Dujardin ou de Hreton), en plaçant entre les exln'rnilés libres d(! C(! lil ou un j^alvanoniètre, ou un muscle vivant de fj;renouiile. Si alors ou imprime un mouvement de rotation au fer doux, de manièn; qu'il se trouve en face des pôles de l'aimant, l'aij^uille s'éloigne du méridien maj^Miétique, ou le muscle se contracte; puis l'aiguille reprc'ud sa position normale, ou le muscle reste en repos. Si un nouveau mouvement rolatoire est imprime'; au fer doux, de telle sorte que ses extrémités s'éloignent de l'aimant pour se placer en croix, une nouvelle déviation a lieu dans l'aiguille du galvanomètre; mais cette déviation a lieu dans un sens contraire à la première, et l'on observe une nouvelle contraction musculaire aussi forte que la première.
Ces phénomènes d'induction se produisent dans les appareils électro-magnétiques de la même manière que dans les appareils électro-dynamiques, c'est-à-dire en vertu d'une moditication apportée dans l'état de l'aimant et de son fer doux, et dans celui du fil de cuivre enroulé sur le fer doux ou sur l'aimant.
En voici la théorie : Quand le fer doux est mis en rapport avec l'aimant, l'électricité naturelle du fer doux est décomposée par le premier, et les pôles contraires s'attirent et se recomposent; il en résulte une neutralisation de l'aimant artificiel et une moditication dans l'électricité du fil de cuivre qui est induit, et alors aussi les spires s'influencent mutuellement; quand le fil doux est éloigné
courant de la deuxième hélice celui de courant du premier ordre. Enfin M. de Moncei dislingue les courants des deux premières hélices par les noms de courant primaire et de courant secondaire. Laquelle de ces diverses nomenclatures est la nomenclature classique?
En attendant que Ton veuille bien s'entendre, qu'il nous soit permis de demander pourquoi on semblerait rejeter de la classe des courants celui de la première hélice, en l'appelant extra- courant.
En résumé, dans les appareils électro-dynamiques, au lieu d'exclure, pour ainsi dire, de la famille des courants d'induction le courant de la première hélice sous la dénomination d'extra-courant, tout le monde, je l'espère du moins, trouvera qu'il eût été plus rationnel ou plus philosophique de l'appeler courant de premier ordre, puisque les autres courants supérieurs, qui s'en distinguent d'ailleurs par des propriétés spéciales, ont été désignés par les physiciens suivant leur ordre de superposition, sous la dénomination de courants de deuxième, troisième, quatrième, cinquième et sixième ordre. Mais afin de ne pas jeter le trouble dans le langage usuel, au lieu d'appeler l'extra-courant; courant de premier ordre, je lui donnerai, comme je l'ai dit ci-dessus, le nom de courant de la première hélice, et désignerai le courant qui lui est supérieur par celui de courant de la deuxième hélice.
El.KCTUlCriE D INDUCTION. — PHYSIOLOGIE. 21
d(î raiinant par un mouvement de rotation, le fluide magnétique de cet aimant reprend sa liberté, et s'accumule à chacune de ses extrémités ; le fer doux, dont la polarisation cesse à l'instant, reprend son état naturel, se recompose, et le lil de cuivre éprouve une nouvelle induction.
Si, en même temps que ces modifications électriques ont lieu, on interrompt le circuit formé par le lil, la puissance de l'induction augmente dans des proportions considérables. Presque tous les appareils électro-magnétiques sont disposés de manière que les solutions du courant ne s'opèrent qu'au moment où le ter doux arrive en face de l'aimant. Il en résulte qu'ils produisent, par révolution du fer doux, une action inductrice très faible, inappréciable chez l'homme, et une autre forte: la première a lieu quand le fer doux est placé en croix; la seconde, quand il est mis en rapport avec l'aimant.
Dans les appareils électro-magnétiques les interruptions du courant s'opèrent à l'aide d'une petite bobine (commutateur) placée sur l'axe du fer doux [armature). Celui-ci est mis en mouvement par un mécanisme particulier, composé d'une petite roue à pivots, engrenée dans une grande roue dentelée, de telle sorte que le mouvement rotatoire du fer doux peut être exécuté avec une grande rapidité.
Cette rapidité du mouvement rotatoire est une condition essentielle de force et même de vie pour les appareils électro-magnétiques. Je vais essayer de le démontrer.
Lorsqu'on ouvre le courant d'un appareil électro-dynamique, l'induction et l'aimantation du fer doux cessent brusquement avec leur cause productrice, et le passage d'une grande intensité magnétique à zéro se fait subitement et sans transition dans le fer doux central de la bobine. Telle est la principale cause de la plus grande puissance de l'induction dans les électro-aimants. Mais les choses se passent différemment dans les appareils électro-magnétiques. Supposez le courant magnétique établi par la juxtaposition du fer doux contre les pcMes de l'aimant, l'ouverture de ce courant n'aura lieu qu'au moment où le fer doux se trouvera en croix avec les extrémités de l'aimant. Si le fer doux décrit lentement un arc de cercle pour se placer perpendiculairement à l'aimant, le courant magnétique établi entre l'aimant et le fer doux diminue insensiblement jusqu'à ce qu'il arrive à zéro.
Mais si le fer doux tourne avec rapidité, le passage du courant magnétique, du maximum à zéro, est opéré dans un temps si court, que ce passage équivaut presque à une interruption brusque du
T2 EHIDK IMlEI.IMINAlKK.
couiaiil, coiiimc dans les apparoils volta-clrcliifiiics, et il m ri'siiltr une iiidiiclioii puissante. On coiiroif, (l«'s loi's, (pic hi WnTAt i\v, l'in- (luctioii dans les appareils électro Fiia^;n<''ti(pH;s devi'a r'tiJMl'aiitant plus grande (pn* la rotation du 1er doux sera plus rapidfî. (dominent se lait-il alors (pie dans e(;s appareils l'intensité du eourant diminue au delà d'une; certaine vitesse d(îs int(M'niitt(M)C(3S, eommo cela arrive aussi dans les appaicils éleetro-dynamirpies avec la roue de Massoii? Ce phénomène, (jnia longtemps tourmenté la plupart des l)hysieiens, est ])ro(luit par une cause mécani(pu3 et (h'fpend d'un vice de construction, ainsi (pie j(; le démontrerai plus tard.
Avant mes recherches, les appareils électro-magnétiques ne possédaient (lu'une hélice, .l'ai fait construire un appareil électromagn«Hi(]ueà double induction, dont les deux hélices superposées et fixées sur l'aimant jouissent, ainsi (pie je le démontrerai bientôt, de proprit'lés différentielles, comme les hélices des appareils électro- (lynanncjues à double courant. La description et la théorie en seront exposées dans le chapitre JV.
