CI1AP. I. — PARALYSIES C0NSÉC. AUX LÉS. DES NERFS MIXTES
mont justifié ce pronostic, car, bien que la faradisation localisée ait été pratiquée exactement et de la môme manière sur tous les muscles du membre paralysé, après quelques séances (trois ou quatre), le malade fléchissait les doigts, les écartait les uns des autres, fléchissait le poignet, et, en peu de temps, ses mouvements se faisaient avec assez de force; les muscles du bras et du deltoïde ont commencé à obéir à la volonté, vers le cinquième mois (après 18 à 20 séances), et sept mois (30 séances) après l'accident, ces muscles se sont contractés assez énergiquement, bien qu'ils parussent né pas réagir sous l'influence de l'excitation électrique, et avec des rhéophores humides. Les muscles animés par le nerf radial sont restés paralysés et se sont tellement atrophiés que la peau de la région postérieure de l'avanl-bras paraît appliquée sur les os. (Je n'ai pas revu ce malade.)
Ainsi, chez ce malade, un grand nombre de muselés avaient perdu complètement leur conlracùlilé électrique, et cependant le degré de la lésion nerveuse n'était pas le môme pour tous, puisque les uns se sont atrophiés faiblement, et ont commencé à recouvrer leur motilité vers la fin du cinquième mois (après dix-huit à vingt séances), tandis que les autres se sont rapidement et profondément atrophiés, sont restés paralysés et n'auraient éprouvé très-probablement l'influence thérapeutique de la faradisation que vers le neuvième ou le dixième mois, si son traitement eût été continué. C'est que les premiers jouissaient encore de leur sensibilité électrique à peu près normale, tandis que les derniers avaient perdu, à la fois, leur sensibilité et leur contractilité électriques.
V. L'intégrité de la contractilité électrique des muscles paralysés, consécutivement à une lésion traumatique des nerfs mixtes, est un signe favorable.
La paralysie s'étend quelquefois, par une sorte de solidarité nerveuse, à des muscles dont les nerfs n'ont pas été lésés et dont la contractilité électrique a été trouvée normale. Alors on constate que ces muscles n'ont pas souffert dans leur nutrition, et qu'ils recouvrent rapidement leur motilité. La proposition précédente est particulièrement applicable à cette espèce de paralysie Iraumatique des nerfs mixtes.
"VI. Question de la régénération des nerfs.
A. Depuis près d'un siècle, la question de la régénération des nerfs est agitée. Après avoir étélongtemps contestée par les physiologistes et par les chirurgiens les plus célèbres, elle est aujourd'hui définitivement et parfaitement établie par l'expérimenlation.
Il serait opportun d'exposer ici la question historique de la régénération des nerfs; malheureusement la place me manque. Je me bornerai donc à rappeler les auteurs dont les découvertes ou les
expériences ou môme les opinions contradictoires ont le plus contribué à éclairer cette question.
Dans une première période qui s'étend de 177(3 à 1838, figurent en première ligne les noms de Cruikshank (1), collaborateur de Hunier, de Fontana (2) qui, le premier, a reconnu, à l'examen microscopique, la substance nerveuse régénérée, de Lorenzo Nanoni (3), de Haighton (4), qui a recherché expérimentalement les preuves physiologiques de la régénération des nerfs. Les preuves anatomiques tirées de l'examen microscopique ont eu, on le conçoit, beaucoup moins de valeur que celles qui sont ressorties de l'expérimentation physiologique, en raison de l'insuffisance des notions que l'on possédait alors en histologie et de l'imperfection des instruments. Contrairement à la ductrine de la régénération des nerfs, de nombreux observateurs ont soutenu que le tissu qui relie les deux bouts des nerfs divisés, n'est qu'un tissu analogue à celui qui réunit tous les autres tissus; que les nerfs ne sont pas susceptibles de se régénérer. Parmi les opposants à la doctrine de la régénération des nerfs, je citerai Monro, Richerand, Boyer, Breschet, Magendie, Jobert de Lamballe (5). La seconde période de l'histoire de la régénération des nerfs (de 1838 jusqu'à nos jours) commence à Steinrueck (6), qui a répété toutes les expériences de ses devanciers et les a fait admettre comme indiscutables.
«La régénération des nerfs, dit M. Tillaux, auteur d'une excellente thèse (7), est donc prouvée et ad mise. Cette seconde période renferme les remarquables travaux de M. Wall er en 1850. Le physiologiste anglais démontre que non-seulement la cicatrice est nerveuse, mais que toute section nerveuse s'accompagne nécessairement d'un travail de dégénération qui détruit les tubes nerveux et d'un travail de réparation qui les renouvelle, etcela dans un bout seulement du nerf coupé, dans le bout qui n'est plus en continuité avec le centre trophique de .ce nerf. Suivant cetauteur, il est indispensable, pourquela restauration se fasse, que les deux bouts soient d'abord réunis par une substance nerveuse, sans quoi la régénération sera indéfinie. C'est ici qu'interviennent les travaux de MM. Vulpian et Philippeaux, qui dé-
(1) Cruikshank, Experiments on the nerves, particularhj on their reproduction, Médical facts and observations, vol. VII, n° 14. (.') Fontana, Traité sur le venin de la vipère, Florence, 1781.
(3) Lorenzo Nanoni, Sulla reyenerazione délia parte similari. 1782.
(4) Haighton, An expérimental inquiry concerning the reproduction of nerves. Philosophieal transactions, 1795, p. 190, Médical facis and observations, vol. VU, n° 15. — Reil's Archiv, Band 11, p. 71.
(5) Jobert ide Lamballe), De la réunion en chirurgie. Paris, 18G4.
(6) Carolus Otto Steinrueck, Dissertatio inuuguralis phgsiologica de nervorum regeneratione. Berolini, 1838.
(7) lillaux, Des affections chirurgicales des nerfs. Paris, 18CC, thèse pour le concours de l'agrégation (section de chirurgie et d'accouchement , p. 49.