‹ De l'électrisation localisée et de son application a la pathologie et a la thérapeutiqueChapitre 7 sur 73 · PRINCIPES FONDAMENTAUX DE LA MÉTHODE D'ÉLECTRISATION LOCALISÉE · texte numérisé non relu

PRINCIPES FONDAMENTAUX DE LA MÉTHODE D'ÉLECTRISATION LOCALISÉE

Au début de mes recherches, je m'étais conformé aux principes d'électrisation formulés dans les traités spéciaux, et mes premiers essais ayant été, sinon malheureux, du moins peu encourageants, je vis bientôt que ces insuccès pouvaient être attribués à l'imperfection des procédés opératoires qui sont en usage dans la pratique et auxquels j'avais eu recours jusqu'alors. Bien que je me réserve d'en faire l'examen critique dans le prochain chapitre, je puis dire actuellement que leur plus grand défaut est de ne pas permettre d'agir sur l'organe malade sans exposer les organes sains, et quelquefois le système nerveux tout entier, aux inconvénients ou aux dangers de la stimulation électrique. De plus, il est impossible, en usant de ces procédés, de se livrer avec quelque exactitude à la. moindre étude d'électro-physiologie ou d'électro-pathologie musculaires.

Il me parut alors qu'on obtiendrait des résultats peut-être plus importants et plus réguliers, s'il était possible, ou d'arrêter l'électricité dans la peau, sans stimuler les organes qu'elle protège, ou de traverser ce tissu, sans l'intéresser, pour concentrer cette puissance dans un nert, dans un muscle, de faire pénétrer enfin l'agent électrique dans les organes profondément situés.

§ I. — Comment gouverner à travers* les organes un agent aussi puissant , aussi rapide que l'électricité ? Comment lui imposer des limites?

CiC problème, si difficile en ap[)arence, était cependant des plus simples. Il suffisait, pour le résoudre, d'analyser avec soin des

(1) Aujourd'hui cette dénominatioa est uaiversellement employée dans la pratique médicale.

/|0 MIJIlUb(iLUl.lK.

pliénoin»MU's t|ii(' l'on produit cliainio jour dans \<\ |)rali(|ii(', en appii(|uaiil sur la poaii sèche on liuiiiidr les noplioics iVun apj)ar(Ml (riiiductioii d'iiiKi lorco inovemie.

Voici h's principaux faits (pii nronl permis de r<'mplii' avec succès la tâche (pie je me suis imposée. Ils .^ci-veiit de ha^e îi l'<'lectrisatioii locahsée.

1" Si la ()eau et les ré()[)li()i(;s melalTKpies sont paiïaileitierït secs et l'épidernie d'une i^rande épaisseur, comme cela s'observe chez certains sujets exposés souvent par leur j)rotession au contact de l'air, le courant se recompose à la surface de l'épiderme, sans traverser le derme, en produisant des étincelles et une crépitation particulière, et sans donner lieu à aucun phénomène physiologique.

T Met-on ensuite sur deux points de la peau l'un des réopliores humide et l'autre sec, le sujet soumis à l'expérience accuse, dans le point où ce dernier réophore n'avait développé que des effets physiques, une sensation superficielle, évidemment cutanée. Les électricités contraires, dans ce cas, se sont recomposées dans le point de l'épiderme sec, mais après avoir traversé le derme à l'aide du réophore humide.

3" Mouille-t-on très légèrement la peau, dans une région dont l'épiderme offre une très grande épaisseur, il se produit, dans les points où sont placés les réophores métalliques secs, une sensation superficielle, comparativement plus forte que la précédente, sans étincelles ni crépitation. Ici la recomposition électrique a lieu dans l'épaisseur de la peau.

U^ Enfin, la peau et les réophores sont-ils très humides, on n'observe ni étincelles, ni crépitation, ni sensation de brûlure; mais on produit des phénomènes de contractilité ou de sensibilité très variables, suivant qu'on agit sur un muscle ou sur un faisceau musculaire, sur un nerf ou sur une surface osseuse. Dans ce dernier cas, on détermine une douleur vive, d'un caractère tout particulier : aussi doit-on éviter avec soin de placer les réophores humides sur les surfaces osseuses (i).

(1) Je vais essayer de théoriser ces phénomènes Ou sait que réiectricité de tension a une grande tendance à s'échapper par les pointes. N'en serait-il pas de même de l'électricité dynamique, quand les recompositions se font entre l'épiderme et les réophores secs? En cflet, l'épiderme et les réophores secs présentent une foule d'aspérités par lesquelles les fluides de nom contraire, provenant de la pile ou des appareils d'induction et du corps, s'échappent pour se recomposer ou se neutraliser, ainsi que le prouvent la crépitation et les étincelles. Si la peau a été traversée, l'excitation est alors superficielle, et ne peut produire que des phénomènes cutanées, c'est-à-dire des sensations cutanées. Mais si ces

l'KliNCU'tN lOMJAMbMAlX. U\

11 ressort de ces expériences (|iie, par la faradisation, on arrête à volonté la puissiince électri(pj(; dans la peau ; (pie, sans incision ni piqûre, on peut la traverser et limiter l'action du courant dans les organes qu'elle recouvre, c'est-à-dire dans les nerls, dans les muscles et même dans les os.

Cependant on conçoit difficilement que la force électrique puisse aller exciter les organes placés sous la peau, sans agir en mèmetemps, pliysiologiquement, sur celle-ci. On est porté à penser (jue les sensations qui se manitestent p(Mi(lant l'électrisution de ces organes sous-cutanés sont le résultat, ou de l'excitation de la peau seulement, ou de l'excitation simultanée de la peau et des organes subjacents.

Voici les expériences que j'ai faites dans le but de démontrer que la sensation développée pendant la faradisation de la peau par les réophores secs, appliqués sur sa surface également sèche, est bien le résultat de l'excitation de cette membrane, et que la sensation produite par l'application des réophores très humides sur la peau, et au niveau d'un plan musculaire, ne doit être attribuée qu'à l'excitation directe des muscles.

Première expérience. — Ayant trouvé, sur un blessé couché au n" 7 de la salle Saint-Bernard (Hôtel-Dieu), une partie du muscle crural externe dénudé, j'appliquai sur ce muscle, et dans le point dénudé, un réophore métallique sec. La contraction que je produisis fut accompagnée d'une sensation sourde et spéciale à la contraction électro- musculaire. Je plaçai ensuite les mêmes réophores au niveau du même muscle, dans un point ou la peau était intacte, et je n'obtins qu'une sensation de brûlure, sans contraction musculaire. Ayant remplacé les réophores métalliques par des éponges humides enfoncées dans des cylindres excitateurs, et les ayant posées sur la peau, dans un point correspondant au muscle crural, je provoquai \a contraction avec la sensatio)L sourde et spéciale que j'avais produite en plaçant le réophore métallique sec sur le muscle dénudé.

Deuxième expérience. — Un blessé dont le nerf radial avait été détruit par une balle à la partie inférieure du bras avait perdu la sensibilité el la contrac-

aspérités sont réunies par une nappe d'eau, l'électricité traverse la peau en masse, et se recompose profondément ou dans les muscles, ou dans les os, ou dans les nerfs, et cela d'autant plus profondément que le courant est plus intense. Alors plus d'étincelles ni de crépitations, plus de sensations cutanées; mais on observe des phénomènes physiologiques en rapport avec les fonctions de l'organe excité. Ces derniers phénomènes établissent une différence entre l'action physiologique de l'électricité dynamique et de l'électricité de tension; car celle-ci produit toujours une recomposition électrique entre le réophore et l'épidémie, de quelque manière qu'on opère.