En résumé, les considérations [)récédentes démontrent que, non^ seulement l'électricité d'induction ne peut fournir de courant continu, puisqu'elle est essentiellement intermittente ou instantanée, mais encore que chaque intermittence se compose de deux courants en sens contraire. Il est établi aussi que le courant qui se produit à la fin de chaque intermittence est le seul qui exerce une action physiologique puissante. Enfin, les appareils électro- magnétiques usuels ne peuvent fonctionner (ju'avec des intermittences rapides, tandis que les appareils électro-dynamiques fournissent des coulants à intermittences lentes et rapides à volonté.
§ I. — Propriétés pliysiolos^iqucs difrérentielles dii courant de la première iiélice et du courant de la deuxième liéliee.
L'excitation de la peau par l'électricité d'induction, quelque longue que soit l'opération, quelque intense que soit le courant, ne produit pas d'autre action organique que l'érection des papilles ou un peu d'érythème. Il faut savoir cependant qu'il est des sujets chez lesquels la peau s'enttamme sous l'intluence de la cause la plus légère, et qu'il suffit de l'électrisation cutanée par le courant de la deuxième hélice, qui exerce une action élective sur la sensibilité de la peau, comme on le verra plus loin, pour provoquer des érythèmes qui peuvent durer plusieurs jours.
Dans l'état actuel de la science, on n'établit pliysiologiquement aucune différence entre l'électricité qui arrive aux organes par la
ÉLECTIUCITÉ d'induction. — PHYSIOLOGIE. 23
voie (lu courant d'iiidufîlioii de hi première hélice, et celle (|ui leur est envoyée par le courant d'induction de la seconde. Voici cependant des laits qui prouvent, d'une manière incontestable, que chacun de ces courants jouit de propriétés physiologiquement spéciales (1).
A. — Le courant de la deuxième hélice excite plus vivement la rétine que celui de la première hélice, lorsqu'il est appliqué à la face ou sur le globe oculaire, par l'intermédiaire des excitateurs humides.
Cette propriété spéciale du courant de la deuxième hélice, de produire des sensations plus lumineuses que le courant de la seconde hélice, est infiniment plus développée dans mon appareil électro-magnétiquequedans mon appareil électro-dynamique. Ainsi tous les points de la face excités par le courant de la deuxième hélice de l'appareil électro-magnétique agissent puissamment sur la rétine, même à des doses très faibles; tandis que le courant de la deuxième hélice de l'appareil volta-électrique ne peut produire de sensation lumineuse que sous l'influence d'un courant comparativement plus intense, et cela seulement lorsque les rhéophores humides sont placés à l'émergence des nerfs de la cinquième paire ou sur le globe oculaire. La flamme que l'on perçoit alors est plus pâle que celle qu'on obtient avec le courant de la deuxième hélice de l'appareil électro-magnétique, et impressionne moins vivement la rétine. Le courant de la première hélice de l'appareil électromagnétique ne produit pas plus d'impression lumineuse que celui
(jj Abriaa seulement cherché à établir comparativement la puissance de l'action physiologique des deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième hélices, ou , dans le langage usuel, de premier, second, troisième, quatrième, cinquième et sixième ordre, mais il n'a pas étudié l'action différentielle (le rexlra-courant (courant de la première hélice) et du courant de premier ordre (courant de la deuxième hélice), seule action différentielle qu'il importe à la pratique de connaître, car les actions différentielles désignées par Abria sont insignifiantes au point de vue thérapeutique. Je ferai en outre remarquer qu'il n'existe aucune ressemblance entre ces recherches d'Abria et les miennes. En effet, cet expérimentateur prenait dans les mains les cylindres rhéophores pour comparer l'action différentielle des courants d'induction de divers ordres, et quand un courant lui donnait des secousses plus grandes dans les membres supérieurs, il en concluait que sa puissance physiologique était plus grande, voilà tout. Dans mes expériences ion le verra bientôt), je commence par égaliser la force des courants que je veux comparer l'un à l'autr.', puis j'étudie leur action différentielle sur la sensibilité cutanée, musculaire, rétinienne, etc. Abria ne pouvait faire ces recherches, car il ne savait pas localiser la force électrique dans les organes, ce qui exige avant tout des connaissances anatomiques et physiologiques spéciales.
2h i:Ti!i)ii i'UKi.i.MiNAini;.
d(î ra[)|)ai'<'il cIcctfo-dMiaurKiiit'. Kiiliii, la ^(•iisali(ni limiiiicnsc (|ui est <lii(; à raclioii du coiiraiil de la dciixiciiic liclicf; de l'appareil t'l('ctr(>-iiia{^ii('li(juc csl loin iVvivv. aussi loitc (juc va'Wc. (juOii excite j)ar les appareils eleetro-iiioteiiis.
B. Le courant de la deuxième hélice excite |»lus vivement la sensibilité cutanée que le courant de la prcmicre hélice.
Voici l'expérience dans lacpielhî on constate ce [)liénoniène. Fdl(; se fait à l'aide de deux appareils éleclro-dynann([ues ou électromagnétiques, dont l'un fournit un courant de lapreinièreMiélice, et l'autre un courant de la seconde hélice. Ces appareils étant en activité, on les gradue de telle sorte (|ue tous deux agissent sur la contractilité muscidaire à force égale. Si alors on excite la sensibilité cutanée alternativement avec chacun de ces appareils, on observe (jue la sensation est infiniment moins forte sous l'influence du courant de la première hélice que sous celle du courant de la seconde hélice.
Telles sont les propriétés différentielles des courants de la première et de la seconde hélice, propriétés dont la découverte remonte à 1868, dont j'ai donné connaissance à l'Académie des sciences en 1869, et qui ont été exposées dans la précédente édition de ce livre en 1855. Depuis lors, mes recherches sur les propriétés différentielles des courants d'induction ayant été rendues plus faciles par un commutateur des hélices que j'ai ajouté à mes appareils, et à l'aide duquel je passe rapidement de l'une à l'autre hélice, de manière à mieux compaier leurs effets physiologiques, j'ai observé que les courants d'induction jouissent d'autres propriétés spéciales non moins importantes pour la physiologie et la thérapeutique. Je vais les exposer. Dans les expériences où l'on peut démontrer l'existence de ces nouvelles propriétés, il faut égaliser d'abord la puissance physiologique de chaque hélice en tenant un rhéophore humide dans chaque main. (On sait que lorsqu'on se place de cette manière dans le circuit d'un courant d'induction, chaque intermittence de ce courant provoque dans les membres supérieurs une secousse qui retentit dans les poignets, les coudes, les épaules et même dans la poitrine, selon la force du courant.)
