CHAPITRE PREMIER
PARALYSIES CONSÉCUTIVES AUX LÉSIONS TRAUMATIQUES DES NERFS MIXTES ET DES PARALYSIES OBSTÉTRICALES INFANTILES AVEC OU SANS COMPLICATIONS (FRACTURES, LUXATIONS).
1° Les faits, que je vais exposer sur les paralysies consécutives aux lésionstraumatiques des nerfs mixtes offrent un degré de certitude égal à celui qu'on obtient dans les vivisections; 2° les paralysies traumatiques, en apparence les mômes et qu'il est impossible de distinguer entre elles, pendant les premières semaines, en s'aidant des signes ordinaires, fournis par la séméiologie, diffèrent cependant essentiellement les unes des autres, quanta leur gravité et à leur marche; 3° l'exploration électro-musculaire permet de reconnaître celles dans lesquelles les muscles doivent rester paralysés et s'atrophier, quoi qu'on fasse, pendant six à douze mois, de celles dans lesquelles la paralysie reviendra, a coup sûr, rapidement ou spontanément, soit à l'aide des médications ordinaires et surtout de la faradisation localisée, sans passer par l'atrophie ; 4° enfin, les paralysies traumaliques les plus graves, celles dans lesquelles la nutrition est profondément altérée, et qui, à cause de cela, ont été regardées comme incurables, sont, pour la plupart, susceptibles de guérir ou de s'améliorer par la faradisation localisée appliquée convenablement à une certaine époque de la maladie, alors môme qu'elles durent depuis quatre ou cinq ans et que les membres sont décharnés.
Il suflil de savoir combien ces paralysies traumatiques sont fré-
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quentes dans la classe ouvrière, el surtout dans l'armée, en temps de guerre, à la suite des plaies d'armes à feu, qui lèsent les troncs nerveux d'une manière plus ou moins grave, pour saisir l'importance d'un travail qui promet de tels résultats.
Depuis la première publication de ce travail, en 185:2 (I), et depuis les précédentes éditions de ce livre, les faits cliniques sont venus de toutes parts, surtout après la dernière guerre de sécession des États-Unis (2), confirmer les déductions que j'ai tirées de mes propres observations; il me paraît superflu de les exposer toutes avec leurs détails. D'ailleurs, l'abondance des matières qui composeront cette seconde partie, et le peu d'espace dont j'ai à disposer, ne me le permettraient pas. Je renverrai donc le lecteur aux précédentes éditions ou aux journaux dans lesquels ils ont été publiés, dans tous leurs détails; je me bornerai à faire connaître les sommaires de la plupart de ces faits cliniques el de quelques-unes des principales observations que j'ai recueillies dans ma pratique, depuis la dernière édition, et je les ferai suivre de réflexions sur les principaux faits qui en sont ressorlis. Plusieurs d'entre elles seront néanmoins relatées avec détails et formeront ainsi le tableau des symptômes, de la marche de celte espèce de paralysie. Ils permettront ainsi de suivre, pas à pas, l'influence de la faradisation localisée sur les circulations locales sur la nutrition et sur la molilité des membres paralysés et atrophiés.
La relation détaillée ou sommaire de tous ces faits cliniques, et les réflexions qui les suivront, seront le sujet du premier article de ce chapitre. Comme il est impossible d'apprécier la valeur des faits thérapeutiques, sans distinguer entre eux les cas particuliers et leur degré de gravité, je ferai, dans un deuxième article, précéder mes déductions thérapeutiques que j'exposerai dans un troisième article de quelques considérations sur le diagnostic et sur le pronostic des paralysies traumatiques des nerfs mixtes, diagnostic el pronostic qui ne peuvent être éclairés que par l'exploration éleclro-musculaire. Dans un quatrième article, je traiterai des paralysies obstétricales infantiles, qui sont produites aussi par des lésions traumatiques des nerfs mixtes.
ARTICLE PREMIER
Je diviserai les paralysies dont j'ai à relater ou à citer sommairement les observations, en paralysies récentes et en paralysies an-
(1) Ce travail a été couronné on 1852 par la Société de médecine de Gand. (2,i Publiés par M. Duclicnne (de Boulogne) fils, dans la Gazette des hôpitaux.
tiennes. Dans les premières, je réunirai les paralysies qui ne dataient que d'un à six septénaires; dans les secondes, seront comprises celles qui comptaient déjà six mois à quatre années de durée.