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tiliti^ éloclricjiics des imisolos do la r(;^i()n |)()sl('Mi(!iir(! do I avanl-bras. Mais la sensibilité de la peau était restée intacte à cause de Tinlégrité des nerfs cutanés. J'appliquai dos réophores métalliques secs sur la peau des régions aiitil)raclualos postérieure et antérieure, et partout il se produisit une nensalion vive de brûlure. Je remplaçai les réophores secs par des éponges humides enfoncées dans des cylindres; alors je n'o))3ervai à la région postérieure ni sensation ni contraction , tandis que des contractions accompagiiées de sensation se manifestèrent à la région antibrachiale antérieure. Dans cette dernière région, la sensation de brûlure produite par les réophores métalliques secs était remplacée par une sensation sourde et spéciale à la contraction musculaire, provoquée par les réophores humides.

J'ai bien des fois répété ces expériences dans d'autres cas patliologiques, non -seulement sur des muscles, mais aussi sur des troncs nerveux mixtes, et j'ai acquis la conviction que l'excitation électrique peut arriver dans un muscle ou dans un nerf sans agir sur la peau qu'elle traverse.

Cependant je dois reconnaître que, dans certains cas, on pourrait attribuer uniquement à la sensibilité musculaire des sensations qui en réalité seraient produites par l'excitation de la peau ou des nerfs cutanés. Je dois dire comment on peut éviter cette confusion ; mais pour cela il me faut entrer dans quelques détails.

a. Il vient d'être démontré expérimentalement que si la peau et les réophores sont suffisamment humectés et mis en contact parfait, celle-ci est traversée par le courant sans être excitée, et que les recompositions électriques se font plus ou moins profondément dans les tissus sous-cutanés. Mais il est un moment où ces réophores et la peau étant mis mutuellement en rapport, le contact n'est pas encore parfait, et alors la surface présente quelques aspérités entre lesquelles se font des recompositions électriques qui produisent une sensation de piqûre, de brûlure et même des crépitations et des étincelles, surtout si l'on fait passer le courant de la deuxième hélice dont on connaît l'action puissante sur la sensibilité de la peau, et si ce courant a une force suffisante. Ces mêmes phénomènes se reproduisent au moment où les réophores sont séparés de la peau. Pour éviter cette excitation électro-cutanée pendant la faradisation musculaire, il ne faut faire passer le courant que lorsque le contact entre le réophore et la peau humide est parfaitement établi. (J'indiquerai par la suite les précautions à prendre pour ne pas produire ces sensations cutanées.)

b. Les réophores humides agissent inévitablement sur les nerfs

PRINCIPES FONDAMENTAUX. /i3

cutanés, lorsqu'ils sont placés sur leur trajet. Pour bien étudier les phénomènes (jui résultent de U^ur (îxt'itation, la tension du courant ne doit pas être assez grande pour pénétrer jnsfpi'aux muscles. La faradisation d'un nerf cutané produit une sensation qui se propage dans le trajet du nerf au delà du point exc'ité et jusque dans ses dernières ramilications, où elle produit des fourmillements et des picotements, proportionnellement au degré d'intensité du courant et de rapidité de ses intermittences. Les sensations sont d'autant plus vives que l'on excite les nerfs dans un point plus voisin de leurs ramifications : ainsi, sur les nerfs collatéraux des doigts et des orteils, on les produit d'autant plus fortement que le nerf cutané est faradisé plus inférieurement. — L'excitabilité des nerfs cutanés est très variable. Elle est portée au plus haut degré chez quel((ues-uns de ces derniers; les frontaux, par exemple, fournis par l'ophthalmique de Willis, ne peuvent être touchés sans provoquer une douleur des plus vives dans le point faradisé et qui se propage jusque dans ses ramifications, tandis que la sensation est tellement obtuse dans d'autres nerfs, que leur faradisation est appréciable seulement par les fourmillements légers qui se produisent dans leur épanouissement à la peau. Les nerfs cutanés des membres sont, en général, dans celte dernière condition.

La connaissance de ces phénomènes permet de distinguer les sensations complexes, dues à l'excitation simultanée du nerf cutané et d'un muscle, de celle qui est seulement le résultat de l'excitation de ce dernier. En effet, quand les réophores humides se trouvent placés au niveau du tissu musculaire et d'un nerf cutané très excitable, on en est prévenu par les fourmillements ou par les picotements qui se propagent dans les ramifications du nerf faradisé, et par une douleur spéciale limitée au point excité, si ce nerf cutané est très excitable. Qu'on déplace alors les réophores de manière à éviter le nerf cutané, les fourmillements ou les picotements éloignésdu point excité, et la douleur locale, quand elle s'est développée, cessent à l'instant, pour laisser percevoir les sensations purement musculaires.

§ '!• — Peut-on concentrer la pui»»sancc électrique dans un

muscle?

Ici se présente une objection en apparence très sérieuse, qui doit venir naturellement à tous les esprits, et qui a failli m'arréter au début de mes recherches. SUl est vrai que l'on peut concentrer la pifissanre électrique dajis un muscle, est-on aussi certain que l'excitation qui en résulte ne produise pas de phénomènes dits réflexes, en

UU MIJII(i|>(i|.()(,lh.

n'uyissdnt sur /('S cnifres neroeuXj ou, en d'autres tenues, n est-il pus à craindre que l'électrisul ion d'un muscle ne provoque non-seulement la contraction de ce muscle, mais encore celle d'un ensemble d'autres muscles? S'il en eût été ainsi, j'aurais celles renoncé à mon idée connnc à une cliiinère, et toutes les recherciies que je (l(»is à sa réalisation seraient (M)core à naître.

Voici, en résumé, la série d'expériences (|ui m'ont démontré (jue l'action réflexe de la moelle ne vient pas troubler lf;s phénomènes musculaires produits par i'électi'isation localisée.

Premikre expérience. — Ayant enlevé la peau do la face chez un lapin vivant, j'ai coupé le nerf lacial d un côlé seulement, afin que les muscles animés par lui ne fussent plus en rapport avec la moelle épinière ; j'ai ensuite dirigé l'excitation électrique sur chacun des muscles de la face alternativement de chaque côté. Les muscles se sont alors contractés individuellement et également des deux côtés.

Deuxième expérience. — J"ai alors détruit le cerveau chez ce môme animal, dans le but de placer la moelle dans des conditions favorables à la production des phénomènes rétlexes, et j'ai excité de nouveau chacun des muscles cpnmie dans l'expérience précédente ; les résultats ont été absolument les mêmes.

La même expérience faite comparativement sur les muscles des membres inférieurs, après avoir enlevé un des nerfs sciatiques, a offert des résultats identiques.

Troisième expérience. — Après avoir décapité plusieurs grenouilles, j'ai détruit la moelle chez les unes, tandis que je 1 ai laissée intacte chez les autres. Chez toutes ces grenouilles, j'ai fait contracter individuellement les muscles, même les petits muscles qui meuvent chacun des doigts, sans qu'il s'y mêlât, chez celles dont la moelle était intacte, la moindre contraction musculaire due à l'action réflexe.

Qu.'^trième expérience. — Lorsque chez l'homme on fait contracter comparativement les muscles d'un membre entièrement aneslhésique et ceux d'un membre dont la sensibilité est intacte, on n'observe entre les deux côtés aucune différence dans la manière dont les muscles répondent à lafaradisation localisée, c'est-à-dire que tousse contractent isolément.

Cinquième expérience. — Dans l'hémiplégie de cause cérébrale (condition favorable à la production des phénomènes réûexes), la faradisation localisée produit des contractions isolées tout aussi sûrement du côté paralysé que du côté sain.