C. — Le courant de la première hélice excite plus vivement que celui de la deuxième la sensibilité de certains organes placés plus ou moins profondément sous la peau.
Voici comment j'ai été mis sur la voie de ce fait important. Répétant un jour avec W. Béclard, professeur agrégé à la Faculté de
KI.KCTHICITK d'induction. — PnYSI()LO(;lE. 2'y
niédtîciiiL', Uis ex[)érit'ncos (jui (lémoiitr(!nt les propriétés (li(V(*rcntielles des courants, et (|uo j'ai exposées précédemirient, mon savant conlrére nu; (il remar(|iier(jU(î le coiiranl de la première liéli(;e [)roduisail chez lui une sensation beaucoup plus vive que la deuxième hélice, lorsqu'il tenait dans la même main les rhéophores humides. Cette observation m'engagea à faire une série de nouvelles expériences qui, répétées souvent et sur un grand nombre de sujets, m'ont dnnné des résultats toujours identiques.
Si, après avoir égalisé la force des courants de la [)remière et de la seconde hélice, en prenant un rhéophore humide dans cliaque main, de manière à obtenir des secousses égales en force, qui retentissent, par exemple, jusque dans les coudes, on compare fie nouveau leur action, en tenant les cylindres dans la même main largement humectée (il est bien entendu qu'ils ne doivent pas se toucher), on éprouve dans celte main une sensation plus vive, plus pénétrante sous l'influence du courant de la première hélice qu'avec la seconde hélice. Ces phénomènes de sensibilité sont d'autant plus prononcés, que les intermittences sont plus rapides. Les sensations et les contractions limitées à la main qui tient les deux, rhéophores humides résultent de l'action directe du courant sur les nerfs sous-cutanés de la face palmaire de la paume de la main et des doigts, et sur les muscles de cette région.
Le courant de la première hélice fait éprouver également une plus vive sensation, lorsqu'(m dirige son action sur les muscles des autres régions du corps.
Il est quelques muscles sur lesquels il est facile, à cause de leur isolement, de constater cette action spéciale du courant de la première hélice'sur la sensibilité musculaire. Je citerai, comme exemple, le deltoïde, le long supinateur, sur la partie moyenne duquel on place les deux éponges excitntrices, aussi rapprochées que possible. Si dans ces expériences on place les deux courants dans des conditions identiques, en égalisant leur tension (à l'aide d'un tube à eau), on voit combien le courant de la première hélice excite davantage la sensibilité musculaire. Mais lorsqu'on expérimente sur des régions ou les couches musculaires sont plus ou moins épaisses et qui sont superposées, la différence d'action des deux courants sur la sensibilité musculaire est moins facile à démontrer, (;ar le courant de la deuxième hélice possédant plus de tension que celui delà première hélice, ainsi que je le démontrerai bientôt, les recompositions sont plus profondes, et une grande quantité de fibres musculaires entrant en contraction, la sensation est proportionnellement augmentée.
2f> Kini)]': im;ki.iminaii(K.
Il ctail l'iitioimcl de prévoir (|iic la scMisibilitt! (rimlies or^aiios plus on moins jjrolondcinciit situes sous la peau (levait fHro aussi plus vivement e\(it(!e par \v. eoui'aiit (I(î la première iK'liee (pie par celui (le la seconde. C'est ce (pie j'ai conslal(^ pour plusieurs (i'(;ntre eux : les neits mixtes, les testicules, la v(!ssie, le rectum; et ici cette din'erenc(î d'excilal)ilit(î(le la s(;nsil)ilitt; par ('(is deux courants est considérable.
D. — I.o courant de lu douxièmo héWcc provoque des contractions rc^'flexcs plus énergiques (|ue le courant de la première hélice.
Cette proposition découle des expériences précédentes, (pie l'on peut compléter de la mani(M'(i suivante.
Que l'on (égalise d'abord l'action des deux courants sur la sensibilité des organes sous-cutanés, par exemple en tenant les rhéopliores humides dans une seule main; que l'on tasse ensuite tenir un rliéophore humide dans chaque main : on constatera alors que, de ces deux courants qui paraissaient agir avec une force égale sur la sensibilité, celui de la deuxième hélice provoque des contractions qui remontent beaucoup plus haut dans les membres supérieurs.
Il importe d'expliquer le mode d'action physiologique de ce phénomène. Les contractions que l'on (jbserve dans les membres supérieurs, quand chaque main saisit un des rhéophores du courant d'induction, se manifestent au-dessus du point excité, c'est-à-dire en sens contraire de la marche de la force nerveuse. Elles sont dues à la réaction de la moelle excitée par le courant électrique qui parcourt longitudinalement les membres, des extrémités au centre. Je reviendrai, dans le chapitre III, § 3, sur ce mode d'éleclrisation, que j'ai appelé par action réflexe.
E. — Lorsque des rhéophores humides sont appliqués sur la surface cutanée, le courant de la deuxième hélice pénètre plus profondément dans les tissus que le courant de la première hélice.
Voici comment la notion de ce phénomène m'a été révélée. Il m'est fréquemment arrivé d'avoir à localiser Texcitation électrique dans des muscles qui avaient perdu leur contractilité et leur sensibilité électriques, consécutivement à la lésion traumafique des nerfs qui les animent, du nerf radial par exemple. Quand je me servais du courant de la première hélice, je parvenais à limiter l'excitation dans la couche musculaire paralysée, bien que le degré de graduation du courant fut assez élevé. 11 n'y avait ni sensation ni contraction. Mais si je remplaçais le courant de la première hélice par celui de la deuxième, après l'avoir égalisé (en prenant les rhéophores dans
ÉLECTUICITK d'iNDIICTION. — PHYSIOLOGIE. 27
clia<|ut' main), I(îs iiiusctlos de la r(''i»i()ii aiitéricmn; ()o l'avaut-hras entraient en contraction, et le snjct en percf.'vait la sensation.
Il <'st évi(l(!nt (jue, clans ce dernier cas, le courant a pénétré plus [)r()ton(lénjeiil et s'est recom})osé(lans les muscles de la réj^^ioii antérieure, après avoir traversé l'espacfi intcn'osseux. J'ai observé des phénomènes analogues à la jambe, lorscpu; le nerf poplité interne ou le nerf poplité externe était lésé; c'est-à-dire; (pi'à un certain degré, le courant de la deuxième hélice excitait à la fois la couche musculaire paralysée et la couche musculaire saine, tandis (|ue le courant de la première hélice, môme plus fort en apparence, quand on lui faisait parcourir les membres supérieurs des extrémités au centre, ne pouvait porter son action au delà des muscles paralysés.