§ I. — Paralysies récentes, consécutives aux lésious traumatiques «les nerfs mixtes datant d'un à six septénaires, au montent du traitement.
Observation XIII. — Paralysie at>ophique du membre supérieur, consécutive à une luxation scapulo- humérale {variété inlra-coracoïdienne des modernes), avec atrophie des muscles du bras, de l'avant-bras et de la main. — Diagnostic du degré de lésion de chacun des filets ou des fibres primitives qui animent les muscles paralysés, établi au moyen de là faradisation localisée. — Pronostic différentiel tiré de l'état de la contractilité électrique de chacun de ces muscles. — Faradisation localisée , appliquée un mois après l'accident; guérison rapide dans les muscles qui ont conservé leur contractilité électrique, et très-lente dans ceux qui l'ont perdu (i ).
Le 3 février 1850, est entré à l'Hôtel Dieu , salle Sainte-Marthe, n° 23 service clinique du professeur Roux, le nommé Vanbelle, tailleur, âgé de 2o ans. Son attitude dénotait, à première vue, une affection de l'épaule gauche. Interrogé sur ce qui lui était arrivé, il raconta que pendant une rixe il perdit l'équilibre et tomba par terre. Ses souvenirs sur la manière dont il tomba sur le sol étaient trop confus pour éclairer le mécanisme de son accident; aussi se borna-t-on à constater son état. Le diagnostic n'offrait donc aucune difficulté; ce malade avait une luxation de l'épaule en avant (variété intra-coracoïdienne des auteurs moderne>). Tous les mouvements imprimés au membre provoquaient de vives douleurs, et les quelques tentatives fuites pour rétablir les os dans leur position naturelle, sans d'ailleurs faire sortir le malade de son lit et sans employer la moindre violence, déterminaient, dans tous les muscles du membre, de violentes contactions que la volonté du malade ne pouvait empêcher. Ce qu'il y a d'important à noter, c'est que, lorsqu'on se bornait à soutenir son membre, sans chercher à lui faire exécuter aucun mouvement, les muscles ne se contractaient pas; mais si, par un mouvement, on déterminait de la dou'eur, aussitôt tout le membre se roidissait, et des contractions énergiques se manifestaient dans tous les muscles du membre, soit qu'elles fussent volontaires ou simplement instinctives, comme cela s'observe dans tous les muscles non paralysés qui avoisinent ou protègent une région accidentellement douloureuse. Les indications de la réduction n'étaient pas tellement pressantes que l'on ne pût attendre un peu. On remit l'opération au lendemain.
Quand on revit le malade, le lendemain matin , la tète de l'humérus avait changé de place; elle n'était plus en avant sous le grand pectoral, mais directement en bas, dans le creux axilltire, au-dessous de la cavité
(I) En raison de son importance, et comme tableau de cette espèce de paralysie, cette observation sera rapportée dans tous ses détails.
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glénoïde; ce déplacement s'était opère spontanément. On chercha à imprimer au membre quelques mouvements qui étaient assez douloureux; mais, contrairement à ce qui se passait la veille, ses muscles restaient dans une résolution complète. On invita le malade à faire quelques mouvements, mais il avait perdu la faculté de faire contracter ses muscles; ceux de la main, de l'avant-bras et du bras notamment, avaient complètement perdu leur molilité; les pectoraux, le grand dorsal et quelquesuns des muscles de l'épaule conservaient leur contraclilité et pouvaient imprimer quelques mouvements aux bras. L'action de ces muscles, d'ailleurs, était assez énergique pour que la réduction pût en éprouver quelque difficulté; aussi dut-on faire usage du chloroforme pour opérer la réduction de la luxation, qui se fit sans le moindre obstacle, dès que le malade fut endormi. Un nouvel examen fit constater que la paralysie était bien uniquement limitée aux muscles, et que la sensibilité de la peau n'était nullement affectée.
