CHAT. I. — PARALYSIES CONSEC. AUX LES. DES NERFS MIXTES
trouble dans leur contraclilité électrique et leur nutrition. C'est afin d'établir cette proposition, que j'ai fait celle digression sur la régénération des nerfs.
VII. Dans les cas de suture d'un nerf mixte, l'exploration de l'état de la contraclilité électro-musculaire fournit nu excellent signe pronostique de la paralysie et de la lésion ti ophique des muscles innervés par le nerf au-dessous de sa division.
A. — La question de la réunion immédiate des nerfs a été soutenue, la première fois, par le célèbre cbirurgîen anglais, M. Paget, qui croit l'avoir obtenue dans deux cas (1). Elle a été reprise, en 1864, par M. Nélalon (2) qui, le premier, a eu recours à la suture des nerfs, dans le but d'assurer leur réunion bout à bout, ensuite par M. Laugier (3), en 1866, enfin par M. Richet (4).
Elle est loin d'être résolue. En effet, les expérimentateurs, MM. Yulpian, Scbiff, Evlensurg, Laudois, Magnien, etc., n'ont jamais obtenu la réunion immédiate des nerfs après leur section ; le plus court espace de temps qu'ait demandé le retour des fonctions, dans leurs expériences, a été de sept jours sur les plus jeunes sujets; M. Vulpian a déclaré même avoir toujours trouvé, dans la cicatrice, les tubes nerveux intermédiaires en voie de régénération.
D'autre part, il existe un désaccord entre les faits cliniques euxmêmes. Dans le cas de M. Nélaton, d'après la relation de M. Houel, et dans celui de M. Laugier, l'abolition de la sensibilité dans les parties innervées par le bout péripbérique du nerf médian réséqué ou divisé, a été immédiate; ensuite elle a reparu, dans le cas de M. Nélalon, quatre jours après l'affrontement des deux bouts de ce nerf par la suture, et dans celui de M. Laugier, le soir même de la réunion du nerf. Dans le cas de M. Ricbet, au contraire, la sensibilité est restée inlacle. après la section du médian, avant le rapprocbement de ses deux bouts par une suture ; après cette réunion, les muscles animés par le bout péripbérique du médian sont restés paralysés et se sont atrophiés.
M. Richet, s'appuyant sur un fait anatomique découvert par M. Ch. Robin, a essayé d'expliquer, de la manière suivante, cette conservation de la sensibilité des doigts. « M. Robin, dit-il, a fait voir, à l'aide d'une figure, que deux filets se réunissent à leurs extrémités pour former des anses complètes. De ces anses parlent d'autres filels plus fins, n'ayant qu'un dixième de millimètre de
(1) Paget, on Surgical pathology. London, 1853.
(2) Houel, Observation lue à la Société de chirurgie dans la séance du 24 juin I8C4.
(3) Laugier, Compte rendu de l'Académie des sciences, 1864.
(4 Richet, Clinique chirurgicale de la Pitié' [Union médicale, t. IV, p. 444, 18C7J.
ART. H. — SYMPTOMATOLOGIE, DIAGNOSTIC ET l'RONOSTIC. 3 49
diamètre et se rendant, après un trajet de quatre à dix millimètres tout au plus, dans les corpuscules du tact. Chacun des corpuscules reçoit donc des filets permanents des anses anastomotiques du cubital ou du radial avec le médian. Dès lors plus d'embarras; les choses s'expliquent d'elles-mêmes. Que l'un ou l'autre de ces nerfs soit coupé, la sensibilité s'exerce par celui ou ceux qui sont restés intacts, et les corpuscules du tact, encore suffisamment pourvus de nerfs, répondent aux excitations extérieures (1). »
La paralysie des muscles de l'éminence thénar, immédiatement après la division du nerf médian, sa persistance et l'atrophie consécutive de ces muscles, après la suture de ce nerf, donnent encore plus de poids à l'explication de M. Rie hef. Mais comme les faits cliniques observés par des observateurs de la valeur de MM. Nélaton et Laugier ne sauraient être récusés, il faut en conclure que le fait anatomique découvert parCh. Robin (l'anastomose entre les anses collatérales des différents nerfs) n'est pas la règle. — C'est une question à réserver.
11 ressort en outre des faits relatés par MM. Nélaton et Laugier, que le rétablissement presque immédiat des fonctions (de la sensibilité et de la motilité) qui survient après l'affrontement des deux bouts d'un nerf divisé, est un fait clinique incontestablement établi, quoiqu'il ne puisse être expliqué par l'expérimentation, quoique le mécanisme de cette réunion soit encore à rechercher, enfin quoique l'on ne puisse encore en conclure que, dans ces cas, il y a réunion immédiate du nerf.
B. — De la persistance de la paralysie et de l'atrophie qui, dans le cas de M. Richet, est survenue dans les muscles de l'éminence thénar, malgré la suture du nerf médian, il faut aussi conclure que la suture des nerfs n'est pas toujours suivie du rétablissement immédiat des fonctions musculaires, et qu'alors la guérison de la paralysie des muscles et de leur atrophie consécutive ne peut être obtenue qu'après la régénération du bout périphérique. Quelle en peut être la cause? Avant de la rechercher, j'exposerai le fait clinique.de M. Richet, et je mettrai principalement en relief les phénomènes que j'ai observés, dès son début, par l'exploration électro-musculaire et leurs rapports avec les troubles du mouvement et de la nutrition qui les accompagnèrent.
Observation XXXVI. — 11 s'agit d'une femme âgée de vingt ans, chez laquelle M. Uichet a constaté, en présence île nombreux témoins (entra autres MM. les professeurs Denonvilliers, Pajol), la conservation de la sensibilité du bout périphérique et des ramitiealions du nerf médian qui avait été complètement divisé par une blessure de l'avanl-bra?, située
(1) Richet, loc. cit., p. ii9.