En résumé, il a été démontré dans ce paragraphe: 1" Que le courant de la première hélice excite plus vivement la sensibilité de certains organes sous-cutanés : des nerfs, des muscles (et la contractililé de ces derniers en est proportionnellement augmentée), du rectum, de la vessie, du testicule, de l'épididyme, du cordon testiculaire ;
2' Que le courant de la deuxième hélice agit plus puissamment sur la sensibilité de la peau, sur la sensibilité de la rétine, et pénètre plus profondément dans les tissus.
F. — Théories de ces propriétés physiologiques diflérentielles.
Quelle que soit la cause des différences observées dans les propriétés physiologiques que les hélices de tout appareil à double induction possèdent à des degrés divers (en raison des variétés de section et de longueur relatives de leurs fds), il est incontestable que ces propriétés si importantes, au point de vue physiologique et thérapeutique, comme je le prouverai bientôt, et qu'(m ne pourrait réunir dans une seule de ces hélices; il est incontestable, dis-je, que physiologiquenient ces propriétés ne sont pas identicjues. C'est uni- (luement ce (\{U) j'ai entendu exprimer en disant, abstraction faite de toute théorie physicjue, (|ue le courant de la première hélice et le courant de la deuxième hélice jouissent de propriétés phvsiologiques différentielles.
Quant à la théorie physicpie de ces propriétés différentielles, heureux déjà d'avoir à signaler des faits électro-physiologiques d'une grande importance pratique et qui jusqu'alors avaient échappé à l'observation, j'avais laissé à d'autres, sans aucun doute plus autorisés que moi sur ce sujet, aux physiciens, le soin de 1h rechercher. Dans une note que j'ai adressée, en 1856, à l'Aca-
*J^^ kniDI-: l'UKLIMINAlIlK.
demie (le medeciiK!, sur (|uel(jues ii()iivell(!S propritHcs pliysioloj^i- (|iies des courants d'induction, je nie suis borné à émettre cette opinion, à savoir : (ju'il nie |)araît exister quelques rapports entre le dej;ré de; tension des courants tl'intluelion et les pr(jtbnd(3urs dilïérentes auxque les chacun d'eux a la propriété de pénétrer dans les tissus placés sous la peau (1). Si je n'ai pas essayé d'expliquer alors la cause physique des autres propriétés dillerentielles, ce n'est pas qu(; je n'aie tait aucune expérience sur ce sujet.
Ma pi'emière idée, quand j'eus bien constaté l'existence de l'action ditîérentielle des courants de la première et de la seconde hélice sur la sensibilité de la peau, idée qui se présente naturellement à l'esprit de tout physicien, fut que l'on pouvait peut-être expliquer 'cette action diirérentielle, par la différence de leur tension. Cette pensée m'inspira quelques expériences dont les résultats furent cependant négatifs. N'ayant pu résoudre mon problème; en d'autres termes, n'ayant pas trouvé l'explication de ces effets différents, j'avai« cru devoir m'abstenir d'entretenir le public de ces dernières expériences. Je reconnais aujourd'hui que ce fut une faute, car depuis les diverses communications que j'ai faites sur ce sujet, des physiciens qui jouissent d'une grande autorité, et dont j'estime infiniment le savoir et le talent, ont attribué uniquement à la différence de tension des deux hélices les propriétés physiologiques différentielles de leurs courants.
« L'extra-courant (disent-ils) et le courant de premier ordre ne jouissent pas de propriétés électives sur telle ou telle fonction^ mais ils ont une action plus ou moins énergique, en raison de leur tension,
(1) Voici comment on peut prouver par rexpérimentation physiologique que le courant de la première hélice et celui de la seconde hélice possèdent une tension différente. Si, après avoir égalisé ces deux courants par le procédé indiqué précédemment, ou mesure de nouveau leur puissance physiologique, en leur faisant traverser alternativement une couche d'eau distillée renfermée dans un tube de verre, on constate que le courant de la première hélice est infiniment plus affaibli que le courant de la deuxième. Ainsi mon appareil d'induction le plus puissant étant gradué au maximum, et les deux courants étant égalisés, le courant de premier ordre cesse d'être perçu après avoir traversé une couche d'eau distillée de 8 centimètres d'épaisseur, tandis que celui de la seconde hélice est encore très appréciable au delà d'une couche d'eau distillée de 30 centimètres d'épaisseur. Ces phénomènes se produisent également, que les courants proviennent d'un appareil électro-dynamique, ou qu'ils soient fournis^par un appareil électromagnétique. Us démontrent que le courant de la première hélice surmonte beaucoup plus difficilement que le courant de la deuxième hélice la résistance qui lui est opposée par l'eau, ou, en d'autres termes, que le courant de la première hélice a beaucoup moins de tension que le courant de la deuxième.
ÉLECTRICITÉ d'iNDUCTION. — PHYSIOLOGIE. 29
tension qu'ils doivent aux dimensions, au pouvoir inducteur et à l'isolement du fil qu'ils traversent. Aussi le courant induit, produit dans un fil beaucoup plus long et d'un diamètre beaucoup plus fin que le premier, a une tension beaucoup plus grande que celle de l'extra-courant produit dans le fil le plus gros et le plus court. De là une énergie, des propriétés en apparcnra différentes, résultant d'une tension plus grande du courant qui les produit (1). »>
De la théorie précédente on a tiré des déductions criti(jues sur les dispositions et sur les propriétés de mes appareils électro-dynamiques et magnétiques, construits, on le sait, au point de vue de leur application à la médecine. Ces déductions diminuant la valeur de mes recherches électro-physiologiques, et surtout des considérations pratiques qui en découlent, je crois qu'il est de mon devoir de taire connaître les expériences que j'ai faites aussi pour résoudre cette importante question, et (jui me semblent démontrer que la différence des propriétés physiologiques du courant d'induction de la première et de la seconde hélice ne dépend pas uniquement de la différence de leur tension; que ces courants ne sont pas identiques; que les propriétés dont ils jouissent sont réellement spéciales et échappent jusqu'à présent à toute espèce d'explication.