La réduction opérée, le malade ne ressentit qu'une douleur modérée dans l'articulation, et dit sentir seulement un peu d'engourdissement dans la main et l'avant-bras du côté gauche. 11 ne pouvait, en aucune manière, faire contracter ses muscles. Au bout de quelques jours, la douleur qui, après l'accident, siégeait dans l'articulation scapulo-humérale, était dissipée. Cependant le membre restait toujours dans la résolution, et aucun mouvement n'était possible ni dans la main ni dans l'avantbras. Le bras seul, à la faveur du grand pectoral, pouvait être ramené en avant, mais l'élévation était complètement empêchée. La sensibilité cutanée, examinée de nouveau, conservait toujours son intégrité. Pendant tout le reste du mois de février, il ne s'opéra aucun changement; la paralysie musculaire persista aussi complète qu'au commencement, et la sensibilité n'éprouva aucune altération. Cependant le volume du membre diminua peu à peu; les muscles s'émacièrent. M. Roux m'engagea à essayer les effets de l'électricité. Le 2 mars (un mois après l'accident), je pus constater les faits suivants : le membre paralysé était notablement moins volumineux que celui du côté sain; les mouvements volontaires étaient complètement perdus à la main, au bras et à l'avant-bras; l'épaule pouvait être élevée au moyen du trapèze et de l'angulaire du scapulum et portée en avant, à l'aide du grand pectoral. Mais c'étaient les seuls mouvements possibles de ce membre.
Examen de l'état de la contraclilité et de la sensibilité électro-musculaire. — Aucun des muscles du bras, de l'avant-bras et de la main n'entrait en contraction, quel que fût le degré d'intensité du courant faradique, soit qu'on les excitât au moyen des nerfs qui les animent, soit qu'on dirigeât l'excitation dans leur tissu ; les muscles moteurs du bras sur l'épaule possédaient leur excitabilité normale, à l'exception, toutefois, du deltoïde qui en avait perdu une faible partie seulement. Les muscles qui ne se contractaient pas sous l'influence électrique, sentaient cependant son excitation, mais leur sensibilité, comparée à celle du côté sain, était diminuée de moitié à peu près. 11 en était de même des troncs nerveux, dont lasensibililé était considérablement diminuée. L'excitation électro-cutanée éveillait des sensations notablement moins fortes à l'avant-bras du côté
j£"MPe du côté sain. La température était diminuée dans le membre
u£ST^tZ I/e/'Cra,i°n faradiqUG a été dh^ée *** chac- ^s d v m? u te Z ' TfUh"1 tous l<* deux jours et pendant huit à dix m mutes, chaque fois. L'appareil était à son maximum et agissait avec desmtermitlences très-rapprochées, de manière à provoqlr v vê^Qt
uemeTt ef ^^ "^ M ^^ l'atrophie'm rch TaP dément et, un mois apré,, on observait les phénomènes suivants • le bra
astt8VavlTfétaienl COnsid^^-nt atrophiés; les muscle du î II 1„T ï ^ PréSen(aient aucun des reliefs musculaires
XeZLuï^ ' °n " Y SGnlait P'US Ia résistance d» ti-u muscu- K "étau a peu près desséchée les éminences thénar et hvpontnai avaient disparu; les tendons des fléchisseurs faisaient un relief
considérable dans la paume de la main; la face dorsale de cette mam
Té^ltie'ntu5 Pr0f°ndS danS]GS eSpaCGS int~ »~ 1 épaule étaient un peu moins développés que du côté opposé.
sonirritabfm/r 'emPS' CGpendant' le delloïde' *ui avail Peu P^u de bre .unïSp ' ieCOUvrasesmouv^ents volontaires; les nerfs du mem- ^«upéneu r ressentirent très-vivement l'excitation faradique et de 2-
u iPhT TS1 T K0UCher' CeUe eXaUali0n de Ia «SiS Bagua Hn ra le dP " ,bl'aS' VerS ,e Skième mois aPr*s aident ; d°an
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Alors de ^ dlsPar»^"t bientôt, et le traitement faradique fut repris.
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et enSfoiUcpCtde ^m^ **«»*** ™™> chaque jour, en nutrition rL.ion a, ', ? mUSCl6S de la main Passaient plus rebelles. L'ex-
citation électrique fut alors uniquement appliquée sur ces muscles, et il
tin fp £ ^ ^ °n fVaU °bSen'é dans les autres réSions : une surexcitaion telle, qu après huit ou dix opérations le malade ne voulut plus suivre le traitement. Sa main était brûlante et le siège de douleurs continuelles qui le privaient de sommeil. Il sortit alors de l'Hôtel-Dieu et alla passer u semâmes dans son pays. Ne voyant pas revenir entièrement les mou-