CHAI'. II. — PARALYSIE ATROPHIQUE DE L'ENFANCE
un fait qui, a lui seul, me semble suffire à la preuve de la proposition que je soutiens. En voici la relation sommaire.
Observation LUI.— En 1867, j'ai vu, en consutlation avec MM. Nélalon et Oliff, une jeune Anglaise de 8 ans qui présentait une paralysie atrophique irèsétenducet datant de plusieurs années. D'une bonne constitution, n'ayant jamais eu que de légères fièvres éphémères de l'enfance ou occasionnées par la dentition, elle avait un matin, sans cause connue, vers l'âge de deux ans, après s'être levée bien portante, une heure environ après son premier déjeuner, éprouvé une lassitude suivie de l'impossibilité de se tenir debout. Sa mère, ne luf trouvant point de chaleur qui accusât la moindre fièviv, fit appeler néanmoins le professeur Pajef, le célèbre chirurgien de Londres, qui, trouvant également celte enfant sans fièvre, sans douleur, sans convulsions, rassura la famille. Cependant la faiblesse des membres alla en augmentant; vers le soir, l'eufanl resta immobile dans son lit, ne pouvant faire le moindre mouvement, sans que la fièvre eût apparu, sans qu'elle eût fait entendre la moindre plainte, conservant sa connaissance et la sensibilité de la peau.
Cet état paralytique persista ainsi deux mois environ, sans fièvre, ni convulsions, ni contractures, ni douleurs appréciables ; enfin malgré un traitement énergique, prescrit par plusieurs médecins célèbres de Londres réunis en consultation (vésicatoires le long du racbis, strychnine à l'intérieur, frictions, massages), les membres inférieurs et le membie supérieur droit s'atrophièrent rapidement.
Telle est l'histoire qui me fut rapportée par la mère de celte jeune fille, chez laquelle, au moment où je l'ai vue pour la première fois (i ans api es le début de la paralysie), j'ai constaté la destruction des muscles moteurs des membres inférieurs, à l'exception de quelques portions des muscles moteurs de la cuisse sur le bassin et du pied sur la jambe, qui y avaient produit deux variétés de pieds-bots (un équin varus à droite et un talus valgus a gauche). Les mouvements étaient revenus, dans les muscles du membre supérieur gauche et dans ceux du tronc et du cou ; la sensibilité de la peau élait partout normale ; les fonctions de l'intestin et de la vessie avaient toujours été normales.
J'ai vu d'autres enfants qui, d'après le dire des parents et même des médecins, avaient été atteints de celte espèce de paralysie en plein jour, en pleine sanlé, sans offrir la moindre augmentation de température, ni aucun signe de fièvre, sans manifester de douleurs, sans cesser de prendre le sein, quelquefois au milieu de leurs jeux, chez lesquels, en un mol, il fallait bien reconnaître que la fièvre avait fait complètement défaut.
B. Durée de la fièvre. — La durée de la fièvre initiale est très-variable, comme le prouve la statistique suivante, faite par M. Duchenne (de Boulogne) fils, d'après les observations qu'il a recueillies clans ma clinique civile.
ART. II. — SYMI'TOMATOLOGIE. 395
« Sur 70 observations, que nous avons recueillies, nous avons pu, dit-il, obtenir les renseignements suivants, quant à la durée de la période fébi i le, a l'origine de la maladie.
Dans 7 cas, il n'y a pas eu de fièvre appréciable, et l'enfant a été paralysé, en pleine santé, au milieu du jour;
Dans i cas, la fièvre n'aurait duré qu'une heure;
Dans 1 aulre, deux heures ;
Dans \ I cas, toute une nuit;
Dans 6 cas, de deux à trois jours;
Dans 7 cas, quatre jours;
Dans 5 cas, cinq jours ;
Dans 3 cas, huit jours;
Dans 1 cas, dix jours;
Dans i cas, quinze jours.
Dans 2 cas, onze jours;
Dans les 25 autres observations, ou la période fébrile avait échappé aux parents, ou les enfants étaient alors en nourrice, et l'on n'a pu obtenir un récit exact de l'origine de la maladie (t). »
J'ai remarqué que la durée et l'intensité de la fièvre sont en général d'autant moins longues que la maladie se déclare dans un âge moins avancé.
Enfin j'ai vu survenir la paralysie atrophique de l'enfance à la suite d'une fièvre éruplive (j'en ai observé un cas avec M. Dechambre), de la fièvre typhoïde et d'une fièvre intermittente. — La symptomatologie étant absolument la môme, je ne crois pas qu'il soit rationnel de ranger ces cas dans une autre espèce de paralysie. G. Douleurs, fourmillements, engourdissement des membres, convulsions, contractures. — La maladie dont il est question débute, en général, à un âge où les enfants sont trop jeunes pour rendre compte de leurs sensations. Mais lorsqu'elle s'est déclarée vers l'âge de trois à quatre ans, les enfants se sont quelquefois plaints, pendant la période d'acuité, de douleurs vives dans les membres et qui augmentaient ordinairement par les mouvements qu'on leur imprimait.
Quant aux fourmillements et â l'engourdissement dans les extrémités, personne n'a songé à les rechercher. Ces symptômes ont trèsprobablement souvent, sinon toujours existé.
D. Convulsions, contractures. — Assez fréquemment les convulsions accompagnent ou précèdent !a fièvre. M. Duchenne fils les a renconliées treize fois dans les 70 cas, dont il a recueilli les observations dans ma clinique civile. Une fois, elles ont précédé la paralysie, sans que la fièvre survînt (voy. obs. Ll). Elles ne présentent aucun caractère particulier.
(1) Duclicrmc (de Boulogne) fils, Arch. gén. de méd., vol. II, . 37, 1 se i .
39i; CHAT. TF. — TARAI. YSIK ATROrHIQUE PE L ENFANCE.