Pour que l'expérimentation soit plus simple et plus décisive, j'étudierai les phénomènes de l'induction sans l'intervention de la force magnétique; c'est-à-dire en produisant l'induction seulement avec le courant voltaïque initial, me réservant de faire ensuite la part de l'influence de l'aimantation temporaire comme force initiale agissant aussi sur l'induction.
a. Dans mon appareil électrO'dynamique à double courant^ la différence de section et de longueur des deux fils qui produit Vextracourant [courant de la première hélice) 'et le courant de la deuxième hélice, ne rend pas compte à elle seule de l'action différentielle de ces courants sur la sensibilité.
Expérience. — J'ai fait construire deux hélices longues de 9 centimètres, et faites lune avec un fil de cuivre recouvert de soie, d'un millimètre de section et de 200 mètres de longueur, et l'autre avec un fil également de cuivre el recouvert de soie, d'un sixième de millimètre de section et de 1000 mètres de longueur. Au centre de ces hélices, j'ai ménagé un espace destiné à recevoir au besoin un fer doux forgé ou une botte de fil de fer, mais cet espace reste vide dans l'expérience que je vais rapporter.
(1) Traite des applications de l'clectricilé à la thérapeutique, par A. Becquerel, 1857, p. o8. — .le préviens le lecteur que la partie physique de ce livre est due au concours de M. K. Becquerel, dont tout le monde connaît la science et le talent.
30 KTdDE PHKI.iMlNAlIlK.
Dans (*cs condilions, lo courant d'iin (oiiplc de IUiiiscmi circulaiil. par iiil(MinilUMU'(*sdans chacuiHî d(Mos hôlicos séparées donno iiaissaiico a de-u\ ruur.mls instanlanés, do force it)é^^ale ; ccslid i\u\ provient du lit ^m'os et court (exlra-couiant des auteurs) oxorçanl une action pliysiologicjue inliniment plus grande que le courant développé dans le lil lin.
Jai égalisé alors la force pliysiologi(pie de ces deux courants en plaçant dans chaque main ou dans une seule niam, ou au niveau des muscles, des rliéopliores luimides, et (^r> fai.-ant pa.-st'r lecouranl du gros fil a travers une couche d'eau distillée enfermée dans un tube de verre, de manière (|Ub les secousses produites par lui fusseni égales à celles du courant du (il lin.
Si après avoir égalisé, de cette manière, la puissance physiologi(|ue de ces deux courants, on examine comparativement leur action sur la sensibilité cutanée, on constate que le fil fin et long n'excite pas plus vivement la sensibilité de la peau que le fil gros et court.
11 ressort de cette expérience qu'un extra-courant développé dans une hélice à fil très long et très fin (1000 mètres de long sur un sixième d(3 millimètre de section) n'excite pas plus hi sensibilité de la peau que l'extra-courant engendré dans un lil beaucoup plus court et plus gros (200 mètres de long sur un peu moins d'un millimètre de section).
11 est également évident que si l'action d'un courant sur la sensibilité cutanée était seulement en raison directe de sa tension, l'extra-courant développé ici dans un fil fin devrait agir plus fortement sur la peau que l'extra-courant circulant dans un lil beaucoup plus gros et beaucoup plus court. Ceci n'a pas besoin d'être démontré.
b. Le fil plus fin et plus long de mon appareil électro-dynamique à double courant n acquiert son action spéciale sur la sensibilité cutanée que lorsqu'il est induit par un fil plus gros.
La même hélice à fil fin, avec laquelle nous avons fait l'expérience précédente, est-elle soumise à l'influence inductrice de l'hélice à gros fil, on voit à l'instant le courant qui circule dans ses spires acquérir cette propriété spéciale en vertu de laquelle la sensibilité cutanée est plus vivement excitée, propriété que j'ai fait connaître comme étant propre au courant de la deuxième hélice. Voici comment j'ai fait cette expérience.
Expérience. — J'ai emboîté les deux hélices qui ont servi aux expériences précédentes, une hélice à fil fin (de même section et de même longueur) ayant été construite de manière à recouvrir l'hélice à fil gros. J'ai fait ensuite passer dans celle-ci le courant du même électro-moteur avec intermit-
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tences. La force du courant do la seconde hélice, [)ro(luile par rinlUiencci de la première auf2;nnenla dans des proportions considérables (commfî on dtivait le prévoir). Alors pour étudier les j)ropriélé8 spéciales de celte seconde hélice, comparativement avec celle d'une même hélice à fd fin et long qui ne donne qu'un extra-courant, je l'ai fait passera travers une couche d'eau contenue dans le tube de verre, de telle sorte qu'en prenant les cylindres dans la main humide, il était impossible de distinguer lune de l'autre Ihélice à fil fin extra-courant de l'hélice à fil fin induite par le f^ros fil. On pouvait donc les croire parfaitement égaux, quant à le\ir puissance physiologique. Mais quand je limitai alternativement leur action à la surface de la peau , leur action cutanée devint des plus vives [)ar l'excitation du courant de 1 hélice influencée par le courant inducteur.
On a donc vu, dans cette expérience, qu'une hélice faite avec un fd de 1000 mètres de longueur sur un sixième de millimètre de section, et dont la puissance sur la sensibilité cutanée, quand son courant était extra-courant, égalait à peine celle de l'hélice à fil gix)s et de 200 mètres de longueur sur un millimètre de section ; on a constaté, dis-je, que cette même hélice avait ac(iuis une action énorme sur la sensibilité cutanée, par le seul fait de l'influence d'une hélice inductrice, dont le fil était plus gros.
On a sans doute remarqué que dans toutes les expériences préctklentes, je me suis abstenu de placer le fer doux au centre de l'hélice inductrice, c'est-à-dire que l'aimantation est restée entièrement étrangère aux diffVîrents phénomènes d'induction que je viens d'exposer. J'ai expérimenté de cette manière pour montrer combien est peu fondée l'opinion de certains auteurs qui semblent aussi attribuer l'action spéciale du courant de la deuxième hélice à rinfluence de l'aimantation.
