CHAP. II. — ÉLECTRISATION LOCALISEE
Il ressort de ces expériences que, par la faradisation, on arrête à volonté la puissance électrique dans la peau; que, sans incision ni piqûre, on peut la traverser et limiter l'action du courant dans les organes qu'elle recouvre, c'est-à-dire dans les nerfs, dans les muscles et même dans les os.
Cependant on conçoit difficilement que la force électrique puisse aller exciter les organes placés sous la peau, sans agir en même temps phvsiologiquement sur celle-ci. On est porlé à penser que les sensations qui se manifestent pendant l'électrisation de ces organes sous-cutanés sont le résultat, ou de l'excitation de la peau seulement, ou de l'excitation simultanée de la peau et des organes subjacents.
Voici les expériences que j'ai faites dans le but de démontrer que la sensation développée pendant la faradisation de la peau (par les rhéophores secs, appliqués sur sa surface également sèche), est bien le résultat de l'excitation de cette membrane, et que la sensation produite par l'application des rhéophores très-humides sur la peau, et au niveau d'un plan musculaire, ne doit être attribuée qu'à l'excitation directe des muscles.
Première expérience. — Ayant trouvé, sur un blessé couché au n° 7 de la salle Saint- Bernard (Hôtel-Dieu), une partie du muscle crural externe dénudé, j'appliquai sur ce muscle, et dans le point dénudé, un rhéophore métallique sec. La contraction que je produisis fut accompagnée d'une sensation sourde et spéciale à la contraction électro-mmculaire. Je plaçai ensuite les mômes rhéophores au niveau du même muscle, dans un point où la peau était intacte, et je n'obtins qu'une sensation de brûlure, sans contraction -musculaire. Ayant remplacé les rhéophores métalliques par des éponges humides enfoncées dans des cylindres excitateurs, et les ayant posées sur la peau, dans un point correspondant au muscle crural, je provoquai la contraction avec la sensation sourde et spéciale que j'avais produite en plaçant le rhéophore métallique sec sur le muscle dénudé.
sion a une grande tendance à s'échapper par les pointes. N'en serait-il pas de même de l'électricité dynamique, quand les compositions se font entre l'épidémie et les rhéophores secs "? En effet, l'épidémie et le3 rhéophores secs présentent une foule d'aspérités par lesquelles les fluides de nom contraire, provenant de la pile ou des appareils d'induction et du corps, s'échappent pour se recomposer ou se neutraliser, ainsi que le prouvent la crépitation et les étincelles. Si la peau n'a pas été traversée, l'excitation est alors superficielle, et ne peut produire que des phénomènes cutanés, c'est-à-dire des sensations cutanées. Mais si ces aspérités sont réunies par une nappe d'eau, l'électricité traverse la peau en niasse, et se recompcse profondément ou dans les muscles, ou dans les os, ou drfns les nerfs, et cela d'autant plus profondément que le courant est plus intense. Alors plus d'étincelles ni de crépitations, plus de sensations cutanées; maison observe des phénomènes physiologiques en rapport avec les fonctions de l'organe excité. Ces derniers phénomènes établissent une différence entre l'action physiologique de l'électricité dynamique et de l'électricité de tension; car celle-ci produit toujours une recomposition électrique entre le rhéophore et l'épidémie, de quelque manière qu'on opère.