J'ajouterai que dans toutes les expériences pratiquées chez l'homme et

PHINCIfRS FONDAMENTAUX. ^1*)

cliez les animaux, j'jii fait conlracler individuellement les muscles et les faisceaux musculaires avec autant de facilité et de sûreté que lorsque j'ai a^ii sur les muscles dénudés de leurs membres fraîchement séparés du tronc. J'ai répété publiquement ces expériences oompuatives, à l' Hôtel-Dieu, à la Charité et à l'hôpital Lariboisière.

Sixième expérikncr. — En 1852, j'ai fait à l'hôpital de la Charité quelques expériences intéressantes sur un malade couché au n" 19 de la salle Saint-Ferdinand ^service de M. Cruveilhier) et chez lequel on développait des phénomènes réflexes avec la plus grande facilité. Ses membres infélieurs étaient entièrement privés de mouvement, et cependant il suffisait de la plus légère impression produite sur un point quelconque de la peau de ses membres inférieurs, pour leur voir exécuter des mouvements qu'il lui était impossible d'empêcher.

L'excitation cutanée des membres supérieurs, quelque forJe qu'elle fut, ne provoquait aucun mouvement dans les membres inférieurs. Si la sensation éprouvée par le malade était légère, comme celle qu'on produirait en promenant un doigt sur la cuisse, le mouvement était limité au membre touché, et ce mouvement était faible ; mais si la sensation était plus grande, le mouvement était proportionnellement plus étendu et était exécuté synergiquement des deux côtés à la fois.

Ces mouvements se composaient toujours de la flexion de la cuisse sur le bassin, de la jambe sur la cuisse et du pied sur la jambe. Je n'ai jamais vu alors entrer en contfaclion les muscles qui produisent des mouvements contraires à ces mouvements de flexion, de quelque manière que je m'v sois pris.

On reconnaît dans ces phénomènes musculaires l'action réflexe de la moelle provoquée par l'excitation delà peau des membres paralysés.

Je voulus rechercher alors si l'excitation électro-musculaire provoquait dans ce cas l'action réflexe avec la même facilité, en faisant contracter individuellement les muscles des membres inférieurs. A l'instant où j'appliquai des réophores humides sur la peau, au niveau du jambier antérieur, le membre entier exécuta les mouvements de flexion que j'ai décrits plus haut. Ce mouvement réflexe était dû seulement à l'impression causée par l'application des éponges imprégnées (Ccan froide, car l'appareil n'avait pas encore été mis en action.

Lorsquun instant après le membre fut retombé dans son inertie habituelle, bien que les réophores restassent appliqués sur le même point de la peau [au niveau du jambier antérieur)^ je déchargeai une intermittence du courant d'induction à un degré modéré; et, à ma grande surprise, le jambier antérieur se contracta isolément sans quil se produisit en même temps de phénomènes rép.exes dans les autres muselés.

^l(i MÈTBODOI.OGIE.

Je renouvelai sopl à liuil fois do suito celle expérience (c'est-à-dire avec une smilo inlermillciice du courant d'induction cluujuo fois), et j'obtins é^'alenuMU la contraction isolée du jambier antérieur, bien (juo l'intensité d(; l'appareil eût été portée graduellement à son maximum, et (\\n\ le ujalade eût clia(|uc lois éprouvé une sensation as-ez forte. Il me fut facile d'obtenir, en agissant de la même manière, la contraction de chacun des muscles des membres inférieurs.

Je répétai ces mêmes expériences, mais on dirigeant sur les muscles un courant à intermittences très rapides, au lieu des intermittences éloignées. (L'action sur la sensibilité augmente en raison de la rapidité des intermittences. Je reviendrai sur ce sujet dans le cha{)itre suivant.) Les phénomènes changèrent, car la contraction musculaire isolée fut suivie de contractions énergiques dues à l'action réllexe. La sensation très vive éprouvée alors par le malade avait retenti jusqu'au centre nerveux et avait produit les phénomèties de retour dits contractions réflexes.

Il ressort de cette dernière expérience que les contractions réflexes sont produites pendant l'excitation électro-musculaire, seulement dans certaines conditions pathologiques, et que l'on peut encore, même dans ces conditions, faire contracter individuellement les muscles en dirigeant sur eux un courant d'induction à intermittences éloignées, c'est-à-dire en ne provoquant qu'une sensation modérée.

Il me semble aussi démontré, par cette expérience, que l'excitation de la peau provoque plus facilement l'action réflexe de la moelle que l'excitation de la sensibilité musculaire.

J'ai voulu accumuler ici les preuves contre l'objection que je m'étais faite dès I8/18; et si j'y insiste tant aujourd'hui, c'est qu'un écrivain distingué, M. J. Guérin, à qui la science doit de beaux travaux en pathologie musculaire, dans un article critique publié dans la Gazette médicale, a cru, en m'objectant aussi l'action réflexe de la moelle, ruiner l'électrisation localisée et toutes les recherches qui en découlent.

De l'ensemble de tous ces faits, il ressort de la manière la plus évidente que l'électrisation peut faire contracter individuellement un muscle, sans provoquer d'autres contractions musculaires par l'action réflexe, même dans les conditions favorables à la production de ces derniers phénomènes.

Dès lors il m'a été possible de créer cette méthode, qui limite l'excitation électrique dans chacun des organes, sans qu'il soit nécessaire de piquer ni d'inciser la peau. Je vais essayer d'en exposer les divers procédés, et je traiterai successivement : 1° de l'élec-

ÉLECTIUSATION MUSCULAIRE LOCALISÉE. ^7

Irisation musculaire; 2" de l electrisalion cutanée; 3" de l'élcclrisation des organes internes, des organes des sens et des organes génito-urinaires.

ARTICLE II

ÉLECTRISATION MUSCULAIKK LOCALISÉE.

Pour limiter l'action électrique dans chacun des muscles ou des nerls qui les animent, est-il indifférent de se servir de telle ou telle espèce d'électricité? C'est ce qui ne peut être résolu qu'en étudiant séparément l'électrisation musculaire : 1" par l'électricité stati([ue, 2" par l'électricité de contact (la galvanisation musculaire) , 3" par l'électricité d'induction (la faradisation musculaire).

§ I. — Éleclrf»iation musculaire par réiectrieilé statique.

J'ai démontré précédemment (cliap. l*^") que l'électricité statique ne peut pénétrer jusqu'au tissu musculaire sans exciter en même temps la peau à la surface de laquelle elle se recompose toujours en produisant une étincelle électrique. Elle ne peut donc servir à l'étude comparative de la sensibilité de la peau et de la sensibilité des muscles dans les recherches électro-physiologiques et pathologiques.

Les contractions musculaires qu'elle provoque étant inévitablement saccadées, ne permettent pas d'en faire usage dans l'étude des fonctions musculaires.

Enfin la commotion, qui est inséparable de son action, la déchirure des vaisseaux capillaires qu'elle occasionne, l'espèce de torpeur dans laquelle elle jette les organes, le volume des appareils qui la dégagent, toutes ces causes réunies, en un mot, doivent restreindre de plus en plus l'usage médical de l'électricité statique.

Néanmoins on aurait grand tort de la rejeter complètement et de lui préférer toujours l'électricité dynamique, sous prétexte que cette dernière n'otfre pas les mêmes inconvénients, et qu'elle jouit des propriétés spéciales, merveilleusement appropriées à l'électrisation localisée, comme on le verra par la suite. L'électrisation statique m'a été d'une grande utilité dans certains cas où les autres espèces d'électricité avaient été insuffisantes.