« Jl y a, dit iM. E. Becquerel, une autre remanjueque nous ferons encore : M. Duclienne, en mettant (dans ses aj)pareils)une seconde hélice autour de la première induite, a cru avoir excité seulement un courant d'ordre supéi'ieur à celui de la [>rennère hélice. Or, d'après cette disposition, l'effet est très conqoliqué; car, dans la deuxième hélice, l'action (jui prculomine est due à rinfluenc(^ de l'aimant central, conmie dans la première hélice. »
Cette opinion est sans valeur en présence des expériences que j'ai rapportées, car l'action différentielle des deux courants se manifeste aussi bien indépendamment de l'influence de l'aimant temporaire. Si j'avais introduit un fer doux au centre de riiulice du gros fil inducteur, il se serait aimanté forlenient et aurait réagi sur le courant d'induction circulant dans cette hélice, en augmen-
32 KTIIDK l'HKI.lMINAllU;.
tanl sa piiissaiicc; c'csl ce cm'il <!st lacilc (\r. ('(mslaloi'. Colle au^iiiculalioii (le piiissaïK'c du ('(Miraiil de lai)r<'!niore iK'lice aurait aii^inciite |)r()|)()rli<mii('ll<'iii(',iit, |)ar inlliiciirc, |(; courant de l'In'Iiccî voisine. Voilii lotit. DircMjue l'aiinaiil a^it diieelenieut sur la secondi; hélice et produit ainsi les pluMionienes sj^'ciaux de la deuxième liélice, c'est iina^iiu'r une liypotlièse et une ol)je(;ti()n (jui s'évanouissent en [)n'îsence de mes expériences.
Ku résumé, l'action sj)é(;iale sur la sensihilil»; ('ulaïK'e du courant de la deuxième liéli(^e; en d'autres tei'mes, d'une liélice à fil fm enduite par une autre hélice à til plus gros et plus court, ne peut s'exph(pier uniquement {)ar hi plus grande tension de (;e couiant. Quelle est la théorie exacte de c(; i)hénomène? C'est ce qui doit exercer encore la sagacité des savants pliysiciens qui m'ont l'ait riiomieur de critiquer mes recherches, et qui, je le répète, sont beaucoup plus conq)étents(iue moi en pareille matière, en raison de leurs connaissances spéciales.
Cependant admettons un instant que l'énergie plus grande de l'action de la deuxième hélice sur la sensibilité cutanée soit due uniquement à la plus grande tension de son courant. Comment expliquera-t-on ensuite que la première hélice, dont au coniraire la tension est infiniment plus laible, excite beaucoup plus vivement la sensibilité de certains organes sous-cutanés (muscles, nerfs, vessie, rectum, testicule)? Comment expliquer aussi cette action élective du courant de la deuxième hélice sur la sensibilité delà rétine (1)?
(1) M. Chauveau, essayant dans un travail récent à théoriser les effets physiologiques des courants induits, a conclu de quelques expériences faites sur les animaux : « V Que l'effet physiologique de l'électricité est le résultat d'un ébranlement mécanique imprimé aux molécules placées sur le passage des courants; 2" Que cet ébranlement lient exclusivement à la tension de ces courants, sans être directement influencé par la quantité d'électricité mise en mouvement ; 3° Que les diverses parties du trajet parcouru par l'électricité, dans un conducteur animal, n'éprouvent pas au même degré cette excitation mécanique, parce que la tension, loin d'être uniforme dans ce conducteur, s'y montre toujours plus forte aux points extrêmes, et surtout au point de sortie (au pôle négatif). »
Les expériences faites sur l'homme à l'aide de lélectrisatiou localisée, et qui ont été exposées dans ce paragraphe, démontrent que l'énergie de tous les effets physiologiques d'un courant d'induction, loin d'être toujours en raison directe de la tension, est quelquefois au contraire plus grande sous l'influence du courant d'induction dont la tension est moindre (sous l'influence du courant de la première hélice, de l'extra-courant des auteurs).
Je ferai remarquer en outre qu'il est reconnu en physique, et démontré expérimentalement, contrairement à l'assertion de M. Chauveau, qu'au pôle négatif le
Kl.miUCITK D'iNDCCIIoN. ^ 1MIYSI()I.()(.IK. Jili
Ne |)(uivanl donc, dans Iclat aclnel du nos connaissances, trouver niic llicoric p|iysi(|ii(; satisfaisante (ios propriétés physiologiques riillerenlielles des courants de la i)ren)ière et de la deuxième hélice, que l'on veuille bien se contenter, pour le moment, des faits électro-physiologiques incontestables qui seuls pourront la constituer.
courant dlerlrùnic a moins de tension qu'au p(")lo positif, et rons(^quemment que l'action physiologique, plus puissante au pôle négatif, ne peut être attribuée à sa plus grande tension.
Enfin M. le vicomte Dumoncel vient de donner un nouvel appui à l'opinion que je défends, dans un travail qu'il a adressé en 1859 à l'Académie des sciences. Il a démontré e.vpérimentalemeut que la puissance physiologique d'un courant d'induction nest pas toujours due à sa tension. I/expérience d'où ressort ce fait important est exposé dans la note suivante, (jue cet ingénieux et sav.jnt physicien a eu l'obligeance de me communiquer.
<( On arrive, dit-il, à conclure de cette expérience, qui est certainement la
Vu,, l.
plus curieuse qu'on puisse faire avec l'instrument précédent (voyez lig-jl), que la tension n'est pas la seule cause de l'énergie (sous le ra|)port des réactions physiologiques) que les courants induits peuvent avoir par eux-mêmes, et que les effets différents que M. Duchenne a remarqués entre les courants secondaires et les extra-courants peuvent bien ne pas tenir seulement à leur différence de tension, ce que M. Duchenne cherche à démontrer depuis plusieurs années.
» J'ai démontré au moyen de l'appareil représenté ci-dessus (fig. 1), et qui se compose de deux électro-aimants droits munis de deux bobines d'induction B et D à leurs extrémités polaires, que quand les deux armatures EV et GH sont abaissées sur les pôles de ces aimanls, les courants induits excités par la fermeture et l'ouverture du courant inducteur à travers les bobines A et C, quoique étant
34 liTllDK IMIKI.IMINAIHK.
g II, l*ropri«>ti^M tliérn|M'iiti4iiios 4lifr«'*rcn(iellc« dcw courants
d'iii4lu«-il«>ii.
L'(''li'('tri('.il<'; (rinduclioii est le seul Ji^ent tli('!ra[H'uti(iue (jni, limité à la poau, puisse produire la sensation cutanée 1;» plus aiguë; qui cesse subitement avee l'opération ; (pii se gradue; depuis le simple chatouillement jusqu'à la douleur la [)lus vive, soit en passant par tous les degrés intermédiaires, soit en passant subitement d'un extrême à l'autre, sans jamais désorginiiser la peau, ne laissant d'autre trace à sa surlace qu'un léger éry thème ou de petites élevures dues à l'érection des papilles. On conçoit qu'un tel agent réponde à une toule d'indications, soit qu'on veuille rappeler la sensibilité de la peau, comme dans les anesthésies de cet organe, soit (lu'on veuille seulement produire une révulsion ou une perturbation sur un point quelconque de la peau, comme dans les névralgies, les douleurs rhumatoïdes, etc. Cette excitation cutanée peut être renouvelée fréquemment et portée sur tous les points de la surface du corps, même à la face, car elle ne laisse aucune trace visible après elle, et elle s'approprie au degré d'excitabilité de chaque individu, et même de chaque région du corps.
