ART. I. — PRINCIPES FONDAMENTAUX
Deuxième expérience. — Un b^ssd, dont le nerf radial avait été détruit par une balle à la partie inférieure du bras, avait perdu la sensibilité et la coniractililé électriques des muscles do. la région postérieure de l'avantbras. Mais la sensibilité de la peau élait restée intacte à cause de l'intégrité des nerfs cutanés. J'appliquai des rhéopbores métalliques secs sur la peau des régions antihrachiales postérieure et antérieure, et partout il se produisit une sensation vive de brûlure. Je remplaçai les rhéopbores secs par des éponges humides enfoncées dans des cylindres ; alors je n'observai à la région postérieure ni sensation ni contraction, tandis que des contactions accompagnées de sensations se manifestèrent à la région anlibrachiale antérieure. Dans cette dernière région, la sensation de brûlure produite par les rhéophores métalliques secs était remplacée par une sensation sourde et spéciale à la contraction musculaire, provoquée par les rhéophores humides.
J'ai bien des fois répété ces expériences dans d'autres cas pathologiques analogues, non-seulement sur des muscles, mais aussi sur des troncs nerveux mixtes, et j'ai acquis la conviction que l'excitation électrique peut arriver dans un muscle ou dans un nerf sans agir sur la peau qu'elle traverse.
Cependant je dois reconnaître que, dans certains cas, on pourrait attribuer uniquement à la sensibilité musculaire des sensations qui en réalité seraient produites par l'excitation de la peau ou des nerfs cutanés. Je vais dire comment on peut éviter cette confusion ; mais pour cela il me faut entrer dans quelques détails.
a. Il vient d'être démontré expérimentalement que, si la peau et les rhéophores sont suffisamment humectés et mis en contact parfait, celle-ci est traversée par le courant sans être excitée, et que les recompositions électriques se font plus ou moins profondément dans les tissus sous-cutanés. Mais il est un moment où ces rhéophores et la peau étant mis mutuellement en rapport, le contact n'est pas encore parfait, et alors la surface présente quelques aspérités entre lesquelles se font des recompositions électriques qui produisent une sensation de piqûre, de brûlure et même des crépitations et des étincelles, surtout si l'on fait passer le courant de la deuxième hélice dont on connaît l'action puissante sur la sensibilité de la peau, et si ce courant a une force suffisante. Ces mêmes phénomènes se reproduisent au moment où les rhéophores sont séparés de la peau. Pour éviter cette excitation électro-cutanée pendant la faradisation musculaire, il ne faut faire passer le courant que lorsque le contact entre le rhéophore et la peau humide est parfaitement établi. (J'indiquerai par la suite les précautions à prendre pour ne pas produire dans ces circonstances ces sensations cutanées.)
b. Les rhéophores humides agissent inévitablement sur les nerfs
4 2 ClIAr. II. — ÉLECTRISATION LOCALISÉE.
cutanés, lorsqu'ils sont placés sur leur trajet. Pour bien étudier les phénomènes qui résultent de leur excitation, la tension du courant ne doit pas être assez grande pour pénétrer jusqu'aux muscles. La faradisation d'un nerf cutané produit une sensation qui se propage dans le trajet du nerf au delà du point excité et jusque dans ses dernières ramifications, où elle produit des fourmillements et des picotements, proportionnellement au degré d'intensité du courant et de rapidité de ses intermittences. Les sensations sont d'autant plus vives que l'on excite les nerfs dans un point plus voisin de leurs ramifications : ainsi, sur les nerfs collatéraux des doigts et des orteils, on les produit d'autant plus fortement que le nerf cutané est faradisé plus inférieurement. — L'excitabilité des nerfs cutanés est très-variable. Elle est portée au plus haut degré chez quelques-uns de ces derniers; les frontaux, par exemple, fournis par l'ophlhalmique de Willis, ne peuvent être touchés sans provoquer une douleur des plus vives dans le point faradisé et qui se propage jusque dans ses ramifications, tandis que la sensation est tellement obtuse dans d'autres nerfs, que leur faradisation est appréciable seulement par les fourmillements légers qui se produisent dans leur épanouissement à la peau. Les nerfs cutanés des membres sont, en général, dans cette dernière condition.
La -connaissance de ces phénomènes permet de distinguer les sensations complexes, dues à l'excitation simultanée du nerf cutané et d'un muscle, de celle qui est seulement le résultat de l'excitation de ce dernier. En effet, lorsque les rhéophores humides se trouvent placés au niveau du tissu musculaire et d'un nerf cutané trèsexcitable, on en est prévenu par les fourmillements ou par les picotements qui se propagent dans les ramifications du nerf faradisé, et par une douleur spéciale limitée au point excité, si ce nerf cutané est très-excitable. Que l'on déplace alors les rhéophores de manière à éviter le nerf cutané, les fourmillements ou les picotements éloignés du point excité et la douleur locale cessent à l'instant, pour laisser percevoir les sensations purement musculaires.
§ II. — Peut-on concentrer la puissance électrique dans un
muscle ?
Ici se présente une objection en apparence très-sérieuse, qui doit venir naturellement à tous les esprits, et qui a failli m'arrêter au début de mes recherches. S'il est vrai que l'on peut concentrer la puissance électrique dans un muscle, est-on aussi certain que l'excitation qui en résulte ne produise pas de phénomènes dits réflexes, en réagissant sur les centres neigeux, ou, en d'autres termes, n'est-il pas à craindre