En eft'et, le tissu cellulaire sous-cutané est quelquefois tellement abondant, ou infiltré de sérosité, que les courants les plus intenses des appareils d'induction n'arrivent pas jusqu'aux muscles. C'est alors qu'on trouve dans les décharges de la bouteille de Leyde une tension élcctriciue assez forte pour vaincre la résistance opposée par les tissus derrière lesquels s'abritent les muscles ou les nerfs.

f^^ Mi:iii(>i)(>i,(»(.ii;.

Voici coiiiinciil je Mi'v piciids pour (Iccliiii'^cr 1rs deux ('•l('( lri('il<*s îu'cimiuU't'S (l.ms la hoiilcillc (l(i Lcydc, siii* le iimsclc (|ii(3 je voiix cxciliT, l'ii vu f-raduaiil la loi'cc et sans iirodiiiic iiiic coininotion

^(MUM'ille.

L appareil dont je nie sers dans et; cas se compose d'une machine éle('tri<iiH', d'une bouteille de L('yd<' et d'un <''!cctromètre de Lane places sur la tal)le de la machine.

L'armure intérieure de la bouteille de Leyde A (fig. 2) est mise en communication avec les appendices C du conducteur de la machine B, au moyen du conducteur l). Cette armure intérieure communique elle-même avec la boule E d'une des branches horizontales de l'électromètre. Celte branche est isolée par le montant de verre F, sur le- (juel elle repose. L'armure extérieure G de la bouteille arrive par le conducteur G' au montant H, qui communique avec la seconde l)ranche de l'électromètre. Deux

FiG. 2.

excitateurs terminés en boule, J et K, montés sur de longs ma;iches isolants de verre, sont mis en rapport, l'un, J, avec la branche H', l'autre, K, avec l'extrémité L du conducteur de la machine électrique.

Les choses étant ainsi disposées, l'opérateur applique sur la peau, et sur le point correspondant au muscle qu'il veut faire contracter, l'excitateur J qui reçoit l'électricité (positive) accumulée à l'extérieur de la bouteille, tandis qu'au moment où il veut produire la contraction musculaire, il approche de la peau, sans la toucher, au niveau de la surface du même muscle, le second excitateur K, qui reçoit, par

ÉLECTUISATION MUSCULAlKE LOCALISÉE. ^9

l'extrémité L de la iiiacljine, électrique le lluide (néyatiC) aceuiiiulé dans l'intérieur de la bouteille A. 11 doit toujours avoir soin détenir chacune des extrémités des excitateurs à une distance de 2 ('cntinièties au moins l'une de l'autre. La force de la décharge (|u'on désire obtenir se rè^de sur le nombre de tours imprimés au plateau. Ainsi, veut-on une l'aible contraction, on a[)proche de la peau l'excitateur K, après un ou deux tours imprimés au plateau. Pour en obtenir une plus forte, on compte un plus ou nmins grand nombre de tours de plateau avant de décharger la bouteille. Mais il peut arriver que, par suite d'une erreur ou d'une distraction, la bouteille soit chargée outre mesure, et que la décharge qui en résulte occasionne, ou une contraction très forte, ou une action qui pénètre dans un des muscles voisins, ou enfin une sensation trop douloureuse et qui produirait une excitation générale contre-indiquée dans le cas particulier. C'est pour éviter ces méprises fâcheuses et quelquefois dangereuses, que je me sers de l'électromètre de Lane. Des deux montants H, F, le premier, mobile, peut être rapproché ou éloigné du second au moyen de la vis M, et une échelle divisée en millimètres, placée à la base du montant II, indique le degré d'éloignement des deux boules J' et E'. Avant de faire une décharge sur un muscle, j'en règle la force en approchant plus ou moins ces deux boules, suivant le degré d'excitabilité du muscle à exciter, suivant la région sur laquelle on agit, enfin suivant le but thérapeutique que je me propose d'atteindre. S'il m'arrive alors de me tromper dans le nombre des révolutions du plateau ou d'être distrait, la bouteille ne peut se charger outre mesure, car l'électricité vitrée et l'électricité résineuse accumulées dans la bouteille se neutralisent en se réunissant entre les deux boules E' et J', à l'instant où elles ont acquis une tension assez forte pour vaincre la résistance de l'air placé entre elles; résistance qui, on le sait, est en raison directe de la distance qui les sépare.

Est-il besoin de faire ressortir les avantages de ce procédé d'élec- Irisation nmsculaire, dans l'application de l'électricité de tension ? N'est-il pas évident ([u'il concentre son action sur les nuiscles (jui en ont besoin, sans exposer les organes sains et surtout les centres nerveux aux dnngei's d'une excitation ino[)portune. Ce procédé permet de diriger les décharges les plus fortes sur les muscles, quand leur état pathologique l'exige, soit leur atrophie, soit la perte ou la diminution de leur irritabilité et de leur sensibilité.

Uu'on éloigne au contraire les excitateurs, ainsi qu'on le pratique généralement, eu faisant tenir l'un de ceux-ci dans une main, et approchant l'autre de l'organe ou de la partie malade sur huiuelle dixuenm:. 4

50 MKTIIODOI.Or.IF.

OU veut (liri^'(!r l'adion llK'inpciilicjiKMlc r«''l('('lri(;il(', on yciid l'action locale se eonipliijuer de phénomènes de coMimotioii plus on moins ('tcndns on pMiéraux, tels (|u'(>n ne ponira, sans dan^'er, dépasser les doses les j)lns (ail)les.

Ces phénomènes de (îoinniolion générale sont toujours le résultat de l'excitation des centres nerv(Mix. (Vest nn ellét analogue à celui (jue je me propose d'étudier dans le chapilic III, à l'occasion de Télectrisation par action réflexe. Celte excitation des centres nerveux peut, il est vrai, trouve^' son indication en «'lecîtro-thérapie ; mais au moins doit-on l'c'vitcr loiscpie c(!lte indicialion n'existe })as, ou lorsqu'il y a danger à la provoquer. C'est ce procédé d'électrisation qui occasionne, dans certaines conditions, des accidents graves, comme je le prouverai par la suite, et qu'on permet cependant aux saltimbanques de pratiquer sur les places publiques î

On se tromperait fort si l'on croyait pouvoir localiser l'excitation électrique dans un muscle en dirigeant sur sa surface les décharges d'une forte machine électrique. Il suffit, pour se convaincre du contraire, d'analyser les phénomènes de recomposition intérieure qui produisent une sorte de choc en retour, et qui doivent nécessairement parcourir tout l'arbre nerveux, quand une portion de l'électricité naturelle dont le corps est pénétré s'échappe par un point de la surface cutanée, pour neutraliser l'électricité de nom contraire qui lui arrive de la machine électrique en mouvement.

Un autre avantage que je trouve dans l'usage de la bouteille de Leyde, c'est de ne pas exiger l'emploi d'une machine électrique de grande dimension, d'un prix très élevé, et qui trouverait difficilement place dans le cabinet du médecin. Une petite machine à un seul conducteur, et dont le plateau mesure 15 à 16 pouces de diamètre, suffit pour charger une forte bouteille de Leyde, dont on peut toujours au besoin diminuer l'action avec l'électromètre de Lane, comme on vient de le voir.

§ II. — Galvanisation musculaire localisée.

J'ai déjà dit, dans le chapitre P', qui traite des propriétés physiologiques et thérapeutiques des différentes espèces d'électricités, que l'électricité galvanique, administrée avec un courant intermittent, se distingue principalement de l'électricité statique, en ce qu'il est possible de lui faire traverser la peau sans l'exciter autant qu'elle, et de localiser plus facilement son action dans les organes sous-cutanés. On voit donc que l'électricité galvanique peut servir à localiser l'action électrique dans les muscles ou les nerfs qui les animent.

GALVANISATION MUSCULAIRE LOCALISÉE. 51

Mallieureusoment do nombreux inconvénients s'attachent à l'ap- ])li<;atioM de cette espèce d'électricité à l'électrisation musculaire.