Il est souvent besoin d'un courant des plus intenses dans le traitement de certaines alïections musculaires. Dans ce cas, l'électricité d'induction est la seule appUcable, parce qu'elle n'exerce pas d'action calorifique comme l'électricité de contact.
L'action chimique de l'électricité d'induction est tellement faible,
plus iotenses au galvanomètre que quand l'armature EF est enlevée, donnent des commotions beaucoup plus énergiques dans ce dernier cas, et pourtant les deux courants mesurés au rhéostat ont la même tension. On ne peut pas attribuer cette différence d'action à la différence de vitesse de désaimantation des noyaux magnétisés dans les deux cas, puisque en interrompant simultanément les deux courants inducteurs et induits au moyen d'une double roue dentée, on trouve toujours les mêmes effets. Du reste, cet effet n'est pas le seul de ce genre qu'on puisse citer, et j'ai également démontré que dans certaines circonstances, le courant inverse, qui ne donne jamais d'effets physiologiques appréciables, en fournit de plus énergiques que le courant direct. D'un autre côté, on sait que c'est le pôle négatif qui réagit le plus énergiquement sur l'économie animale avec les courants induits, et pourtant, d'après les expériences de M. Riess et les miennes, c'est l'électricité positive qui a le plus de tension. On peut donc en conclure, comme je l'ai dit, que les rapports réciproques entre le système nerveux et les effets électriques ne sont pas encore assez connus dans Vétat actuel de la science^ pour que nous puissions expliquer à priori tous les phmomènos que nous observons, n
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qu'elle ne saurait servir à la coagulation du sang, dans le traitement des anévrysnies. Enfin les appareils d'induction peuvent, sous un petit volume, agir sur la contractilité avec une puissance considérable, ce qui facilite singulièrement leur application.
A. — Les propriétés différentielles des courants d'induction de la première et de la deuxième hélice ne peuvent être appliquées indifféremment dans la pratique.
Les deux courants d'induction (de la première et de la seconde hélice), dont les propriétés physiologiques sont si (lissend)lables, doivent exercer une action thérapeutique différente, et qui ré[)ond, pour chacun d'eux, à une indication spéciale. Bien qu'en thérapeutique l'expérimentation empirique ait souvent joué le rôle principal, nous n'en devons pas moins choisir pour guide l'action physiologique des agents médicamenteux. La voie que j'avais à suivre pour l'application des courants de la première et de la seconde hélice à la thérapeutique m'était donc déjà tracée par l'expérimentation physiologique. Cependant s'il n'avait existé entre les propriétés physiologiques de ces courants d'induction que des différences presque insensibles, je déclare que je n'en aurais tiré aucune déduction thérapeutique, afin de ne pas trop compliquer l'art de l'électrothérapie, art assez difficile déjà, comme on le verra bientôt.
Mais il s'en faut qu'il n'y ait entre ces propriétés physiologiques que de légères nuances. Ainsi je puis dire, sans exagération aucune, que, pour ce qui a trait à l'action exercée sur la sensibilité cutanée, le courant de la première hélice et le courant de la deuxième hélice diffèrent entre eux comme Teau tiède diffère de l'eau bouillante, comme un fer peu chaud d'un fer rouge à blanc. On ne trouvera pas, il est vrai, une aussi grande différence entre ces deux courants pour les autres propriétés, quoique cette différence soit très notable.
Bien plus, appliqués indistinctement dans certains cas et dans certaines conditions, ces courants produiraient des accidents plus ou moins graves. Bien ne pouvait me faire prévoir l'existence de ces propriété^; c'est par une longue expérimentation en)piri<iue (jue j'en ai acquis la connaissance, et cela toujours aux dépens des sujets que j'opérais, c'est-à-dire t)ar des accidents. En veut-on quelques exemples choisis dans mes expériences les plus récentes ? — Un jour, faradisant les testicules, dans un cas d'impuissance, avec te courant de la deuxième hélice (deux réophores humides, l'un en avant, l'autre en arrière, étaient placés sur le scrotum au niveau du testicule), le sujet témoignait (lueUiue douleur. Au lieu de dimi-
36 iVirni: i'ukmminaiki:.
iiiici- la lor('<' (lu cMiiiatil, je lais ai-iivcr Ir coiiraiil de la prcmiriw lirlicc ((Ml touniaiil lai^uillc »lii coiniiiiitalciir dc^ ln-liccs) avec lîi peiisi'o (|ii(' la tension de ce dernier conianl èîant inliniiiient plus faible, il devait pénétrer moins prolondenienl ei |»(;ut-élnî produire une sensation moins forte, (le fut tout le eontrairc (|ni arriva, car la douleur fut des plus vives. Il send)lait an malade (pj'on lui arrachait, pour ainsi dire, le testicule et s(ui roi'don. Le même |)liénoluèue s'est reproduit cliez tous les sujets sur lesipiels j'ai r<''pét('' cette expérience en faradisant eoiui)araliv(;ment le testicule à des doses variées. L'épididyme et le cordon étaient également beaucoup plus sensibles à l'excitation par la première hélice (pu3 par la seconde hélice. — Tue autn^ fois, ayant à traiter nue paralysies de la vessie, j'introduis un réophore dans cet organe et un autre dans le rectum (vov. plus loin, chap. IV, comment ces réophores sont construits), et je fais passer le (courant de la deuxième hélice à un degré assez intense et avec deux intermittences par seconde ; le sujet accuse une sensation très supportable. Mais comme la tension de ce courant est très grande, j'évitais difficilement sa pénétration jusqu'au plexus sacré, de telle sorte qu'il se produisait de fortes secousses dans les membres abdominaux. Je passe alors subitement, sans défiance aucune, au courant de la première hélice dont on connaît le peu de tension. Le sujet éprouve à l'instant une douleur horrible dans le bas -ventre. Trois malades étaient alors en traitement, tous ont accusé la même douleur pendant la même opération. J'ai répété bien des fois cette expérience, en agissant isolément sur la vessie ou le rectum avec un réophore double qui sera décrit plus tard, et la sensation produite localement sur ces organes a été incomparablement plus forte par le courant de la première hélice que par celui de la seconde. Ces expériences ne sont pas inoffensives, car chez plusieurs sujets ces sensations vives ont plusieurs fois été suivies de douleurs névralgiques des organes surexcités. — La différence d'action entre les deux courants, sur la sensibilité de la rétine, est bien loin d'être aussi grande que dans les cas précédents ; cependant j'ai vu un bon nombre de sujets qui étaient incommodés par des phosphènes plus éclatants, produits par le courant de la deuxième hélice, lorsque j'avais à exciter des régions dans lesquelles se ramifiait la cinquième paire (la face, la langue, etc.). Ils étaient quelquefois effrayés pour leur vue, qu'ils disaient être comme un peu troublée par des mouches volantes, à la suite de ces opérations.
