CHAI'. I. — PARALYSIES CONSÉC. AUX LES. DES NERFS MIXTES
montrent, sur les animaux, que les nerfs sont doués d'une propriété propre qu'ils ont appelée la neurilité, propriété indépendante des centres nerveux; que le bout phériphérique d'un nerf coupé peut se régénérer en vertu d'un pouvoir autogénique, sans que la continuité avec les centres soit rétablie. C'est à cette dernière phase qu'en est aujourd'hui la physiologie pathologique des sections nerveuses. »
B. J'ai vu guérir; à la longue, plusieurs paralysies atrophiqu^s, consécutives à la destruction des nerfs dans une étendue plus ou moins grande. Le fait relaté dans l'observation XXIV en est un exemple remarquable. — Dans tous ces cas, les extrémités du nert arrachées ou emportées par une balle ont-elles été réunies par une régénération nerveuse, cicatricielle? La régénération du bout périphérique s'est-elle faite à la manière de YValler ? Ou bien celte portion périphérique du nerf s'était-elle régénérée de toutes pièces, sans être réunie au centre nerveux, en vertu de la neurilité de MM. Vulpian et Philippeaux? En un mot, y avait-il eu, selon l'expression de ces physiologistes, restauration cndogénique du bout phériphérique? C'est ce que l'examen microscopique pouvait seul apprendre.
Il importe de faire contribuer l'observation clinique de l'homme à la confirmation des recherches expérimentales. Un cas que j'ai observé en 1866, dans le service de M. le professeur Nélaton, et dans lequel l'examen microscopique a montré la régénération de la partie du nerf cubital enlevée, depuis quatre ans, dans l'étendue de cinq centimètres par M. Huguier, confirme la doctrine de la régénération nerveuse cicatricielle et de celle du bout périphérique.
Observation XXXV. — Section du nerf cubital, dans l'étendue de 4 centimètres et demi, dans la paume de la main. — Amputation, ;i ans après, à la partie inférieure de l'avant-bras. — Dissection de la main amputée ; constatation par l'examen microscopique de la régénération de la portion réséquée du nerf cubital et de son extrémité périphérique. — Intégrité des inhrosseux qui étaient paralysés depuis l'excision du nerf, et qui avaient perdu leur conlractilité électrique.
Résumé. Femme âgée de 3,*i ans. — En 18o7, résection à l'hôpital Beaujon, par M. Huguier, île 4 centimètres et demi du nerf cubital droit, dans la paume de la main, pour des douleurs atroces (diagnostiquées alors névralgiques), rebelles, depuis plus d'une année, à toutes les médications. — Paralysie et atrophie consécutive de tous les muscles animés par le cubital au-dessous de la résection des nerfs, et formation progressive d'une griffe analogue à celle qui est représentée dans la figure 93. — Abolition de la sensibilité dans la moitié interne de la main droite, et disparition des douleurs. — Six mois après la résection, retour de la
sensibilité dans la moitié interne de la main et, un peu plus tard, retour de douleurs aussi vives qu'avant l'opération. En mûme temps apparition, dans le point le plus douloureux, d'une petite tumeur (névrome) enl vée de nouveau par M. Huguier. — En 1866, entrée à l'hôpital de la Clinique de la malade qui, depuis plusieurs années, est torturée jour et nuit par les mômes douleurs, malgré les opérations précédentes, et qui vient réclamer l'amputation de sa main. — Prenant en considération l'existence de plusieurs névromes dans sa main, et l'impossibilité dans laquelle ils mettent, depuis longtemps, la malade de gagner sa vie, M. Nélaton cède à son désir.
Il m'engage à analyser les troubles fonctionnels de sa main, et à examiner l'état de la contractilité électrique des muscles animés par le nerf cubital. — Constatation alors par moi : 1° de la griffe de la main, caractéristique de la lésion du nerf cubital, mais ayant diminué considérablement, d'après le dire de la malade, depuis 5 à 6 mois, (elle était un peu moins prononcée que dans la figure 9o, p. ;!60) ; 2° de l'absence de la contractilité électrique dans les muscles animés par le nerf cubital; 3° de l'abolition des mouvements d'adduction et d'abduction du petit doigt et de l'annulaire, et d'extension de leurs deux dernières phalanges. — Après l'amputation, dissection de la main, constatation de l'intégrité du tissu des interosseux, seulement atrophiés et un peu pâles, à l'exception toutefois de l'un des deux derniers lombricaux, qui est graisseux; enfin, à l'examen microscopique, constatation de la régénération de la portion réséquée, et du bout périphérique du nerf cubital, qui a été habilement préparée par l'un des internes, M. Benj. Anger.
En somme, ce fait confirme la doctrine de la régénération Wallerrienne, c'est-à-dire de la régénération d'une portion du nerf réséqué dans l'étendue de 4 centimètres et de son bout périphérique.
Quel était l'état anatomique des muscles interosseux? Telle était la question qui m'avait été posée par M. Nélaton, avant l'opération. La persistance de leur paralysie depuis la section du nerf cubital et l'absence de la contractilité électro-musculaire, m'avaient d'abord fait croire à la dégénérescence graisseuse des interosseux ; mais, ayant appris que, depuis plusieurs mois, la griffe avait notablement diminué, ce qui ne pouvait avoir eu lieu que par le retour de la tonicité des interosseux (ce que j'avais observé dans d'autres cas analogues), avant même le rétablissement des mouvements volontaires, j'exprimai l'opinion : que la texture de ces muscles devait avoir été conservée intacte ; c'est ce qui a été confirmé après l'amputation.
D'autre part, ce retour de la force tonique m'avait fait pressentir la régénération périphérique du nerf cubital.
Je conclus de tout ce qui précède : que le pronostic ne doit pas être trop grave, dans les cas de paralysie consécutive à la destruction d'un nerf, alors même que les'muscles en ont éprouvé un grand