L'action calorifique et électrolytique du j;,dvanisme, et la propriété (pi'il possède d'affecter vivement la rétine, lorsqu'on l'applique à la face, suffiraient, selon moi, pour en faiie proscrire l'emploi dans l'étude de l'électro-physiologie ou de la pathologie nmsculaire, quant à ce qui concerne l'action musculaire individuelle, ainsi que dans le traitement, par courants intermittents, des paralysies du mouvement, surtout quand ce traitement exige de fréquentes applications. Les développements dans lesquels je suis entré précédemment (chapitre 1") me dispensent d'insister davantage sur ce sujet.

Les appareils vGltaùjues de Cruikshank, de WoUaston, de Bunsen, de Grove et de Daniell, sont difficilement applicables dans la pratique, soit à cause de l'emploi des acides qu'ils nécessitent, soit à cause des gaz qui s'en dégagent, soit à cause de leur volume, soit enfin à cause de la calorification qu'ils développent.

Tout le monde sait que la pile de Daniell est celle qui fournit le courant le plus constant (1). Cette pile mérite la préférence pour l'application des courants continus à certaines recherches électrophysiologicpies. On aurait certainement tort dédire que la pile de Daniell donne un courant constant. Cette assertion ferait sourire les physiciens, car la moindre pratique de cette pile apprend bien vite combien cette assertion est peu exacte. Depuis plus de dix ans, j'ai constamment en action, dans mon cabinet, 20 à 25 éléments de Daniell h ballons, destinés les uns à charger mes appareils, comme je le dirai dans le chapitre IV, les autres à faire marcher, dans mon appartement, un télégraphe, des sonneries et une pendule électrique. Ce sont ces éléments réunis auxquels j'ai adjoint, au besoin, une dizaine d'autres éléments de même espèce qui m'ont servi à une nouvelle étude de l'action des courants continus et les plus constants, étude dont j'exposerai les résultats dans le chapitre lll. Eh bien, je déclare que, malgré les plus grands soins, cette pile est loin d'être constante, et qu'il suffit des moindres variations de température pour occasionner d'un jour à l'autre, dans la force de son courant, des changements quelquefois considérables. Ces variations de température diminuent ou augmentent la concentration des solutions salines, d'où résultent des variations l)rop()rtionnelles dans la force du courant. Pour éviter ces oscillations considérables de la pile, il est nécessaire que la température de la pièce où elle est renfermée soit maintenue constamment au

(l) Aussi est-elle généralement employée dans la galvanoplaslie.

53 Mb:iii(ii)i)i.<i(;iK.

mémo de^ré du Icmprialurc, piir un syslèine do cliauiVagc; aj)[)n)priô (1). (les prôcaulioiKS sont iiidisiMMisablcs l'Iiivcr, car il sullit d'une gi'lée [H)ur airail)Iir tout à coup la |)ilo d'un (piait, de iiioilK' et qucl(|UL'iois davanla^^o. Ces cliangcuioiits do l('Mip(''ralui(; occasionnent, on outre, dos accidonls ot dos dôtôrioi'ali(jns dans la i)ilo, qui alors se salit rapidouiont, ot dont les vasos poreux sont hrisôspar les cristaux (|ui so dô[)osont dans leurs pores. L'été, la [)ilo do Daniel! est toujours plus puissante, parce que les solutions salines sont plus concentrées; mais elles n'en sont pas moins exposées ii des oscillations considérables, (pu)i(pie moindres (pie pendant l'iiiver. — Dans les meilleures conditions, j'ai toujours dû (aire nettoyer nia pile de Daniell au moins toutes les trois semaines. Il faut avoir la praticjue do cette pile pour savoir cond.)ien cette manipulation est sale et prend de temps. — Si à tous ces embarras, occasionnés par l'usage de la pile de Daniell, on ajoute les soins et les frais nécessités par son entretien journalier, on comprendra combien il serait heureux pour la pratique de trouver une pile qui épargnât une telle dépense d'argent et de temps.

Ce but me paraît avoir été atteint, en grande partie, dans ces derniers temps, par la pile au protosulfate de mercure de M. Marié- Davy, professeur de physique au lycée Bonaparte. Cette pUe a fonctionné au ministère de l'intérieur pour le service de la télégraphie électrique, pendant huit mois, sans que l'on ait eu d'autres soins à prendre que de verser de temps en temps un peu d'eau dans chaque couple au fur et à mesure qu'elle s'évapore. Son courant ))araît avoir été, dans cette application à la télégraphie électrique, aussi constant que celui de la pile de Daniell. — J'ai i^it établir dans mon cabinet une pile au sulfate de mercure, de ^0 éléments, semblable à celle qui est employée au ministère de l'intérieur. Au moment où j'écris ces lignes, elle a déjà fonctionné cinq mois, comparativement av£!c la pile de Daniell, pour les nouvelles expériences électro-physiologiques et thérapeutiques sur les courants constants, expériences dont je rendrai compte dans le (chapitre piochain; elle ne paraît pas avoir perdu beaucoup de sa puissance, et marchera, sans aucun doute, encore le même espace de temps. Jai dû seulement faire verser de temps en temps un peu d'eau dans les couples pour remplir les vases. Cette pile ne m'a pas paru aussi sensible aux variations de température que la pile de Daniell. Elle a traversé l'hiver sans briser aucun vase poreux. Ses éléments n'ojit

(I) Les ateliers de galvanoplastie sont, pour celte raison, constamment cliauiïés à 25 degrés.

(;alvams.\tion mijscui,aiue lucallslk. 53

(in'iiii tiers de la surface do coiix de Daiiiell ; ronséqucmnient elle (»e(;ii[)e beaucoup moins de plaec, donne moins d'électricité de (juantité (en d'autres termes, hiûle beaucoup moins). Cependant elle jouit d'une puissance pliysiologique plus grande cpje la pile de Daniell. J'estime (ju'au point de vue de sa puissance piiysiologique sur la contractilité, l\{) de ces éléments valent 60 éléments de Di^niell.

Assurément la pile au sulfate de mercure est inférieure à la pile de Daniell. Ainsi elle se polarise davantage, et s'use beaucoup plus rapidement sous l'influence de la fermeture du courant par un conducteur métallique, surtout lorsque ce co\u\iiit est trop longtemps fermé. Ma pendule électrique, par exemple, qui ferme le courant une demi-seconde par cliaque seconde, épuise en quelques jours (en trois jours) une pile au sulfate de mercure dont le vase poreux a été rempli par ce sel, tandis qu'elle marclre trois semaines avec la pile de Daniell, à ballons, en conservant une force suffisante.

Mais beureusement cette polarisation et cet épuisement rapides de la pile au sulfate de mercure, sous l'influence d'un courant trop prolongé, ne s'observent plus, ou du moins sont-ils très faibles, lorsque le conducteur intrapolaire est organique , en d'autres termes, mauvais conducteurs. C'est ainsi que j'ai pu faire passer un courant continu de ma pile au sulfate de mercure, pendant vingt à trente minutes, à travers les membres supérieurs, les mains plongeant dans des bassins remplis d'eau et dans chacun desquels étaient placés les électrodes, sans que ce courant lut notablement attaibli après l'opération. Tout le monde comprend l'importance de ce fait pour l'emploi médical de la pile au sulfate de mercure.