Ces faits démontrent donc que le courant de la première hélice et le courant de la deuxième hélice ne peuvent être employés indif-
KLECIKlCin: I) I.MJll.lUi.N. llIKU.Vl'Kl.liniJt. .Jl
l'éremniL'iit OU iiHlisliiicIcmL'Dl; ils doivent rcndn; le praticien circonspect dans l'application tiiéi'a[)eutique de l'ini ou de l'autre de ces deux courants.
li. - - Cas dans lesquels un doit eniployci de prélVrence le courant de la première hélice ou le courant de la deuxième hélice.
Étant donc connue l'action diri'erenlielle des courants de la première et de la seconde li<;lice, il est facile de pr(';voir dans quels cas l'un ou l'autre de ces courants doit être eniploy»' de })rérérence. Je ne ferai que les indiquer.
L'énergie extrême avec laquelle le courant de la deuxième hélice peut exciter la sensibilité cutanée fournit à la thérapeutique un moyen précieux de combattre les anesthésies de la peau, et de produire une révulsion cutanée ou une perturbation supérieure, au besoin, à celle du feu, sans détruire les tissus, par exemple, dans les affections rhumatoides ou névralgiques. Est-il besoin d'ajouter que le courant de la deuxième hélice triomphera dans une foule de cas où le courant de la première hélice aura été impuissant. Combien de fois, en effet, n'ai-je pas vu, par exemple, l'anesthésie cutanée céder prompteirient >ous rintluence d'un courant de la deuxième hélice, alors {[uun appareil qui ne possédait qu'un courant de première hélice pluspui>sant sur la contractilité musculaire que le précédent n'avait exercé aucune intluence thérapeutic|ue appréciable.
Si l'on avait a prati(juer l'excitation électrique dans des masses musculaires profondes protégées par des aponévroses épaisses ou recouvertes d'un tissu cellulaire sous-cutané graisseux, épais ou infiltré de sérosité, le courant de la deuxième hélice répondrait parfaitement à cette indication, en raison de sa plus grande tension, ou, en d'autres termes, en l'aison de sa puissance de pénétration.
C'est encore au courant de la deuxième hélice, qui agit moins sur la sensibilité musculaire que le courant de la seconde, ([u'on devrait recourir de préférence, lors(ju'il est indicjué (fe provoquer des contractions énergiques avec moins de sensation douloureuse, comme chez les enfants, et dans les paralysies de cause cérébrale, où l'on doit, autant que possible, éviter de réagir sur les centres nerveux.
Le courant de la première hélice, dont la tension est faible, conviendra parfaitement dans les cas où il faut exciter vivement la sensibilité et la contractilité des nuisclcs superliciels et peu volumineux, sans en dépasser les limites. Je citerai, par exemple, les paralysies avec insensibilit»'» musculaire ou les atrophies locales. Dans la paralysie de la septième paire, où la contractilité électrique est t)lus ou moins affaiblie, il est indiipié d'exciter vivement les muscles
:i8 KTI l)i; l'UKMMINAIHK.
paralys(''s ('es derniers ollVaiit peu dT-paisscur, il faut clioisir j)()ur cela lo courant dont la tension est moindre (le courant do. la première hélice), si l'on vent ne pas porter l'excitalion trop prolbndément.
La propriété sinj^ulière (|ue possède le courant de la première hélice d'exciter vivement la sensibilil<'î de la vessie et du ro(;tum est précieuse dans les cas où ces organes sont frappés d'anesthésie isolément ou en mome temps que leur contractilité est perdue ou dimiimée. .le rapporterai par la suite une observation d'anesthésie de la vessie, anesthésie (]ui constitue à elle seule une affection grave, puiscpie le sujet, ne sentant pas le besoin d'uriner, laissait distendre sa vessie au point qu'il n'avait connaissance de la plénitude de cet organe que lorsque l'urine sortait par regorgement. Par le fait de cette distension énorme, la vessie fut |)aralysée secondairement. On conçoit que dans un cas pareil l'application du courant^de la première hélice soit indiquée; mais si, dans une paralysie musculaire de la vessie, on avait à craindre une surexcitation de la sensibilité, le courant de la seconde hélice, qui agit puissamment sur la contractilité et faiblement sur la sensibilité de cet organe, devrait lui être préféré. Les considérations précédentes sont applicables à la paralysie de la sensibilité ou de la contractilité du rectum.
11 résulte des faits et des considérations exposés dans ce chapitre, que chacune des sources électriques, dont je viens d'exposer les propriétés physiologiques et thérapeutiques, répond à des indications spéciales ; il devient alors nécessaire d'introduire dans le langage des expressions différentielles qui indiquent clairement leur emploi.
Le mot élcctrisation ne devrait être employé que d'une manière générale.
L'application de l'électricité de frottement pourrait être appelée rlectrisation statique, et celle de l'électricité de contact conserverait le nom de galvanisation. Mais sous cette dernière dénomination on a, en général, désigné indifféremment, dans la pratique médicale, l'emploi de l'électricité de contact et de l'électricité d'induction. On comprend les conséquences fâcheuses d'une telle confusion, après les considérations électro-physiologiques et thérapeutiques que j'ai exposées dans ce travail.
Puisqu'il est nécessaire de créer un mot qui désigne exactement l'électricité d'induction ou son application, n'est-il pas permis de le tirer du nom du savant qui a découvert cette espèce d'électricité. Ainsi, de même que Galvani a laissé son nom à l'électricité de contact, de même aussi on peut, selon moi, donner à l'électricité d'induction le nom de Faraday, En conséquence, cette électricité serait
MKTH<)|)()L()(;iK. 39
appelée faradismc, et son application (lési{>née par le moi Inradimtion. Cette dénomination nne paraît d'autant plus heureuse, qu'elle étal)lit une distinction bien tranelit-e entre l'électricité d'induction et l'électricité de contact, en même temps qu'elle consacre le nom d'un savant à qui la médecine doit une dé(;ou verte bien plus précieuse pour la thérapeutique que celle de Galvani (1).
CHAPJTUK II.
MÉTIIOUOLOfili:.
ARTICLE PREMIER