Un des plus grands inconvénients de la pile de Daniell, surtout pour son emploi médical, c'est de s'épuiser et de se salir à peu près autant lorsqu'elle ne fonctionne pas que lorsqu'elle est en action. 15 éléments de ma pile de Daniell à ballons ont été mis })endant trois semaines en action, pour l'usage de mon appareil de cabinet : de mes sonneries, démon télégraphe de cliand)re et de ma pendule électrique; tandis (pi'une ])ile composée de 15 autres éléments de Daniell est restée au repos pendant le même temps. Eh bien, celle-ci était alfaiblie, épuisée et salie presque autant (pie la première. La pile au prolosulfate do mercure s'épuise au contraire très peu dans l'intervalle de ses applications; c'est sans aucun doute ce qui lui permet de fonctionner un espace de temps aussi considérable Jus- (pi'à six à huit mois) pour certains usages. La possibilité de conserver aussi longtemps une pile au sulfate de mercure sans avoir à la nettoyer, et surtout sans devoir lui donner des soins incessants,

r»^i mi;tii(M)()i.()(.iI':.

lai assure nue sii[)éri<)rit(' iiH'()Mtt;stal>l(! sur la [)il(' de haiii<'ll.

Eu somme, reuseniMe de tous ces avantages me fait donner la préférence à la pile au protosuH'ate de mercure, i)()ur l'application des courants continus à la physiologie et à la tliérapeuti(iue.

La description de cette pile, d'invention toute récente, ne se trouve pas encore dans les livres classiques. (Vest pourcjuoi je juge opportun de décrire ici (!elle (pie j'ai lait établir sur le modèle de celle (jui fonctionne au ministère de l'intérieur. — Chaque élément de cette pile au protosulfate de mercure se compose, comme le couple de Bunsen : 1" d'un vase extérieur de verre et cylindrique; 2" d'un zinc; 3" d'un vase poreux également cylindrique, et d'un charbon placé dans ce dernier. Le vase extérieur, de 8 centimètres de hauteur sur 0 centimètres de diamètre, est rempli au tiers d'eau commune, dans laquelle plonge le zinc, qui a 7 centimètres de hauteur et dont le diamètre est de U centimètres et demi; le vase poreux, de même hauteur que le zinc et de 3 centimètres et demi de diamètre, est rempli au tiers d'une pâte de protosulfate de mercure (1). Dans cette pâte on enfonce un charbon de 12 centimètres de hauteur sur 2 centimètres et demi de largeur et 12 millimètres d'épaisseur. Une lame de cuivre rouge, rivée et soudée par l'une de ses extrémités au zinc de l'élément, est mise en communication avec chaciue charbon de l'élément voisin.

Inutile de dire que la pile composée de ZiO éléments semblables à

celui que je viens de décrire se monte comme toutes les autres piles pour obtenir des effets physiologiques. Ces détails se trouvent dans les traités élémentaires de physique. — Plusieurs inconvénients m'ont d'abord fait douter de l'excellence de cette pile. Les lames de cuivre s'oxydaient rapidement dans les points de contact avec les charbons, et se brisaient par le fait de leur amalgame avec le mercure. J'ai évité ces inconvénients en donnant aux charbons une hauteur telle que le liquide acide et mercuriel remonte plus difficilement jusqu'au point de contact, et j'ai empêché l'endosmose en plongeant l'extrémité supérieure des charbons dans de la cire fondue qui, en se refroidissant, bouche les pores de ces charbons qu'elle avait pénétrés, et, pour plus de solidité, j'ai mis une couche de vernis à l'extrémité supérieure de ces charbons, excepté dans les points de contact. Enfin, j'ai fait platiner les lames de cuivre dans leurs points de contact.

(1) Pour préparer cette pâte, il suffit déverser de l'eau sur la quantité de poudre de protosulfate de mercure qui doit servir à charger tous les éléments, et de bien la mêler jusqu'à consistance de pâte. Cette préparation doit être faite au moment de monter la pile.

GALVANISATION MUSCULAIRE LOCALISÉE. 55

Le prix élevé du sulfate de mercure et les dangers que Ton pourrait craindre de sa manipulation nuiront à la vulgarisation de cette pile mercurielle. iM. Marié-Davy Ta pressenti ; aussi s'est-il em-pressé de chercher à faire disparaître ces inconvénients. ïl vient de découvrir que le sulfate de plomb donne des résultats à peu près aussi satisfaisants, pour la durée de la pile, ([ue le sulfate de mercure, et il a fait construire une pile au sulfate de i)lomb très ingénieuse, d'un petit volume, presque portative, dont l'entretien est facile et très peu dispendieux. Je l'expérimente actuellement comparativement avec la pile au sulfate de mercure et avec la pile de Daniell. Quoique je ne sois pas encore en mesure de porter un jugement sur sa valeur, je suis heureux de dire que M. Marié-Davy est convaincu que cette pile à bon marché remplacera avantageusement la pile de Daniell, pour un grand nombre d'usages (1).

Pour diminuer certains inconvénients des piles à large surface, on a imaginé des appareils composés d'une multitude de petits couples qui peuvent être réunis dans un étroit espace, et qui donnent, sous un petit volume, d'assez grands effets physiologiques sur la contractilité musculaire, à l'entrée et à la sortie des courants, sans avoir à craindre une action calorifique trop intense.

Voici la description de plusieurs de ces petits appareils électromoteurs qui constituent réellement un progrès dans l'art de la fabrication des piles galvanic^ues, au point de vue de leur application à certains cas thérapeutiques, bien qu'ils soient loin de réunir l'ensemble des propriétés qu'ils devraient posséder.

a. On avait construit depuis longtemps en Angleterre une petite pile à colonnes (diminutif de la pile de Volta), dont chaque disque, formé de deux plaques de cuivre et de zinc soudées ensemble, offrait à peine 1 centimètre et demi de diamètre (2). Cette pile se composait d'un plus ou moins grand nombre de couples. Les disques et les rondelles de drap (jui séparent ces couples offraient à leur centre un orifice au moyen duquel on les enfdait sur une mèche de coton, sous forme de coloniie. Voulait-on mettre cette petite batterie en activité, on la plongeait dans du vinaigre. Les rondelles et la mèche de coton restaient longtemps imprégnées de ce liquide, après qu'on les en avait retirées. Le courant de cette pile était assez constant, parce que l'acide employé (le vinaigre) attaquait peu les plaques métalliques.

(1) La pile au sulfate de plomb est fabriquée par M. Prud'homme, avenue Victoria, 7.

(2) Il en existe un modèle au Conservatoire des arts et métiers.

r>(> MlVlllODOI.oCMK.

(i('lt('j»«'tit(^ pile voltaïquo, avait ravaiitaf^o (rocnipcr pnn H'espacc; mais son cinploi cxi^^cait (pi'on la lUitloyàt rhaipin fois; ce. qui occasionnait une porto de temps assez consi(lôra])lo (irâce cependant à la niulliplicit*' dos ôlénionts, r.ond)in('s avoc la diminution des surlacos, ois augmentait la puissance pliysiolo^Mquo d(i la hattorie en diminuant s(m action calorifKpie et le volume de l'appareil. C'était évidemment un progrès dont l'utilité, Tnalljeurous(;m(!nt, a été pou comprise, car cet appareil est l'esté à peu près généi'alement inconnu, et l'idée qui avait présidé à sa construction a été trop longtemps négligée.

b. Dans ces dernières années, on a imaginé de petits appareils vol laïques connus sous le nom de chaînes galvaniques^ qui reposent sur les mêmes principes, c'est-à-dire (jui se composent d'un très grand nombre d'éléments et présentent peu de surface.

Les premières chaînes de Gdberger, qui ne possédaient aucune espèce de propriété, parce que les éléments qui les composaient n'étaient pas disposés dans les conditions nécessaires au développement d'un courant galvanique, ont bientôt donné naissance aux chaînes galvaniques de Pulvermacher (fig. 3 et k). L'appareil de ce

mécanicien est admirablement combiné pour produire, sous un petit volume, des courants galvaniques d'une grande puissance physiologique avec une action calorifique modérée. En voici les principales dispositions : Chacun des couples de ces chaînes galvaniques se compose d'un fil de zinc enroulé en spires serrées, sans toutefois se toucher, sur un petit cylindre de bois de 1 centimètre et demi à 2 centimètres de longueur et de 5 à 6 millimètres de largeur. Ces couples, réunis entre eux par de petites boucles de cuivre (les fils de cuivre communiquent avec le fil de zinc et vice versa), forment des chaînes dont la longueur varie suivant l'intensité qu'on veut obtenir. On peut ainsi former des batteries qui se composent de 300 à /lOO éléments. Ces chaînes , après avoir été trempées dans du vinaigre, donnent naissance à des courants, et conservent pendant plusieurs heures cette propriété, qui cependant s'affaiblit notablement dans un temps assez

Fig. 3.

rwmmmi

Fig.

CALVANISATION MïrSCUrAlKE LOCALISKE. 57

rourt. La cliaîne do Piilvormacher, qui, on lo voit, est une lieuroiise niodificalion de la pile de Volta, a été principalement destinée à être appli(iuée, sons forme de topique, et l'exeitation électro- cutanée (pi'elle produit peut être avaritageusenrient employée pour combattre les douleurs rhumatoides ou les névral^^ies rebelles. Mais les interruptions continuelles dues à sa mobilité en font un appareil mal approprié à l'électrisation musculaire. (Je reviendrai sur cet appareil à roccasion de l'électrisation de la peau.)

c. Pour éviter les inconvénients de cette mobilité des éléments, j'avais imaginé un petit appareil voltaïque, reposant aussi sur le principe de la multiplication des éléments et de la diminution des surfaces. Il était formé de petits cubes d'un centimètre et demi de hauteur, composés chacun d'un ruban de zinc et d'un ruban de cuivre repliés plusieurs fois sur eux-mêmes et séparés par un petit diaphragme de toile, ou mieux de peau de baudruche ; ces petits cubes, soudés entre eux et disposés de manière que les lames de cuivre communiquassent avec les lames de zinc, étaient placés dans un "châssis de bois (fig. 5).

On pouvait ainsi réunir 150 de ces petits couples dans un châssis

Fig. 5.

qui présentait une surface de 16 centimètres sur 12. J'avais donné â ce petit appareil le nom de pile à rubans. Pour lo mettre en action, jo le laissais plongé pendant quelques minutes dans un bac contenant une certaine quantité de vinaigre. Un rhéotome (appareil propre à produire des intermittences), marchant à l'aide d'un instrumont d'horlogerie et mis en rapport avec l'un des p(Mes, me permettait ;!'obtenirh volonté dos intormittencosphisou moins l'apides. Je n'ai pas besoin de faire ressortir les avantages de cette pile voltaïque dont les éléments étaient fixes et soudés les uns aux autres,

58 MKTnODOLOGIK.

avaiilM};os(|iio je ii'iii pus trouvés dmis Ir-scliMincs de INiIvcnnîirlKM'.

CiOlles-ei ne peuvent servir (pie eoiniiM! t()pi(pies ^alvanicpies ; celles-là sont plus sûres et d'un usage plus eommode, (piand on veut faire, j)()ur certains cas, de la galvanisation locîdist'e. Kntin celte pih; à rubans était tout aussi puissante (pie la chaîne de Pulverinaclier, et n'était pas, comme elle, exposée à une détérioration aussi rapide.

J'avouerai que je me servais de ma pile à rubans seulement dans les cas où il est indicjué d'exciter vivement la rétine.

d. A ma pile à rubans j'ai préféré le petit a])pareil électromoteur représenté dans la figure 6. Coiif-u dans le même esprit, bi(;n que

FiG. 6.

ses éléments diffèrent de ceux de la pile à rubans, il est plus habilement construit, d'un maniement et d'une construction plus faciles. Enfin, grâce à un mécanisme ingénieux qui fait corps avec l'appareil, on peut l'appliquer par courant continu, par intermittences très rapides, ou plus ou moins lentes, au moyen d'un volant qui tourne seul pendant dix à quinze minutes, lorsqu'une impulsion lui a été donnée (1). Voici sa description :

(l) Ce petit appareil électromoteur, qui a figuré à l'exposition de 1855, est fabriqué par son inventeur, M. A. Mathieu, mécanicien, rue d'Angoulême, Î8.

GALVANISATION MlISCllLAlUE LUCALISKE. 59

Cette pile ou batterie, d'une i)etite dimension, est renferméo dans une boîte élégante qui se sépare en deux dans sa hauteur.

La partie inférieure reçoit le liquide nécessaire jmur charger la pile.

Dans la partie supérieure, une tablette reçoit les extrémités de ZiOO éléments de forme cylindrique, à claire-voie ; ces éléments entrent l'un dans l'autre par paire, un de laiton dans un de zinc, et sont séparés par un léger, tube perméable, ce qui fait de ces assemblages tubulaires autant de couples voltaïques. Le licpiide les enveloppe de tous côtés, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, et, quand la pile fonctionne, il redescend en suivant les parois, qu'il lave constamment.

Entre le couvercle, qui est fermé par une glace, et l'espace occupé par la batterie, se trouve placé le mécanisme des intermittences. Le mouvement en est fourni par un volant lancé à l'aide d'une crémaillère. Les intermittences rapides sont produites par les vibrations d'un ressort ébranlé par le volant. Les intermittences lentes sont obtenues par le moyen de deux roues dentées, également conduites par le volant, et qui agissent à l'aide de chevilles sur un levier disposé à cet effet. Chacune des roues produit une intermittence différente ; on met en action l'une ou l'autre roue par le jeu de la coulisse, qui les supporte en tirant plus ou moins la tige B, jusqu'aux arrêts.

A droite, sont les boutons qui commandent le mécanisme.

A gauche, sont les écrous pour fixer les conducteurs, et avec lesquels la batterie se met en communication sans qu'<m ait à s'en occuper. Pour avoir le courant continu, le conducteur attaché à l'écrou N est transporté à l'écrou D.

La pile se charge avec le vinaigre ordinaire; ou avec l'acide pyroligneux pur ou étendu d'eau; ou avec l'acide acétique cristallisé, dans la proportion moyenne de 10 grammes par demi-litre d'eau; ou même avec l'eau salée.

Si l'on veut transporter l'appareil en ville, on le vide dès qu'il est chargé, et cela fait, il fonctionne toute une journée sans perdre sensiblement de son intensité.

Une coulisse D permet de graduer l'intensité du courant avec une régularité parfaite.

L'action calorifique, ai-je dit, est diminuée dans les appareils à petite surface que je viens de décrire (petite pile à colonnes, chaîne de Pulvermacher, pile à rubans de Duchenne, piles de Mathieu), mais elle ne l'est pas au point de ne pouvoir être utilisée à l'oc-

60 MkTii()n()i,(M;iK.

cnsion. Km cllct, ces a(H)arrils (l<''S()r^^>nis('i)t paiTaihMiK'iit la |K'nii, rii la laisant passer j)ar Ions les dc^ri's de la lirùlmc, lors<|ir(Hi liniito leur action dans cet organe. Ils penveiit, (m» ((Miséqnence, renjplaeer, ins(prà un certain [)oiid ^1), le nioxa et la eanl<''risation transcurrente. Ils soi»t même prélerahles à ces moyens, en re(|u'ils se ffraduent assez bien pour produite une cautérisation plus ou moins lente, suivant les indications |)articidières, tandis (pie le feu désorj^'anise rai)i(lement les tissus, etcjue la douleur cesse immédiatement après la formation de l'eschare.

Ces appareils, pouvant faire contracter assez énergi(piem(;nt les muscles, semblent, au premi(îr abord, devoir être très utiles dans le traitement des paralysies. Malheureusement ils sont exposés à s'affaiblir rapidement prescjue aussitôt après qu'on les a mis en action. Pour en donner une idée, il me suffira de rapporter une des expériences que j'ai faites sur ce sujet avec l'appareil de iM. Pulvermacher. Je dirigeai un courant intermittent sur le biceps brachial, l'appareil étant ;'i son maximum. La contraction du muscle fut telle, à la première intermittence, que l'avant-bras se fléchit violemment sur le bras, et que le sujet éprouva une assez vive sensation. Mais la seconde contraction fut un peu moins forte que la première, et les contractions suivantes s'affaiblirent de plus en plus, au point qu'après un certain nombre d'intermittences (une vingtaine), le biceps se contractait à peine. Je renouvelai pendant plusieurs jours cette expérience sur différents muscles, et je constatai que cet affaiblissement est d'autant plus rapide, que les intermittences sont plus rapprochées. Le courant continu épuise l'appareil plus vite encore que le courant intermittent. Ces petits appareils sont donc puissants à la condition, pour ainsi dire, de ne pas être mis en action!

Mais cet affaiblissement n'est que temporaire ; car si le cercle est interrompu pendant un quart d'heure, l'appareil se recharj^e en général et récupère sa force première.

L'affaiblissement temporaire de ces petites piles voltaïques, même sous l'influence des courants intermittents, joint à leur épuisement progressif et continu, ne permet que diCticilement qu'on en mesure et qu'on en calcule l'action. En raison de ces causes d'affaiblissement auxquelles est expo>ée leur puissance physiologique, ces piles à petite surface sont, on le conçoit, inapplicables à la localisation de l'excitation électrique dans chacun des muscles ou des nerfs, sur-

(1) Si l'on voulait produire une cautérisation rapide et profonde, comme avec le moxa, il faudrait employer une batterie à large surface, comme celle qui a été imaginée par M. Regnault, et que j'ai déjà mentionnée page 21, ou mieux encore la pile puissante et ingénieuse de M. Grenet.

tARADlSATION MtJSCULAlRE LOCALISÉE. 61

tout pour les études éleetr()-|)liysi()loÎ5n([ues et patli()l()^'i(|U('S (pii cxif^eiit une grande i)récisi()ri, (^uinnicnt, en elïet, mesurer une t'uree (pii sul)it (1(^ telles variations? Conunent la j^M-aduer de manière à <'ii pro[)ortioniier la dose au degré d'excitabilité des organes, si variable dans l'état de santé ou de maladie (1)?

Les préceptes qu'il conviendrait de suivre pour prati(juer la galvanisation musculaire localisée par courants intermittents sont absolument les mêmes ({ue ceux qui vont être exposes à l'occasion de la taradisation musculaire localisée.

La polarisation considérable et rapidement reproduite dans ces petites i)iles voltaiques par le courant continu, ne permet pas de les appliquer b. l'étude physiologique ou thérapeutique des courants continus.

§ m. — Faradisation musculaire localisée.

Des trois espèces d'électricités, l'électricité d'induction est celle qui convient le mieux à l'électrisation musculaire, surtout quand cette opération doit être longtemps et fréquemment pratiquée. Pour s'en convaincre, il sutlit de se rappeler les propriétés physiologiques et thérapeutiques spéciales dont jouit cette espèce d'électricité, propriétés que j'ai exposées dans le premier chapitre. On sait, en efiét, que la Taradisation peut provoiiucr les plus fortes contractions musculaires, sans exciter vivement en même temps la sensibilité cutanée, sans produire de commotion, sans jeter les organes dans une sorte de stupeur, sans déchirer les vaisseaux capillaires; en un mot, sans occasioimer, comme l'électricité statique, tous les accidents contre lesquels les sujets réagissent (luelquefois diflicilement. On sait aussi que si le galvanisuie et le faradisme possèdent, a peu près, à un égal degré, la vertu de se recomposer plus ou moins profondément sous la peau, comme je le prouverai plus loin, ou, en d'autres termes, de concentrer leur action dans les njuscles ou dans les nerfs, sans exciter la peau; on sait, dis- je, (jue les propriétés chimiques et physiologiques du faradisme sont inliniment l)eu développées conq)arativemenl à celles du galvanisme, et qu'elles sont trop faibles pour être appréciables i)endant la taradisation

(1) M. UiMiiak, criliquant mes idées sur l'aclion du courant f^alvaniquc, a écrit {Galvanothcrapic, l'aris, JSSO, p. 4G) : « iM. Ducheiino semble ignorer la diiïéronce (|ui existe entre une chaîne constante et inconstante, quoiqu'il >ive, a Paris, à cote de M. Becquerel, le célèbre inventeur des chaînes constantes? » Etait-il dp bonne foi? ou n'avait-il pas compris les coosidéralions que je viens de développer, cl qui se trouvaient aussi dans l'ëdilion précédente (Paris, 1S:»5, p. 42).

02 MKTBODOLOGIE.

umsculaire ; on suit, onlin, i\\w lu rai'iidisalioii pi'oduil l';iil)l(MMoiit le pliospliciiL^et (juo ct'ltc action sur la r<Hiiic uv coinpliquc [)as d'uno inanièrt; taclieuse, comme le jj^alvaiiismc, réleclrisation des muscles de la l'ace.

On ])('nt donc dire iivec raison (lue réleclricité l'aradique, qui n'altère en rien les tissus, est l'électricité essentiellement médicale.

C'est lorsqu'il s'agit de limiter exaclenienl la puissance électrique dans chacun des iiiuscles ou Taisceaux musculaires, dans chacun des nerfs, que l'on comprend l'importance du faradisme et la nécessité de se servir d'appareils d'induction qui réunissent l'ensemble des propriétés que je viens d'énumérer : tels sont ceux que j'ai dû examiner dans ce but spécial.

Le choix d'un bon appareil est d'une telle importance dans la prati{iuo de la t'aradisation localisée, (jue j'ai dû consacrer un cha- })itre entier (le chapitre IV) à l'étude de cette question. Les considérations (|ue j'aurai à exposer sur ce sujet ne pourront être bien comprises que lorsque j'aurai exposé l'ensemble des données anatomiques et physiologiques sur lesquelles repose la faradisation localisée.

Pour le moment, je me contenterai dédire que sans ces appareils de précision, la t'aradisation localisée eût été à peu près irréalisable, et que je n'aurais pu sans leur secours ouvrir la voie de recherches électro-physiologiques, pathologiques et thérapeutiques, dont l'importance est aujourd'hui bien établie.

A. — Mode opératoire.

La faradisation musculaire se pratique, soit en concentrant l'excitation électrique dans les plexus, dans les troncs ou filets nerveux, qui la conduisent aux muscles placés sous leur dépendance, soit en dirigeant cette excitation sur chacun des muscles ou sur chacun de leurs faisceaux. Dans ces différentes opérations, les réophores doivent toujours être aussi rapprochés que possible l'un de l'autre.

Le premier mode de faradisation produit des mouvements d'ensemble, c'est-à-dire la contraction en masse de plusieurs muscles ou de tous les points d'un muscle : c'est la faradisation musculaire indirecte; le second donne des mouvements plus partiels par l'excitation d'un muscle, d'une portion de muscle ou d'un faisceau musculaire : c'est la faradisation musculaire directe.

Chacun de ces modes de faradisation exige un procédé spécial que je vais décrire.

On sait qu'en plaçant sur la peau les réophores humides d'un appareil d'induction, l'électricité concentre sa puissance dans les

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